LA CHARITE PARFAITE
Hre parfaite dans aucune créature ; il n'y a que la :harité par laquelle Dieu s'aime lui-même, qui soit elle. Mais, dans le sujet qui aime Dieu, la charité !3st parfaite quand il aime Dieu autant qu'il lui est bossible d'aimer. Et cela a lieu dans trois condi- ;ions. D'abord, lorsque l'homme se porte toujours \Vune manière actuelle, au sens scolastique du mot, /ers Dieu de tout son cœur ; c'est là la perfection [le la charité dans la patrie ; mais, dans cette vie, à baison de la faiblesse de sa condition humaine, f 'homme n'a pas la possibilité de tendre toujours linsi vers Dieu par un acte incessant. — La charité est ;ncore parfaite quand l'homme se voue tout entier \m service de Dieu et à la méditation des vérités éternelles, en négligeant tout le reste, autant que le permettent les nécessités de la vie présente ; cette perfection est possible ici-bas, chez ceux qui joignent généreusement l'observation des conseils évangéli- [ues à la pratique des commandements ; elle n'est ionc pas commune à tous ceux qui ont la charité. — Elle est enfin parfaite lorsque l'homme place tout on cœur en Dieu d'une manière habituelle, de sorte [u'ilne pense et ne veut rien de contraire à l'amour livin ; cette dernière perfection est commune à eus ceux qui ont la charité (i).
3. Le minimum que requiert la charité parfaite ommune. Cette charité parfaite commune, qui intéesse tous les chrétiens, est l'acte par lequel on ime Dieu principalement pour lui-même, de malière à exclure toute affection au péché mortel ou oute volonté de le commettre. Cet acte renferme la louble perfection du motif et de l'efficacité, et cela luffit. Il n'est donc pas requis que tout motif d'ainer Dieu, autre que sa perfection infinie, soit posi-
i. Sum, iheoL, II» II", Q. xxiv, a. 8.
aSo LE CATECHISME ROMAIN
tivement exclu. Pourvu que la perfection infinie de Dieu soit finalement le motif qui prédomine, d'autres motifs peuvent s*y ajouter d'une manière subordonnée, comme ceux de l'espérance, de la reconnaissance ou de la crainte salutaire, sans que la charité cesse d'être parfaite. Il n'est ni requis, ni même possible qu'on écarte tout amour de soi ; l'amour de soi ne s'oppose nullement à ce que la charité soit parfaite, pourvu qu'il n'ait pas d'autre fin dernière que Dieu. Il suffit enfin que l'on écarte efficacement et en vertu du motif de la charité toute affection au péché mortel ou toute volonté de le commettre, car c'est là le seul obstacle en opposition formelle avec la charité parfaite. Donc, et ceci est important, ni le péché véniel non effacé, ni l'habitude du péché véniel, ni même l'affection à cette habitude ne constituent un obstacle à la permanence du strict minimum requis pour la charité parfaite (i).
4. Degrés dans cette vie de la charité parfaite. Cette charité parfaite commune, qui n'est pas nécessairement liée à la pratique des conseils évangéliques (2), pratique dont l'importance est indiscutable, parce qu'elle aide à mieux réaliser la charité parfaite et à la maintenir plus efficacement, — et qui peut exister et qui existe en dehors des états mystiques exceptionnels, qui même, pour si parfaite et si intense qu'elle soit, ne saurait comporter un amour de Dieu absolument désintéressé et exclusif de tout amour de soi, cette charité parfaite commune a des degrés, au nombre de trois : le degré des commençants, celui des progressants et des parfaits (3). ^
I. Sum. theol, II* II'% Q. xxiv, a. 10. la ; xliv, a. 4, ad s. — a. Sam. theol, II* II", Q. lxxxiv, a. 4. — 3. Ibid,, II* II", Q. XXIV, a. 9.