‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 70 sur 312 · III. Devoirs imposés par la foi · texte numérisé non relu

III. Devoirs imposés par la foi

I. Avoir la vertu théologale de foi. — C'est là, dans l'économie actuelle de la Providence, une condition absolument indispensable pour la justification et le salut ou, selon l'expression de l'Ecole, une nécessité de moyen pour être justifié et sauvé. Per-

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sonne ne saurait se soustraire à cette nécessité, ni l'enfant, ni Tadulte, ni le païen, ni le chrétien. Rien au monde ne saurait en dispenser. Cette nécessité a été l'ojet d'une déclaration au concile du Vatican, basée sur un passage de l'épître aux Hébreux (i). (( Comme il est impossible sans la foi de plaire à Dieu et d'entrer en partage avec ses enfants, jamais personne n'a été justifié sans elle et, à moins d'avoir persévéré dans la foi jusqu'à la fin, aucun homme n'obtiendra la vie éternelle (2). » Bien qu'il ne soit question que de la foi, il s'agit dans cette déclaration de la vertu de foi, comme l'a afQrmé à deux reprises le rapporteur de la Députation de la Foi au concile (3). Et comme cette vertu est proclamée nécessaire pour tous sans distinction, il s'agit d'une nécessité de moyen. Du reste, que la vertu de foi soit nécessaire pour la justification et le salut, cela se comprend quand on se rappelle qu'elle leur sert de fondement et de racine, comme l'enseigne le concile de Trente (4). C'est sur cette vertu de foi que repose, en effet, tout l'édifice de la vie surnaturelle. Ne pas la posséder quand on est dans l'ignorance, c'est ce que saint Thomas appelle Vinfidélité négative (5). Dans ce cas, elle n'est pas à proprement parler un péché, mais simplement la conséquence du péché de nos premiers parents. Ceux qui sont infidèles de la sorte, ne sont damnés que pour d'autres péchés dont la rémission est impossible en dehors de la foi. ^

II. Faire des actes de foi. — Posséder la vertu de foi ne suffit pas, il faut encore en faire des actes :

I. Hebr., xi, G. — 2. Const, Dei Filins, c, m, § 5 ; Denzinger, n. 1793 (1642). — 3. Cf. Vacant, La Cnnstit. Dei Filias, Paris, 1895, t. II, p. 120. —II. Sess. YI, c. vi-vii. — 5. Sum. theoL, IlMlae, Q. X, a. I.

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c'est robligation de tout adulte conscient, c'est-àdire parvenu à l'âge de discrétion et jouissant de l'usage delà raison. Car si, par suite d'une infirmité mentale, quelqu'un n'a jamais joui et ne doit jamais jouir de cet usage de la raison, son sort est assimilé à celui des enfants en bas-âge : il lui suffit d'avoir reçu au baptême la vertu de foi et la grâce sanctifiante pour être sauvé; à défaut de baptême, il se trouve exclu en fait de l'ordre surnaturel, dans l'incapacité radicale de pouvoir en recevoir la récompense, mais aussi dans l'heureuse impossibilité d'être condamné à l'enfer.

L'adulte en possession de sa raison et conscient de ses actes doit se rappeler que le fidèle im'obtient la couronne que s'il a lutté selon les règles. Il faut que le laboureur travaille d'abord avant de recueillir lesjruits. Si nous mourons avec lui (le Christ), nous vivrons avec lui; si nous persévérons , nous régnerons avec lui; si nous le renions, lui aussi nous reniera ; si nous lui sommes infidèles, lui reste fidèle (i). » Ceci revient à dire notamment que l'adulte ne doit pas se contenter de posséder la vertu de la foi, à l'état d'ornement ou d'instrument inutile, mais au contraire qu'il doit en user ou en faire des actes. Il doit vivre de la foi et faire de sa vie la traduction voulue de sa foi. C'est sans doute là la vie du juste (2), du juste qui juge tout et n'est jugé par personne (3), qui se met exactement au point de vue divin, mais telle doit être la vie de tout baptisé.

Quand saint Paul affirme que « sans la foi il est impossible déplaire à Dieu (4), » il a soin d'indiquer certaines vérités auxquelles il est nécessaire de croire pour être justifié et sauvé. La question qui se pose

I. II Tint., Il, 5-i3. — 2. Hebr.^ 11» 4. — 3. I Cor,» 11, i5. — 4. Hebr,, xi, 6.

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n'est point de savoir quelle est la nature de cette foi actuelle, dont parle l'Apôtre, car, du moment qu'elle mène à la justification et au salut, il ne peut s'agir que de la foi surnaturelle, mais bien de connaître sur quel minimum de vérités elle doit porter. Or, cet acte de foi surnaturel constitue une obligation générale, une nécessité de précepte qui s'impose à tous, à ceux qui sont en dehors de la vraie foi pour qu'ils l'embrassent, à ceux qui ont déjà la foi pour qu'ils y vivent et y persévèrent.

