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tomber, en effet , dans une ruine spirituelle qui n'eut pas d'autre issue que la persévérance finale dans le mal et dans l'endurcissement du coeur. Le nom de simonie a été donné depuis lors au trafic des choses saintes.
La simonie est de droit divin ou de droit ecclésiastique, et , considérée dans cet ensemble que nous venons de par* courir , ou sacrilège ou tentation "^de Dieu , elle se réfère à l'irréligion, qui est' une espèce de vice opposé à la vertu de religion. Avant Tirréligion, nous avons vu la supersti-* tion. Ce sont là les vices qui attaquent soit le culte de Dieu, le culte de latrie, soit le culte de dulie, qui se référé aux saints > soit le culte d'hyperdulie, qui se réfère à la très* sainte Vierge. Que conclure pratiquement de ce simple catéehisme que je viens de vous faire, sinon que nous devons honorer Dieu en nous attachant aux pratiques autorisées par l'Église et que l'Église place dans sa litur* gie? Nous avons nos livres de prières approuvés par l'autorité diocésaine ; nous avons dans ces livres les prières du saint sacrifice, les prières des offices ecclésiastique^; nous avons sous les yeux , dans l'exemple des fidèles, la récitation du chapelet, l'exercice du chemin de la croix , mille autres dé volions approuvées , connues, respeelabl^^ pleines de grâces pour les âmeaj. Ëh bien I attachoos-oous à ces pratiques : les plus communes , les plus ancienoea sont les meilleures. Quand nous aurons quelques doutes sur un point , comme il ne faut pas nous exposer, en voulant honorer Dieu , à le déshonorer, à trahir l'honneur que nous lui devons , adressons-nous au directeur de notre conscience. Celle voie de Tobéissance, cette pratique de la soumission constitue elle-même le culte le plus agréable a Dieu. En honorant Dieu par la soumission de l'esprit et do cœurà Tautorité ecclésiastique, nous serons sûrS d'observer
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«t d'accomplir à la lettre ce précepte : « Écoute , A Israël, le Seigneur tou Dieu est un seul Dieu, tu n'auras pas d'autres dieux devant moi. » Non habébis deos aUenos coram me.
TRAITS HISTORIQUES
Origine et principe de Vidolàtrie ; les maux qu'elle a produits.
Le bois qui sert à la justice est béni, mais le bois dont on fait Tidole est maudit avec celui qui Ta façonné ; Tun , parce qu^il a fait une idole» et Taatre , parce qu'il porte le nom de Dieu , n'étant qu'un bois fra- S3e« Dieu a également en horreur l'impie et son impiété, et TouTrage sera traité comme celui qui Ta fait. Cest pourquoi les idoles des nations ne seront point épargnées , parce que les créatures de Dieu sont deieunes ainsi l'abomination , une tentation pour l'âme des hommes, et on piège sous les pas des insensés. L'essai des idoles a été un commencement de prostitution ; et leur iiïTention , la corruption de la YÎe fatunaine ; car elles n'étaient pas au commencement et elles ne seront pi^ à jamais. La vanité des hommes les a introduites dans l'univers; c'est pourquoi leur fin a été trouvée si prompte. Un père gémissant dans une douleur profonde fit l'image de son fils ravi soudainement; et il commença à adorer comme Dieu celui qui, comme homme, était mort un peu auparavant , et il établit pour lui , parmi ses serviteurs , >o culte et des sacrifices. Dans la suite des temps, cette coutume fanpie prévalut , l'erreur fut observée comme une loi , et les idoles forent adorées par le commandement des princes. Et les peuples qui étaient éloignés de leurs rois, ne pouvant les honorer publiquement» exposèrent en public leurs images apportées de loin, pour honorer par ^ coite, comme présent , celui qui vivait loin d'eux. Le travAii admirable des sculpteurs augmenta encore beaucoup le respect de la ttnHitode. Chacun d'eux, voulant plaire à celui qui l'employait, épnisa tout son art pour former une plus parfaite image, et la multitade, séduite par la beauté de l'ouvrage, appela Dieu celui qu'un peu snptravant elle avait honoré comme homme. Et telle fut Tillusionde U vie humaine , parce que les hommes» pour satisfaire à leur amour H à leur flatterie pour les rois » donnèrent aux pierre» et au bois 1» Mm incommunicable. Et il ne leur suffisait pas de s'égarer sur 1&
4t6 LE ClâTÉGfllSTB
science de Dieu; mais vivant au milieu d\in gnaid combat d'erteura, ils donnaient le nom de paix à tant et de si grands maux. Immolant leurs propres enfants, offrant des sacrifices ténébreux, célébrant des veilles pleines de fureur, ne respectant plus la vie , ni la chasteté du mariage , se tuant , se contristant les uns les autres par Tenvie ou par Tadultèrp. Et tout fut confondu ; le sang , le meurtre , le vol , la fourberie , la corruption , Pinfidélité, le tumulte, le parjure, la persécution des justes, l'oubli de Dieu, l'ingratitude, la souillure de l'âme , l'avortement, le désordre dans le mariage, et les dissolutions de Tadultère et de Timpudicité ; car le cule des infâmes idoles est la cause, le principe et la fin de tous les maux. Leur joie était de la fureur. Us ont prédit des mensonges, ils ont vécu dans l'injustice, ils se sont hâtés d'être parjures , parce qu'ayçint mis leur confiance en des idoles qui n'ont point d'âme , ils ne craignent pas d'être punis de leurs faux serments. Mais ils recevront la juste punition de leur double crime , parce qu'ils ont mal ju|[é de Dieu, s'adonnant à Tidolâtrie, et parce qu'ils ont fait de faux serments avec ruse, au mépris de la justice; car la puissance de ceux par qui ils ont juré n^est pas, et la peine marche toujours contre la prévarication de l'impie [Sagesse, xiv. 7. et suiv. }
Punition dtOchozîas pour avoir consulté Béelzébuh ; de Saûl^pour avoir consulté la pythonisse.
Or, après la mort d*Âchab , Moab secoua le joug d*Israël, et Ochozias tomba de la fenêtre d'une chambre haute qu'il avait à Samarie. Ochozias fut très-malade, et il dit à ses servitei^irs ; Ailes, consultez Béelzébub , le Dieu d'Accaron, pour savoir si je pourrai échapper à cette maladie. En même temps, Tange du Seigneur parla à Élie de Thesbé, disant : Lève-toi, et monte à la rencontre défi envoyés du roi de Samarie , et tu leur diras : Est-ce qu'il U'y a pas un Dieu dans Israël, puisque vous consultez ainsi Béelzébub, Dieu d'Accaron ? C'est pourquoi, voici ce que dit le Seigneur : Tu ne descendras point du lit sur lequel tu es monté, mftis tu mourras de mort
Et Élie s^en alla Élie se leva et descendit vers le roi, et
lui adressa ces paroles : Voici ce que dit le Seigneur :< Parce que .tous avez envoyé des messagers pour consulter Béelzébub, le Dieu d'Accaron, eonome s'il n'y avait pas un Dieu en Israël que vous puissiei consulter,
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fouf se TOUS lèTerez point dn lit sur lequel tous êtes monté; mais fons mourrez de mort. Ochozias moamt donc , selon la parole que le Seigneur avait dite par Élie, et Joram son frère régna en sa place , la seconde année de Joram, fils de Josaphat, roi de Jnda : car Ochozias n*aTait point de fils. (Liv. IV des Rois, c. i. )
Or, Samuel mourut, et tout Israël le pleura et Tensevelit en Ramatba, sa Tille. Et Saûl avait chassé de son royaume les magiciens et les ievins. Et les Philistins s^assemblèrent, et vinrent, et campèrent en Senam; et Saûl assembla tout Israël, et vint en Gelboé, et Saûl, vit le cunp des Philistins , et il craignit, et son coeur se troubla. Et il conuKa le Seigneur, et le Seigneur ne lui répondit point , ni par des WDfies , ni par les prêtres , ni par les prophètes. Et Saûl dit à ses serviteurs : Cherchez -moi une femme ayant Tesprit de Python, et jUrai àelle, et je rinterrogerai.Et ses serviteurs lui dirent : Il y a une iBBUBe enEndor qni a Tesprit de Python. U changea donc ses vêtements «t «e couvrit d^autres habits , et il s'en alla, et deux hommes avec lui» Et ils vinrent durant U nuit fers la femme ; et il lui dit : Consulte pour moi l'esprit de divination, et me suscite celui queje te dirai. Et la femme loi dit : Tu sais tout ce qu'a fait Saûl, et comme il a exterminé de la terre les magiciens et les devins; pourquoi donc épies-tu mon âme, afin que je sois mise à mort ! Et Saûl lui jura par le Seigneur disant : Vive le Seigneur! parce qu'il ne Tarrivera de ceci aucun mal! Et la femme lui dit : Qui évoquerai-je ? Lequel dit : Évoque-moi Samuel. Et quand la femme eut vu Samuel , etle s'écria à haute voix, et dit à Saûl : Pourquoi m'as-tu trompée ? Car tu es Saûl. Et le roi lui dit : Ne crains point. Qu'as-tu vu? Et la femme dit à Saûl : J'ai vu un dieu sortant de la terre. Et il lui dit : Quelle est sa forme ? Et elle dit : Un vieillard est monté, et il est couvert d'un manteau ; et Saûl comprit que c'était Samuel, et il se prosterna la face contre terre, et il adora. Et Samuel dit à Saûl : Pourquoi m'as-tn troublé en m'évoquant ? Et Saûl dit : Je suis dans l'angolBse ; car les Philistins coïnbatteut contre moi y et Dieu s'est retiré de moi, et n'a point voulu me répondre , ni par les prophètes , ni par les songes. Je t'ai donc appelé, afin que tu me montres ce queje dois faire. Et Samuel dit : Pourquoi m'interroges-tu, ) le Seigneur s'est retiré de toi et qu'il est j^ssé à ton rival f Car
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le Seigneur te traitera aii^si qa*il Va parlé par moi, et il arrachera le royaume de ta main , et le donnera à David, ton gendre. ( I*r liv. des Rôti, c. xxviii. )
La confiance dans la protection des saints paraît non-seulement dans le Nouveau , mais encore dans F Ancien Testament. Les Israélites ^ pendant quarante ans qu'ils passèrent dans le désert, portèrent constamment avec eux le corps sacré du patriarche Joseph. Sous la loi de grâce, non-seulement la frange du Sauveur guérit par son seul attachement une femme atteinte d*un mal incurable, mais Tombre de saint Pierre suffit pour rendre la santé à un grand nombre d'infirmes. Les linges et les ceintures qui avaient servi à saint Paul étaient portés |iux malades qui recevaient en les touchant avec foi la grâce de la gnérison. -— Nous apprenons de saint Augustin, de saint Grégoire, pape, de saint Grégoire de Tours , que les fidèles, quand ils ne pouvaient toucher les corps des saints enfermés dans leurs sépulcres, faisaient toucher à leurs tombeaux des linges, des fleurs, divers autres objets. D'autres ramassaient la poussière de ces tombeaux, ou recueillaient rhuile des lampes qu'on allumait à l'entour, et cette foi vive était souvent récompensée par des prodiges.
