‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 61 sur 312 · II. Notre Seigneur et le Décalogue. — i. Il en · texte numérisé non relu

II. Notre Seigneur et le Décalogue. — i. Il en

proclame le maintien définitif. Coepit Jésus facere et docere, est-il dit au livre des Actes (2); c'est sans doute l'ordre chronologique, c'est aussi l'ordre pratiquement logique, qui veut que les actions précèdent l'enseignement ou que la doctrine soit l'expression même de la vie. Dans son discours sur la montagne, Notre Seigneur a dit : u Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi et les Prophètes ; je ne suis pas venu les abolir, mais les accomplir (3) ; » et il ajoute, relativement à la Loi : « Je vous le dis en vérité, jusqu'à ce que passent le ciel et la terre, un seul iota ou un seul trait de la Loi ne passera pas . » Il maintient donc le décalogue dans son intégrité et il le déclare permanent. Parlant à des Juifs qui le connaissaient, il n'a nul besoin d'en énumérer les dix préceptes, et il ne les a jamais énumérés tous. Cependant, au jeune homme qui lui demandait le moyen d'arriver à la vie éternelle, il ne se contente pas de lui recommander d'une manière générale la pratique des

I. Sam. iheol; P II*, Q. cvn> a. 2. — 2. Ad., 1,1. — 3. Matth.\ V, 17.

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commandements, il en cite la moitié. Laissant de côté les trois. premiers et les deux derniers, il énumère les cinq autres dans Torde suivant : « Ta ne tueras point ; ta ne commettras point d'adaltère ; ta ne déroberas point ; ta ne rendras point de faux témoignage. Honore ton père et ta mère (i). » Saint Luc les rapporte dans le même ordre (2) ; mais saint Marc place en tête la défense de l'adultère et intercale avant le dernier celui de s'abstenir de toute fraude (3). Ainsi, dans ces trois listes, celui que nous appelons le quatrième se trouve à la suite des autres. Une telle énumération ne prétend pas à la rigueur d'un enseignement pédagogique, et n'exclut nullement les commandements qui ne sont pas cités. Ceux-ci gardent leur valeur et s'imposent au même titre que les autres, comme cela ressort sans la moindre difficulté de l'ensemble de la doctrine du Christ.

2. lien précise le sens et les renforce sar certains points. Ainsi, par exemple, il fait entrer dans le second la fidélité aux vœux et Ja prohibition du serment (4). Au cinquième il ajoute la défense de la colère et de l'injure contre le prochain (5). Au sixième, qui interdit l'adultère, il ajoute la prohibition qui fait Tobjet du neuvième commandement

I. Mailh.y XIX, 18-19. — 2. Luc, xviii, 20. — 3. Marc^x, 19. — 4- Matlh.yY, 33-34: <( Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : « Tu ne te parjureras point ; mais tu t'acquitteras envers le Seigneur de ton serment. » Et moi, je vous dis de ne faire aucune sorte de serments. » — 5. Matth., v, 21-24 : « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens: « Tu ne tueras point. » Et moi, je vous dis : Quiconque se met en colère contre son frère mérite d'être puni par les juges... Si donc, lorsque tu présentes ton offrande à l'autel tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'adord te réconcilier avec ton frère, n

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actuel (i). Il élargit celui de l'amour du prochain et en étend l'obligation même envers les ennemis (2).

Trois préceptes sont ainsi précisés et développés par Notre Seigneur, parce qu'ils étaient mal compris par les scribes et les pharisiens. Ceux-ci regardaient bien le parjure comme un péché, mais ils estimaient que le serment est quelque chose de bon en soi, qu'il faut l'employer souvent comme étant l'expression du respect envers la divinité. Par rapport à l'homicide et à Tadultère, ils pensaient que l'acte extérieur seul est défendu, et non le mouvement intérieur de la volonté qui porte à les commettre ; et ils avaient cette opinion sur Thomicide et l'adultère plus encore que sur le vol et le faux témoignage, parce que le mouvement de la colère et de la concupiscence qui portent, l'un à l'homi-; cide, l'autre à l'adultère, paraissent se produire en nous en quelque sorte naturellement, tandis qu'il n'en est pas de même du mouvement qui nous porte à voler ou à rendre un faux témoignage (3).

3. Il y ajoute quelques décisions nouvelles, qui pouvaient paraître contraires à certaines habitudes passées dans l'usage ou tolérées. Tel est le cas pour le libelle de répudiation. « // a été dit aussi: « Quiconque renvoie safemme^qu'illui donne un acte de divorce. » Et moi, je vous dis: Quiconque renvoie sa femme, hors le casd'impudicité, la rend adultère, et quiconque épouse la femme

i.Malth.,\, 27-28: n Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : « Ta ne commettras point d'adultère, » Et moi, je vous dis que quiconque regarde une femme avec convoitise, a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur. » — 2. Maith., v, 43-44 * « Vous avez appris qu'il a été dit : « Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. » Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent. » — 3. Sum, theoL, l^ U^, Q. cviii, a. 3, ad i.

