‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 83 sur 312 · I. L'Espérance · texte numérisé non relu

I. L'Espérance

1. L'espérance naturelle. — i. Il est naturel à rhomme d'espérer. « L'espérance est l'âme de la vie humaine. Il semble que si le soleil n'éclairait plus notre atmosphère, l'existence en ce monde nous deviendrait impossible. Nous vivrions plutôt cependant sans soleil que sans espérance. L'espérance est notre besoin le plus profond, le plus impérieux, le plus constant, le plus universel. Oiî elle naît, tout s'anime, oii elle persiste, tout se maintient ; où elle languit, tout s'affaisse ; où elle meurt, tout se glace et s'arrête. Elle est l'aiguillon de toutes nos entreprises, le soutien de tous nos travaux, le secret de notre patience, et l'arôme sans lequel nos joies même tournent au chagrin. Si elle ne souriait pas à nos naissances, on maudirait la venue du nouveauné ; et si son doux rayon ne dorait point la pierre de nos sépulcres, hormis ceux de nous qui auraient vécu sans avoir inspiré d'affection, — c'est presque dire hormis les monstres, — nul ne mourrait tout seul (i). »

2. Nature de l'espérance. L'espérance est une tendance impérieuse de notre nature vers un bien accessible, mais éloigné et difficile à saisir. Principe dynamique incomparable, elle met la volonté en mouvement, sous la pression du bien que lui présente l'intelligence, et lui fait faire effort, dans l'espoir fondé de se Tapproprier, en vue de l'utilité qu'il promet ou du plaisir qu'il provoque. L'acte qu'elle détermine suppose la connaissance du bien à atteindre, des obstacles à écarter, des difficultés à vaincre, et des moyens à prendre pour réussir. Acte et vertu d'espérance, bien qu'intéressés, sontparfai-

?. ^|. Gay, De la vie et des vertus chrétiennest t, x, p. u^u

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tement légitimes et d'une bonté morale indiscutable. « Il y aurait sans doute erreur grave à ne voir aucun amour au-dessus de l'amour d'espérance, à ne vouloir aucune affection désintéressée envers la très sublime et très admirable honnêteté de la perfection ou du devoir en soi. Mais il y aurait également erreur grave, sophisme intolérable, à penser que l'homme puisse et doive arracher de son cœur toute affection intéressée. Les orgueilleux prôneurs du désintéressement absolu et continuel sont aussi bien dans le faux que les odieux fanfarons de l'intérêt et de l'égoïsme à outrance. L'opinion mondaine a toujours oscillé, elle oscille plus que jamais, entre ces deux extrêmes ; seule, la doctrine catholique tient le vrai milieu qui est théoriquement inattaquable et pratiquement indispensable. L'espoir n'est pas tout, mais il n'est pas rien (i). » Ai

IL L'espérance surnaturelle. — i. Sa place entre la foi et la charité. Dieu, en élevant l'homme à l'ordre surnaturel, a tenu compte de ce sentiment intime, de ce besoin du cœur qui porte l'homme vers le bien, et l'a surnaturalisé. Avec la grâce qui, loin de détruire la nature, la perfectionne, il infuse dans l'âme la vertu d'espérance en même temps que celles de foi et de charité. Dans ce groupe de vertus théologales, l'espérance occupe le centre et sert de trait d'union entre la foi et la charité. Elle vient après la foi mais précède la charité. Elle n'est pas, comme la foi, la racine du salut, mais elle suppose nécessairement la foi, elle en procède, elle en sort normalement et pour ainsi dire physiologiquement. Car, pour désirer la fin surnaturelle et pour y

I. Didiot; Morale surn. spéc. Vertus théologales, n. 382, p. 283. Ces réflexions on le verra plus loin, s'appliquent aussi à Tespéranoe surnaturelle.

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tendre, elle doit la connaître ainsi que les moyens appropriés gui en rendent l'acquisition possible. Or, qui les lui suggère sinon la foi? qui lui indique la voie à suivre, les forces à déployer, les secours à utiliser, sinon la foi? C'est la foi, en effet, qui lui montre réalisable la conquête de la gloire béatifique par le bon emploi de la grâce et des sacrements ; c'est la foi qui lui sert ainsi de point d'appui ; comme l'a dit saint Paul, elle est « la substance des choses qu'on espère {i). » D'autre part, l'espérance précède la charité ; c'est dans Tordre ; car elle est un amour commencé, et elle prépare l'épanouissement complet de l'amour dans la charité. Elle n'égale donc pas la charité, qui est la reine incontestée des vertus, mais elle dépasse la foi comme la tige dépasse la racine.

2. Sa nature. D'après la définition ordinaire des catéchismes, l'espérance est une vertu surnaturelle par laquelle nous attendons de la bonté de Dieu la béatitude éternelle et les grâces nécessaires pour y parvenir. — C'est une vertu ou une habitude de l'âme, c'est-à-dire un principe d'action. — Vertu surnaturelle, elle dépasse absolument toute puissance naturelle, créée ou possible. Elle ne peut donc venir à l'homme que de Dieu par un pur effet de sa libéralité infinie, et elle lui est donnée gratuitement avec l'infusion de la grâce sanctifiante. — Elle réside dans la volonté surnaturalisée comme dans son » sujet, tant qu'on est dans la voie ; car, arrivée au | terme, c'est-à-dire à la béatitude, elle n'a plus lieu de s'exercer. En effet, dit saint Paul, « c'est en espérance que nous sommes sauvés ; or, à voir ce qu'on espère, ce n'est plus espérer ; car ce qu'on voit, pour- . quoi r espérer encore (2) ? » Elle est exclue aussi du

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