De l'honnear dû an saint nom de Dieu.
( 2»e Précepte du Décalogue. — 1« Sermon. )
EXPOSÉ SOMMAIBB.
h^ Il faut louer Dieu, bénir et glorifier son saint nom. — Quatre manières de louer le saint nom de Dieu : professer la foi , entendre et méditer la divine parole, chanter les louanges du Seigneur , implorer ce nom avec confiance et
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amour. — D'une autre méniére de louer le saint nom de Dieu, qui consiste à jurer par ce nom saintement^
V Différentes manières de faire serment ; diverses espd* €68 de serments : affirmatif ^ promissoire. ^- Des conditions que le serment doit avoir pour être licite. — De la saiolelé du serment. — De l'obligation de respecter et de garder les serments que Ton a faits avec toutes les condi* tioQS requises.
TEXTES TnéS DE L'ÉCRTrUBE SAINTE.
Non assumes nomen Dominî Dei tui in vanum, nec enim faabebit insontem Dominus eum , qui assumpserit nomeo Dei sui frustra. ( Exod. xx. 7. } — « Tu ne prendras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu ; car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui aura pris en vain le nom de son Dieu.»
Non perjurabis in nomine meo , nec pollues nomen Dei (Qî. Ego Dominus. ( Levit. xix. 42. ) — «Tu ne souilleras pas mon nom par un parjure , tu ne souilleras pas le nom de ton Dieu : je suis le Seigneur. »
Ego autem dico vobis non jurareomnino, neque per cœlum , quia thronus Dei est : neque per terram , quia
scabellum est pedum ejus Sit autem sermo vester, est,
est : non, non : quod autem bis abundantius est, a malo est. (Matth. V. 34. 36. 37.) — a Pour moi je vousdis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, /parce qu*il est le trône de Dieu ; ni par la terre, parce qu elle est Tescabeau de ses
pieds ContenkZ'Vous dédire : oui, oui : non, non; en
dire plus, c'est rain parler. »
Jurabis in veritate, et in judicio, et in justilia.
(JBftBM. IV. 2. ] — « Vous jureret dans la vérité, avec
jogement «t selon la j ustice. »
YirinuUuinjtiraiisimpIebituriDiqnitaie(£'^c&'. xxin. 4 2.) — « L'homme qui jure beaucoup sera rempli dloiquité. m"
TSXTB8 TIRÉS DBS PÂBES.
Homines faisum jurant vel quum fallunt^ vel quum falluntur. Aût enim pulal home verum esse quod faisum est, et temere jurât; aut soit, aut putat faisum esse, et tameo pro vero jurât , et nihiïominus cum scelere jùrat. ( S. Aug., Serm. clxxx. ) — « Les homme3 jurent faussement ou lorsqu'ils trompent ou lorsqu'ils sont trompés. Car , ou l'homme qui Jure croît vrai ce qui est faux , et alors il s'expose à jurer témérairement; ou il sait, ou il pense que ce qu'il jure est faux , et cependant il le jure comme vrai , et alors il pèche en jurant. »
Humanse aures verba nôstra talia judîcant qualia forîs sonant : divina vero judicia talia foris audiunt, qualia ex întimis proferuntur. Apud homines cor exverbis, apud Deum vero verba pensantur ex corde^S. Greg., Jlfora/., c. VII. ) — a Les oreilles humaines jugent nos paroles comme' elles sont dites. Dieu les juge comme elles sont dans le cçeur qui les profère. Les liommes jugent le cœur par les paroles , mais Dieu juge les paroles selon le cœur. »
EXORDB.
Non assnmes Domen Domini Dei toi ki Tanini. ( Exod, xx. T.;
te Tu ne prendraspas en vain le nom da Seigneur ton Diei^ft
Mes FrjbebSj
Le second précepte da Décalogue est cootenu dans ces paroles de l'Exode : a Tù ne prendras pas le nom
BN GHAI&B. 434
de (on Dieu en vain. » Or, bien que Tobjet de ce précepte soit déjà contenu implicitement dans ie premier précepte , puisqu'il est impossible de ne pas honorer le nom de Dieu lorsqu'on est plein de foi en sa parole, plein d'espérance en ses promesses^ plein d'amour pour ses perfections, lorsqu'on rend aussi à la souveraine majesté la gloire qui lui est due; bien, dis-je, que l'objet de ce second précepte goit implicitement contenu dans le premier, cependant Dieu a attaché une si grande importance au respect, à l'honneur, à l'amour que nous devons à son saint nom, qu'y nous a fait de ce respect, de cet honneur et de cet amour un précepte particulier : a Tu ne;prendras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu, b Non assumes wmen Domini Dei tui in vanum. Or , mes frères , ce préœpte est tout à la fois affirmatif et négatif, il commande et H défend.
Premièrement, ce précepte, en tant qu'il estaffirmatif , eo tant qu'il commande , nous ordonne de rendre au saint nom de Dieu l'honneur, le respect et l'amour qui lui sont dus, et aussi de jurer saintement par ce nom.
Secondement, en tant qu'il est négatif, en tant qu'il nous défend quelque chose , ce précepte nous défend d'usurper vainement le nom de Dieu , de le profaner et de jurer ou de fiaire serment par ce nom, vainement» témérairement^ faussement.
Dl VISION*
Dans cette prenaière instruetioa, i& me bornerai à vous parler du second pécepte du Décalogue eo tant qu'il est afBrmatif ou qu'il comokande , et encore ne pourrai-je pas puiser complètement celle matière.
« Tii ne prendras pas en vain la nom du Seigpeur ton
Dieu , » dit le Seigoeur lui-même au peuple d*Isrdël : Non assumes nomenDominiDeituiinvanum. Ce précepte, en tant qu'il est affirmatif, nous ordoDue d*abord de rendre au saint nom de Dieu respect, honneur, amour. Et quand Je parle, mes frères^ du saint nom de Dieu , il est évident que je parle de tous les noms par lesquels TÉcriture sainte, rÉglise et les fidèles ont coutume de désigner soit les attributs de Dieu , soit les divines personnes de Tauguste Trinité. Ainsi, pour nommer Têtre souverain, nous disons Dieu , le bon Dieu , notre Père , le Tout-Puissant , le Créateur , le Mattre de toute chose ; nous nous servons d'une foule de dénominations qu'il est inutile âB rappeler ici , et qui sont en usage , comme je Tai dit , dans TÉcriture sainte , dans la langue de l'Église et dans celle des fidèles. Toutes ces expressisns sont donc contenues dans ce que TÉcriture sainte appelle le nom de Dieu : <c Tu ne prendras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu. » Or^ ces nomS; nous devons, chrétiens, les respecter, les honorer et les aimer , non pas comme les Juifs , qui ne les honoraient que des lèvres bien souvent , mais nous devons les bénir du cœur et de la voix. Il faut, comme David, exciter avec enthousiasme toute créature à bénir le nom du Seigneur, a Enfants d'Israël, disait ce saint prophète, louez le Seigneur , chantez s'on saint nom ! Que le nom du Seigneur soit béni, maintenant et à jamais! » Laudaie, pueri, Dominum, laudate nomenDomini. SitnomenDomini benedictum , ex hoc nunc et usque in sœculum. Mais il est évident que, pour louer le nom de Dieu^ pour rendre à ce nom respect, honneur, amour , il faut avant tout le connattre, non pas dans son acception littérale, non pas dans le sens matériel , avec cette seule science que Dieu s^appelle Dieu, Mettre, Seigneur et Père ; quand je dis qu'il fâut
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connaître le nom du Seigneur, je dis qu'il faat connaître le sens intime de ce nom. Or /ce sens implique la connaissance de la vie divine, des mystères de cette vie, des attributs divins^ des opérations intérieures de Dieu et des œuvres extérieures de sa puissance, de sa sagesse et de sa bonté. Connattre le nom de Dieu ^ c'est, en un mot, connaître Dieu , connaître ss( vie , cotinaltre ses œuvres, et, par conséquent , louer le nom de Dieu , c*est louer Dieu , louer la vie divine et les opérations divines.
Or, le nom de Dieu n'est pas connu, chrétiens ; car » voyez I si Dieu était connu , si sa providence était acceptée dans le cours ordinaire des choses, et si, dans les événements qui se succèdent au sein des familles et de la société, nous savions toujours voir le doigt de Dieu, le doigt de sa puissance, de sa sagesse, de sa bonté, de sa justice, de son autorité souveraine^ oh I nous ne blasphémerions pas, comme nous le faisons si souvent , nous ne (Murmurerions pas contre les décrets dif ins , mais nous serions toujours soumis à la volonté' du Seigneur. Il faut donc, avant tout, connaître le nom de Dieu, c'est-à-dire connattre la vie et les œuvres qu'exprime ce saint nom , pour arriver à la louange du nom de Dieu. Une fois cette connaissance possédée, on arrivée louer le nom de Dieu > ce qui a lieu de quatre manières.
Et d*abord , mes frères , nous louons , nous honorons Je nom de Dieu quand nous confessons^ de bouche, comme nous les croyons de cœur, les mystères de la vie divine, les mystères de l*Étre divin ^ celui de la très-sainte Trinité , celui d'un Dieu fait homme, d'un Dieu souffrant et mourant pour nous sur la croix , celui d'un Dieu agissant surnatu* rellement dans son Église et dans toutes les âmes, soit par sa grâce extra - sacramentelle , soit par la grâce des
4 Si LE CATÉCHISTE
sacrements. Et ici, chrétiens, je vous convie à la con* fession du nom divin. Bien souvent il vous arrive de vous trouver dans le monde en présence de fidèles , indignes de ce litre de fidèles , et devant lesquels vous rougissez peut-être de vous montrer chrétiens, d'avouer votre foi , votre croyance , vos meilleurs » vos plus nobles , vos plus religieux sentiments; eh bien! dans ce cas, non-seulement vous ne louez pas le nom de Dieu, mais encore vous le blasphémez et vous êtes cause peut-être qu'il est blasphémé, vous êtes de ceux dont Dieu lui-même a dit , dans les saintes Écritures, que par eux le nom de Dieu est blasphémé au milieu des nations , per vos nomen Dei blaspkematur in gentibus; et si les amis de Dieu, si ses partisans, pour parler ainsi , ne savent pas faire entendre quelquefois oe nom aux oreilles du monde, bientôt ce nom ne retentira pHis nulle part. Qui donc le prononcerait? Timpie, Tineroyant , Thomme tiède ? non. Si donc le vrai fidèle se tait au lieu de confesser ce nom , au • lieu d'en dire les louan^ ges , les grandeurs , les gloires , ce nom n*aura plus d'éeho sur la terre, et bienlèt, n'étant plus vivant dans la mémoire des hommes, il ne sera plus vivant dans leur cœur. Cepeiidant il y a ici un écueil è éviter. Quelquefois H n'est pas opportun de confesser le nom de Dieu, et cela arrive toutes les fois qu'on a un juste motif de craindre que la louange âe Dieu ne soit une occasion de blasphèmes pkis grands pour ce saint nom. L'Évangile nous dit dans sa divine prudence de ne pas jeter les perle? aux animaux immondes , et H y a quelquefois des esprits immondes , des eceurs plus immondes encore qui rëpugÉent à Dieu , qui repoussent Dleo. Devant ces natures corrompues, perw verties, indignes de la vérité, de la justice et de^ramonr, ohl gart)ez«vous de vous montrer trop zélés ^ trop fidèies,
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trop chrétiens ; vous ne seriez pas sages , vous jetteriez la perle précieuse de rÉvangile aux animaux immondes, et il arriverait peut-être que ces animaux, foulanl aux pieds cette perie précieuse , se précipiteraient encore sur vous et vous dévoreraient ; c'est ce que dU l'Évangile.