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renvoyée commet un adultère (i). » Par là, Notre Seigneur supprime une licence accordée aux Juifs. Mais, en défendant de renvoyer l'épouse, remarque saint Augustin (2), il n'est pas allé contre la prescription de la loi ; car la loi ne dit pas : vous êtes libre de renvoyer votre épouse ; c'est pourtant là ce qu'il faudrait pour que la défense de la renvoyer fût contraire au précepte. C'est qu'en réalité la loi ne voulait pas que le mari renvoyât sa femme ; ce qui le prouve, c'est le délai ménagé parla rédaction même du libelle de répudiation, délai qui était de nature à permettre au mari de se calmer et de renoncer ainsi à son projet (3).

Un autre cas est celui du talion. « Vous avez appris qu'il a été dit : « Œil pour œil et dent pour dent. » Et moi, je vous dis de ne pas tenir tête au méchant (4)- » Ici la loi, qui du reste n'est pas inscrite dans le décalogue, avait assigné des limites à la vengeance pour qu'elle ne fût pas portée trop loin. Mais Notre Seigneur en a prévenu plus sûrement les excès, en l'interdisant d'une manière radicale (5).

D'autre part, en rappelant le quatrième commandement, il en a passé sous silence cette promesse caractéristique : « Afin que tes jours soient longs dans le pays que Jéhovah, ton Dieu, te donne. » Mais saint Paul l'a réintroduite en la transformant : « Afin que tu sois heureux et que tu vives longtemps sur la

I. Matth,, V, 3i-3a. — 2. Cant. Faustum, XIX, xxvi. — 3. Saint Augustin, loc. cit., remarque qu'en pareil cas un scribe, interprète et défenseur naturel de la loi, devait intervenir. C'est même lui qui, sous les yeux des parties intéressées, rédigeait le libelle. Il pouvait donc faire entendre des conseils de modération et de sagesse, prévenir des regrets tardifs, montrer les conséquences fâcheuses d'un tel acte, et servir ainsi d'obstacle au mal, de garantie au maintien du lien conjugal et à la stabilité des familles. — (x. Matth,, y, 38- 39. — 5. Cf. Sum. theol., I» II^^, Q. cvii, a. a, ad a.

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terre (i). )) Et saint Thomas (2) fait observer que les biens et les maux actuels ne tombent sous le mérite ou le démérite qu'autant qu'ils ont rapport à la rémunération future et que, par une raison secrète des jugements de Dieu, tels enfants pieux envers leurs parents meurent jeunes, tandis que des fils ingrats vivent longtemps. C'est sous la réserve de cette observation qu'il convient d'entendre la formule de nos catéchismes : Afin de vivre longuement.

[x. Il le résume en deux commandements. Notre Seigneur, en effet, a réduit tout le décalogue à ce double précepte fondamental, l'un primordial : l'amour de Dieu, l'autre secondaire : Tamour du prochain. Au docteur pharisien qui lui demande quel est le plus grand commandement, il répond : a Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C'est là le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras le prochain comme toi-même. A ces deux commandements se rattac fient toute la Loi et les Prophètes (3). » Tels quels, ces deux commandements ne se trouvent pas dans le décalogue lui-même ; mais celui de l'amour de Dieu est ainsi formulé dans le Deutéronome (4), et celui de l'amour du prochain dans le Lévitique (5). L'un et l'autre en tout cas résument parfaitement l'ensemble de nos devoirs. L'amour de Dieu par dessus tout et l'amour du prochain comme soi-même, voilà bien, d'après l'Evangile, le double fondement de la vie chrétienne (6). Et saint Augustin résumait le tout dans cette phrase : Dilige, et quod visfac.

I. Eph.t VI, 2-3. — 2. Sam. theol., II* IP«, Q. cxxii, a. 5, ad 4. — 3. Matth. XXII, 35-4o. — 4- Deat., vi, 4-5. — 5, Levit., XIX, 18. — 6. Cat. Rom., III, Proœm,, n. i, qualifie ledécalo gue de legum omnium summam et epilomen.

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III. Le Décalogue dans nos Catéchismes. — A. partir du xv" siècle, nos livres élémentaires d'instruction religieuse, — et nos catéchismes actuels ont maintenu la tradition, — ont eu soin, pour faciliter la mémoire du décalogue, d'en formuler les commandements en bouts rimes (i). La poésie n'en est pas riche, mais c'est un expédient pédagogique qui a son utilité. En voici un spécimen, auquel la formule actuelle n'a apporté que peu de changements.

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