PECHES CONTRE LA FOI I
idoles ou qui leur avaient offert de l'encens et de ceux-là même qui avaient acheté des juges païens une fausse attestation d'obéissance aux édits de persécution, et qui, après les jours de danger, venaient assurer aux évêques qu'ils n'avaient pas vraiment et réellement abandonné la foi, mais qu'ils l'avaient soigneusement gardée sous les dehors de l'apostasie ou de l'hérésie. On sait aussi avec quelle juste sévérité l'opinion catholique s'est prononcée dans tous les temps contre les pasteurs mercenaires que le Sauveur nous montre fuyant à l'approche du loup, et que déjà le prophète Isaïe accusait d'être lâches comme des chiens incapables d'aboyer. Une multiple et très grave malice caractérise essentiellement cette apparente désertion de la foi, et la rend mortellement coupable aux yeux de Dieu et au jugement des consciences éclairées. Elle est un déshonneur, une injure, un outrage, infligés à l'auteur et consommateur de notre foi, au divin témoin qui a jugé bon de nous enseigner solennellement des vérités dont un lâche disciple veut être ou semble être le négateur et le contempteur devant les hommes. — Elle est un scandale très nuisible pour l'Eglise atteinte dans sa doctrine, pour les âmes faibles, presque toujours ébranlées par un exemple même peu autorisé, pour les incroyants inévitablement encouragés dans leur résistance à la foi. — Elle est une flétrissure librement et formellement subie par le traître, qui se l'impose à soimême en se montrant lâche jusqu'à l'apostasie ou hypo- I cri te jusqu'au degré le plus honteux. » Didiot, Morale surnaturelle spéciale, Vertus théologales, Paris, 1897, n. 355-356, p. 261-262.
2. Que penser de la fuite devant les persécuteurs ? — « Si l'on était toujours obligé de proclamer sa foi quand une occasion quelconque s'en présente ; si l'on était toujours assuré d'être assez énergique, assez patient, pour ne point défaillir dans les épreuves et les tourments affrontés pour elle ; si V/)n avait toujours une obligation stricte de rester à son poste dès qu'il est périlleux ; s'il était toujours mieux d'exposer sa vie ou sa liberté que de les réserver pour le service de Dieu et de
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l'Eglise, on ne devrait jamais songer à fuir en présence des adversaires de la religion révélée, et la fuite équivaudrait à une apostasie plus ou moins formelle. Mais il s'en faut de beaucoup que les choses aillent ainsi. Le fait même de s'éloigner est fréquemment une preuve de fidélité, car les traîtres demeurent et abjurent. La prudence veut qu'on ne s'impose pas inconsidérément des épreuves trop dures, des tentations trop captieuses, des bravades inutiles pour la gloire de Dieu ou pour le salut du prochain. Le bon sens ordonne de conserver sa vie et son indépendance, lorsqu'elles seront plus profitables à la défense de la vérité que ne le seraient la captivité ou la mort. La saine morale enseigne que le précepte positif de confesser sa foi n'oblige pas à chaque instant, mais seulement en des circonstances déterminées. De fait, le devoir de résister en face aux ennemis du catholicisme présuppose qu'il y aura des avantages bien plus sérieux à rester qu'à fuir, ou bien, ce qui revient au même, que la fuite fera un tort considérable à Dieu, au maintien de la religion et à l'édification des âmes. Cette fâcheuse hypothèse se réaliserait assez souvent s'il s'agissait d'un évêque ou d'un curé, d'un prêtre ou d'un laïque influents et instruits, qui laisseraient les fidèles à de terribles dangers de séduction, en les abandonnant à eux-mêmes. Souvent, néanmoins, la fuite des pasteurs vaudra mieux que leur martyre; et le droit naturel et le droit divin positif, proclamés par le Seigneur lui-même (Matth., x, 23) et suivis par de très illustres et de très héroïques confesseurs (saint Cyprien, saint Athanase), permettent et conseillent maintes fois de ne pas courir au devant des persécutions, de ne pas se déclarer à tout venant ni en tout instant, de se soustraire aux recherches, aux procès, aux supplices, et d'attendre en secret l'heure de la providence pour reprendre l'œuvre de la prédication évangélique. » Ibid.., n. 359 , p. 264-266.