Il faut donc éviter deux écueils, Técueil du respect humain et recueil d'un zèle intempestif. Dans Toccasion il but savoir coofesser Dieu , dire son nom , sa louange , et dans certaines occasions aussi il faut savoir se taire et gémir : il y va de la gloire de Dieu dans Tun et l'autre cas.
On loue te nom de Dieu, en second lieu, quand on étudie et quand on médite la parole divine. David disait : « Je me suis souvenu de votre nom au milieu de la nuit, et ce souvenir m'a comblé de délices, b Memor fui nocte nomints iiHet delectatus sum. Je me suis souvenu de votre nom au milieu de la nuit , au milieu de la nuit profonde de ce siècle, où nulle lumière de vérité ne se fait ; au milieu de la Doit de mon propre esprit troublé par les fantômes d'une imagination déréglée; au milieu de la nuit de mon cœur agité par les passions violentes des trois concupiscences ; au milieu de la nuit des sens, dont les vapeurs montent è l'esprit et au cœur pour les troubler, pour les ensevelir, pour leur dérober la pure lumière du ciel ; au milieu de la nuit pro* fonde des œuvres de ma justice, qui sont des œuvres mortes et des œuvres comme non avenues : au milieu de celle OQit profonde , je me suis souvenu de voire nom, et votre oom a dissipé les ténèbres qui couvraient le monde , qui couvraient mon esprit et mon cœur, qui ensevelissaient mes sens, qui paralysaient l'effort de mes œuvres et les tendances généreuses de ma volonté. Votre nom a été pour tûoî le principe de la vie divine ; je m'en suis souvenu, et ce souvenir m'a r^ouî. Memor fui nocte nominis tm et
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delectcUus 8um. Je me suis souvenu de votre nom et je l'ai médité bien souvent ; je l'ai médité afin d*y chercher voire volonté , car votre nom exprimant Votre être , vos attributs , les personnes qui vivent en vous dans Tuniléde votre nature , ce nom exprimant votre gloire et vos œuvres mVmdoîfesté votre volonté souveraine I . • . Donc, mes fràres, on loue le nom de Dieu , on honore ce saint nom et ob raine; en second lieu, quand on Tétudie, quand on le médite, quand on le goûte pour y chercher la volonté souveraine de Dieu à notre égard, danstoutes les circonstances de la vieau milieu desquelles sa providence nous place ponr nous éprouver et nous récompenser selon nos mérites.
Ku troisième lieu , nous honorons le nom de Dieu lorsque nous célébrons les louanges de ce nom. C'est ce que fait constamment l'Église. Sept fois le jour, le ministre de la prière publique , le sous-diacre, le prêtre, le pontife, les religieux de l'un et de l'autre sexe, sept fois le jourils chantent les louanges du nom^^lu Seigneur. Nous devons faire ainsi , chrétiens , autant qu'il est convenable à notre état. Que nous le fassions le dimanche surtout I Ce sera un grand profit pour nous , si nous adoptons cette méthode. Nous pouvons nous unir au chœur de l'Église. Chantez au moins à voix basse , récitez tout au moins les psaumes de David, les antiennes de l'Église, les oraisons que l'Église fait réciter au prêtre. Ces psaumes , ces antiennes , ces hymnes , ces oraisons retentissent constamment de la louange du nom divin ; la saiûte Écriture est remplie des magnificences de ce nom, et l'Écriture sainte fait toujours la plus grande partie des louanges de l'Église. Nous devons donc honorer le nom de Dieu , louer dans les psaumes , dans les hymnes, dans les cantiques ce nom divin ; et nous devons le louer non pas seulement dans la prospérité ,
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brsque Dieu étend sur noos ses bienfaits, lorsqu'il nous fait marcher dans la voie du bonheur , lorsque tout sourit à nos espéranees , car il n*y aurait pas un grand mérite à célébrer alors la louange de Dieu ; mais il faut célébrer le nom de Dieu dansj*adversité , dans la peine, dans la tribulalion « dans la tentation , dans répreuve , lorsque tout semble perdu , lorsque la nuit se fait, lorsqu'on n'aperçoit plus le visage de Dieu qui donne à Tâme la paix , la sérénité, et lui offre de magnifiques perspectives d'espérance. Il faut faire comme le saint homme Job, lorsque Dieu lui eut enlevé ses richesses , lorsqu'il lui eut enlevé et ses fils et ses filles ; Job sur son fumier louait encore le nom du Seigneur et disait : « Dieu m*a donné ces biens , Dieu me les a ôtés , que son nom soit béni, o Dominus dedit^ Dominus abstulit^ sit nomen Domini benedictum. Cette louange est la plus grande de toutes celles qui de la terre peuvent monter au ciel pour louer le nom du souveraia
Enfin, chrétiens, nous honorons, nous respectons et nous aimons le nom de Dieu lorsque nous implorons ce nom avec confiance dans les peines et les tentations. Vous le savez , le nom de Dieu contient une puissance qui est terrible aux ennemis du salut. Saint Paul, parlant du nom de Notre-Seigneur, dit : c Au nom de Jésus tout genou fléchit dans le ciel, sur la terre et dans les enfers. » L'Église n'entreprend aucune action sacrée sans invoquer préalablement le nom de Dieu ; dans une procession, par exemple , lorsque nous nous mettons en marche^ le diacre s'écrie : Procedamus in pace, in nomine Christù Amen. « Marchons en paix, au riom du Christ. Amen, d Lorsqu'elle bénit l'eau, elle prononce encore et invoque le nom de Dieu ; lorsqu'elle appelle la bénédiction de Dieu sur
4 33 LE catAchistb
ane créature vivante ou inanimée, rÉglise prononce le nom de Dieu ; l'Église est pleine de la vertu de ce saint nom. Il faut donc , si nous sommes vraiment les enfants de rÉglise , que nous soyons dansi'esprit de TÉglise , et qu'au milieu de nos épreuve?, des difficultés de la vie, nous trouvions notre forcer notre secours , dans le saint nom Je Dieu. Et voyez comme Dieu lui-même nous y invite dans la sainte Écriture ; il ^ nous dit : a Invoquezmoi au jour de la tribulation, et je vous délivrerai, et c'est par là que vous m'honorerez véritablement. » Invoca me wi die tribulationis y eruamte, et honorificabis me. Comme si Dieu disait : « Je n'ai pas besoin de vos louanges, je n'ai pas besoin de vos sacrifices , de vos mortifications, de vos bonnes œuvres , mais j'ai besoin de votre confiance , de votre respect et de votre amour. Et cette confiance, ce respect et cet amour, vous me les manifestez i^rtoot lorsque vous m*appelez ï votre aide , lorsque vous ne voa» lez point d'autre appui que ma droite, lorsque vous ne voulez point d'autre vertu que la vertu souveraine de mon nom. Invoca me : Invoquez-moi au jour de ia tribulation 1 Lorsque vous m'appellerez ainsi à votre aide, je vous serai fidèle, je vous délivrerai des mains de vos ennemis, et^ je l'assure ^ cette confiance que vous mettez en ma main et en ma vertu sera le véritable honneur que j'accueil» lerai, que j'aurai pour agréable. »
Donc, mes frères, invoquez, implorez avec confiance le nom de Dieu dans les peines, dans les tentations ; célébrez avec rÉglise, dans les psaumes et les saints cantiques, le nom de Dieu, au milieu des épreuves, comme au milieu de la prospérité ; méditez le saint nom du Seigneur , confessez prudemment ce nom : voilà les quatre manières qui nous sont indiquées par le catéchisme mèrne
KN CHAIRE. 439
èd sahit coDcHe de Trente pour honorer, pour louer, bénir el sanctifier le nom de Dieu. Par là nous accomplirons en partie le second précepte du Décalogue. Je dis que par là nous accomplirons en partie ce précepte, car en tant qu'affirmatif il nous prescrit encore autre chose : « Tu ne prendras pas en vain le nom de ton Dieu. »
Les théologiens nous enseignent que par là Dieu nous ordonne encore de j^irer sainiement par son nom. Jurer , c'est îci , mes firères , prendre Dieu à témoin de la vérité de ce qu'on affirme ou de ce qu*on promet. Cette nouvelle manière d'honorer Dieu contenue dans le serment diffère en plusieurs choses de la précédente. Faire serment , en particulier, n*edt pas toujours utile et souvent même est dangereux. C'est pourquoi TEsprit-Saint prend soin de nous avertir, au livre de l'EccIésiaste, que nous ne devons pas accoutumer nos lèvres au serment : Juramento non o»tiescas os tuum. C'est que le serment a été introdm't parmi les hommes non pas dés l'origine, mais à une époque de corruption. Saint Jean Ghrysostome, dans une de ses homélies au peuple d'Ântioche, dit que le serment n'a pas été en usage parmi les hommes dès le commencement dû inonde , mais bien plus tard , quand le monde , parvenu à l'âge adulte , voyait de toute part le mal s'étendre et s'enraciner, lorsque par le péché tout était confondu , le bien et le malj lorsque surtout, par un e^cès de crime, le culte des idoles asservissait le genre humain. C'est alors senle* ment, nous dit-il, que le serment fut en usage. Les hommes, n'osant se fier à la parole de leurs semblables, prirent i témoin le nom de Dieu.
Ainsi vous le voyez , mes frères , le serment honore Dieu en tant qu'il appelle ce nom en preuve du témoignage que nous reudoos à la vérité ou des promesses que nous
110 LE GATÉGHISTB
faisons. Comme la cooscience humaine n*est pas viable aux yeux de Thomtne ; comme tout homme , ainsi que parle rÉcriture sainte, est menteur, c'est-à-dire sujet à mealir, cmnis homo mendax , le dernier moyen de terminer les querelles, les difficultés, c'est d'invoquer le serment, d'appeler en confirmation de la parole qu'on donne, de la promesse que Ton fait , le nom de Dieu qui ne ment jamais, qui ne trompe jamais , qui est souverainement véritable. Or , parce que l'usage du sermeiit n'honore pas seulement Dieu , mais peut souvent le déshonorer à cause du maavais usage que nous pouvons en faire, le serment est dangereux , et c'est en ce sens que Dieu nous dit : « Tu ne prendras pas en vain le qom de ton Dieu. » Non assumes ndmm Dei tui in vaniun.
