GARANTIES DE L^ESPERANCE
4. Elle est garantie par la mort de Jésus-Christ. Jésus-Christ, en effet, est « médiateur d'une nouvelle alliance, afin que, sa mort ayant lieu pour le pardon des transgressions commises sous la première alliance, ceux qui ont été appelés reçoivent Vhéritage éternel qui leur a été promis. Car, là ou il y a un testament, il est nécessaire que la mort du testateur intervienne (i). » Par son sang, nous avons « un libre accès dans le sanctuaire... Restons inébranlablement attachés à la profession de notre espérance, car celui qui a fait la promesse est fidèle {2). » C'est Dieu qui prédestine, appelle, justifie et glorifie. « Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais qui l'a livré à la mort pour nous tous, comment avec lui ne nous donnera-t-il pas toutes choses (3) ? »
tout c'est un écoulement de sa bonté qui fait tressaillir mon cœur dans les effusions de la tendresse.. . Mais quand le livre de ce monde sera fermé, quand la face trompeuse du siècle aura cessé d'étaler ses apparences, Dieu renoncera pour toujours à se morceler dans les choses. Il se retirera en lui-même, il ramassera dans la simplicité de son être tout ce qu'il avait répandu au dehors ; il rappellera tous ces émissaires chargés de raconter aux créatures ses perfections infinies. C'est en lui, en lui seul, qu'il faudra contempler en une seule fois et posséder tous les biens. Ah ! s'il est doux de recueillir quelques gouttes échappées de la source, que sera-ce de boire à la source même et d'y puiser à longs traits Tivresse des voluptés divines? » D'Hulst, Conf. de N»-D., Car. de 1892, Paris, 1908, p. 186-187.
I. Hebr., ix, i5-i6. — 2. Hebr., x, 19, 28. — 3. Rom., MU, 33. « -Ce que veut dire espérer ou demander au nom de Jésus-Christ. C'est sans doute alléguer Jésus-Christ à Dieu comme un titre; il en est un, et sa valeur est infinie. C'est encore s'appuyer sur lui comme sur un intercesseur fidèle et toujours excaucé, comme sur un avocat dévoué et assuré de gagner toutes les causes qu'il plaide. C'est se présenter à Dieu sous son couvert et en sa compagnie. Mais surtout c'est porter ce nom de Jésus en soi-même; c'est posséder régulièrement cç nom vivant de Fils dç Dieu, que la grâce
IV. Grandeur et beauté de Tespérance chrétienne. — Cette grandeur et cette beauté de l'espérance chrétienne lui viennent d'abord de ce qu'elle est en elle-même, des admirables rapports qu'elle éta- ' blit entre une créature de néant, qui n'est rien et ne peut rien, et Celui qui est tout et qui peut tout. Elles lui viennent aussi de l'étroite parenté qui fait du baptisé un membre vivant du corps mystique de Jésus-Christ ; car le Christ est notre tête ; il est luimême notre espérance (i), et c'est à lui que nous devons de pouvoir « nous glorifier dans l'espérance de la gloire de Dieu (2). )> Elles lui viennent enfin des incomparables énergies de patience, de courage et d'héroïsme qu'elle procure à l'âme en face de l'épreuve, de la souffrance et de la mort, surtout de la paix, de la joie et de la gloire dont elle l'inonde quand elle est aux prises avec l'adversité. Au chrétien qui espère, comme il doit espérer, qui pèse tout au poids de l'éternité, qui vit déjà dans le ciel et regarde cette vie comme un passage, comme une traversée périlleuse sans doute, mais qui entrevoit le port tranquille et sûr de l'éternelle félicité, que peuvent bien faire toutes les tribulations d'ici-bas ? Elles comptent à peine ; mieux encore il s'en réjouit et s'en glorifie, car elles sont l'aliment tout à la fois amer et doux de son espérance, qui ne trompe point (3). On comprend alors que l'espérance soit l'âme de la vie chrétienne par l'inébranlable con-
nous communique et qui nous fait entrer en participation réelle de l'éternelle filiation du Verbe. C'est être tout rempli de cet esprit filial qui procède en nos âmes de celte génération de grâce, et crier à Dieu, dans la vertu de cet Esprit sacré, crier de paroles, crier de cœur, crier d'action et de disposition : Mon Père, mon Père ! » Mgr Gay. De la vie et des vert, chrét., 1. 1, p. 298.
