‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 92 sur 312 · LB CATÉCHISME. — T. V · texte numérisé non relu

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cause d'où naît le désespoir. Mais comme l'objet propre de l'espérance est le possible, il s'ensuit que le désespoir provient plus spécialement du dégoût que de la luxure (i).

II. Présomption. — i. -Sa nature. A l'opposé du désespoir se trouve la présomption ; celle-ci pèche par excès et substitue à l'espérance, telle que Dieu l'a voulue et prescrite, une espérance particulière, déraisonnable. Ce n'est point, comme dans le désespoir, le mépris de la miséricorde divine, c'est le mépris de la justice divine par un attachement désordonné à Dieu, La présomption, en effet, est une confiance immodérée, un excès mal entendu d'espérance, par lequel on se permet de commettre le péché ou de différer sa conversion. L'excès peut porter sur les propres forces de l'homme ou sur le secours de la grâce. Quand on compte trop sur soi, la présomption consiste à tendre vers un bien qu'on regarde accessible par lui-même, alors qu'il excède les forces naturelles. C'est des présomptueux de cette sorte qu'il est dit : « Vous abaissez ceux qui présument d'eux-mêmes, et s'enorgueillissent de leur puissance (2). » Quand on compte trop sur le secours divin, la présomption consiste à prétendre obtenir par la grâce, dans des conditions impossibles, ce que la grâce ne

I. Sum, theoL, Ih IP, Q, xx, a. 4. Parmi les formes mortellement coupables du désespoir, Didiot, loc. cit., n. 436, p. 821, signale les suivantes : la préférence vue et voulue des plaisirs ou des intérêts temporels, au mépris des joies et des utilités surnaturellement promises par Dieu ; ïadhésion réfléchie aux passions ou doctrines qui mettent en danger sérieux la vertu d'espérance ; le consentement formel aux tentations directement contraires à la crainte de Dieu, à la reconnaissance envers ses bienfaits, au désir de sa grâce ou de sa gloire; la détestation volontaire des moyens naturels ou surnaturels qu'il nous donne pour atteindre notre fin, — a. Judith, vi, iS»

LA PRESOMPTION 21 ï

saurait procurer en pareille occurrence. C'est le cas de ceux qui espèrent obtenir le pardon sans repen- tir, ou la gloire sans mérites. Mais qu'on agisse par vaine gloire, en s'imaginant qu'on peut tout par soi-même, par des efforts purement naturels, ou par orgueil, en pensant que Dieu est comme obligé de pardonner, malgré l'absence de tout repentir, et de récompenser, malgré l'absence de mérites, il y a désordre et péché (i).

Ici aussi, la présomption est un acte positif de la volonté, mais elle procède d'un jugement faux. Car s'il est faux que Dieu ne pardonne pas au repentir, ou qu'il n'attire pas les pécheurs à la pénitence, il est également faux qu'il accorde le pardon de leurs péchés à ceux qui y persévèrent, ou la récompense de la gloire à ceux qui ne font pas les bonnes œuvres nécessaires pour la mériter (2).

2. Sa malice. Il est évident que si la présomption procède de l'infidélité, elle ne supprime pas la vertu d'espérance, puisque celle-ci est déjà détruite ; si elle procède d'ailleurs, elle peut coexister avec la vertu théologale de foi, mais elle n'en détruit pas moins la vertu théologale d'espérance, dont elle est la négation, et elle constitue un péché grave ; mais I péché moins grave que le désespoir, parce que, eu égard à la bonté infinie de Dieu, il est dans la nature divine d'user de clémence et de pardon plutôt que de châtiment et de rigueur. L'usage de la clé- . mence et du pardon convient à Dieu par sa nature même, tandis que l'emploi du châtiment ne lui convient qu'à cause de nos péchés (3).

Quant à la présomption, qui escompte le pardon divin sans repentir ou la gloire céleste sans mérites,

I. Sam. iheol, II» IP", Q. xxi, a. i. — 2. Ibid., a. 2. — 3. Ibid.

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elle appartient, à proprement parler, observe saint Thomas (i), à l'espèce du péché contre le Saint-Esprit, parce qu'elle entraîne la suppression ou le mépris du divin Esprit, au moyen duquel l'homme est retiré du péché,

3. Ses diverses espèces. Suarez (2) qualifie respectivement de pélagienne, de luthérienne et de calviniste, la présomption autorisée par l'erreur de Pelage, de Luther et de Calvin. Telle est la prétention de faire son salut par des moyens purement naturels ; telle aussi celle de le faire sans coopération aux moyens surnaturels ; telle enfin celle d'avoir Dieu pour complice dans les péchés que l'on commet. L'hérésie est inhérente à cette triple présomption et en fait un péché grave.

