DEUXIÈME PARTIE
Et maintenant , mes frères , parlons des récompenses que Dieu promet aux enfants qui respectent leurs parents, c'està-dire qui les aiment^ leur obéissent, les honorent et les ' soulagent. Ces récompenses sont exprimées dans ces paroles du Seigneur lui-même : a Honorez votre père et votre mère, afin de ^vre longtemps sur la terre que le Seigneur doit
S10 LE CATÉCHf9TB
VOUS donner. » Honorapatrem tuum, et matrem tuam, ut sis longœvus super terram quam Dominut daturtis est tSd. Diaprés ces paroles, Dieu prameiuoe longue vie auic enfaDts qui honorent leurs parents. Or, oetie longue vie doit s'entendre, premièrement, d*une vie prospère ici -bas, d'une vie honorée, d'une vie fructueuse, d'une vie longue en mérites et en jours. Toutefois, Dieu, pour éprouver ses serviteurs, ne leur accorde pas toujours cette première bénédiction, qoi est, d'ailleurs^ la moins excellente, mais il leur accorde certainement la vie éternelle , qui est le souverain bien.
Mais, au contraire, il maudit les enlanls désobéissante et irrespectueux : « Maudit soit celui qui ne respecte pas son père et sa mère , » est-il dit dans la sainte Écriture (l). Oui , les enfants déréglés D'auront point ici - bas une vie prospère : leurs eoCants serool leur première punition et leur première honte, et leur vie, courte et mauvaise, «e termîoera par une jonort funeste qui les livrera sans espoir à i'éterneUe damnalioD. Dans la loide Uok'se il était ordonné que les enfants qui manqueraieni de reSp^t à leurs pareoM fussent lapidés (2).
péaovAisoiv.
Enfants, souvenez -vous donc du précepte du Seigneur votre Dieu. Aimez vos parents : c'est un devoir que la nature elle-même vous prescrit. Obéissez à ce qu'ils vous commandent de juste et de raisonnable, comme vous obéiriez à Dieu s'il vous parlait de sa propre bouche. Prévenez leurs moindres désirs; soyez heorex de les consoler par votre conduite. Honorezleur dignité : soyez leur couronne et leur gloire ; soyez le bâton de leur vieillesse , et Dieu , « de qui
(1) Deut.nxyu. 16.
(2) Devt. XX. iS.
toute paternité tire son oom sur la terre et dans le ciel , » regardant comme fait à Iw-nsèoie tout ce que voos anrez fait pour vos parents, sera, par sa providence ici-bas, votre père et volrè mère ; vous serez ses enfants, et un jour, dans le ciel , il vous placera dans la terre des vivants comme dans un héritage qui vous est promis et qui doit être le partage des saints. Ainsi soit-il.
TRAITS HISTORIQUES
Saint Augustin, dans son livre de la Cité de Dieu (liv. XXII, c. viii ) , raconte le fait suivant à peu près en ces termes : « Il y avait dans la ville de Césarée, en Cappadoce , une famille noble composée de dix enfants, tant hommes que femmes, et de leur mère. Ces enfants étaient, par leur conduite dépravée , la croix et la désolation de celle qui leur avait donné le jour. L'ainé des enfants non - seulement accablait sa mère d'injures, mais encore il avait la sacrilège audace de la frapper sans que ses frères et ses sœurs montrassent à cet égard la moindre indignation. La mère outrée de colère maudit tous ses enfants et leur soobaita toutes sortes de châUments. EUe fut exaucée. Son fîls aîné fut saisi d'un tremblement dans tout le corps, et avant la fin de Vannée tous les autres enfants éprouvèrent le même effet des malédictions de leur mère. CSependant cette mère, désolée de voir un tel effet de la justice de Dieu et désespérant de tout ici-bas, se pendit. Ses enfants errèrent misérablement loin de leur patrie pour cacher leur boute. L'aîné , ayant fait pénitcHce et prié le martyr saint Laurent , recoum It santé. Le sixième, sur le conseil de saint Augustin, pria saint Etienne, premier martyr, et fut pareillement guéri. Sa sœur, qui avait sollicité la même grâce, resta sons le coup des malédictions de sa mère, pour servir d'exemple à tous les enfants irrespectueux. » Saint Augustin fait sur cette terrible histoire la réflexion suivante : « Que les enfants, dit-il, apprennent par là à obéir, et que les parents redoutent les effets de lem* propre colère. » Dîscant filii obsequi , timeant parentes irasci.