Cette question du serment et de l'usage du serment est très-compliquée , mes frères , et il sera nécessaire que nous entrions dans quelques détails ; c'est pourquoi aujourd'hui je ne m'étendrai pas davantage sur cette matière. Je vous en parlerai dans l'instruction prochaine. J'aurai ensuite à traiter du vœu , et c'est par là que nous compléterons l'enseignement que j'ai à vous donner sur le second précepte du Décalogue en tant qu'affirmatif et en tant que négatif. Aujourd'hui je terminerai cette instruction en vous donnant un conseil salutaire , celui de proférer souvent et avec une grande dévotion extérieure et intérieure le saint nom de Jésus.
PÉRORAISON
Ce nom , dit saint Bernard , est doux à Foreille 'comme une suave harmonie , il est doux au cœur comme une réjouissance parfaite , et il est doux aux lèvres qui le prononcent comme un miel délicieux. Le nom de Jésus
EN GHA»B. 4 il
résume, du resle , tous les nonis que nous avons coutume de doDuer à Dieu / parce que ce nom exprime la puissance, la sagesse et la bonté de Dieu ; sa puissance dans l*œuvré merveilleuse de la rédemption; sa sagesse.dans Téconomie de la grAce, dans la distribution par le Christ de tous les moyens de la nature et de la grâce qui nous sont nécessaires pour le salut ; sa bonté dans l'effusion même du sang rédempteur: tout est là , tout est contenu implicitement et en abrégé dans le non) de Jésus , et c'est pourquoi nous devons aimer ce nom et le répéter souvent avec respect et avec amour. Inclinons pieusement notre tète lorsque nous l'entendons prononcer dans la conversation ou du haut de la chaire ; que les persones pieuses , celles qui sont le plus intimement liées au cœur de Dieu, prennent la coutume de se saluer de temps à autre au nom de Jésus ; Dieu les exaucera , les remplira de grâces et de consolations , et , répétant ainsi dans leur vie le nom de Jésus , par une heureuse habitude elles le répéteront encore à l'heure de la mort, et mériteront par là de le dire et de le chanter dans la bienheureuse éternité. Ainsi soit-il I
TRAIT HISTORIQUE
Punition des blasphèmes de Sennachérib.
Rabsac^, ambassadeur de Sennacbérib, roi des Assyriens, blas» phéma contre le Dieu d'Israël, en niant sa puissance et en portant par des paroles injurieuses les Israélites à ne point mettre leur confiance (Uns leur Dieu. Ézéchias, roi de Juda, fut profondément affiigé de ces blasphèmes ; il les mit en présence du Seigneur, le priant de tirer lengeance de cette impiété du roi d'Assyrie et de ses envoyés. Le Seigneur, en effet, prit soin de la gloire de sou nom. En une nuit Tange du Seigneur vint dans le camp des Assyriens et y tua cent quatre- "îingt-cinq mille hommes. Et Sennachérib, roi des Assyriens, s'étant leré dès l'aube du jour , vit tous ces corps morts , et il se retira
lit LE CàTÉGHlSTB
«Qssitôt, et il retourna en son royaume et demeura h Niahre. El lorsqu'il adorait Nesroch son dieu dans son temple, ses deux fils Adraméiech et Sanazar le firappèrent du glaiye , et s*enfuirent en Arménie, et Asarhaddon son .fils régna en sa place. (Ut. IY des RoiSy c. xviii. xn. )
Dv (ferment*
(Suite ds9>>M précepte du Décâlogoa,-^ SI«SenQoil«)
BXORDB.
Mes FaÂBES,
Le nom du Seigneur est saint , et sanctwn nomm ejm. Nous devons i*hoDorer , Taimer , le glorifier sans cesse, et, comme Nolre-Seîgnear lui-même nous rapprend, nous devons le sanctifier, sancUficettêr nomm iuum, c'est-à-dire le connaître dans la lumière de la foi qui est sainte, Tinvoquer avec une confiance religieuse, le glorifier par nos louanges , par les actes de vertu que nous accomplissons en lui , par lui et pour lui , et souhaiter aussi de tous nos vœux qu'il soit connu , aimé , glorifié par toutes les créatures. Tel eist le sujet que nous avons traité dans notre précédente conférence ; mais, vous le savez , ce sujet nous ne l'avons pas épuisé ; il nous reste à parler encore du serment et' du vœu , et c'est à étudier la 'question du serment que je consacrerai ]| présente Instruction.
Jurer ou faire serment , vous disais-je , c'est prendre Dieu à témoin de la vérité de ce que l'on affirme ou de la
Elf QBAIRB. 443
certiiade de ce qu]oD promet. Le serment , quand il est fait daos certaines conditions , est un acte religieux , un acte saint par conséquent et qui honore Dieu ; parce que, en effet, il suppose la foi en Djeu , la foi en la véracité souveraine de Dieu » et que le but qu'on se propose , en faisant serment, est un but louable , puisque le but même, la fin du serment, c'est de terminer les controverses que susdte trop souvent, çarmi nous, Tignorance ou la mauvaise foi, et d'établir ainsi la paix parmi les hommes.
DIVISION
Maintenant nous avons à examiner, premièrement, qoelles sont les différentes manières de jurer et les différentes espèces de serment ; en second lieu , quelles sont les conditions que le serment doit avoir pour qu'il soit licite; troisièmement , qudle est la sainteté du serment et quel peut en être le mérite devant Dieu ; quatrièmement enfin, quelle est l'obligation où nous sommes de garder le seraient.
Bt d'abord, mes frères, combien y a-t-il de différentes
manières de jurer ou de faire serment? Les saintes Écri-
ioresi la pratique de l'Église, l'usage établi parmi les
fidèles, nous ont fait connaitre trois sortes de serments,
quant à la manière de jurer. La première consiste dans
la simple invocation du nom de Dieu comme témoin de
ee qu'on promet ou de ce qu'on affirme. Ainsi saint Paul
''aisait un serment de cette première sorte lorsqu'il invoquait
^ : « Dieu m'est témoin. » £t chaque jour les hommes
Il un serment de cette espèce lorsqu'ils disent avec l'inleii-
VI de jurer : « Par Dieu , ou Dieu m'est témoin , je prends
len à témoin. » Cette manière de parier et d'autres
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analogues coDStituent la première formule usitée dans le serment. La seconde consiste à jurer par les créatures; par exemple, à jurer par TÉva^gile, par la croix «par les saints , par l'âme humaine , par Thonneur. Nous disons souvent : « Je mets la main sur la conscience ; je le jure sur mon honneur ; ce que je dis, je le mets sous la foi de rÉVangile. » Lorsque , en parlant ainsi , nous avons rintention de jurer , de faire serment , nous jurons en effet et nous }U|rons par des créatures saintes et, en définitive, par Dieu, puisque toute la vertu qui est dans les créatures prend sa source dans la vertu de Dieu. Invoquer l'Évangile , invoquer l'âme humaine, l'honneur humain , c'est, en dernière analyse , invoquer Dieu , dont la parole est contenue dans l'Évangile, dont la vertu réside dans les saints^ et dont l'honneur est attaché à l'honneur des hommes , à l'honneur de la parole humaine.
La troisième manière de jurer , la troisième formule du serment est une formule d'imprécation. Elle consiste à appeler sur soi la colère , la malédiction de Dieu , si ce qu'on affirme y si ce qu'on promet n'est point fondé sur Ta vérité , sur ta conscience. Saint Paul employait quelquefois cette manière de serment ; nous en avons un exemple dans la seconde épUre au Corinthiens, lorsqu'il dit : « J'invoque Jdieu comme témoin contre mon âme. » TesUm invoco Dmm in animam meam. C'était dire : Que Dieu me frappe, que Dieu prononce un anathème contre moi , qu'il efface mon fiom du livre de vie , si la parole que je vous dis ici dans cette lettre évangélique, n'est point une parole de vérité une parole de justice , une parole appuyée sur le témJ gnagedeDieu lui-même, une parole certaine. ' Par co* quent, toutes les formules de jurement^ de serment, peure se réduire aux trois formules queje viens d'indiqu^r^ etq
sont consacrées par les exemples de la sainte Écriture et par Tusage des fidèles. Ces formules sont donc respectables, cl il est bon de les préférer. Ces formules ne constituent pas les diverses espèces de serment, mais les différentes manières de faire serment, ce qui n'est pas la même chose.
Quant aux espèces de serment , il y en a deux. Le serment esl affirma tif ou promissoire. Pourquoi jurons nous? Pourquoi invoquons-nous le témoignage de Dieu ? Lorsque noire parole ne suffit point, c'est évidemment pour lui donner plus de poids. Lorsque nous disons d*une chose qu'elle n'est pas ou qu'elle est, celle parole est faillfble. Nous ne voyons pas la conscience de noire prochain lorsqu'il nous parle , et cependant il est nécessaire, pour la paix du monde, pour la sfabilité des contrais, pour le bon ordre de la société et de la famille , que ta parole humaine soit crue dans ses affirmations, lorsqu'elles ont pour objet des choses graves ; c'est pourquoi nous invoquons alors le nom de Dieu, Ce nom ne peut être invoqué, comme vous le voyez , que pour rendre cerlaine une affirmation ou une promesse. Le serment est donc affirmatif ou promissoire. Leserment affirmatif se rapporte au passé ou au présent. Nous affirmons qu'une chose est ou n'est pas dans le passé ou dans le présent seulement, parce que l'avenir n'est pas en notre pouvoir, et que le don de prophétie ne nous est pas accordé sans miracle.
Quant au sermenl promissoire , il a en vue l'avenir, parce qu'une promesse doit ê(re effectuée après qu'elle a élé faile. Nous trouvons des exemples du serment promissoire ainsi que du serment affirmatif dans l'Écriture sainte. Il est inutile de les citer ici , puisque nous en trouvons des exemples aussi dans la famille, dans la vie sociale, dans toutes les relations politiques, domestiques
Ii6 LE CATÉCHISTE
et commerciales ou autres, et qu'ils sont à notre portée chaque jour. .
Mais ii est important cependant de bien distinguer ces différenlea espèces de serments, comme aussi d'en bien connallre les différentes formules, afin de pouvoir établir une pratique certaine, sérieuse et religieuse en cas occurreut.
