I . La Science et la Religion, Paris, 1895, p
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a pas, îl ne peut pas y avoir une morale scientifique, révélée par la science et certaine comme elle... Il va sans dire qu'une morale scientifique, quelle qu'elle soit et si habilement formulée qu'on la suppose, n'est pas et ne peut être la morale scientifique, encore moins la vraie morale (i). » Il est vrai que M. Poincaré avait déjà dit: « La morale et la science ont leurs domaines propres, qui se touchent mais ne se pénètrent pas. L'une nous montre à quel but nous devons viser ; l'autre, le but étant donné, nous fait connaître les moyens de l'atteindre. Elles ne peuvent donc jamais se contrarier puisqu'elles ne peuvent se rencontrer. Il ne peut pas y avoir de science immorale, pas plus qu'il ne peut y avoir de morale scientifique (2). »
On peut et on doit en dire autant de tout système de morale qui prétend se passer de toute idée religieuse ou métaphysique : il n'est pas et ne peut pas être la vraie morale. Et pourtant, depuis un quart de siècle, qu'ils sont nombreux ces systèmes ! La liste en est déjà longue, et tout porte à croire qu'elle n'est pas près de se clore. Mait c'est une preuve à retenir de la vanité de tant d'efforts et de
I . A. Bayet, La Morale scientifique, 2« édit., Paris, 1907, p. x et XI. Secrétan avait déjà écrit ce qui suit, Le principe de Morale, p. 96, sq. : « Un empirisme conséquent ne se risquera jamais à formuler une morale, car l'idée de la morale implique un idéal qui s'impose universellement à la pensée, en d'autres termes une obligation... Un homme qui entend son propre langage n'essayera jamais de tirer des faits, à l'expérience desquels il réduit toute connaissance, un droit qui s'élève contre les faits et qui prétend les régir. » — ti, La v(flew de la science, Paris, Flaïnn:iaripn, sans 4ate.
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la non-réussite de tant d'essais. Détruire est chose aisée, et les barbares s'y entendent assez bien ; mais bâtir, et bâtir solidement, voilà le difficile et, en morale, pouvons-nous ajouter, voilà l'impossible, dans la position qu'on a prise. Or, on n'a pas construit, ou du moins les constructions qu'on a proposées sont incomplètes, branlantes et ruineuses, faute de base solide, d'armature puissante ou de clef de voûte ; elles sont surtout impuissantes à assurer la moralité de la foule ; elles sont enfin absolument inefficaces comme instrument pédagogique (i). C'est dire par conséquent qu'on s'est
I. M. Del volve, préoccupé surtout de renseignement pédagogique de la morale, reconnaît franchement, et avec preuve à l'appui, que la doctrine de l'Eglise est une vraie « doctrine d'édification, tendant à édifier sur le fondement spirituel de la foi la vie morale tout entière. » Examen critique des con^ ditions d'efficacité d'une doctrine morale éducative, dans la Revue de métaphysique et de morale, 1908, p. 400. 11 reconnaît encore que la doctrine religieuse « est en possession de la fonction éducative depuis trop de siècles, qu'elle appartient à une technique dotée, par l'accumulation des expériences, d'une trop remarquable puissance d'enlacement des puissances de l'âme, instincts, sentiments, passions, imagination, activité mentale, pour qu'on puisse la rejeter en bloc comme erronée. » Ibid., p. 4o2. Et lorsqu'il se pose la question de savoir si le type catholique peut être remplacé, suppléé par le type laïque, il avoue qu'en fait il ne l'a pas été jusqu'ici et que « l'expérience en reste à faire. » /6id.,p. 5i8. Cette expérience se fera-t-elle et surtout réussira-t-elle ? Peut-être bien, pense M. Delvolvé. En attendant, il constate en ces termes le déficit de la morale laïque : « Dans l'enseignement des devoirs proprement sociaux, objet principal de son application, non plus que dans les deux cas de morale familiale et individuelle, notre morale laïque ne satisfait pas aux conditions d'efficacité posées par la psychologie de l'action. — Soit qu'elle »it re- CQurs à des explications aiialy tiques de diver? ordres, c^orit la
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abusé, qu'on a fait fausse route et qu'on a misérablement échoué.
Entre-temps la morale a périclité, et les mœurs ont baissé dans des proportions inquiétantes : chez les promoteurs de la réaction anti-catholique et antimultiplicité même énerve le pouvoir, soit qu'elle se tienne à des principes généraux plus ou moins tirés du Kantisme, irrémédiablement obscurs quand onles détache du système métaphysique où ils prennent leur sens, soit enfin que, avec une logique hardie, elle se détache de tout rationalisme d'origine religieuse et demande à la sociologie une unité doctrinale et une base rigoureusement positive : sous toutes ces formes, fidèle à la seule tâche de déterminer et justifier abstraitement des règles d'action, elle répudie comme vaine ou se montre impuissante à accomplir la tâche qui consiste à établir pratiquement le rapport de ses règles au dynamisme réel de la vie psychique ; de sorte qu'en dernière analyse, malgré l'intention opposée de la plupart de ses auteurs, elle aboutit, seulement à éclairer et à munir de prétextes et d'apparences morales l'intérêt individuel, entendu au sens étroit, c'est-à-dire la force active la plus superficielle, toujours en éveil à la périphérie de la vie psychique.. . La tâche négligée est précisément celle dont plus ou moins heureusement s'acquitte la doctrine religieuse. La réaction contre le dogme au nom de la vérité nous a entraînés à nier en même temps que la valeur des idées religieuses et de leurs substituts métaphysiques, la réalité même de la fonction que ces idées remplissent dans l'activité pratique, au lieu de nous borner à leur chercher, pour l'exercice de cette fonction, des équivalents moraux. — Pour la production efTective de la socialité morale, de la bonne volonté sociale, du désintéressement, comme pour celle de la résistance au désespoir, comme pour celle de l'acceptation volontaire de la discipline sexuelle, seule la doctrine traditionnelle fournit le mode d'idéation qu'exigent les dornées positives de la psychologie. Ce mode d'idéation s'impose à toute doctrine éducative et l'enseignement laïque doit, sous peine de renoncer à la fonction éducative, en fournir une adaptation nouvelle, d'accord avec les conditions présentes de la vérité. » Ibid., Revue de métaphysique, 1909, p. log-