‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 56 sur 312 · IV. Immutabilité de la loi naturelle. — i. En · texte numérisé non relu

IV. Immutabilité de la loi naturelle. — i. En

elle-même, la loi naturelle ne souffre ni dispense, ni changement essentiel. Car elle est fondée sur l'essence et la nature des choses. Elle s'impose donc même à Dieu qui n'en peut suspendre les obligations. Sans doute, on allègue des faits qui semblent être opposés. Mais ces faits, comme l'a remarqué Didiot, montrent qu'il y a des exceptions, non certes au droit naturel lui-même, mais aux conclusions qui en dérivent. Car il faut se garder d'englober sous la formule de loi naturelle tout ce qui dérive des principes auxquels elle s'applique. On a cru voir, par exemple, une dispense du droit naturel dans le fait des enfants d'Adam s'épousant entre eux ; mais il n'y a là qu'une exception à un droit positif divin très justement dérivé du principe essentiel qui prescrit le respect et la chasteté dans la famille. On a cru en voir une autre dans la polygamie permise aux anciens patriarches ; mais il n'y a là qu'une exception à la loi positive de l'unité dans le mariage. On a cru enfin en voir une troisième dans la soustraction des trésors égyptiens par les Hébreux partant pour la terre promise ; mais il n'y a là qu'une légitime conséquence du droit de vivre, qu'une simple translation de propriété faite par Dieu, maître souverain de tous les biens.

2. Que penser alors de certaines dispenses accordées par l'Eglise? Il est certains points, en effet, par exemple les vœux, les serments, le mariage valide et non consommé, qui semblent appartenir au droit naturel, et dont pourtant l'Eglise, autorisée par Dieu, dispense quelquefois. Mais « il s'agit ici, non de prescriptions formelles du droit naturel, mais de conséquences émanées de lui, et formulées, promulguées, édictées surtout par le droit divin positif. Le droit naturel ne statue pas, en effet,

que les vœux et promesses, même solennels et jurés, soient irrévocables et irrémissibles, aussi bien quand ils sont au détriment que quand ils sont à l'avantage des consciences humaines et de la gloire divine. 11 ne statue pas que le mariage valide, mais seulement contracté, soit aussi indissoluble que le mariage suivi de ses effets ; ni qu'il doive être, en toute circonstance, absolument et inexorablement maintenu. C'est le droit divin positif, c'est le droit ecclésiastique surtout, qui promulguent l'inviolabilité des vœux, des serments, des mariages, dont l'obligation est quelquefois contrebalancée par de très graves raisons d'intérêt particulier ou général reconnues par le droit naturel lui-même...

« Que Dieu puisse dispenser de sa loi surnaturelle, par exemple de l'unité et de l'indissolubilité du mariage, c'est chose indiscutable : cette loi n'est-elle pas contingente, et l'histoire biblique n'offre-t-elle pas des faits certains de semblables concessions ? Ce qui est pareillement indiscutable, c'est qu'alors Dieu ne dispense point sans de très justes et de très graves motifs. Si parfois il en a trouvé de tels, il les a pris en considération pour faire fléchir la rigueur de sa législation surnaturelle. On connaît la célèbre permission accordée aux anciens de prendre plusieurs épouses et même de les répudier, en dépit de cette solennelle sentence portée à l'origine : « L'homme adhérera à son épouse, et ils seront deux en une chair. » Le droit divin positif avait donc d'abord rendu obligatoire une conséquence dérivée du droit naturel, mais non formellement contenue en lui ; et le même droit divin positif en donnait ensuite une dispense valide. 11 avait également dit : « Tu rendras tes vœux au Seigneur, )> ne distinguant pas entre ceux qu'on pouvait et ceux qu'on ne pouvait sagement exécuter ; et il avait ainsi complété le droit naturel exigeant l'inviolabilité des derniers. Or, plus tard, le Christ blâmait, au nom du décalogue, les vœux pharisaïques désavantageux aux vieillards que leurs fils négligeaient au profit du temple. Ce pouvoir de dispenser, pour de très graves et très justes causes, en certains points de droit divin positif, a été délégué par Dieu

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