Moins grave, ajoute Didiot (3), mais plus absurde serait la prétention d'obtenir de Dieu des grâces équivalentes à celles de la très sainte Vierge, du Précurseur ou des Apôtres. Monstrueuse serait celle de multiplier ses péchés mortels et de prolonger sa vie de désordre sans lasser la miséricorde divine, et sans s'exposer par là même à manquer du temps et des grâces nécessaires pour se convertir.

4. Ses causes. La présomption qui consiste à s'appuyer sur sa propre vertu et à entreprendre comme possible ce qui dépasse les forces humaines, provient de la vaine gloire. Car quelqu'un qui est tourmenté du désir de la gloire est porté à essayer de parvenir à celle que ses moyens ne peuvent lui procurer, c'est-à-dire à ce qui est extraordinaire et nouveau, et qui, dès lors, excite puissamment l'admiration. Une telle présomption, saint Grégoire la qualifie de fille de la vaine gloire. L'autre présomption, celle

I. Sum. theoL, 11^ Il^e, Q. xxi, a. i. — 2. De spe, disp. II, sect. 3, n. 3. -- 3, Loc. cit., n. 439, p, 322.

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qui s'appuie d'une manière désordonnée sur la miséricorde ou sur la puissance de Dieu, et qui fait qu'on espère obtenir la gloire sans mérites et le pardon sans repentir, provient directement de l'or- 1 gueil, parce que le présomptueux, à cause de l'opinion avantageuse qu'il a de lui-même, se persuade que Dieu ne le punira pas ou ne l'exclura pas de la récompense, quelle que soit sa culpabilité (i).

j. La crainte et l'espérance. « Y a-t-il un ordre entre ces deux vertus? Oui, sans doute; mais il change avec les points de vue où l'on se place pour le découvrir. Dans l'ordre de leur généalogie céleste, Tespérance précède la crainte, comme la loi précède la sanction... Dieu cherche premièrement à produire l'espérance ; c'est elle d'abord qu'il a inspirée aux anges dans leur vie voyagère, et à notre premier père en le plaçant au paradis terrestre. En fait, depuis le péché, il n'en est plus toujours ainsi, et la crainte reprend souvent le pas sur l'espérance. Le Saint-Esprit lui-même la nomme le commencement de la sagesse ; et la loi ancienne, où elle tient tant de place qu'elle lui donne son caractère spécial, la loi ancienne précède la nôtre, l'annonce et la prépare. Dans la nouvelle alliance, au contraire, la grâce et l'amour abondent trop, pour que l'espérance ne recommence pas à l'emporter de beaucoup sur la crainte. Mais encore arrive-t-il souvent que, dans le cours d'une vie chrétienne, c'est la crainte qui, la première, arrache l'âme au mal et la ramène vers Dieu. Du reste, l'espérance est une vertu théologale, ce que la crainte n'est pas : à ce titre encore, on doit dire que l'une est supérieure à l'autre. Alais, d'autre part, la crainte est un des sept dons du Saint-Esprit, ce qui la rend supérieure à toutes les vertus morales et la classe très haut dans la hiérarchie de la grâce. Enfin, si on la regarde en son état parfait, et si on la juge d'après les actes dont elle devient alors la source, elle paraît n'être plus qu'une des formes de la charité, et,

i. S«m. iheol, II» îl^^, q, xxi, a. 4.

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comme telle, elle surpasse de beaucoup l'espérance. Aussi, tandis que celle-ci s'arrête de force, avec la foi, au seuil de la Jérusalem céleste, celle-là y entre de droit avec l'amour, et elle y reçoit comme lui la perfection de sa beauté, la plénitude de sa liberté et sa stabilité éternelle. » Mgr Gay, De la vie et des vertus chrétiennes, 6® édit., Paris, 1878, t. I, p. 21 1-2 12.

