‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 306 sur 312 · CONCUPISCENCE DES YEUX · texte numérisé non relu

CONCUPISCENCE DES YEUX

riiption du genre humain ! » Bossuet, Traité de la concupiscence, ch. IV.

(( Tous les plaisirs des sens s'excitent les uns les autres. L'homme qui en goûte un, remonte aisément à la source qui les produit tous. Ainsi les plus innocents, si Ton n'est toujours sur ses gardes, préparent aux plus coupables ; les plus petits font sentir la joie qu'on ressentirait dans les plus grands et réveillent la concupiscence. Il y a même une mollesse et une délicatesse répandue dans tout le corps qui, faisant chercher un certain repos dans le sensible, le réveille et en entretient la vivacité. On aime son corps avec une attache qui fait oublier son âme et l'image de Dieu qu'elle porte empreinte dans son fond ; on ne se peut rien refuser. Un soin excessif de sa santé fait qu'on flatte le corps en tout ; et tous ces divers sentiments sont autant de branches de la concupiscence de la chair. » Ibid., ch. v.

La concupiscence des yeux, v Le désir d'expérimenter et de connaître s'appelle la concupiscence des yeux; parce que, de tous les organes des sens, les yeux sont ceux qui étendent le plus nos connaissances. Sous les yeux sont en. quelque sorte compris les autres sens; et, dans le langage humain, souvent sentir et voir c'est la même chose... Le plaisir de voir, c'est-à-dire celui d'expérimenter, nous replonge enfin dans la concupiscence de la chair, qui fait que nous ne cessons de rechercher et d'imaginer de nouveaux plaisirs, avec de nouveaux assaisonnements pour en irriter la cupidité. Mais ce désir a plus d'étendue, et c'est pourquoi il faut distinguer cette seconde concupiscence de la première. Il faut donc mettre dans ce second rang toutes ces vaines curiosités de savoir ce qui se passe dans le monde, tout le secret de cette intrigue, de quelque nature qu'elle soit, tous les ressorts qui ont fait mouvoir tels et tels qui se donnent tant de mouvements dans le monde, les ambitieux desseins de celui-ci et de celuilà, avec toute l'adresse qu'ils ont de le couvrir d'un beau prétexte, souvent même de celui deja vertu. » Ibid., ch. VIII.

i( N'aimez pas le monde, ni ses pompes, ni ses specta-

des, ni son vain éclat, ni tout ce qui attire ses regards, ni tout ce qui éblouit et séduit les vôtres... N'aimez donc point le monde, ni tout ce qui est dans le monde ; car tout y est plein de la concupiscence des yeux, qui est d'autant plus pernicieuse qu'elle est immense et insatiable... N'aimez point le monde ; n'en aimez point la pompe et le vain éclat, qui ne fait que tromper les yeux ; n'en aimez point les spectacles, ni les théâtres, où l'on ne songe qu'à vous faire entrer dans les passions d'autrui, à vous intéresser dans ses vengeances et dans ses folles amours. Et quel plaisir y prendriez-vous, si l'on ne réveillait les vôtres ?

(( Heureuse la douce contrainte qu'on fait à ses yeux, pour ne point voir les vanités, et dire avec David : « Détournez mes yeux, afin de ne les pas voir (i) ! » Heureux ceux qui, en demeurant selon leur état au milieu du monde, comme ce saint roi, n'en sont point touchés ; qui passent sans s'y attacher ; qui usent, comme dit saint Paul (2), de ce monde comme n'en usant pas ; qui disent avec Eslher sous le diadème : « Vous savez, Seigneur, combien je méprise ce signe d'orgueil, et tout ce qui peut servir à la gloire des impies ; et que votre servante ne s'est jamais réjouie qu'en vous seul, ô Dieu d'Israël (3) ; » qui écoutent ce grand précepte de la loi : « Ne suivez point vos pensées et vos yeux, » vous souillant dans divers objets, qui est la corruption, et pour parler avec le texte sacré, la fornication des yeux (4) ; enfin qui prêtent l'oreille à saint Jean qui, pénétré de toute l'abomination qui est attachée aux regards, tant d'un esprit curieux, que des yeux gâtés par la vanité, ne cesse de leur crier : N'aimez pas le monde, où tout est plein d'illusion et de corruption par la concupiscence des yeux ! » Ibid., ch. ix.

2. Danger des richesses. — « On ne sait point assez quelle chaîne la richesse est aux âmes, et combien fortement elle les rive à ce monde. Pour s'en rendre compte, il faut s'en dépouiller, et encore n'est-ce point

I. Ps., cxvni, 37. — 2. I Cor., vu, 3i. — 3. Esiher, xiv, i5, 16, 18. — 4. Nam,» XV, 39.

Page 1