III. Le cas des païens. — Gomment ceux qui n'ont jamais eu la foi, les païens par exemple, peuvent-ils faire un acte de foi aux vérités nécessaires au salut ? Un devoir impérieux leur incombe, celui de chercher d'abord la vraie foi. Mais, dans l'impossibilité de la connaître, comment se sauverontils? C'est le problème que nous avons déjà signalé au sujet de la grâce (i), et dont il convient de dire un mot au sujet de la foi.

I . Ecartons d'abord la solution de La Mennais et de son école. La Mennais croyait que les vérités nécessaires au salut sont celles que la raison formule dans les premiers principes de l'ordre intellectuel et moral ; que ces vérités-là ont été manifestées aux hommes par la révélation primitive et se sont gardées infailliblement dans . la tradition de tous les peuples. Or, dit Vacant (2), « cette théorie est tout à fait inadmissible ; car on peut lui reprocher trois graves défauts. Elle confond les données fournies (par la raison avec les données fournies par la révé- [lation. Elle présente toutes les religions comme infaillibles. En conséquence, elle les regarde aussi

I. Voir t. m, p. 466 sq. -— 3. La Constit. DeiFilius, t. 11, p^

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comme étant toutes bonnes, et ne voit entre elles que des différences de développement. De là à penser que la véritable religion n'a ni une autre doctrine, ni d'autres droits que les fausses, il n'y avait qu'un pas. Ce pas, La Mennaisl'a fait sans hésitation. Le traditionalisme s'est ainsi uni au libéralisme catholique, et tous deux ont été également condamnés par l'Eglise. ))

2. Moyens extraordinaires. Même au sein du paganisme, et Ton peut en dire autant de l'hérésie et du schisme, peuvent se rencontrer des âmes droites, des cœurs honnêtes, des esprits sincères, dont la bonne volonté ne saurait être abandonnée par Dieu. En toute hypothèse, ils doivent avoir la possibilité de connaître et de croire par un acte de foi surnaturelle les vérités absolument nécessaires au salut. Point de difficulté sur ce principe général. La difficulté est de savoir comment, en dehors de tout enseignement révélé, de toute connaissance de la vraie religion, ils peuvent parvenir à faire cet acte. C'est ici que Dieu intervient souverainement et, s'il le faut, miraculeusement (i). La foi venant par l'ouïe, Dieu peut envoyer à ces âmes de bonne

I .« Dieu les aide d'abord à éviter le péché. S'ils abusent des lumières naturelles et des grâces par lesquelles il leur facilite l'accomplissement des devoirs dont ils se rendent compte, s'ils tombent ainsi dans des fautes personnelles, ils méritent la damnation ; ils s'attirent par conséquent à euxmêmes la privation du ciel et des moyens d'y parvenir. Ils mettent ainsi obstacle aux grâces surnaturelles que Dieu leur aurait données pour croire. Ils ne sont pas coupables de leur infidélité dont ils ignorent la malice, mais ils sont responsables de la perte de leur salut, en raison des péchés mortels auxquels ils ont librement consenti. Si ces hommes répondent, au contraire, aux premières avances de Dieu, s'ils ne mettent pas eux-mêmes obstacle à leur salut par des péchés graves, Dieu leur accordera les moyens de parvenir à la foi indispensable pour les justifier. » Vacant^ loc, ct7.,t. ii, p. il^i.

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volonté un prédicateur de l'Evangile ; à défaut d'instrument humain, il peut lui-même recourir au miracle ou communiquer par une révélation personnelle la connaissance de ces vérités nécessaires et aider par sa grâce ces âmes de bonne volonté à formuler l'acte de foi indispensable. C'est la solution bien connue de saint Thomas et de toute l'Ecole avec lui.

3. Moyens ordinaires. Mais, en dehors de ces moyens extraordinaires et miraculeux, n'y en a-t-il pas d'autres, plus conformes à l'ordre habituel de la Providence? Oui, certes, pense avec raison Vacant (i). Car, pour faire l'acte de foi nécessaire à la justification et au salut, l'homme doit d'abord connaître les vérités à croire ; il faut que ces vérités lui soient connues par une révélation divine et que cette révélation elle-même soit certaine à ses yeux ; il faut enfin qu'il donne son assentiment à ces vérités à cause de l'autorité du Dieu révélateur. Or, ces conditions peuvent se réaliser dans l'ordre ordinaire de la Providence.

La première, en effet, celle qui veut que les vérités de nécessité de moyen soient connues comme révélées par Dieu, se trouve remplie dans les sectes chrétiennes, chez les juifs et les musulmans ; car on y croit que Dieu les a révélées. Telle était jadis la solution de de Lugo pour le judaïsme, le mahométanisme elle paganisme gréco-romain. Aujourd'hui .que nous connaissons les religions de l'Orient et des ipeuples païens, nous pouvons appliquer la même isolution au bouddhisme, au brahmanisme et même !au fétichisme ; car ces religions se donnent pour fpositives, pour l'œuvre de la divinité et non des ,hommes. De graves et multiples erreurs s'y mêlent

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