I* I Tim., i, I. — a. Rom., v, 2. — ^3. Rom., v, 5.
DIFF'ICULTÉS DE L*ESPÉRANGE igi
fiance qu'elle donne. « Ah ! la confiance ! c'est beaucoup plus que l'espérance, c'est le fruit déjà céleste d'une espérance ancienne et mille fois justifiée. C'est rinestimable expérience de Dieu, et la certitude profonde, affectueuse, pratique de sa fidélité, de sa bonté, de son inépuisable tendresse. C'est le sentiment toujours actuel de sa paternité et le culte le plus parfait qu'on puisse lui rendre. C'est la fleur de la vraie piété et le parfum même de la grâce (i). )>
V. Difficultés de Fespérance chrétienne. — Inébranlablement ancrée en Dieu, grande et belle au-delà de toute expression, l'espérance n'en a pas moins ses difficultés. Celles-ci naissent de la prospérité ou du malheur. Quand on est heureux sur la terre, il est malaisé parfois de se dégager d'une atmosphère caressante et tiède, toute imprégnée de bonheur latent et subtil, qui rive l'homme trop facilement à ce qui passe, jusqu'à lui faire oublier que la véritable félicité est par delà cette vie. Quand, au contraire, le malheur est venu s'installer au foyer de notre âme, et que tout semble impuissant I à l'en déloger, il est plus malaisé encore de faire triompher l'espoir en Dieu. Il faut pourtant que
j I. Mgr Gay, loc. cit., p. 820, continue ainsi : « L'âme confiante donne à Dieu une moisson qui le paie de tous ses labeurs. Il se repose en elle comme le vendageur au milieu de sa vigne, après qu'il en a récolté les raisins. Dieu est content j de cette âme, car il est libre désormais de la contenter elle- \ même comme il veut. Il est si sûr de nous, dès que nous sommes tout à fait sûrs de lui I Car ici tout est réciproque, et il n'y a rien comme la confiance pour mettre l'âme et Dieu en sympathie complète. Une vraie confiance en Dieu suffît pour rendre saint ; car la sainteté d'une créature, c'est la plénitude du règne de Dieu en elle. Or, la confiance attire Dieu dans sa créature ; elle l'oblige à y demeurer, et, en la lui livrant sans réserve, elle fait qu'il y est souverain et l'emplit jusqu'au comble. »
l'espérance domine les tristesses comme les joies, les larmes comme les sourires ; et comment y réussirait-elle, sans une culture intelligente, active et persévérante ?
Elle est, en effet, une vertu, c'est-à-dire un principe d'opération ; elle requiert donc des soins et un exercice appropriés, non seulement pour être conservée, mais encore pour être développée. C'est dans la foi, par la méditation et par l'étude, c'est dans les bonnes œuvres, par la mortification et la participation aux sacrements, qu'elle doit s'alimenter ; c'est par des actes fréquemment répétés qu'elle doit s'affirmer et se traduire, surtout quand certaines défaillances morales ou des tentations de désespoir cherchent à l'ébranler. Elle est, comme la foi, une vertu de combat ; et, comme la foi, elle doit être un instrument de victoire. Combat et victoire, où Dieu sans doute ne nous abandonne jamais, mais où il faut se dépenser soi-même, sans trêve ni merci, en dépit de tout et de tous, puisque la couronne de gloire est à ce prix.
VI. L'espérance est un devoir. — Elle est nécessaire au salut à tout homme, en tant que vertu théologale, au même titre que les vertus de foi et de charité. Car on ne peut être sauvé sans la grâce sanctifiante; et celle-ci, nous l'avons vu (i), introduit avec elle les vertus théologales. Quant à Tadulte, il est tenu, pour se sauver, de faire des actes de cette vertu théologale d'espérance. Cette obligation n'est pas expressément formulée dans le texte même du décalogue, mais elle y est comprise en termes équivalents. D'ailleurs, Dieu l'a exprimée sans l'ombre d'un doute par les promesses qu'il a faites. Combien