LE DESESPOIR 2O
funeste, car c'est par l'espérance que nous nous retirons de la voie du mal, c'est par elle que nous nous encourageons à la poursuite du bien. La perdre, c'est donc tout perdre. Aussi ceux qui la perdent s'éloignent-ils de toute espèce de bien : ils s'abandonnent à leurs passions, se précipitent dans l'abîme du vice et se ferment pour ainsi dire la porte du repentir et du salut (i).
I 4. Ses causes, la luxure, surtout le dégoût. L'espérance ayant pour objet un bien difficile, mais possible a obtenir par soi ou par un autre, il peut arri- ; ver que l'espérance de la béatitude fasse défaut à ^quelqu'un, d'abord parce qu'il ne la regarde pas 1 comme un bien difficile, ensuite parce qu'il ne croit j pas qu'il lui soit possible de l'obtenir, ou par luijmême, ou par le secours d'un autre. Or, la disposition qui nous empêche de goûter les biens spirituels comme des biens réels ou d'y attacher l'importance voulue, vient principalement de ce que le sentiment est vicié par l'amour des jouissances sensuelles. Car, du moment qu'on s'attache à cette sorte de jouissances, on s-e détache des biens spirituels et on ne les espère plus comme des biens difQciles. Et 3'est dans ce sens que le désespoir vient de la luxure.
Quant à l'autre disposition qui fait qu'un indiwdu
le croit pas qu'il lui soit possible d'obtenir un bien
tiifficile, soit par lui-même, soit par le secours d'un
jiutre, elle est l'effet d'un excès de découragement
'lui, une fois qu'il s'est emparé de la volonté de
homme, lui fait se persuader qu'il ne pourra
amais s'élever à un bien difficile quelconque. Et
omme le dégoût est une certaine tristesse qui
Icprime l'âme, il devient par là, lui aussi, une