3. La haine de la vérité. — ce Ces lois immuables de la vérité, sur lesquelles notre conduite doit être réglée, soit que nous les regardions en leur source, c'est-à-dire en Dieu, soit qu'elles nous soient montrées dans les autres hommes, soit que nous les écoutionâ parler en
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nous-mêmes, crient toujours contre les pécheurs, quoique en des manières différentes. En Dieu, qui est le juge suprême, elles les condamnent ; dans les hommes, qui sont des témoins présents, elles les reprennent et les convainquent ; en eux-mêmes et dans le secret de la conscience, elles les troublent et les inquiètent ; et c'est pourquoi partout elles leur déplaisent. Car, ni l'orgueil de l'esprit humain ne peut permettre qu'on le condamne, ni l'opiniâtreté des pécheurs ne peut souffrir qu'on la convainque ; et l'amour aveugle qu'ils ont pour leurs vices peut encore moins consentir qu'on l'inquiète. C'est pourquoi ils haïssent la vérité ; d'où vous pouvez comprendre combien ils sont éloignés de lui obéir. . .
« Ils haïssent la loi de Dieu et sa vérité ; qui doute qu'ils ne la haïssent, puisqu'ils ne lui veulent donner aucune place dans leurs mœurs ? Mais l'ayant ainsi détruite en eux-mêmes, ils voudraient la pouvoir détruire jusque dans sa source...
« L'insensé a dit dans son cœur : « // n'y a point de Dieu. » Il l'a dit dans son cœur, dit le saint prophète ; il 1 dit, non ce qu'il pense, mais ce qu'il désire ; il n'a pas iémenli sa connaissance, mais il a confessé son crime, on attentat. 11 voudrait qu'il n'y eût point de Dieu, parce ^u'il voudrait qu'il n'y eût point de loi ni de vérité... Il le faut pas espérer que la loi de Dieu se puisse détruire. 3ue feront ici les pécheurs toujours poussés secrètement le cette haine secrète de la vérité qui les condamne ? Ce qu'ils ne peuvent corrompre, ils l'altèrent ; ce qu'ils ne [peuvent abolir, ils le détournent, ils le mêlent, ils le falsifient, ils tâchent de l'éluder par de vaines subtilités. Et le quelle sorte ? En formant des doutes et des incidents, în réduisant l'Evangile à des questions artificieuses qui le servent qu'à faire perdre, parmi des détours infinis, la race toute droite de la vérité. » Bossuet, //« Sermon pour 'c dimanche de la Passion, Exorde et premier point.
A. La foi, source de vertu et de joie. — « Le premier acte de foi que l'âme a fait a mis de droit sous son japtême, ses sens, sa raison propre et tout ce qui s'y ré- 'ère, Vivant dès lors plus haut qu'elle-même, et opérant
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suivant un mode très supérieur à sa nature, elle commence de se transformer, et c'est d'abord ainsi qu'elle monte. Elle se dégage peu à peu de toute sa vie élémentaire ; elle échappe à ses ignorances natives, à ses erreurs survenues, à la tyrannie de son corps, de ses sensations, de ses imaginations, de ses rêves, et même à la captivité, souvent si étroite, de ses raisonnements humains. Elle prend du large et s'épanouit, éprouvant de plus en plus jusqu'où la vérité délivre. Ses appétits se règlent, ses passions se réduisent à l'ordre ; parce que son œil est simple, son cœur est innocent et sa vie entière lumineuse. Le monde lui paraît ce qu'il est; et, on la voit, en toute rencontre, aussi insensible à ses séductions que tranquille devant ses menaces. Elle triomphe de tout son orgueil; elle traverse et quitte tout sans dédain. Elle domine de si haut son homme extérieur, que toutes les fois que Dieu le veut, elle livre très volontiers cet homme aux nuits, aux labeurs, aux combats, aux souffrances. Pour elle, elle habite au-delà, tout occupée de ces choses célestes avec lesquelles seules elle aime à converser. C'est ainsi qu'elle est victorieuse, universellement et incessamment victorieuse; et ce qui, faisant d'abord sa force dans la lutte, devient ensuite le secret de sa victoire, c'est la fermeté de son assurance et la plénitude de sa paix.
