‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 47 sur 312 · Dulletin, loc. cil., p. 202. — 2. Ibid., p · texte numérisé non relu

Dulletin, loc. cil., p. 202. — 2. Ibid., p

l'âme religieuse qu'oat jailli les plus beaux élans de la charité dans le monde, c'est là un fait historique, lui aussi, et considérable, qui montre que la moralité a d'autres sources que le sentiment de la vie sociale. Une méthode positive n'a pas le droit d'écarter de tels faits.

3. La méthode sociologique est impuissante, même en face des faits qu'elle consent à examiner et à retenir. Qu'est-ce, par exemple, que la « réalité morale, » dont parlent les sociologues ? Analysant un acte moral, ils prétendent que l'idée de blâme ou d'éloge ne découle pas nécessairement de l'acte, en tant qu'acte, autrement dit que l'idée de sanction est extérieure à l'acte, n'a pas avec lui le rapport de conséquence à principe, et que, par suite, elle vient de la notion d'une autorité morale externe. « Cette manière de raisonner se comprend de la part d'un sociologue. Avec sa méthode positive, il ne peut considérer que des faits physiques, extérieurs. Il constate, par exemple, d'un côté, un meurtre, fait physique ; de l'autre, une autorité morale qui défend. De ce point de vue, il est évident que la sanction ne peut être qu'extérieure à l'acte ; de ce point de vue, l'autorité apparaît comme une autorité morale à laquelle il faut obéir, simplement parce quelle commande ou qu'elle défend. En considérant la nature intrinsèque de l'acte physique, on n'y trouve certainement aucune raison d'ordre ou de défense. Si la conscience morale commune, dans la recherche des éléments moraux d'un acte humain, n'employait que la méthode positive, il serait vrai de dire qu'elle se contente de constater les deux caractéristiques coexistantes de l'acte moral (bien et obligation), sans admettre entre elles un ordre de priorité, même logique. Mais les choses se passent-elles ainsi ? Est-il vrai que la notion de sanction soit extérieure à la notion d'acte moral ? 11 ne s'agit pas ici de sanctions positives apposées par la société à telles lois positives, sanctions qui pourraient être autres que ce qu'elles sont, simples moyens pour assurer l'exécution des lois ; mais il s'agit de la sanction en général. Or, l'idée de la sanction morale repose sur l'idée de justice distributive. Notre être appartient à la loi morale et il lui est dû, pour ainsi dire, tout

METHODE SOCIOLOGIQUE INSUFFISANTE Q-jf

entier. Si nous manquons à notre devoir, on peut dire que nous ne payons pas notre dette ; nous ne rendons pas à la loi ce qui lui est dû, et la justice est violée. Mais, pour n'être point acquittée, notre dette n'en subsiste pas moins ; et si la loi est souveraine, il faut qu'elle reçoive satisfaction d'une manière ou d'une autre. La sanction n'est donc pas quelque chose d'extérieur à l'acte moral, mais découle de cet acte comme la conséquence du principe.

(( Mais, dira-t-on, vous oubliez que l'obligation, sur laquelle sans doute se fonde la sanction, n'est pas un élément intrinsèque de l'acte, mais lui vient d'une autorité morale extérieure. Mais, répondrons-nous, d'où vient à cette.autorité extérieure ce pouvoir moral ? La méthode positive répond qu'elle constate seulement des faits et qu'elle ne peut pas aller plus loin ; mais, en faisant cet aveu, elle reconnaît qu'elle est une méthode incomplète. Il n'est pas vrai que nous obéissions à une autorité uniquement parce qu'elle commande ; nous lui demandons ses litres. 11 nous paraît incompréhensible que nous puissions être obligés à faire un acte, autrement qu'en raison du contenu intrinsèque de cet acte et de sa finalité : l'idée de bien domine l'idée d'obligation et lui est antérieure (i). »

3. La méthode sociologique est insuffisante en face de la liberté. Car, a en ne considérant dans l'acte humain que le côté physique, extérieur, le sociologue assimile la « réalité morale » à toute espèce de réalité ; il soumet les faits humains au déterminisme. Mais la question est de savoir s'il lui est permis de faire cette assimilation. 11 semble bien que non. L'homme se croit libre ; c'est là un fait, et un fait indiscutable que tout le monde est obligé de reconnaître. Se croyant libre, l'hommese croit indépendant d'une certaine manière et dans une certaine mesure du milieu social où il vit. Comment la science sociale démon trera-t-elle que la croyance à la liberté est une illusion? Pourra-t-elle faire une analyse si exacte, si complète des faits moraux, de manière à prouver qu'aucun de ces faits n'a pour origine la liberté (a) ? )>

1. Baylac, loc. cit., p. 273-274. — 3. Baylac, loc. cit., p. 276»

LB CATÉCHISMB. — T. T. y

gS LE CATÉCHISME ROMAIN

Ainsi donc la méthode positive de la sociologie laisse échapper inévitablement, dans l'analyse de l'acte humain, ce qui le constitue en propre, ce qui en fait le fond intérieur, vivant.

G. La conscience, d'après les sociologues. — I. La conscience morale commune. C'est elle, nous disent-ils, qu'il faut consulter pour construire la morale. Il faut donc la connaître et la bien interpréter. Or, c'est justement là qu'est le difficile. Qu'a donc pensé la conscience morale commune, dans le passé et dans les divers milieux, de la morale domestique, civique, professionnelle, contractuelle .^ Sous les formes variables qu'a-t-elle regardé comme fixe, permanent, universel ? Supposé qu'on arrive à le déterminer, cela vaudra pour le passé ; mais pour aujourd'hui et pour demain P Qui nous assure que cela restera ce que cela a été ? L'histoire ne le peut, ni l'observation. Et si on conclut qu'il en sera ainsi dans l'avenir, ce ne peut être qu'en faisant appel à un principe de métaphysique, en invoquant la permanence partout identique de la nature humaine. Mais précisément les sociologues se sont interdit de recourir à la métaphysique ; ils sont donc en opposition avec leur propre méthode.

2 . Vis-à-vis de la morale individuelle, ils nous assurent que la conscience commune n'a jamais regardé comme moral un « acte visant exclusivement la conservation ou le développement de l'individu ; » qu'elle déclare qu'on n'a de devoir envers soi que dans la mesure où l'on a des devoirs envers autrui. Est-ce vrai P La conscience morale commune ne peut être que la raison humaine pratique. (( Or, la raison déclare qu'il ne saurait y avoir des devoirs sociaux s'il n'y a pas d'abord des devoirs individuels. Gomment pourrait-on se sentir obligé envers autrui, si on ne se sentait obligé envers soi ? Gomment se sentir tenu de travailler au perfectionnement des autres, si on ne se sentait pas tenu de travailler à son propre perfec-

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