Maintenant , mes frères , ce qui est bien î^mportant , c'est de savoir les conditions que doit avoir le jurement pour qu'il soil licite , pour qu'il soit fait sans offenser Dieu , sans prendre en vain le nom de Dieu , puisque ce précepte nous a été donné : a Tu ne prendras pas en vain le nom de ton Dieu. S) Non assumes nomm Domini Dei lui in vanum. Eb bien! mes frères, les conditions que doit avoir le serment pour être licite sont au nombre de trois, que sainl Jérôme trouve dans ce texte du prophète Jérémie : a Tu jureras ainsi , dit le prophète ; Le Seigneur est vivant ; et tu jureras dans la vérité , dans le jugement et daos la jus^ lice. » Jurabis : Vimt Dominus , in veritate et judUcio et justitia. Donc ,1 mes frères, puisque l'Écriture elle-même, inspirée par le Saint-Esprit, nous fait connaître d'une manière si expresse les conditions requises pour la validité du serment, nous n'avons qu'è étudier, à l'aide des Pères et des théologiens, le sens renfermé dans ces expressions de (( vérité, de jugement et 4e justice, d Or, jurer avec vérité c'est, mes frères, quant au serment affirmatif , jurer avec une pleine et entière connaissance de cause. Si l'objet que nous affirmons était connu par opinion, s'il pouvait souffrir le doute, la discussion, le serment ne pourrait pas être donné d'une naanière absolue et sans restriction. Faire serment, c'est appeler Dieu en témoignage de ce qu'on dit ; or , il est évident qu'il serait
BN eBAlAE. 4i7
iiyflrîeux à Dien de parattre comme téo^ioindans une affirmaiioQ douteuse.
Quant au sermeDt promissoîre, la vérité exige la bonne foi pleine et entière, et non pas la rélicence. Quand fous pi'omeltez une chose et que vous faites serment de tenir votre promesse , il est évident que vous ne pouvez iftre dans le doute sur la possibilité où vous serez d'exé* cuter un jour votre promesse , et que vous ne pouvez pas non plus faire en voifs une restriction mentale pour trom^ per celui à qui vous faites une promesse sous le sceau du serment ; Tinjuré serait encore faite à Dieu dans ce cas ; l'honneur de Dieu exige qu'il ne paraisse comme témoin que dans un serment fait avec bonne foi, avec sincérité, dans la lumière la plus complète de la vérité et de la wrtilude.
Dans le doute, dans Topinion , si le serment était requis, il devrait être fait avec restriction expresse , il devrait être fait avec cette restriction que i on n'est pas certain de l'objet qu'on affirme ou qu'on promet ; alors Dieu ne serait point invoqué en vain, son honneur ne serait pas compromis, le prochain ne serait pas trompé. Donc jurer avec vérité, c'est jurer , pour le serment affirmatif , avec ooe pleine et entière connaissance de cause, et, pour le joreroent promissoire, avec la certitude morale de pouvoir tenir la promesse qu'on fait, et dans la plus entière bonne foi d'exécuter celte promesse. « La bénédiction de Dieu, dit David , ne sera pas accordée à celui qui trompe son prochain en lui faisant serment. » Non, Dieu ne la donnera <|u'à celui dont le jurement sera fondé sur la vérité et sera suivi de l'effet de la promesse qu'il aura faite. Qui jurât froximo suo et non decipit, hic accipiel benedtctionem a Ihmino et miserkordiam a Deo scUtUari suo. « Celui qui
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jure à 80D prochain et qui ne le trompe point/ celui-tt i sera béni de Dieu , il recevra la miséricorde de Dieu. » — Jurer avec jugement, injudicio, c*est, en second lieu, jarer à cause d*une nécessité certaine , et non pas sans raison ; c'est jurer avec calme , et non par passion , haine et colère. Il arrive bien souvent , mes frères, que nouis jurons à la légère ; que nous faisons , sans nécessité , un serment grave. Daus ce cas , il y a injure pour Dieu , parée que Dieu est trop saint , trop élevé , trop digne de respect , de louange et d*amour, pour que son nom paraisse ainsi i tout propos , et dans la plus petite affaire humaine. Jorer sans nécessité, c'est faire preuve d'un manque complet de discrétion , de bon sens, en un mot, de jugement. Jorer par passion , dans la colère , lorsqu'on ne se possède plus, que l'imagination troublée trompe Tinlelligence , et que ridtelligence trompée jette le désordre dans la volonté, c'est s'exposer i mentir, c'est s'exposer aussi à ne point tenir la promesse qu'on fait , c'est toujours compromettre l'honneur de Dieu , troubler la paix des familles et de la société, désunir les hommes^ rompre le lien qui les associe, au moyen de contrats qui pourraient être faits pour le bien domestique ou pour le bien public. C*est jurer contre tout jugement, contre l'honneur de celui qui est le jugeaient même^ le calme parfait, la paix, la lumière 1 Voilà pourquoi le prophète, en nous disant de jurer avec jugement, in judicio, nous fait entendre que nous devons employer le serment seulement en cas de nécessité , et dans le plus grand calme de l'imagination, de l'esprit et de la volonté. Les serments faits dans la colère sont cependant bien fréquents. Voyez I deux hommes discutent un intérêt plus ou moins grave. Au lieu de traiter l'affaire avec calme, de se mettre en présence de Dieu , d'éviter roffense de
BN CHAIRE. 4i9
Diea, ces hommes, peu à peu, s^échaorfent , et, dans la chaleur de la discussion , à tout propos , ils invo* qoent le nom de Dieu, ils font serment, ils jurent , ils mettent la main sur la conscience , ils invoquent l'honneur ; c'est une preuve qu'ils font bien peu de cas de l'honneur, de la conscience et de Dieu. Ce n'est pas ainsi qu'on (raile les choses humaines ; il faut les respecter, et si nous ne respectons pas aujourd'hui le serment ^ c'est parce que nous le tratnons partout; c'est parce que nous De le considérons pas comme un acte de religion, d'où peut et doit sortir l'honneur de Dieu , la louange et la gloire de 800 nom. Nous, chrétiens, si nous sommes un jour appelés à prêter serment ou à invoquer Dieu , notre conscience» notre honneur, pour soutenir une affirmation ou corroborer une promesse, nous prendrons soin de nous recueillir et de voir, dans le silence de l'âme , s'il est à propos de jorer, et lorsque nous nous serons, en effet, déterminés à jurer, nous le ferons avec jugement . injudicio. — Enfin , le serment doit être fait avec justice, in jtistitia ^ c'est-à* £re pour une chose juste^et non pour le mal. Car le ser* neot ne peut jamais être un lien d'ini(]uité. Et cependant que de fofs, parmi les hommes, on s'engage par serment à une chose injuste I Cela se voit, hélas I non-seulement dans les affaires particulières, mais. dans les affaires publiques. Par exemple , un contrat a été fait; l'un des signataires de œ contrat a violé la justice. On lui défère le serment» et if 8*efigage à Tespecter sa signature ; il s'y engage par serment. Ou encore , des hommes de désordre et de haine s'engageât à des actes révolutionnaires , et cela par serment. Ces hommes ne jurent pas avec justice ; ils jurent eontre toute justice ; ils font un serment qui devrait être tm lien de justice et qui devient un lien d'iniquité; ils font
servir Dieu à leurs passions , à leurs préjugés , à leur haine, à leur colère, et souvent à leur impiété, Malheu* reusement ils se croient obligés , ou du moins ils veo* lent se croire obligés de garder un serment fait contre la justice. C'est un péché de jurer ainsi contre toute justice; mais c'est un péché bien plus grand de tenir un sermenl fait contre les lois de la justice. Je citerai ici un exemple d'un tel serment^ le serment par lequel le roi Hérode, pour récompenser la fitle d'Hérodiade du talent qu'elle avait déployé en dansant dans une fêle publique, lui promit de lui donner tout ce qu'elle demanderait ^ serait-ce la moitié de son royaume. Ce serment était contre tout jugement ; il pouvait être contre toute justice. Qu'arriva-t-il t c'est que la fille d Hérodiade demanda, sur le conseil de sa mère, la tête de Jean-Baptiste, et qu'Hérode, comme un roi inique, ordonna de mettre à mort le précurseur du Fils de Dieu I 11 garda son serment, mais il le garda contre tonte justice après l'avoir fait contre tout jugement. Allons do grand au petit , et voyons , mes frères , si« dans la plupart des serments que nous faisons, nous ne croyons pas aerrir les lois de l'honneur , de la conscience , en tenant des ser* ments qui ne peuvent pas nous obliger parce qu'ils blessent l'honneur de Dieu ou le bien du prochain. C'est un pré* jugé qu'il faut déraciner 1 Le serment cesse connne toutes les obligations dans certains cas , et à plus forte raison lorsqu'il n'a jamais existé. Or, il cesse quand son accomplissement deviendrait nuisible , et il n'existe pas lorsque est injuste dans son principe.
Toutes les règles de la conscience, par rapport an serment, se réduisent donc à ces trois conditions : la vérité, la justice, le jugement; avec lesquelles le jurement oblige, sans lesquelles il est nul«
IHsoDS îcî qne, d'après la plupart des théologiens, il n'y a pas de serment proprement dit dans ces formules si communes de la conversation : Ma foi! par ma foi! parole d'évangile! etc. Cependant il faut les éviter , elles sont peu religieuses. L'Écriture nous dit de n'être pas familiers avec le nom de Dieu, et de le traiter toujours avec respect.
Mais il se présente ici une objection ^ laquelle nous devons répondre; le serment est -il licile, un chrétien peut-il l'employer, même avec vérité,, jugement et justice? K'y a-t-il pas dans l'Évangile un précepte formel et sans exception de ne point jurer? Il est vrai, mes frères, que Notre -Seigneur dans son Évangile a dit : « Que votre parole soit celle-ci : Oui, ou non ; et rien de plus sous peine de mal faire ; » d'où certains hérétiques ont prétendu f[u'eQ effet le serment est dans tous les cas illicite. Mais, Notre- Seigneur lui-même ayant plusieurs fois employé le serment pour appuyer sa parole, l'Ancien Testament attribuant à Dieu des formules de serment , les apôtres et l^Ëglise dans les actes les plus saints employant aussi la lermenl, il est évident que Notre-Seigneur n'a point voulu le prohiber d'une manière absolue, mais seulement eu restreindre et en régler Tusage.
PÉRORAISON
Le serment est donc permis , il est donc un acte reli-^ gieux, souvent utile, quelquefois nécessaire, mais avec la condition expresse d'être fait dans la vérité, le jugement et la justice. C'est ainsi que les chrétiens doivent s'en servir. C'est avec fidélité qu'ils doivent le garder s*ils veulent que Dieu même , gardant les promesses qu'il leur a faites et qu'il leur a jurées par son nom, leur accorde les
béoédicUons de sa droite, et la miséricorde de sod cœur : Benedictionem a Domino, et misericordiam a Dço salutari suo:
TRAIT HISTORIQUE
Sentiment des peuples païens eux-mêmes sur V obligation de garder les serments que Von a faits.
