‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 9 sur 312 · I. Sum. theoL, I, Q. lxxix, a · texte numérisé non relu

I. Sum. theoL, I, Q. lxxix, a

l'homme va librement aux biens particuliers 7

bien, elle n'est pas nécessitée à le vouloir, elle peut l'accepter ou le repousser, elle est libre. La volonté ne se décide pas sans une raison suffisante, mais elle n'est pas à la merci des motifs et ne ressemble pas au fléau d'une balance, qui penche toujours du côté du poids le plus lourd ; elle est une puissance intellectuelle, un « appétit raisonnable, » qui requiert nécessairement un jugement pratique de la raison, mais qui arrête son choix, non sur le motif qui en soi est peut-être le meilleur, mais sur celui auquel elle donne sa préférence et qu'elle estime suffisant ; car, sous sa pression, l'intelligence aurait pu chercher d'autres biens, d'autres motifs, et la marge est assez grande entre les biens particuliers et le bien suprême pour permettre d'en trouver de meilleurs les uns que les autres. Mais non, la volonté ne laisse pas la raison chercher indéfiniment ; d'autorité, elle s'en tient à tel ou tel bien que la raison lui présente, à tel ou tel motif qu'elle lui donne (i) ; c'est elle, la volonté, qui donne

I. Le libre arbitre, dit saint Thomas, De veritate, Q. 2^, a. 6, est la puissance qui fait que l'homme peut juger librement. Or, dire qu'une chose est le principe d'un acte selon qu'il est fait de telle manière, n'est pas affirmer que cette chose soit le principe de cet acte considéré purement et simplement. Dire, par exemple, que la grammaire est l'art de parler correctement, n'est pas dire qu'elle soit purement et simplement la science du fait de parler; l'homme parle même sans connaître la grammaire ; mais c'est dire qu'elle est le principe de la correction dans le langage. De même, quand on parle de la puissance qui fait juger librement, on ne désigne pas celle qui fait juger purement et simplement, chose qui est le propre de la raison, mais celle qui fait la liberté dans le jugement ou le jugement libre, et ceci est le propre de la volonté. Il y a donc, remarque le P. Pègues, Comm. Jranc. de la Somme, Toulouse, 1909, t. iv, p. 599, dans ce jugement libre qui est par excellence l'acte du libre arbitre, un élément de connaissance et un élément d'appétition. C'est sans doute la raison qui juge et qui, par la sentence qu'elle porte, arrête définitivement l'enquête et permet de passer au choix du moyen cherché et à sa réalisation ; mais que la raison s'arrête ainsi, alors qu'elle pourrait continuer de chercher encore, ce qui constitue précisément la raison de

au jugement pratique sa force victorieuse. Comment et pourquoi ? C'est là sans doute un mystère difficile à pénétrer, mais c'est un fait de sens intime, dont chacun a conscience, qu'il faut bien admettre et qu'il n'est pas possible de nier.

Chaquejouretà chaque instant, l'homme réfléchit, délibère, se résout et agit, tout en sachant fort bien qu'il aurait pu faire autrement ; il se décide pour tel parti de préférence à tel autre, sans y être forcé ; pendant qu'il exécute sa propre décision, il sent qu'il peut à son gré la poursuivre ou l'abandonner ; et quand l'acte est accompli, il ne peut pas ne pas l'apprécier à sa juste valeur ; s'il le juge bon, il en ressent une satisfaction intime et il l'approuve ; s'il le croit mauvais, il en éprouve un sentiment d'inquiétude et de reproche et il le condamne. Pourquoi? Parce qu'il se sent libre, donc responsable. La liberté, c'est là son trait distinctif, son caractère propre ; mais elle n'est point partout en lui ; u elle habite les hauteurs que la raison éclaire et où Dieu peut faire luire aussi, quand il lui plaît, les clartés supérieures de la foi. Plus bas, dans la région sensible, c'est le domaine des impressions passives et des réactions fatales. La liberté n'y pénètre pas pour prévenir les sensations ou anéantir l'appétit ; elle intervient de haut, elle descend de son trône pour porter des ordres, non pour en recevoir ; elle visite l'être sensible, non pour se conformer avec lui, mais pour le régir ; elle s'approche de l'homme animal,

liberté dans le jugement ou la sentence, cela provient de ce que la faculté appétitive, la volonté, en acceptant le moyen proposé, alors qu'elle pourrait le refuser et obliger la raison à chercher encore, fixe elle-même et termine le conseil ou l'enquête. Si bien qu'en vérité c'est toujours le dernier jugement pratique que suit la volonté ; mais que ce jugement soit le dernier pratiquement, c'est elle, la volonté, qui le fait par son acceptation. Du même coup, se trouve ruinée la plus grande des objections formulée par le déterminisme intellectuel contre le libre arbitre. Il y a, sans aucun doute, une réelle détermination dans tout acte libre ; c'est en vertu d'un motif déterminé que l'agent libre choisit ; mais la détermination de pe motif est son œuvre propre, sa marcjue caractéristique.

Page 1