‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 52 sur 312 · LA VRAIE SOLIDARITE III · texte numérisé non relu

LA VRAIE SOLIDARITE III

que chose du moins qui résiste à toute analyse et ne s'explique par aucune analogie, similitude ou comparaison. Dirai-je qu'il y a mieux encore, et que, dans la nature même, en histoire naturelle ou en physiologie, Yorganisme ou Y organisation, c'est la vie, et la vie, c'est ce que n'e:^pliqucnt dans l'être vivant ni la physiologie, ni la physico-chimie. On ne nous apprend donc rien quand on dit de la vie ou de la société des hommes qu'elles sont des organismes ; on n'énonce rien de précis ou de solide ; mais on se paie d'un mot, et ce mot, qui n'exprime, en physiologie même, que l'étendue de notre ignorance, n'exprime en morale ou en sociologie, que le besoin, d'ailleurs très humain, de parler pour ne rien dire.» Bru- XidWlive^ Discours de combat, iio\iY.?>QnQ, Paris, igoS, p. 75.

2. La vraie solidarité. — « Solidaires les uns des autres, oui, sans doute, nous le sommes ! Nous le sommes en tant qu'hommes, ou en tant que fils d'un même père. Aous le sommes encore en tant que citoyens de la même patrie. Nous pouvons l'être en tant que participants de toute profession librement choisie, de toute association librement consentie, de tout idéal librement partagé. Nous le sommes surtout en tant qu'exposés aux mêmes misères. Mais vouloir que nous le soyons de la manière que les cellules d'un même organisme le sont les unes des autres ; ou de la manière que la prospérité d'une espèce animale l'est de la diminution d'une espèce ennemie ; — ou de la manière que notre existence physique est solidaire des conditions qui la déloniiinoiit. de la qualité des airs, ou des eaux, ou des lieux ; — ou même de la manière que nous le sommes de ceux qui nous ont précédés sur le sol que nous habitons, et dont nous avons hérité les vertus ou les défauts, je dis qu'en dépouillant la solidarité de son caractère moral, c'est en faire une autre forme de la nécessité. C'est en méconnaître la vraie nature. C'est confondre les vrais noms des choses. Et c'est enfin s'engager, pour s'y perdre, en un dédale de contradictions infinies ou de logomachies inextricables, si la solidarité ne saurait pas plus se concilier avec la nécessité que le déterminisme avec la liberté, que l'abué-

gation avec l'intérêt, ou qu'encore la loi morale avec l'absence de toute obligation ou sanction. » Ibid., p. 82.

3. Question sociale, question morale. — a Nous admettons encore que la « question sociale » ne soit qu'une « question morale. » C'est le titre, aussi bien, qu'un philosophe allemand donnait naguère à l'un de ses livres, et assurément ce serait un grand point de gagné si jamais nous en comprenions toute la signification. La question sociale est une question morale (1). Gela veut dire, en effet, que l'on aura beau s'en flatter, il n'existe pas, il n'y aura jamais de moyens scientifiques de détruire l'inégalité des conditions parmi les hommes, — et après tout, faut-il souhaiter qu'il y en eût ? — mais il y aura toujours, il y a toujours eu des moyens moraux d'atténuer ce que les conséquences de cette inégalité ont de plus troublant encore pour l'esprit que de douloureux pour le cœur. Cela veut dire que le « contrat social » n'est pas un contrat d'assurances et que, par suite, aucun de nous ne saurait se décharger sur un pouvoir anonyme du fardeau de ses devoirs envers ses semblables, ni profiter des avantages de la société sans en subir ou sans en acquitter que les charges de finances. Et cela veut dire enfin qu'indépendamment des obligations de ne pas faire, il y eu a pour nous d'agir, dont la première est de travailler à détruire en nous la racine de l'égoïsme, qui est notre attache animale à la vie... Mais je ne traite pas ici la question sociale, et il me suffit d'avoir indiqué ce que l'on veut dire quand on la transforme en une question morale. Car on voit la conséquence, et qu'au lieu d'en chercher la solution dans les analogies de l'histoire naturelle, comme font nos sociologues ; ou dans l'extension tyranniquedes pouvoirs de l'Etat, comme font les socialistes ; ou dans Ja destruction de toute société, comme les anarchistes, on ne la trouvera pas non plus, cette solution chimérique, mais on n'en approchera qu'en la demandant à la morale de l'effort individuel. » Brunetière, La Science et la Religion, 12® mille, Paris, 1896, p. 87-92.

I, Ziegler, Die soziale Frage eine sittliche Frage, 1890.

Le Décalogue

Leçon IV' De la loi

I. La loi naturelle. — II. La loi écrite. — III. La loi èvangèlique. — IV. Enseignement du Catéchisme Romain.

Où trouver la loi morale, la règle des mœurs? " L'homme, pour se diriger comme il convient et comme il le doit, n'a-t-il qu'à se consulter lui-même ? Ou bien faut-il qu'il prête l'oreille à un enseignement venu de Dieu? — C'est à répondre à ces questions que va être consacrée cette leçon (i).

I. BIBLIOGRAPHIE : S. Grégoire de Nazianze, Poème théologique sur le Décalogue^ Pair, gr., t. xxxvii, col. 476 sq. ; S. Augustin, Qaœstiones in Heptateachum, II, lxxi. Pair, lai., t. xxxiv, col. 620 sq. ; Serm... viii, ix, xxxiii, cix, ccxlviii-ccli, t. XXXVIII, col. 67, 75, 207, 636, ii58 sq.; Cont. Fauslum, XV, iv; XIX, xviii, t. xLii, col. 3o6, SSg sq. ; Alcuin, De decem verbis Legis, Pair, lai., t. c, col. 667 sq. ; S. Pierre Damien, De decem plagis atqae Decalogo, Pair, lat., t. cxlv, col. 685 sq.; Hugues de Saint-Victor, Instii. in Decalogum, Pair. laL, t. CLxxvi, col. 9 sq. ; S. Thomas, Sam. iheol., I* 11^, Q. xciii sq. ; S. Alphonse de Liguori, Theologia moralis ; Gousset, Théologie morale, Paris, 1877 ; les récentes Théologies morales de Gury, Balleiini, Palmieri, Marc, Lehmkuhl. etc. ; Didiot, Morale sarnatarelle fondamentale, Paris, 1896 ; d'Hulst, ConJ. de iV.-D.; Carême de 1890 ; Janvier, Conf. de N.-D., Carême de 1909 ; Dictionnaire de Théologie, art. Décalogue,

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