‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 90 sur 312 · III. Péchés contre l'espérance · texte numérisé non relu

III. Péchés contre l'espérance

L'espérance est détruite par le fait même que la foi disparaît, car c'est sur la foi qu'elle repose comme sur son fondement. Mais elle peut être atteinte ellemême sans que la foi soit détruite, et elle l'est de deux manières opposées, par désespoir ou par présomption, c'est-à-dire par défaut ou par excès.

I. Désespoir. — i. Sa nature. Le péché de désespoir est un acte de la volonté se détournant de Dieu comme fin dernière, parce que Ton juge l'acquisition du bonheur éternel entièrement impossible pour soi-même. Que cette prétendue impossibilité porte sur la fin dernière ou sur les moyens nécessaires d'y parvenir, peu importe ; du moment qu'en présence d'une difficulté jugée insurmontable, on renonce, par découragement, à poursuivre sa fm, on commet un péché contre la vertu d'espérance, un péché de désespoir.

C'est là, sans doute, un acte positif de la volonté, mais qui suppose préalablement un jugement faux de l'intelligence. L'intelligence est dans le vrai quand elle estime que Dieu est le principe du salut et qu'il pardonne au pécheur, selon ce mot : « Nolo mortem impii, sed ut convertatur impius a via sua et vivat {'2). » Elle est dans le faux quand elle pense que Dieu refuse le pardon au repentir ou qu'il n'attire pas à lui, par sa grâce, le pécheur. En se conformant au premier jugement, qui est vrai, la volonté fait un acte bon d'espérance ; en se confor-

I. Sam. iheoL, II» U*^, Q. xix, a. 13. — a. Ezech., xxxiii, ii.

mant au second, qui est faux, elle commet un acte mauvais, un péché contre l'espérance (i).

2. Sa malice. En soi, le désespoir est un péché spécifiquement opposé au précepte surnaturel de l'espérance, en supprimant son terme final, la récompense éternelle, parce qu'on la croit inaccessible faute de secours divin ou par défaut de coopération personnelle. Il n'est nullement nécessaire qu'il y ait une négation absolue de la bonté ou de la miséricorde de Dieu, car ce serait tout d'abord nn péché d'infidélité ; il suffit que l'on croie que, dans l'état où l'on est et à raison de certaines dispositions, on ne peut pas compter sur la miséricorde de Dieu et qu'on n'y compte pas. C'est le cas de Gain s'écriant : « Mon crime est trop grand pour que je puisse en mériter le pardon (2). »

3. «Sa gravité comparée aux péchés d'infidélité et de haine de Dieu. Les vertus théologales, ayant Dieu pour objet, les péchés qui leur sont opposés impliquent d'une manière directe et principale l'éloignement de Dieu : tels sont l'infidélité, le désespoir et la haine. Mais si l'on compare l'infidélité et la haine de Dieu avec le désespoir, ces deux péchés sont en eux-mêmes, par leur propre nature, plus graves que le désespoir, parce que l'infidélité nie la vérité divine et renverse ainsi le fondement de l'édifice spirituel, et que la haine de Dieu met la volonté humaine en opposition directe avec la bonté même de Dieu, ce qui fait que ces deux péchés sont contraires à Dieu dans sa nature même, tandis que le désespoir provient de ce que l'homme n'espère point participer à la béatitude et n'est contraire à Dieu que dans le bien auquel il veut nous faire prendre part.

Mais, relativement à nous, le désespoir est plus

i . Sam. theol, îh 11^ , Q. xx, a. i. — a. Gen., iv* i3.

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