ERREUR FONDAMENTALE DE LA MORALE INDEPENDANTE
li. Reste l'erreur fondamentale, qui est à l'arrière plan de tout système de morale indépendante, à savoir : Vautononiie de la raison, Vindépendance de rhomme. Nous la connaissons pour l'avoir déjà rencontrée sur notre route, à propos de la foi et du dogme; il est tout naturel de la retrouver au sujet de la morale comme aussi au sujet de la religion.
Prétendre qu'on peut se sauver, quelle que soit la croyance que l'on ait, pourvu qu'on suive la règle du droit et de l'honnête, c'était déjà l'erreur de l'indifférence en matière de religion, condamnée par Grégoire XVI (i). L'erreur a persisté ; elle s'est formulée dans diverses propositions, dûment réprouvées par Pie IX dans le Syllabus (2) ; conséquence funeste, comme l'a remarqué le concile du Vatican, de a l'abandon et de l'apostasie de la religion chré-
I. Encyclique Mirari vos, i5 août 1882 ; Denzinger, n. i6i3 (1470). — 2.Prop. 3 : (( La raisonhumaine, indépendamment de toute relation avec Dieu, est l'unique arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal ; elle est à elle-même sa loi, et par ses seules forces naturelles elle suffit à procurer le bien des hommes et des peuples. » — Prop. 4 : « Toutes les vérités de la religion découlent delà force native de la raison humaine, qui est la principale règle permettant à l'homme de pouvoir acquérir la connaissance de toutes les vérités de quelque genre qu'elles soient. » — Prop, 50: « Les loic morales n'ont nullement besoin d'une sanction divine et il n'est pas nécessaire que les lois humaines soient conformes au droit naturel ou reçoivent de Dieu leur force obligatoire. » — Prop. 67 : « La science des mœurs et les lois civiles peuvent et doivent s'écarter de l'autorité divine et ecclésiastique, w — Prop. 58 : « 11 n'y a pas d'autres forces à reconnaître que les forces matérielles ; toute la discipline des mœurs et ITionnêteté doivent avoir pour but d'accumuler les richesses par n'importe quel moyen et de satisfaire les plaisirs. » — Prop. 09 : « Le droit consiste uniquement dans le fait matériel ; tous les devoirs humains sont un mot vide de sens ; tous les faits humains ont force de droit. » Denzinger, n. 1 703-1 704 (i55o-i55i), 175G-1759 (i6o4- 1607),
tienne, de la négation du vrai Dieu et de son Christ, » la morale indépendante n'est elle-même que « la négation de toute règle du juste et du droit, » l'effort de la barbarie « pour détruire les fondements les plus essentiels de la société religieuse (i). »
C'est là oe que Léon XIII n a pas manqué de dénoncer et de condamner à son tour. Si la Franc- Maçonnerie n'a parlé tout d'abord que de progrès et de civilisation, d'amour des pauvres et du peuple, dans le seul but avoué d'améliorer le sort de la multitude et d'étendre à un plus grand nombre d'hommes les avantages de la société civile, elle poursuivait autre chose. Léon XIII déclare qu'elle u répugne à l'honnêteté, » que ses fruits sont « pernicieux, » car tous ses effets tendent à u détruire de fond en comble toute la discipline religieuse et sociale, qui est née des institutions chrétiennes, et à lui en substituer une nouvelle, dont le principe fondamental et la loi sont empruntés au naturalisme. »
(( En toutes choses, (prétendent les libres-penseurs francs-maçons), la nature ou la raison humaine doit être maîtresse et souveraine. Cela posé, s'il s'agit des devoirs envers Dieu, ou bien ils en font peu de cas, ou ils en altèrent l'essence par des opinions vagues et des sentiments erronés. Ils nient que Dieu soit l'auteur d'aucune révélation. Pour eux, en dehors de ce que peut comprendre la raison humaine, il n'y a ni dogme religieux, ni vérité, ni maître en la parole de qui, au nom de son mandat officiel d'enseignement, on doive avoir la foi. » — En religion, ils s'en prennent au magistère et à l'autorité de l'Eglise en faveur de l'Etat et rêvent de « constituer l'Etat tout entier en dehors des institutions et des préceptes de l'Eglise. » Ils accréditent la grande erreur du temps présent, qui consiste à « réléguer au rang des choses indifférentes le souci de la religion et à mettre sur le pied de