« Aussi est-elle heureuse. La foi est un trésor de joie aussi bien que de vertu. « Heureux le sein qui vous a porté, et les mamelles qui vous ont allaité, » disait à Jésus- Christ la femme de l'Evangile. « Heureux bien davantage, repartit Notre Seigneur, ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent, » c'est-à-dire ceux qui ont vraiment et pleinement la foi. Croire à une créature peut être déjà si doux ! Qu'est-ce que-croire au Créateur, abandonner toute son âme à Dieu en échange de sa sainte parole, et dormir, en rêvant du réveil éternel, sur le sein tout ouvert de la vérité absolue ? Oui, le cantique dit bien que, sans parler même encore desineffables joies qu'on mérite, qu'on espère et qui sont promises, c'est là de quoi inonder une àme de délices ; et l'ivresse en est telle parfois, que c'est à se demander si l'on peut encore souffrir en ce
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monde, n Mgr Gay, De la vie et des vertus chrétiennes, 6® édit., Paris, 1878, t. i, p. 174-176.
5. La foi, source de paix et de lumière en face des mystères de la Providence. — « Les perfections de Dieu sont des abîmes : ses conduites tiennent de son essence, et il y en a de telles que personne ici-bas n'est capable de les sonder. Rien n'est moins rare que de le voir tout diriger, ce semble, à contre-sens. On dirait qu'il prend plaisir à désorienter notre esprit, à désappointer notre cœur, à décourager notre patience, à scandaliser même le bon vouloir que nous avons de compter sur lui pour toutes choses, de l'approuver quand même, et de le justifier obstinément aux yeux de quiconque attaque sa Providence ou doute de sa bonté. Il garde un silence opiniâtre, lorsque tout crie en nous qu'il est grand temps de parler et de manière à ce que tous entendent. 11 s'abstient et paraît dormir quand, depuis des années, nous trouvons on ne peut plus urgent qu'il agisse. Il est sévère, et parfois jusqu'à la rigueur, pour ceux qui travaillent à lui plaire, et que l'on voit d'ailleurs qu'il aime avec tendresse ; il semble au contraire tout passer à ceux qui ne le servent point, et demeurer comme insensible aux actes de ceux qui le trahissent ou le blasphèment. Ainsi fait-il dans le secret de la vie de chacun, et plus encore dans le gouvernement de sa chère Eglise. Sans doute, il a annoncé mille fois qu'il en userait ainsi, et l'Evangile nous fait comme une loi de nous y attendre. Malgré cela, on ne s'y habitue point et, chaque fois qu'il reparaît, le mystère des voies de Dieu nous renverse. La foi seule ici fait la paix, parce que seule elle fait la lumière. » /6tc?., p. 200-201.
Leçon VF
Premier Commandement
I. L'espérance, — IL La crainte. — lîl. Péchés contre l'espérance.
CE n'est pas inutilement que la foi pénètre dans une âme; elle y forme un foyer de lumière et aussi de chaleur et de mouvement (i). Tout ce qu'elle apporte, tout ce qu'elle montre à l'intelligence tend à susciter un élan de la volonté vers la béatitude. Et c'est le propre de la vertu théologale d'espérance de soulever l'âme et de l'élever vers Dieu, malgré bien des obstacles et au prix de courageux efforts, absolument confiante dans les promesses divines qu'elle sait être fidèles. Le don surnaturel qui nous en est fait gratuitement impose des devoirs et interdit des excès, dont il convient de dire un mot.
I. BIBLLIOGRAPHIE : Outre les auteurs déjà signalés en tête des deux leçons précédentes, voir : S. Thomas, Sum. theoL, Ih II«, Q. xvii-xxi ; S. François de Sales, Traité de l'amour de Dieu, L. II, c. xv ; Bossuet, Traité sur les états d'oraison ; d'Hulst. Conf. de N.-D.y Carême de 1892 ; Didiot, Morak s^r^at^rç^e spémk, Vf^rtus théologales ^ Paris, 18^7.
L^ESPÉRANCE NATURELLE l83