LA TRIPLE CONCUPISCENCE
son âne, et beaucoup d'autres choses que la loi divine nous défend, parce qu'elles sont au prochain (i). »
6. La conduite à tenir vis-à-vis des penchants déréglés qui, nés du péché, poussent au péché, a été nettement marquée par saint Jean, quand il écrivait : « N'aimez point le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est point en lui. Car tout ce qui est dans le monde, la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, et l'orgueil de la vie, ne vient pas du Père, mais du monde. Le monde passe, et sa concupiscence aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement (2). » Quand on tient à rester uni à Dieu, à mériter son amour, en lui prodiguant le sien, ce n'est ni à l'orgueil de la vie, source de tout le mal, ni à la concupiscence des yeux, ni à la concupiscence plus vile encore de la chair, qu'il faut se livrer. L'orgueil fait qu'on se préfère à Dieu et qu'on s'estime au dessus des autres ; au lieu de faire aimer et servir Dieu jusqu'au mépris de soi-même, il pousse Tamour de soi jusqu'au mépris de Dieu et précipite la chute morale de l'homme jusqu'à la révolte des sens. L'âme est alors ballottée au gré des passions, sans gouvernail et sans pilote ; elle est à la merci de tout ce qui frappe les yeux, de tout ce qui enivre la chair. Même sans traduire extérieurement ses pensées ou ses désirs intimes, elle subit à l'intérieur d'elle-même des assauts incessants, qui la tyrannisent toujours et parfois l'entraînent dans le péché.
'j. Et ce péché est des plus graves, dès que la pensée mauvaise ou le désir criminel sont consentis. « Car le péché existe réellement, lorsque le cœur, à l'imitation des désirs déréglés, éprouvant l'attrait des choses funes-