PAS DE CONVOITISE DEREGLEE
3. Dévouas quils imposent. — «Par ce double précepte, les fidèles ne doivent pas seulement comprimer leurs convoitises, mais encore reconnaître lïmmense bonté de Dieu à leur égard. Car, après les avoir entourés, par les commandements précédents, comme d'une sorte de barrière, pour empêcher que nul ne porte atteinte à leurs personnes ou à leurs biens, le Seigneur, en ajoutant ceuxci, a voulu qu'ils ne puissent pas se nuire à eux-mêmes par leurs propres désirs ; chose qui serait arrivée facilement, s'il avait été loisible à chacun de tout désirer, de tout convoiter. Par suite, en interdisant la convoitise. Dieu a voulu émousser l'aiguillon des appétits déréglés, qui poussent d'ordinaire à toutes sortes de mal, et nous délivrer de sollicitations importunes, pour consacrer plus de temps à l'accomplissement des devoirs si nombreux et si importants qu'imposent la piété et la religion (i). »
4. Us requièrent V obéissance du cœur. — « Ces deux commandements nous montrent en outre que la loi de Dieu est telle que, pour l'observer, il faut non seulement l'accomplissement extérieur du, devoir, mais encore les sentiments intimes de l'âme. De là la différence caractéristique entre les lois divines et les lois humaines : cellesci se contentent des actes extérieurs ; les autres, parce que Dieu lit dans l'âme, exigent l'application, la pureté et l'intégrité sans tache du cœur. La loi de Dieu est donc comme un miroir où l'on voit les vices de notre nature. D'où cette parole de l'Apôtre : « Je n'aurais pas connu la convoitise^ si la Loi ne disait : Tune convoiteras point (2). )) En effet, comme la concupiscence, qui est le foyer du péché et qui tire son origine du péché même, reste toujours fixée en nous, nous connaissons par là que nous sommes nés dans le péché et alors nous recourons, en suppliants, à Celui qui peut seul en laver les souillures (3). »
5. Leur formule, il est vrai, n'est pas identique dans VExode et le Deutéronome. L'Exode jjorte : « Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; ta
I. Cat. Rom., loc. cit., n. 6-7. — 2. Rom., vn, 7, — 3. Cat, Rom.f loc. cit., n, 8.
ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui lui appartient (i). » Le Deutéronome place la femme au premier rang : u Ta ne convoiteras pas la femme de ton prochain ; tu n'envieras point sa maison, ni son champ, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf ni son âne, ni rien de ce qui lui appartient (2). » Il est évident que la femme du prochain occupe UQ rang à part et prépondérant, elle n'est pas, comme les biens ordinaires, l'objet d'un désir concernant purement l'utile, mais d'un désir charnel. Il y a, dans la défense de l'Ecriture, une double concupiscence Aâsée ; et c'est pourquoi on y a vu avec raison un double précepte, l'un et l'autre en faveur de la charité et de la justice, mais l'un des deux concernant en outre la chasteté.