2. L'espérance chrétienne. — a L'espérance est le" cri intérieur de notre baptême, et comme l'activité de la conscience que ce baptême nous donne de nos incomparables destinées. Elle est la faim et la soif de notre être de grâce, le mouvement régulier de ces ailes surnaturelles que Dieu ajoute à notre âme au moment où il la justifie. Elle est le rayonnement pratique de la foi. Entre la gloire céleste et cette foi qui commence de nous en rendre capables, elle est ce qu'est la tige entre le germe qui la pousse et l'épi mûr qui la couronne ; elle est notre vertu d'ascension dans les clartés et les puissances divines, étant d'abord comme une magie sacrée exercée sur notre cœur par les attraits de Dieu, et une participation réelle de notre âme à sa force victorieuse. Elle tient par là à l'essence de notre culte et nous ajoute de plus en plus à cette Trinité adorable qu'elle nous fait, tout ensemble, honorer et conquérir. Elle est encore une sorte de communion à la vie voyagère de Jésus et à sa marche vers son Père céleste. Enfin, elle est la vie élémentaire et temporaire de l'amour. Evidemment elle n'a qu'un temps: l'amour seul ne meurt point. Mais, dans le temps, l'amour ne saurait se concevoir sans elle. Car l'union, qui est la fin nécessaire de l'amour, n'étant jamais consommée ici-bas, là où notre amour n'aspire plus, il expire, et aspirer, pour lui, c'est espérer. » Ibid,, p. 268.

3. Le repos en Dieu et l'espérance. — « Un jour Dieu fit à l'homme cette étonnante ouverture qu'il lui destinait son propre repos. Quel est ce repos de Dieu ? Dieu parle-t-il en figure ? S'agit-il pour l'homme du répons terrestre à goûter après les fatigues de ses œuvres ? Non, ce repos dominical, figure auguste du repos de Dieu après les six jours de la création, était institué dès longtemps

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avant la promesse dont nous parlons. L'œuvre divine était achevée,- le repos dominical institué, dès l'origine même des choses. Est-ce le repos de la terre promise ? Le repos, les puissances, la béatitude, ici-bas, dans une terre coulante de lait et de miel ? Non encore. La promesse d'un repos est bien postérieure à l'établissement d'Israël dans la terre promise ; et si Josué les avait introduits dans le vrai repos, jamais depuis lors il n'eût été question d'un i autre. Or, c'est depuis, c'est de nouveau que Dieu fixe un aujourd'hui, en disant longtemps après David : Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, si la promesse d'un repos frappe vos oreilles, gardez-vous d'endurcir vos cœurs. O homme, lève donc au delà des mondes, au delà des puissances et des gloires de toute patrie inférieure, lève jusqu'à l'infini, lève jusqu'à l'éternel, jusqu'à Dieu, tes magnifiques espérances ! On te parle d'une patrie, c'est la sienne; d'un royaume, c'est le sien ; d'une gloire, c'est sa gloire ; d'un poids éternel de gloire, c'est cet infini qui va t'engloutir. Etre déifié, reflet même de Dieu, son fils, son héritier, son éternel compagnon de béatitude, monte, monte toujours, aie la volonté magnanime de ne t'arrêter qu'aux pieds même de Dieu. Navigateur dans l'océan de la gloire divine, ne reconnais aucun rivage, ne consens à aucune limite, avance sans cesse et jette ton ancre solide et assurée jusqu'au delà du voile, dans l'intérieur, dans l'inaccessible lumière qu'habite Dieu ! » Doublet, Saint Paul, 2^ édit., Paris, 1876, 1. 11, p. 270-271,

ly. Légitimité et sainteté de respérance. — u On ,a reproché fort injustement à l'espérance de subordonner Dieu à l'homme, parce qu'elle serait tout simplement, lit-on, un acte égoïste de la volonté finie cherchant son plaisir et son utilité dans la bonté infinie. Mais si l'espérance théologale ne se refuse pas à se consacrer sans 'éserve, et toutes nos facultés avec elle, à ce Bien total lans lequel assurément elle trouve son avantage moral et icite ; si elle renonce, pour y atteindre, à tout ce qu'il .)lâme, à tout ce qu'il réprouve et condamne ; si elle ne •lie pas le moins du monde qu'il soit l'infiniment honlête, en même temps que l'infiniment utile et l'infini^

