I. Cat, Rom.,loc, cit., n
un mal qu'il faut ôler, un vice qu'il faut vaincre, une maladie qu'il faut guérir. Ou l'on cède, et on se livre tout à fait à ce violent amour du plaisir des sens et on se rend criminel et esclave de la chair et du péché ; ou on combat, ce qu'on ne se croirait pas obligé de faire si elle n'était mauvaise. Et ce qui la rend visiblement telle, c'est qu'elle nous porte au mal, puisqu'elle nous porte à des excès terribles, à la gourmandise, à l'ivrognerie, à toute sorte d'intempérance. Ce qui faisait dire à saint Paul : a Je sais que le bien n'habite point en moi, c'est-à-dire dans ma chair (i). ))Et encore: c Je trouve en moi une loi de rébellion et d'intempérance, qui me fait apercevoir, lorsque je m'efforce à faire le bien, que le mal m'est attaché (2), et inhérent à mon fond. » Ainsi le mal est en nous, et attaché à nos entrailles d'une étrange sorte, soit que nous cédions au plaisir des sens, soit que nous le combattions par une continuelle résistance ; puisque, comme dit saint Augustin, pour ne point tomber dans l'excès, il faut combattre le mal dans son principe ; pour éviter le consentement, qui est le mal consommé, il faut continuellement résister au désir, qui en est le commencement...
« Mais qui oserait penser à d'autres excès (que ceux du boire et du manger) qui se déclarent d'une manière bien plus dangereuse dans un autre plaisir des sens ? Qui, disje, oserait en parler, ou oserait y penser, puisqu'on n'en parle point sans pudeur, et qu'on n'y pense point sans péril, même pour le blâmer ? 0 Dieu ! encore un coup, qui oserait parler de cette profonde et honteuse plaie de la nature, de cette concupiscence qui lie l'âme au corps par des liens si tendres et si violents, dont on a tant de peine à se déprendre, et qui cause aussi dans le genre humain de si effroyables désordres? Malheur à la terre, malheur à la terre, encore un coup malheur à la terre, d'où sort continuellement une si épaisse fumée, des vapeurs si noires qui s'élèvent de ces passions ténébreuses, et qui nous cachent le ciel et la lumière ; d'où partent aussi des éclairs et des foudres de la justice divine contre la cor-
î. RQM't vu, 18. — a. Rom., vn, ai,