LA CHARITE ET LE DON DE SAGESSE
Dans chacun de ces degrés, le motif de l'amour
j de Dieu est le même, c'est la perfection infinie de
i Dieu. Ce qui les distingue, c'est que, dans ceux qui
; commencent, la charité consiste surtout à s'éloigner
du péché ; ceux qui progressent s'exercent en plus
à la pratique des vertus ; quant aux parfaits, ils
désirent tellement s'unir à Dieu et le posséder qu'ils
répètent avec saint Paul : « J'ai le désir de partir et
[d'être avec le Christ, ce qui est de beaucoup le meil-
ileur (i). » C'est ainsi, ajoute saint Thomas, que
j dans le mouvement d'un corps on distingue égale-
j ment ces trois degrés : dans le premier, il s'éloigne
du point de départ ; dans le second, il se rappro-
iche du terme ; dans le troisième, il tend à se repo-
iser dans le terme lui-même.
IV. Don de sagesse et septième béatitude. — I . Le don de sagesse correspond à la charité. La sagesse, en effet, qui fait que l'homme peut juger de tout d'après les règles divines, habite en nous par jla grâce du Saint-Esprit et occupe le premier rang parmi les sept dons (2). Elle réside essentiellement dans l'intelligence (3). Elle est spéculative et pratique (4) ; spéculative quand l'intelligence, éclairée par l'Esprit de Dieu, connaît d'une foi certaine et dans une mesure qui convient à sa destinée toutes iles choses spirituelles ; pratique, quand la volonté, enflammée par le même Esprit divin, tient toutes jses affections dans un ordre parfait et dans la disposition où elles doivent être pour que l'homme juge jsainement de tout ce qui a trait à son salut. Elle Irequiert l'état de grâce et ne peut pas exister avec •le péché mortel (5). Elle diffère par là du don de
I. Philip., I, 23. — a. Sum. theoL, II* 1I«, Q. xlv, t. i. — 3. Ibidn a. 2, — 4- Ibid., a. 3. — 5, Jbid., a* 8.
aSa LE GA'fEGHISME ROMAIN
sagesse gratuitement gratuit qui, étant accordé à quelqu'un pour le salut des autres, ne se trouve pas nécessairement en tous ceux qui possèdent la grâce sanctifiante (i).
2. La septième béatitude: « Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu (2), » est très bien appropriée au don de sagesse, et quant au mérite, et quant à la récompense. C'est d'abord au mérite que s'appliquent ces mots : « Heureux les pacifiques l » Car on appelle ainsi ceux qui font pour ainsi dire la paix, soit au dedans d'eux-mêmes, soit dans les autres ; et cela provient, dans les deux cas, de ce qu'ils remettent dans Tordre convenable les choses qu'ils pacifient. Saint Augustin l'a dit : « La paix est la tranquillité de l'ordre (3). » Or, c'est à la sagesse qu'il appartient d'ordonner les choses ; c'est donc avec raison qu'on lui attribue le pouvoir de pacifier. — C'est à la récompense que s'appliquent ces autres mots : « Ils seront appelés enfants de Dieu. » Ceux-là sont appelés, en effet, enfants de Dieu, qui participent à la ressemblance de son Fils unique et naturel, d'après ce passage : « Ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à être conformes à Vimage de son Fils (4), » qui est la sagesse engendrée. En participant donc à la sagesse, l'homme s'élève jusqu'à la filiation divine (5).
IL Objet de la charité
I. Précepte de la charité. — i. Il est double: Vun concerne Dieu, Vautre le prochain. Après la nature de la vertu théologale de charité, son objet : quelles choses doit-on aimer ? et dans quel ordre
I. Sam. theol.f II» Ilae, Q. xlv, a. 5. — 2. Matth., v, 9. — 3. Deciv. Dei, XIX, n. — 4- /?om., viii, 29. — 5. Sum. theoL, II> II", Q. XLV, a. G,
LE PRÉCEPTE DE LA GHARITé 233
doit-on les aimer ? La réponse à ces questions est contenue dans le double précepte tel que l'a formulé Notre Seigneur : « Ta aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit, Cest là le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. A ces deux commandements se rattachent toute la Loi et les Prophètes (i). »
Tout est là : ces deux préceptes, Tun sur l'amour de Dieu, l'autre sur l'amour du prochain, résument tous nos devoirs, et c'est avec raison qu'ils concernent Tun et l'autre la charité. Sans doute, le premier renferme virtuellement le second, aux yeux de tout homme réfléchi, comme une conclusion dans son principe ; mais, par égard pour ceux qui manquent d'instruction, le second a été explicitement formulé.
2. Le précepte de V amour de Dieu est admirablement formulé. Que l'on en prenne la formule dans le Deutéronome ou dans l'un des trois Synoptiques, il s'agit d'abord d'un amour total, car Dieu doit être aimé comme la fin dernière à laquelle tout doit être rapporté (2). Et cette totalité se manifeste dans les trois ou quatre expressions, dont se servent les auteurs inspirés. Saint Thomas les justifie ainsi : L'amour est l'acte de la volonté, qui est désignée ici par le cœur. En effet, de même que le cœur, en tant qu'organe corporel, est le principe de tous les mouvements du corps, de même la volonté est le principe de tous les mouvements spirituels, surtout en tant qu'elle se propose la fin dernière, qui est l'objet de la charité. Or, il y a trois principes d'action, qui sont mus par la volonté : l'intelligence désignée par le mot esprit ; la puissance appétitive
i. Matth, XXII, 37-40. — a. Sam, theol.f II» IK Q. xwv, a. k.
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inférieure, désignée par le mot âme ; et la puissance executive extérieure, désignée par le mot force ou vertu. Il nous est donc ordonné de diriger vers Dieu toutes nos intentions, ce qui est l'aimer de tout notre cœur ; de soumettre à Dieu toute notre intelligence, ce qui est V aimer de tout notre esprit ; de régler selon Dieu tous nos appétits, ce qui est l'aimer de toute notre âme ; et de faire tous nos actes intérieurs selon la volonté de Dieu, ce qui est l'aimer de toute notre force (i).
3. Le précepte de V amour du prochain est convenablement formulé, car on y trouve énoncés la raison et le mode de cet amour. Le mot prochain en indique la raison ; car le motif pour lequel nous devons aimer les autres par la charité, c'est qu'ils sont nos proches, tant en ce qu'ils sont naturellement l'image de Dieu qu'en ce qu'ils sont aptes à jouir de la gloire béatifîque. Comme toi-même indique le mode. Ceci ne veut point dire qu'on doive aimer son prochain autant que soi-même, mais d'un amour semblable ; et cela sous un triple rapport. D'abord, du côté de la fin, on doit l'aimer à cause de Dieu, comme on doit, à cause de Dieu, s'aimer soimême, afin que, par là, l'amour du prochain soit saint. Ensuite, du côté de la règle de l'amour, on ne doit jamais condescendre à ses désirs pour le mal, mais seulement pour le bien, de même que l'on ne doit satisfaire sa propre volonté que pour le bien, et par là l'amour du prochain est juste. Enfin, du côté du motif de l'amour, on ne doit pas l'aimer pour son utilité ou sa satisfaction propres, mais parce qu'on lui veut du bien comme on s'en veut à soi-même, et par là l'amour du prochain est vrai (2).
I, 5«m. theol, II«ïpe, Q. %u\t a, 5. — a, Ibidl.,Si, 7.