Ce fut un horrible serment que celui des Romains et des Carthaginois, appelant Dieu même à confirmer une alliance que les uns et les autres voulaient rompre. Ils suppliaient leur Jupiter de les combler de bonheur et de prospérité sMIs étaient sincères et de bonne foi dans leurs promesses de fidélité, mais ils appelaient sur eux, s'ils étaient parjures, tous les fléaux du ciel. Ils priaient leurs dieux de les faire périr misérablement dans leur propre maison , dans leur temple même et jusque dans lés sépulcres de leurs ancêtres. En même temps que chaque député proférait ces imprécations, il jetait une pierre en Tair, comme pour dire que les dieux devaient le rejeter ainsi , s'il devenait jamais infidèle. Cette antique formule de serment était gravée suf une table d'airain dans le temple de Jupiter Capifcolin, ainsi que Polybe le raconte au troisième livre de son histoire.
Les Égyptiens et les Scythes condamnaient à mort les parjures ; les Indiens leur coupaient les extrémités des pieds et des mains. Et c'est encore la coutume , en quelques endroits de l'Europe, de leur couper la main ouïe poignet. Le droit canonique les déclare infâmes , les condamne à jeûner quarante jours au pain et à l'eau , et puis à faire, sept ans durant, une pénitence un peu plus douce. Ils sont encore incapable d'ester en justice. Saint Louis, roi de France, leur faisait percer la langue. Saint Charles , surnommé le Bon , comte de Flandres , les condamnait à un jeûne de quarante jours.
BN CHAIEB. 4 Si
(Suite da %^ préeepte eu. Décalogue. — S^ Sermon. )
BXORDB.
Hbs Fbâebs,
Le prophète Isaïe nous iovite à honorer Dieu par des sacrifices , par des présents et par des vœux : Colent eum ni^sliis et in muneribus /et vota vovebunt Domino, et sotvent. C'est qu*en effet les vœux honorent Dieu comme le serment et plus que le serment. Le vœu , dans robligalioD qu'il contient, fait intervenir le nom du Seigneur, et c'est par là qu'il honore Dieu e( qu'il se rattache au second précepte du Décalogue. Donc après avoir parlé successivement de ta louange qui est due au nom divin , du serment comme acte religieux, il nous reste à parler du vœu.
Qu'est-ce que le vœu? quelle est l'excellence du vœu? quelle est aussi l'obligation qui résulte des vœux qu'on a faits? quelle est la conduite à tenir par rapport aux vœux? Voilà , mes frères , les différents points sur lesquels j'ap» pelle votre pieuse attention.
DIVISION
Les ChéologieDS définissent le vœux : une promesse déli* bérée faite à Dieu d'un plus grand bien. Quand nous disouB ane promesse délibérée, il est évident, mes frères^ que nous eicluoQs tto simple propos, une déterminatidn ordinaire^
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à plus forte raison une pure lufention. Une promesse délibérée suppose nécessairemeat une connaissance pleine et entière dans l'esprit, une détermination de liberté sans entrave ; en^un mol, le vo^a «xige tout ce qai serait requis pour un contrat sérieux ; car il est impossible de faire intervenir le ikom de Dieu dans une promesse et de se lier à Dieu sans accepter une immense responsabilité qui ne répondrait nullement à un acte irréfléchi , à un acte indélibéré, à une détermination qpi n'aurait pas de moralité et qui ne pourrait pas impliquer de respônsabftfté. Aussi saint Liguori, et après lui les théologiens, disent-ils qu'un vœu fait avec une demi-connaissance ou une demi-réflexion n'obligerait pas, et serait nul. C'est qu'il n'y aurait pas de proportion entre Tinlervention du nom de Dieu et la responsabilité assumée dans le vœu qu'on aurait fait et le peu de connaissance , le peu de réflexion , le peu de délibératioD qu'on aurait apportée dans le vœu.
Cette promesse délibérée est faite à Dieu, ajoutons-nous ; ce n'est pas à un homme que nous adressons le vœu » oc n'est pas à une créature. Quelque grande^ quelque élevée» quelque sainte qu'on la suppose, la créature est inférieyre à Dieu ; elle participe seulement plus ou moins à la sainteté de Dieu, a sa fidélité, à sa puissance ; par conséquent le voea De peut pas s'arrêter à la créature, la créature n'étant point digne de cet hommage souverain^ et ne pouvant pas cou» sacrer nos délibérations au point /de les rendre saintes et valables aux yeux des hommes. Par conséquent, lorsque nous disons dans le langage ordinaire qge nous avons fait un vœu è la sainte Vierge ou à tel saiM» nous ne ifou* fens pas dire que le saint ^ que la sainte Vierge odI élé Tobjet principal de noire vœu ; nous voûtons dire seules OBent que ee vœit a été fût à Dieu en l'hoofleor de h
BN CHAIBB. 155
Irès-sainte Vierge ou en Vbonneur d*Qn saint. Aussi l*Écritore, lorsqu'elle nous recommande le vœu comme acte de religion , nous le présente comme un service de dévotion reedu à Dieu»
Le prophète David, nous traçant des régies pour léservice divin, s'exprime ainsi : a Vouez au Seigneur et rendez-lui par un accomplissement fîdèie le vœu que vous lui aurez fait. » Voveieet reddit Domino Deo vestro. Jamais, mes frères , il n'est question d'anges ou de saints, jamais il D^t question d'une créature quelle qu'elle soit; le vœu va directementà Dieu, appelle le nom de Dieu, te fait intervenir dans notre obligation , scelle de ce nom sacré cette obligation ; et celte obligalion , ainsi consacrée par le nom divin , est un hommage religieux rendu à celui qui est le maître absolu de toute chose et qui consacre nos pensées, DOS paroles et nos actions.
Le vœu est donc une promesse délibérée faite h Dieu. Hais j'ai ajouté, mes frères, une promesse délibérée d'un plus grand bien , de meliori bono. En effet , tout ne peut pas être la matière; du vœu ; une chose mauvaise en soi , Que chose coupable , évidemment ne peut pas être élevée i l'état d*acte religieux , et , par conséquent , ne peut pas être Id matière d'un vœu. Mais je vais plus loin, il faut fue la matière du vœu soit quelque chose d'absolument ou de relativement meilleur que son contraire.
Ainsi, je fais vœu , par exemple, d'accomplir un pèfeitnage. En soi, cet acte est meitîeur que son contraire, cai^ B est préférable, au point de vue religieux , d'accomplir un pèlerinage que de ne laccomplir point. Telle personne fait TOu d'entrer en religion , c'est -à -dire d'observer fidèlement et sous fa garde irrévocable des vœux fa pauvreté , la chastet6, i'obéîssance dans un ordre religieux. Ces
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vertus, ordinairement parlant, sont préférables à leur tîontraire , c«sl-à-dire à un état où Ton D*observe pas la pauvreté, l'obéissance et la stricte pureté. C'est pourquoi généralement le vœu apporte avec soi Fidée d'un précepte ou d'un conseil évangélique^ et il ne peut pas être fait sur une matière opposée même à up simple conseil évaogélique ; je dis généralement, car il pourrait se faire que la non- observation d'un conseil évangélique fût dans certains cas^^ans certaines circonstances , préférable à l'observalion de ce conseil. S'il s'agît, par exemple, d'une obligation de justice^ s'il s'agit de plus grands biens dans une famille et à plus forte raison dans un État , alors un acte , qui en soi vaudrait mieux que son contraire contenu dans un précepte évangélique, serait cependant, relativement parlant » préférable à l'observation de ce conseil , et pourrait devenir la matière licite d'un vœu. Mais cela est très- rare, et c'est pourquoi nous n'en parlerons pas plus amplement.
Voilà donc, mes frères, ce que c'est que le vœu : c'est une promesse religieuse \ mise sous la protection du nom de Dieu invoqué , une promesse sacrée , par conséquent ; c'est la promesse d'un bien qu'on accomplira, d'un bien plus grand que son contraire , promesse faite à Dieu seul^ auquel finalement doivent se rapporter toutes les déterminations religieuses de notre volonté.
Or, le vœu ainsi considéré se divise en plusieurs espèces. Le vœu est tantôt absolu et tantôt conditionnel ; le vœu peut être personnel « réel ou mixte ; le vœu peut encore être envisagé comme vœu simple et comme vœu solennel. Parcourons rapidement ces diverses divisions, et donnons sur chacune d'elles une explication qui puisse tout à la fois contribuer à Tinslruction et à l'édification dos fidèles.
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Le vœu absolu, comme riodique ce mot, edl un vœu qui se fait sans condition aucune et dans le seul but de foire un acfe religieux, un acte de vertu, de religion, Ainsi un fidèle, mû par un sentiment de généreuse religion, promet à Dieu une somme plus ou moins considérable qui sera distribuée aux pauvres ; c'est un vœu absolu. Un autre fidèle, au contraire, étant dangereusement malade, demande à Dieu à grands crts la santé ; il fo/mule ainsi son vœu : « Seigneur, je vous promets de faire célébrer tel Dombre de messes en Thonneur de la tr^-sainte Vierge, si vous m'accordez la santé. » Le vœu ici est conditionnel; car dans son obligation il dépend de la grâce que Ion demande à Dieu ; ai ce vœu , comme valeur, comme mérite, est inférieur au vœu absolu, parce que, évidemment, la gratilude, même religieuse, est inférieure à la pure générosi*. Le vœu personnel est celui qui engage la personne et les actions de la personne qui fait le vœu. Ainsi, je fais vœu d'entreprendre le voyage autrefois si célèbre , et aujourd'hui si peu connu et si peu pratiqué, de Jérusalem ou de saint Jacques de Compostelle. H est évident qu'ici j'engage ma personne. Je fais vœu encore d'accomplir telle pénitence, j'engage ici ma pensée, ma volonté même, mes actions extérieures; c'est, un vœu personnel. Le vœa réel, au contraire , se réfère à une chose qui dépend de nous, mais enfin qui^ne se confond pas avec notre personnalité et avec notre propre action. Je fais vœu, par exemple, de contribuer à l'édification d'une église, d'une chapelle , d'un sanctuaire ; c'est un vœu réel , parce qu'il se rapporte à une chose. Le vœu mixte, ainsi qu'il est facile de le comprendre par le mot même qui l'exprime, est un vœu qui provient tout à la fois du vœu réel et du vœu personnel, un vœu oui se rapporte à une chose et
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qui eogage el la personoe et les aclioos de œhii qui le fait.
J'arrive, mes frères, è ane division plus importaDte, le vœu solenoel et le vœu /impie. Le vœu simple , e'esi oelui que chaque fidèle peut faire eu son pariiculier, dans le sileûce et le recueillement de l'âme , en présence de Dieu^ ou dans un ordre religieux qui n*est pas approuvé comme ordre proprement dit , comme ordre solennel. Ainsi, aujourd'hui, d'après les rescrits des souverains pontifes, les vœux émis par les femmes dans nos diverses commqnautés religieuses de France sont des vœux simples et non 'des vœux solennels, et vous voyez, mes frères* qu'un vœu simple n'est pas poor cela un voeu temporaire, mais qu'un vœu simple peut être un vœu perpétuel. La plupart des religieuses peuvent faire devant Dieu et font souvent, en effet, des vœux perpétuels , mais ces vœux sont simples.
