LA LOI POSITIVE
pacité radicale à se suffire à lui-même dans la vie physique et dans la vie intellectuelle. D'où ces devoirs envers autrui : traiter les autres comme il entend être traité lui-même ; ne pas leur faire ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui fit. Moins encore peut-il nier sa dépendance vis-à-vis de Dieu. D'oii le devoir de reconnaître humblement et de proclamer loyalement cette dépendance, de rendre hommage à Celui de qui il tient tout, par un culte tout à la fois intérieur et extérieur, privé et public. Et ainsi, abstraction faite de toute loi positive révélée, la nature suffirait à lui notifier les principales obligations envers lui-même, envers le prochain et envers Dieu.
3. Mais il ne connaît pas toutes les applications des principes généraux. Car si la loi naturelle comprend des notions communes ou des prescriptions générales, d'une évidence irrécusable, partout et toujours les mêmes, elle peut donner lieu et donne lieu, en effet, à des applications plus ou moins immédiates. C'est dans cette application que la raison, qui est courte et non sans obstacles divers, peut faillir, beaucoup moins sans doute dans les conséquences prochaines qui sortent immédiatement des principes premiers et s'imposent comme eux avec une évidence presque égale, mais certainement beaucoup plus dans les déductions éloignées, où le lien logique apparaît moins clairement et n'est saisi que par les plus experts. Et c'est pourquoi la loi naturelle, immuable et ineffaçable dans ses principes généraux, reste sujette, aux yeux de la raison distraite ou troublée de Thomme, à des éclipses ou à des méprises (i).
111. La loi positive. — i. La loi naturelle notifiée ?. Sum. theol., I" ll«» , Q. xciv, a. 5-6.
Il8 LE CATECHISME ROMAIN
par une loi positive. Dieu, en élevant l'homme à Tordre surnaturel, a voulu ajouter à la notification de la loi naturelle, que l'homme reçoit delà création et de sa propre nature, une révélation surnaturelle de cette même loi. De là, dans Thistoire, la triple intervention de Dieu, rappelant à l'homme, en termes de plus en plus précis et dans une progression lumineuse sans cesse croissante, les obligations morales qui lui incombent à raison même de sa nature; car ces obligations naturelles et toujours impérieuses ne sont nullement détruites par 'élévation gratuite de l'homme à Tordre surnaturel; elles entrent tout simplement dans une sphère supérieure, où elles continuent d'avoir leur raison d'être et de s'imposer à la conscience. La grâce, en effet, ne supprime pas la nature : elle la suppose et la respecte tout en la surélevant.
2. En fait, r homme na Jamais vécu exclusivement dans r ordre naturel. C'est dès son apparition dans le monde qu'il a été introduit gratuitement dans Tordre surnaturel. Celui-ci a dû lui être positivement notifié par Dieu avec toutes les obligations qu'il entraîne. Mais, vis-à-vis des devoirs moraux, qui sont la conséquence nécessaire de la nature et de l'existence de Thomme et qui, en dehors de toute autre loi positive, auraient été les seuls, la révélation a joué le rôle de moniteur. Soit aux origines, d'Adam à Moïse, soit lors de la proclamation du Décalogue, soit à la prédication de l'Evangile, la révélation a maintenu et sauvegardé dans leur pureté, leur intégrité et leur plénitude, les préceptes primordiaux de la loi naturelle, en leur servant de promulgation et d'intimation plus pressante. Elle en a rappelé de plus en plus et de mieux en mieux Tautorité souveraine et le caractère sacré ; elle en a fixé Tinterprétation authentiijue ; elle en a précise'
IMMUTABILITE DE LA LOI NATURELLE Iig
OU déterminé certaines conséquences pratiques.