I. Observations préliminaires
LA loi de grâce est une loi parfaite ; aussi ne se contente-t-elie pas de défendre le péché dans ses manifestations extérieures, elle le poursuit encore au foyer même de la conscience, à ce centre intime où il se décide et se consomme trop souvent par un acte de volonté. Car il n'y a pas, dans la vie humaine, que des désordres apparents, il en est de tout aussi réels, bien qu'ils restent inaccessibles à tout regard étranger, sauf à celui de Dieu, qui sonde les reins et les cœurs (i). Et ceux-ci étant répréhensibles comme les autres. Dieu a droit de les interdire et l'homme a le devoir de ne pas se les permettre, L'homme doit être réglé, en effet, dans toute l'économie de sa vie, que celle-ci se passe exclusivement dans l'intimité de l'âme, ou qu'elle se manifeste à l'extérieur par des actes. De là la nécessité de préceptes divins qui exigent la pré-
I. BIBLIOGRAPHIE ; voir les auteurs signalés aux leçons n • et suivantesi
sence de l'ordre jusque dans le sanctuaire de l'âme. De là, dans le Décalogue, les deux derniers commandements qui vont à régler la double convoitise qui porte l'homme à violer, par des pensées, des désirs ou des actes de volonté, le bien du prochain, contrairement à la charité, à la justice et à la chasteté. Le Catéchisme Romain leur consacre un chapitre, que nous allons simplement reproduire, tant il est obvie, plein de sens et de conseils pratiques.
I. La source du mal. — i. Le mal a sa source non seulement en dehors, mais encore à T intérieur de rhojnme, dans la concupiscence, c'est-à-dire dans le mouvement de l'appétit sensible contraire à l'ordre et à la raison. L'appétit sensible, averti par la perception, se porte spontanément vers son objet propre ; il est ainsi l'exercice normal d'une faculté naturelle, et, au point de vue physiologique, il possède une bonté intrinsèque ou ontologique. Mais comme, par lui-même, il n'est qu'un instinct aveugle, c'est à la raison de savoir si l'objet convoité peut être poursuivi, et à la volonté de décider s'il y a lieu ou non de céder au mouvement impulsif qui entraîne les sens vers lui ; car, dans le composé humain, il y a une hiérarchie entre les diverses facultés qui veut que l'appétit sensible soit subordonné à l'appétit rationnel, et que celui-ci dirige et règle le premier, sous peine de désordre ou de péché. Or, depuis la chute et comme conséquence du péché originel, la concupiscence fait que la partie sensible de l'être humain convoite sans cesse contre l'esprit et est toujours prête à la révolte ou à des excès désordonnés. Sans être un péché en ellemême, elle est très souvent une source et une occasion de péché ; car elle influe puissamment sur la raison et la volonté et tend à les entraîmer à sa suite ;