Une personne dans le monde n'est pas appelée à la vi« do siècle , non ! Dieu l'appeUe à une condition meilleure. Dieu a parlé à son cceur comme il parla autrefois à Marie- Madeleine, lorsque, absorbée par la oonlemplalion du Verbe divin revêtu de notre chair mertelle, elle oubliait les occupations du dehors. Une âme eât appelée de Dieu è une vie plus sainte, à une vie meilleure ; nette âme, dans la géoé» reuse détermjnation de son cœur, se voue à Dieu et se consacre à ce seul mettre des cœurs, à ce seul appui qui eonsole ici- bas rinforlune, qui prend toujours la défense des affligés , qui récompense le dévouement selon son mérite : cette âme hit un vœu simple et un vœu perpétuel.
Le vœu solennel, au coatraire, est celui qui est émis soit dans la réception des ordres sacrés , du sous-diaoooat, du diaconat et de la prêtrise , soit expfesséineal dans nu ordre
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retîgteox vpprwt^ p^r l'Église comme ordre solennel. Et ieii*avooe que ce iDot de soienDel n'est pas Irés-bien choisi ; oepeodant, il est ooosacré. il n'est pas très -bien choisi^ parce qu'il implique Tidëe d'une solennité extérieure, solenoité qui pourtant n'est pas requise pour constituer ce qu'on est convenu d'appeler un vora solennel. Mais enfin je vais lâcher de rendre la chose très-claire. Un ordre de religieux se forme, par exemple l'ordre de Saint*Dominique au xiu* siàole. Un homme suscité de Dieu s'unit a des compagnons fervents» il se propose de prêcher l'Évangile •tde mener une sorte de vie tout apostolique. Il est évident que le lien de toute société permanente c'est l'obéissance , etqo'ensuite les conditions du zèle, du dèvonement, exigent la pauvreté , la chasteté , mais la pauvreté , la chasteté , l'obéissaiiee mises sous la garde d'un voeu, sans quoi il n'y lirait pas de pérennité , il o^y aurait pas de stabilité, et l'établissement le plus admirablement conçu se dissoudrait bientôt au mcmidre choe des passons humaines. Le souvenia pontife interviaot ; organe deDieu» il accepte les vœux et les consacre ; it rend ces vcéox tellement forts , tellement poissants que le vœu d'obéissance rend foule désobéissance saerilége; que la transgression du vœa de* pauvreté constitue une usurpation sacrHége des biens terrestres, et que la transgression du voeu de chasteté par QD mariage rend ceraariagB nul de plein dï^oit, sans effet. fàt eonséquent, si noos voulons savoir ce que c'est qu'oà voeu seleMel, k en )uger par les effets, le rœu solennel Mt eelui qui rend înÉiablle à posséder, qui rend iehabile à eoQtraeler mariage^ ei qui liit de toule désobéissance une révolte sacriléyatt). ¥eèlà le ^œu soèennel. Dans le vœu (î) La ttransgression da vbvl sânpte (Tobéfssaoce serait également
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simple^ il n'y aurait pas nullité dans le mariage conf racté ; il y aurait sans doute péché, le mariage serait illicite, serait criminel; ce serait profaner ce qui a été donné à Dieu , oe serait traîner les vases sacrés sur des tables profanes pour des usages communs; maïs enfin le mariage contracté par une personne qui n'aurait fait qu'un vœu simple ne sérail pas nul de plein droit. La propriété dcquise après un vœu simple de pauvreté ne serait pas radicalement nulle, tandis qu'un religieux qui, après avoir fait un voeu solennel, voo<drail devenir propriétaire , ne le serait pas devant Dieu.
Je n'examine pas la question de savoir si, dans l'étal présent , vu nos lois politiques , on peut prononcer des vœux solennels au sein des communautés de religieux ; cette question ne rentre point dans mon sujet, il me suffit d'avoir exposé les différentes divisions du vœu , pour atteindre le but que je me propose relativement à ceux qui m'écoutent ici.
Je passe donc à l'excellence du vœu , et je vais ici détruire bien des préjugés. Ne soyons pas plus sages que l'Église ; et que nos jugements ne soient jamais fondés sur des jugements humains. Hélas I une mauvaise philosophie, une mauvaise littérature envahissent aujourd'hui les familles, les cercles littéraires, les salons.; tout ce que nous lisons est entaché d idées fausses, et je dis ceci à dessein , parce que, dans la plupart des feuilles publiques, dans le plus grand nombre des romans, des feuilletons, Il y a des attaques directes ou indirectes contre les vœux » et que ces misérables écrits ont un écho dans la plupart des actes politiques des nations modernes. G*est ainsi que nous voyons le vœu religieux indirectement attaqué et tratné dans la fange chez des nations qui ne sont pas bien éloignées de nos frontières. Le rationalisme nous envahit
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de toute part ; nous vouIods simplifier la religion au nom de la liberté ; nous ne faisons que la dénaturer et nous faisons peser sur elle le joug de la pins odieuse tyrannie. Le vœu est quelque chose de saint , de sacré, quelque chose que nous devons respecter et aimer lorsque nous D*avoDS pas le courage de le produire , ou lorsque nous ne sommes pas appelés à le produire. Car, mes frères , le vœu, en général , soit simple, soit solennel , est un acte de la vertu de religion , il s adresse à Dieu , il suppose la foi la plus grande et la plus entière en Dieu , en sa souveraine sainteté , en son irrévocable véracité. Lorsque nous faisons un vœu nous disons a Dieu : n Seigneur, je veux vous honorer, je veux m^attacher à vous ; mais, parce que je ne suis pas sûr de ma volonté , parce que je ne puis pas compter sur mon intelligence , parce que, bien souvent, mes déterminations m'ont fait défaut au moment où je les croyais bien solides, voici que je fais appet à votre solidité, à voire sainteté, à votre force. Moi, pauvre, faible, infirme^ je m'investis de votre richesse , de votre force , de votre magnanimité, je me couvre de votre nom, et ainsi lié à vous, attaché à vous, me pénétrant de vous, je ne crains rien. Et cet hommage que je vous rends, cet acte religieux qui de mon cœur va à votre cœur , est un acte saint, louable, divin , parce que, en définitive, il vient de vous et se réfère à vous , et que c'est un hommage que je vous rends pour tous les biens que vous m avez donnés : » c'est là an acte religieux et le plus excellent de tous. Le vœu c'est l'acte de religion par excellence. Aussi l'Écriture sainte nous engage t-elle à faire des vceux, vovete. « Faites des vœux, accomplissez ces vœux en l'honneur de votre Dieu , » et reddite Domino Deo vestro. Et tous les peuples ont fa>^ des vœux. Le christianisme , dès son origine , a eu dans son
sein bien des âmes vouées à Dieu , bien des actions faites par vœu. Dans le judaïsme on faisait des vœux; la mère deSamuel avait fait un v<bu ; Jepthé fit un vœu ; vous connaissez les suites malheureuses de ce vœu indiscret ; Anne , mère de la très - sainte Vierge, avait fait un vœu ; la très-sainte Vierge elle-même n'avait -elle pas voué à Dieu son esprit, son cœur et ses sens, et n'est-ce pas par ce vœu généreux , inconnu jusqu'alors, par ce vœu de chasteté perpétuelle qu'elle mérita d'attirer les regards du Saint-Esprit et de devenir la mère féconde du divin Rédempteur ? Chez les païens eux-mêmes on faisait des vœux ; chez les Romains , voyez les vestales ; chez les Gaulois, les druidesses. Tout cela était entaché de superstition , d'idolâtrie ; ^mais enfin ce sentiment du vœu est un sentiment juste , légitime , puisqu'il est universel , constant , et que d'ailleurs nous le voyons consacré par l'Écrtture sainte ^ sanctionné par les saints conciles et par les souverains pontifes. Prenons garde^ par conséquent, lorsque nous parlons des vooux I Ne blasphémons point ce que nous ignorons.
Le vodu en soi est sacré encore par rapport à celui qui le fait, car il lui apporte un plus grand mérite; mérite d'abord de la vertu de religion , mérite en second lieu du cAlé de l'objet^ puisque dans le vœu l'objet dévoué est ordinairement un objet d'un plus grand bien , de mdiori &Of2o; mérite enfin du côté de l'acte , qui est irrévocable. Et c'est ici sans doute que vous m'attendez , et que -vous me dites comme l'ont dit tant de faux sages avant vous : a Mais n'est-ce point un attentat contre la liberté humaine de faire dépendre toute une destinée d'un seul acte? » Ohl que e*est peu comprendre la dignité humaine , la sublime générosité d'un cœur qui se donne I Vous ne voulez donc
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pas du dé vouement? Chrétieos, vous n'êtes donc plus dignes de ce nom ? Vous ne méritez même plus le nom d'hommes. Lorsque, par un légitime sentiment d'affection, vous vous donnez , calculez- vous Tbeure où cessera cette donation de vous-mêmes, ou plutôt n'aspirez vous pas de toute la puissance de votre âme à vous donner pour toujours ? Âh I celui qui se donne sans calcul , voudrait fixer dans une'immuable éternité Tacte de son cœur, qui pourtant ne fait que passer I Et comment la société humaine existe-treUe^ pourquoi y a-t-il dans nos contrats, pourquoi dans nos familles, pourquoi dans nos magistratures, dans nos établissements politiques, de la stabilité^ si ce n'est parce qu'une promesse faite dans un seul acte de la volonté qui peut se compter, qui peut se mesurer, prend une force, une dilatation, une étendue qui sont sans mesure, sans rivage, sans durée, et qu'on ne peut soumettre à aucun calcul? Si nous cherchions, en considé* ration de notre liberté, à faire la part, dans nos déterminations d'un moment , des froids calculs de notre égoïsme, nous ne produirions rien. Eh bien 1 mes frères, changeons la question de terrain, plaçons-nous au point de vue religieux , figurons-nous une âme dévouée , généreuse , et, déplus^ animée par le Saint-Esprit, surnaturalisée par la grâce. Dans ses tendances généreuses » pensez -vous que celte âme, après avoir bien réfléchi, puisse se donnera Dieu , sans vouloir imnK>biliser l'acte momentané de son dévouement, et qu'elle ne dise pas : c Seigneur, je suis à vous pour lot^oura , oh! oui , pour toujours ! sur la terre, dans te ciel 1 Pour que ma volonté, soit unie à votre volonté, et pour demeurer à jamais dans la vôtre, je fais vœu de m'ùnir à vous pour Téternité ; je veux être fidèle, stable, éteroelle dans nwn dévouementi dans ma donation,
comme vous êtes éternel dans vos pensées , éternel dans vos sentiments, éternel dans vos actes; comme en vous il n'y a ni passé, ni présent, ni avenir, oiais une éternité immuable, une éternité qui ne se ca! ule p3S, mon vœu est pour toujours I » Pensez- vous que cette âme ne parlerait pas ainsi ?