ment délectable; si, au contraire, elle conduit logiquement et nécessairement à l'amour complètement désintéressé de ce Bien absolument digne d'être aimé en soi et pour soi, avant toute utilité et toute délectation dérivant de lui ; si elle considère l'acte de charité parfaite comme un indispensable moyen pour ne pas tomber en perdition et pour ne pas sacrifier tout le plaisir et tout le profit qu'elle trouve en Dieu ; si, en un mot, elle est tout à fait cette espérance juste, raisonnable, sanctifiante, prescrite par la Révélation et enseignée par l'Eglise, nulle objection ne peut valoir contre elle, nulle tache d'égoïsme ne peut altérer sa complète, quoique secondaire, sainteté. )> Didiot, Morale surnat.spéc. Vertus théologales, Paris, 1897, n. 4i2, p. 3o2.

Leçon VIF

Premier Commandement

La charité : I. Sa nature. — IL Son objet. — III. Les actes de charité. — IV. Vices opposés.

APRES la foi et l'espérance, voici la troisième vertu théologale, la charité, qui couronne et parachève l'œuvre surnaturelle commencée par les deux autres. Dieu, qui est charité, a voulu que l'homme, élevé à l'ordre surnaturel, vécût tout spécialement par la charité. C'est par cette vertu surtout que l'homme ressemble à Dieu, l'imite, se rapproche de lui et s'unit à lui (i) ; c'est par elle qu'il mérite la récompense du ciel, la béatitude éternelle (2). Saint Paul en a parlé en termes inoubliables, montrant sa nécessité, sa valeur, ses qualités, sa durée et son triomphe dans la patrie : rien de plus beau.

I. BIBLIOGRA.PHIE : S. Bernard, De diligendo Deo; S. Thomas, Siim. iheoL, lia lias, Q. xxih-xliv; S. Alphonse de Liguori,Le château de VâmeyW^ et vn^ demeure; Mazzella, De virtuiibus infasiSy 3'= édit., Rome, 1884 ; Pesch, Prœlectiones dogmaticœ, Fribourg-en-Brisgau, 1898, t. vin ; Lahousse, De virtutibus theologicis, Bruges, 1900 ; Billot, De virtutibus infasis, Rome, 1901 ; Schiffini, De virtatibas infasis^ Fribourg-en-Brisgau, 1904; Dublanchy, article Charité, dans le Dict. de théologie. — a. Au t. III, p. 689-655, nous avons parlé du rôle de la charité dans le mérite ; nous n'y reviendrons pas ici.

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(( Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. — Quand j'aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères, et que je posséderais toute science ; quand j'aurais même toute la foi, jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. — Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, tout cela n'est rien. — La charité est patiente, elle est bonne ; la charité n'est pas envieuse, la charité n'est point inconsidérée, elle ne s'enfle point d'orgueil. — Elle ne fait rien d'inconvenant, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle ne tient pas compte du mal. — Elle ne prend pas plaisir à l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité. — Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. — La charité ne passera jamais. S'agitil des prophéties, elles prendront fm ; des langues, elles cesseront ; de la science, elle aura son terme. — Car nous ne connaissons qu'en partie, et nous ne prophétisons qu'en partie. — Or, quand sera venu ce qui est parfait, ce qui est partiel prendra fin. Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu homme, j'ai laissé là ce qui était de l'enfant. — Maintenant nous voyons dans un miroir, d'une manière obscure, mais alors nous verrons face à face ; aujourd'hui, je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme je suis connu. — Maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l'espérance, la charité ; mais la plus grande des trois, c'est la charité (i). »

1. 1 Cor., xni, i-i3. A rapprocher de cet éloge ce cri admirable de saint Paul : « Qui nous séparera de l'amour du Christ? Sera-ce la tribulation, ou l'angoisse, ou la persécution, ou la jaim, ou la nudité, ou le péril, ou Vépée... J'ai l'assurance que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de V amour de Dieu en Jésus-ChrisC Notre Seigneur, d Hom., vni, 35-39.

l'amour dans l'homme 219

D'une manière plus méthodique, saint Thomas analyse et précise tout ce qui a trait à la charité. II reste toujours le maître par excellence, dont nous allons reproduire renseignement (i), dans ses points principaux.

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