‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 44 sur 312 · RÔLE DE LA SOCIETE 9I · texte numérisé non relu

RÔLE DE LA SOCIETE 9I

lectivité. Elle « nous apparaît donc comme une réalité infiniment plus riche, plus haute que la nôtre (i), )) tout à la fois transcendante et immanente. Car, « en môme temps qu'elle nous dépasse, elle nous est intérieure, puisqu'elle ne peut vivre qu'en nous et par nous. Ou plutôt elle est nous-meme, en un sens, et la meilleure partie de nous-mcme, puisque l'iiomme n'est un homme que dans la mesure où il est civilisé (2). n Et ainsi la société, « en même temps qu'elle constitue une fin qui nous dépasse, peut nous apparaître comme bonne et désirable, puisqu'elle présente les caractères essentiels reconnus aux fins morales (3). »

2. La société est en outre une autorité morale. « On fera voir ensuite comment la société, en même temps qu'une chose bonne, est une autorité morale qui, en se communiquant à certains préceptes de conduite qui lui tiennent particulièrement à cœur, leur confère un caractère obligatoire (4). » « Car, qu'est-ce qu'une autorité morale, sinon le caractère que nous attribuons à un être, réel ou idéal il n'importe, que nous concevons comme constituant une puissance morale supérieure à celle que nous sommes. Or, l'attribut caractéristique de toute autorité morale, c'est d'imposer le respect ; en raison de ce respect, notre volonté défère aux ordres qu'elle prescrit, simplement parce qu'elle les prescrit. La société a donc en elle tout ce qui est nécessaire pour communiquer à certaines règles de conduite ce même caractère impératif, distinctif de l'obligation morale (5). »

3. En fait, point de règle morale qui ne provienne de facteurs sociaux déterminés. Tous les systèmes de morale pratiqués par les peuples sont fonction de leur organisation sociale, tiennent à leur structure et varient comme elle. A chaque époque, ce que la conscience morale prescrit de réaliser, c'est le type idéal de l'homme tel que le conçoit la société ; et chaque société le conçoit à son image. « L'idéal du Romain ou l'idéal de l'Athénien était

I. Bulletin, toc. ciL, p. i3i. — a. Ibid.y p. i3i. — 3. Ibid., p. iSa. —4. Ibid., p. ii5-iiG. — 5. Wid.,p. i32-i33.

étroitement en rapport avec l'organisation propre do chacune de ces cités (t). »

G. Conclusions pratiques. — i. La morale est relative. — On ne peut pas vouloir d'autre morale que celle qui est réclamée par l'état social de l'époque où l'on vit. En vouloir une autre que celle qui est impliquée dans la nature de la société, ce serait nier celle-ci et se nier soimême. La morale est imposée par le milieu où l'on se trouve. Comme le dit M. Lévy-Bruhl, les règles d'action traditionnelle pèsent de toutes leurs forces sur les consciences. Nos obligations sont déterminées à l'avance et imposées à chacun par la pression sociale. La conscience commune est le foyer où les consciences individuelles s'allument.

2. Mais V individu a le droit de la modifier. S'ensuit-il « que si la morale est le produit de la collectivité, elle doive s'imposer nécessairement à l'individu, et que celuici soit réduit à l'accepter passivement sans avoir jamais le droit de se dresser contre elle et de la modifier (2) ? » Nullement ; car la société que la morale nous prescrit de vouloir, ce n'est pas la société telle qu'elle s'apparaît à elle-même, mais la société telle qu'elle est ou tend réellement à être. La conscience que la société prend d'ellemême dans l'opinion et par l'opinion, peut être, en effet, inadéquate à la réalité sous-jacente. Et, par exemple, il peut arriver que quelqu'un des principes fondamentaux de la morale soit pour un temps nié par la conscience publique. La science des mœurs peut appeler de cette conscience temporairement troublée à ce qu'elle était antérieurement. — Et, par exemple encore, de nouvelles tendances peuvent se faire jour à côté de la morale constituée. ((La science des mœurs peut alors nous apprendre à juger si ces tendances sont en rapport avec les changements survenus dans les conditions de l'existence collective et réclamées par ces changements, et, par conséquent, si elles luttent contre un état de choses qui est en train de disparaître. C'est la raison qui juge en ces matières, la raison impersonnelle, non la raison individuelle, la rai-

j. Balletm, loc. cit., p. i33. — 2. îbid., loc. cit., p. i63.

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