LA CRAINTE FILIALE
ment de la sagesse, selon le texte des Proverbes : Inilium sapienlix tlmor Domini {i) ; à la condition toutefois de ne voir dans ce commencement qu'une simple préparation qui consiste à éloigner du péché, selon le mot de l'Ecclésiastique : Timor Domini expellit peccatum (2). D'une manière plus positive, la crainte filiale, qui est un don du Saint-Esprit, est réellement le commencement de la sagesse, puisqu'elle est le premier des sept dons du Saint-Esprit, dans l'ordre ascendant.
IV. La crainte filiale, ainsi appelée parce que c'est la crainte des fils, des amis de Dieu, des justes, n'est pas inspirée par l'appréhension des châtiments, mais par l'horreur du péché, qui est le mal de Dieu, et qu'elle fuit. Elle procède de la charité et vise pour ainsi dire l'intérêt de Dieu ; elle se dirige vers Dieu. Comme elle l'emporte sur la crainte servile ! Car, à vrai dire, au regard de la foi, il n'y a qu'un mal : l'offense de Dieu ; et c'est ce mal que la crainte filiale repousse et évite.
Elle est le premier des sept dons du Saint- Esprit (3), et par là même le commencement vrai, réel, efficace de la sagesse. Elle marche de pair avec l'espérance, et l'une et l'autre se perfectionnent mutuellement ; mais tandis que l'espérance cesse, pour le juste, avec sa vie d'épreuve, la crainte filiale reste et pénètre avec lui dans le ciel, elle sera alors parfaite (4). Car, selon la remarque de saint Tho-
i.Prov., I, 7. — 2.EcclL,i, 27. — 3. Sam. IheoL, IP Il^e, Q.xix, a. 9. — 4. Ibid., a. II. Ici, saint Thomas précise. Saint Augustin se contente de dire : « Quant à cette crainte chaste qui subsiste à jamais, si elle continue dans les siècles futurs — et comment entendre autrement in sxculam sœculi — ce n'est pas la crainte qui frémit de l'invasion possible du mal, mais celle qui affermit dans le bien dont la perte est impossible. Car, du
mas (i), l'espérance implique une imperfection, dans ce sens que la béatitude à laquelle elle aspire est encore à venir, imperfection qui cesse dès que la béatitude est acquise ; tandis que la crainte filiale implique une imperfection qui tient à la nature même de la créature, en ce que celle-ci reste toujours à une distance infinie de son auteur, imperfection essentielle que le bonheur céleste ne peut pas faire cesser.
En relation intime avec la charité, cette crainte fdiale croît avec elle dans la même proportion. Elle est faite de révérence, de respect, d'amour. Au ciel sans doute, elle sera en pleine sécurité et n'aura plus à redouter la perte de Dieu, mais elle gardera envers Dieu le sentiment pénétrant de la petitesse que la créature, même glorifiée, éprouvera en face de la grandeur suprême. Sur la terre, elle a pour correspondante, parmi les béatitudes, la pauvreté d'esprit. Car par là même qu'on se soumet à Dieu, on cesse de chercher à se glorifier en soi-même ou en toute autre chose qu'en Dieu, soit en soi-même par l'orgueil, soit dans les biens extérieurs, double disposition qui appartient à la pauvreté d'esprit, puisqu'on peut entendre, par cette pauvreté, ou, avec saint Augustin, l'absence de l'enflure ou de For-
moment que l'amour du bien obtenu est immuable, cette crainte qui conjure le mal admet, pour ainsi dire, la sécurité. L'expression de crainte chaste désigne, en effet, l'impossibilité future de vouloir le péché, non plus l'inquiétude de la faiblesse qui tremble de le commettre, mais la tranquillité de l'amour assuré de l'éviter. Ou bien, si la possession certaine des éternelles et saintes allégresses exclut toute crainte quelle qu'elle soit..., cette chaste crainte, qui subsiste de siècle en siècle, exprime peut-être l'éternelle récompense où la crainte nous conduit, » De civ. Dei, XIX, ix.