‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 296 sur 312 · LA CONCUPISCENCE, SOURCE DU MAL · texte numérisé non relu

LA CONCUPISCENCE, SOURCE DU MAL

plus elle e^st forte et prend d'empire, plus elle affaiblit la rai/»on et plus aussi elle brise la volonté ; devenue maîtresse, elle crée l'anarchie morale, renverse Vordjy6 et devient une tyrannie : tyrannie dans la psi4re supérieure de Thomme, par ce que saint Jean appelle l'orgueil de la vie ; tyrannie également dans la partie inférieure, parla concupiscence des yeux et surtout par celle de la chair.

2. Double convoitise. Ainsi l'homme, sans commettre aucune faute extérieure, peut cependant se rendre coupable de péché rien qu'à se laisser aller de propos délibéré au mouvement de convoitise qui l'entraîne vers le bien d'autrui. Et, ce faisant, il ne blesse pas seulement la charité et la justice au for intime de son âme, mais encore parfois la chasteté. Car, dans le bien d'autrui, il peut n'avoir en vue que ce qui lui est utile et avantageux, comme aussi il peut courir après le plaisir et la volupté. Autre chose, en effet, est convoiter une terre, une maison ou un bien matériel quelconque du prochain, en vue de l'utilité ou de l'avantage qu'on en peut retirer, et autre chose est convoiter sa femme, car c'est alors brûler de la passion de la volupté plutôt que rechercher l'utile (i). Dans les deux cas, il y a un désordre moral qui^ s'il n'est pas réprimé, pousse trop souvent l'homme à passer de la pensée et du désir à l'acte extérieur et augmente ainsi sa culpabilité. Voilà pourquoi le Décalogue, par ses deux derniers commandements, interdit cette double convoitise.

11. Le remède. — Connaître la source du mal ne suffit pas, il faut encore savoir le moyen d'y obvier et la règle prescrite par Dieu.

I. Cat. Rom,, P. lU^Nonum et decimum prœceplum Decalogi^ n. 3,3.

1. U-atilité des deux derniers commandements. — « Ce qu'il faut tout d'abord remarquer dans les deux derniers préceptes du Décalogue, c'est qu'on y trouve, pour ainsi dire, le moyen d'observer tous les autres : car leur but est de proscrire tout particulièrement la convoitise. Celui qui content de ce qu'il a, ne convoitera rien, ne désirera pas le bien des autres, se réjouira de leurs avantages, rendra gloire au Dieu immortel, lui offrira les plus grandes actions de grâces, observera le sabbat, honorera ses supérieurs et ne blessera personne ni en actions, ni en paroles, ni d'aucune sorte. Car la convoitise estla raison et la source de tous les maux, et ceux qu'elle enflamme se précipitent dans toutes sortes de désordres et de crimes (i). o

2. Leur nécessité. — u II y a un double motif à ces deux commandements. — L'un, c'est d'expliquer le sens du sixième et du septième. Sans doute, à la seule lumière de la raison, on voit bien que, du moment que l'adultère est interdit, le désir de posséder la femme d'autrui Test également. Car, si le désir était permis, la possession ne le serait pas moins. Et pourtant la plupart des Juifs ne pouvaient pas croire que Dieu eût porté cette défense. Bien plus, beaucoup qui faisaient profession d'interpréter la loi et qui, par conséquent, devaient bien la connaître, tombèrent dans cette erreur, comme on peut s'en convaincre par ces paroles de Notre Seigneur : « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : « Tu ne commettras point d'adultère. » Et moi, je vous dis que quiconque regarde une femme avec convoitise, a déjà commis [^adultère avec elle dans son cœur (2). » — Le second motif, c'est qu'ils interdisent clairement et distinctement ce que le sixième et le septième ne défendaient qu'implicitement. Ainsi, par exemple, le septième défend de désirer injustement ou de prendre le bien d'autrui ; ici, il est interdit de le désirer de quelque manière que ce soit, quand même on pourrait l'acquérir justement et légitimement, si l'on voit que l'acquisition doit tourner au préjudice du prochain (3). »

I. Cat. Rom,, loc. cit., n. i. — - a. Matlh.^ v, 27-38, — 3. Cat*

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