Il y a donc un immense mérile dans cet acte d'un instant, précisément parce que cet acie oblige pour toujours; et, comme je le disais , il ne faut pas crier au sacrilège ; il ne faut pas, au nomde la liberté, réclamer l'indépendance dans le vœu, car vous détruiriez toute moralité, toute 6xtlé dans les déterminations ; vous détruiriez Tordre du dévouement , ce qu'il y a de plus beau dans la nature humaine» et ce que Dieu a inspiré de plus saint et de plus généreux aux âmes qui sont dignes de correspondre à une telle inspiration. Donc, lorsque nous nous élevons contre les vœux en faveur de la liberté , méfions-nous de nos inspirations personnelles. Je ne veux pas, pour ma part, d'une liberté qui me serait imposée, j'aime mieux une tyrannie librement acceptée. Quant à cette liberté dégradée, régularisée, je la répudie comme une pure tyrannie , je n'en veux pas , et bien d'autres l'ont rejeiée avec mépris et ont porté leur dévouement sur les échafaiids , donnant ainsi leur sang après avoir donné à Dieu leur liberté.
Respectons donc les vœux, mes frères, et admirons les fidèles qui ont eu le courage de les faire. Tous nous n'avons pas la même vocation, fous qous n'avons pas un attrait pour le cloître. Respectons le vœu, aimons teclottre^ hono* rons les moines et les religieuses; ce sont là les amis de Dieu , et les héros de la sainteté. Respectons aussi les simples fidèles qui se vouent à Dieu dans le siècle;
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tous ne sonl pas appelés au mariage. On a coutume de qualifier du Dom d*égoïstes les célibataires ; c'est bieo à tort, mes frères, et c'est un péché ^ c'est ce proDoocer coDtre'la vertu qui résulte des conseils évangéliques. Vous ne savez pas si Dieu na pas parlé à ces âmes, si cette jeune fille , par exemple , n'est pas une Marie qui a entendu^ le Verbe divin par une inspiration intérieure. Oh ! respectez la sainteté, respectez le dévouement religieux sous quelque forme quil vous apparaisse, et si vous n'êtes pas^ capables de cet héroïsme, aimez- le du moins, respectez-le , servez-le , car c'est Dieu même que vous honorez en lui.
Vous le voyez donc, mes frères, rien de plus grand , rien de plus saint , rien de plus qpéritoire , de plus généreux, et rien aussi de plus légitime que le vœu et la liberté du vœu, soit public soit privé, soit simple soit solennel, soit éternel ^it temporaire ; rien de plus saint que le vœu !
11 me suffit d'avoir dit ces choses pour vous faire com* prendre maintenant, mes frères, que si Dieu vous appelle à la vie religieuse, non - seulement vous ne devez pas résister à Tappel du Saint Esprit , mais vous devez au coDlraire suivre cet appel. Et ici je donne en passant celte leçon aux parents qui s'opposent à la volonté de Dieu , en mettant obstaèle à la vocation de leurs enfants. Vous avez une famille ; elle est , je suppose, composée de plusieurs membres ; Dieu vous laisse pour l'intérieur de la maison un appui ; quelquefois il vous preùd un enfant qu'il envoie au service de la patrie ^ dans une lointaine région , au milieu des camps , ou sur un navire qui part pour une expédition loinlaine. Mais à côté de ces enfants, dont l'un restera pour vous servir d'appui, de bâton de
vieillesse , dont l'autre donnera à votre nom parmi les hommes quelque illustration, quelque gloire ; à côté de ees enfants, il y a quelquefois un Samuel, Tenfant du miracle et du privilège; de bonne heure Dieu a parlé à cet enfant , il lui a donné des goûts simples et purs ; vous le voyez obéissant , vous le voyez enclin à la prière , aux exercioes de piété , à fimitation des serviteurs du temple dans ses jeux naïfs; quelquefois même il pratique, à Tinsu de ses parents, certaines austérités qui font penser aux austérités du cloth*e.
Ob I c*est Tesprit de Dieu qui se fait sentir dans cette jeune âme ; ne touchez pas au tabernacle, ne portez pas une main audacieuse sur Tarchè sainte I Comme Oza , vous seriez frappé de mort. Mais plutôt, comme le père d*Origène, lorsque cet enfant dormira, baisez sa not>le poitrine, car elle est le temple du Saint-Esprit ; faites croître cette jeune âme , cette jeune et pure plaote du jardin des cieux, faites -la croître à l'ombre de vos exemples de vertu et au soleil vivifiant de votre lumière et de votre parole. Oui ! que cet enfant croisse pour le sanctuaire ou pour le cloître; Dieu vous le demande^ c'est une hostie qu'il exige, sachez donner quelque chose à Dieu de votre propre vie , sachez vous immoler dans la personne de cet enfant. Dieu alors le bénira, Dieu par lui vous sanctifierait vous Sauvera. Bien des familles n'ont dû leur salut, je ne dis pas temporel, mais éternel qu*à la protection^ è la bénédiction d'un fils ou d'une fille qui s'étaient immolés pour le reste des leurs sur l'autel de la chasteté, de la pauvreté, de l'obéissance évangéliquesl Oh! ne vous opposez jamais à la vocation reli* gieuse ou sacerdotale de vos enfants , mais au contraire secondez cette vocation ; éprouvez-la toutefois avec sagesse, prudence , discrétion. Et nous, chrétiens, si nous sommes
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appelés à nous vouer à Dieu , soit par le vceu simple, soit par le vœu solennel , éludions consciencieusement noire vocation, ne sortons pas de la voie où Dieu nous appelle. Quiller cette voie c*est s*exposer à en prendre une autre qui ne conduise point au terme de la béatitude, c*est s'exposer à perdre cette grâce de choix que Dieu* nous réservait dans la vocation qu'il avait disposée pour nous. Si nous faisons un voeu^ étudions bien ce que Dieu demande de nous; quand nous laurons étudié, quand Dous Taurons connu, pour ne rien faire qui soil pour nous la source de graves inquiétudes, de remords cuisants, et aussi pour ne pas nous exposer à devenir sacrilèges, soumettons nos idspiralions à notre confesseur , à notre directeur : il. est l'organe de Dieu à notre égard, il a des grâces particulières pour nous diriger. Quand il aura parlé, obéissons. Nous ne craindrons jamais de nous tromper en obéissant ; car, codime le dit un pieux auteur, l'obéissance est la reine de toutes les vertus, puisque toutes les vertus lui obéissent. Mais quand , par les conseils d'un directeur éclairé, nous avons fait un vœu, gardons- le fidèlement. Car écoutez la parole menaçante écrite par Dieu dans nos livres saints : « Lorsque vous aurez fait un vœu , dit Moïse, au Seigneur votre Dieu, vous ne tarderez pointa l'accomplir, parce que le Seigneur vous le demandera. » Cum votum voveris Domino Deo tuo, non tardahis redderé. « Et, ajoute le saint prophète, si vous tardez trop à accomplir votre vœu, le Seigneur vous comptera ce retard comme un péché , comme une transgression du vœu que vous aurez fait. » Et si moratus fueris , reputabitur tibï in peccalum. « Riep ne vous oblige, dit encore Moïse , à promettre , à faire vœu ; vous êtes libre d'honorer Dieu par des oblalions spontanées, volontaires, qui ne nécessitent
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pas la protectioD d'un vœu ; mais quand vous aurez fait un vœu , vous ne pourrez pas sans péché ne pas l'accomplir. » Quod aiUem semel egressum est de labiis tuis observabis. « Vous ferez selon que vous aurez promis, ni plus ni moins ; vous ferez , et pour le lemps , el pour la manière, el pour Tobjet, vous ferez ^loul ce que vous aurez promis. ï>Pacies sicutpromisisU Domino Deo tuo, et propria voluntateet oretuo locutus es. Prenons donc la résolution, mes frères , de ne jamais faire un vœu téméraire , inconsidéré, et en cette matière de ne jamais agir suivant notre propre inspiration, mais de tout soumettre à notre confesseur. Dans le doute, dans Taniiété, pour un vœu fait^ consultons encore Thommede Dieu, et* s'il le faut, recourons, pour une dispense légitime, à Tautorilé du successeur do Pierre à qui Jésus- Christ a dit : a Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. »
PÉRORAISON
Ensuite, ayons à regard du vœu des sentiments religieux, et des sentiments de respect et d'amour à Tégard des personnes qui se sont vouées à Dieu, soit personnellement, soil dans les choses qui dépendent d'elles, dans leurs biens du (emps. Ayons ces sentiments et ne faisons pas cause commune avec le siècle ; soyons les défenseurs des hommes el des choses consacrés a Dieu. Alors Dieu , en récompense de cette fidélité que nous lui aurons témoignée, gardera fidèlement le vœu qu'il a fait à notre égard , je veux dire le serment par lequel il promet de donner, à ious ceux qui le servent et le craignent, le royaume de sa gloire et de son amour.
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TRAIT HISTORIQUE
VcBu indiscret de Jephté.
Les vœax doWent être faits etcc discrétion, c*cst-à-dire avec sagesse et prudence. La sainte Écriture nous fait bien voir par Texemple de Jepbté le danger auquel on s^expose quand on voue à Dieu quelque chose par un sentiment de religion peu éclairé, ou produit dans rame par une sorte de témérité aveugle. Jephté fit ce vœu : Seigneur, si vous livrez entre mes maint les enfants d^Ammon, je TOUS offi*irai quiconque sortira le premier du seuil de ma maison et s'avancera à ma rencontre, lorsque je reviendrai vainqueur du milieu des enfants d^Ammon. Jephté fut vainqueur, en effet. Mais combien sa victoire fut attristée ! Or, Jephté , revenant enMarpha , sa demeure , safille unique , car il n'avait point d'autre enfant qu'elle, vint au-devant de lui en dansant au son des tambours. Jephté l'ayant vue déchira ses vêtements et lui dit : Hélas ! ma fille , vous m'avez trompé, et vous TOUS êtes trompée vous-même, car j'ai fait un vœu au Seigneur, et je ne puis manquer à ma promesse. Sa fille lui répondit : Mon père , si vous avez fait vœu au Seigneur, après la vengeance et la victoire qui TOUS ont été accordées sur vos ennemis , faites de moi tout ce que vous avez promis ; et elle dit à son père : Accordez-moi seulement la prière que je vous fais : laissez-moi aller sur les montagnes pendant deux mois, afin que je pleure ma virginité avec mes compagnes. Jephté lui * répondit : Allez ; et il l'envoya pendant les deux mois. Elle alla donc avec ses compagnes et ses amies , et elle pleurait sa virginité sur les montagnes. Les deux mois accomplis , elle revint vers son père, et il fit ce qu'il avait promis , et sa fille demeura vierge. De là vint la coutume conservée dans Israël que toutes les filles d'Israël s'assemblent une fois Tannée pour consoler la fille de Jephté de Galaad , durant quatre jours. { Livre des Juges , c . xi. )