«Il y avait an grand et fameux docteur de paris (i), uoiversellement {1} Pierre Lomhard.
connu et chéri de tons. Sa mère , qui était une pauvre femme , apprenant la renommée de son fils , eut la pensée de venir le voir. Elle prit donc son bâton , sa robe de bure , vint à Paris , et demanda à quelques dames des renseignements sur le célèbre docteur. Les dames loi répondirent : — Que lui voulez- vous ^ — - Je suis sa mère , dit la bonne femme. Ces grandes dames la conduisirent alors dans leur maison, et lui prodiguèrent des soins. Mais elles firent cette réflexion, que ce grand docteur aurait peut-être honte de voir sa mère dans un pareil état, et alors elles se mirent à la parer. Elles lui donnèrent un beau manteau et raccompagnèrent chez son fils. La bonne femme lui dit : ^ Je suis ta mère. — En vérité, je n*en crois rien, répondit le docteur; car ma mère est une pauvre femme habillée de bure Or, comme il ne voulait point la reconnaître ni Tentendre , les dames la ramenèrent à leur demeure et lui rendirent sa vieille robe et son bâton. La bonne femme alors retourna chez son fils , qui se trouvait entouré d*un nombreux auditoire. Mais à peine le docteur eut - il aperçu sa mère qoi venait avec son vrai costume qn*il quitta son capuce et embrassa sa mère de tout son cœur, et lui dit : — Maintenant vous êtes ma mère , je le sais ! Gela fit grand bruit dans tout Paris , et mérita de grandes louanges au docteur qui , dans la suite , fut fait evêque de Paris. » ( S. BqhavunruRB, Sermons sur les dix préceptes, )
••▼•Ira des lBférle«r« •■▼•rs le«r ««i^ériewniu
!« DE l'autorité, bn général, et des différentes sortes d'autorités;
20 DEVOIRS ENVERS LES SUPÉRIEURS ECCLÉSIASTIQUES; DEVOIRS ENVERS LES SUPÉRIEURS TEMPORELS.
( Suite du 4« Commandement. — 2« Sermon, de Tautorité en général, et des diflTérentes sortes d'autorités. )
EXPOSE SOMMAIBE.
De l'autorité : Qu'est-ce que l'autorilé ? — Quel est soo priocipe , quelle est sa fin ? — Quels sont ses moyeps? *-
EN GBAIBE. 24 S
IKfféreDtes espèces d'autorités : autorité domestique , autorité civile!, autorité religieuse.
TEXTES TIRÉS DE L^éCRlTUBE SAINTE,
Omnis anima potestatibus sublimioribus subdita sit ; iK)ii est eDÎm potestas nisi a Dec : quœ autem sunt, a Deo ordinalse sunt. Ilaque qui resistit potestati, Dei ordinatioDÎ resistit. Qui autem resistunt, ipsi sibi damuationem acquîruDt. [Rom, xm. 4.2.) -^ a Que toute âme soit soumise aux pouvoirs supérieurs; car il n'y a pas de pouvoir qui ne soit de Dieu , et les pouvoirs qui existent ont été établis de Dieu. C'est pourquoi , celui qui résiste au pouvoir, résiste à l'ordre de Dieu, et ceux qui résistent ainsi s'attirent la damnation. »
Ideo necessitate subditi estote, non solum propter iram, sed eiiam propter conscientiam. (Ibid. 6. ) — « Soyez donc soanfiis non-seulement par la crainte du cbâliment, mais par conscience. »
Reddileiqnae sunt Caesaris Csesari, et quae sunt Dei Deo. (Matth. xxn. 2< .) — a Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. »
Per me reges régnant, et legum conditores justa decer- Dunl. [Prov. vni. ^6.) -^ « Par moi régnent les rois, et îes législateurs font des lois justes. »
TEXTES TIRÉS DES PÈRES
Non tribtiamus dandi regni atque imperii potestatem nisi Deo vero, qui dat felicilatem in regno cœlorum solis piis, regnum vero terrenum et piis et impiis , sicut ei placel, cui nibil injuste placel. (S. Aog. de Civil., lib. V, c. xxi.) — iDieu seul a le pouvoir de donner le régne et l'empire,
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lai qui donne seulement auic bons Te ciel, et qui donne aux méchants comme aux bons les royaumes de la (erre , selon son bon plaisir, toujours conrorme à la justice. »
Qui dedil Mario, ipse et Csesari; qai Auguste, ipse et Neroni ; qui Vespasiano vel palri velfilio suavissimis imperatoribus , ipse et Domiliano crudeiissimo : et ne per slnguios ire necesse sil, qui Constantino christiaoo» ipse Aposlatœ. [Ibid. infra.] ~ a Celui qui a donné l'empire à Marins est le même qui Ta donné à César ; celui qui Ta donné à Auguste , Ta donné aussi à Néron ; celui qui Ta donné à Vespasien , au père et au fils , ces empereurs si doux , Ta donné aussi à Domitien, prince très-cruel, o
EXORDE
Noa est poCestasBui i Deo. (Rom. isa, i.) <c Toat pouvoir vient de Diea. »
Mes Faàres,
Le quatrième précepte du Décalogue, en prescrivanlaux enfants d'honorer leurs parents , ordonne en même temps aux ioférieurs d'honorer leurs supérieurs. Les supérieurs, en effet , sont à certains égards nos pères , et nous leur devons des honneurs analogues à ceux que nous rendons aux auteurs de nos jours. Mais comme ces devoirs ont pour fondement Pautorité dont les supérieurs sont revêtus, a vaut de vous parler des devoirs que les inférieurs sont tenus de rendre à leurs supérieurs, il faut que nous vous parlions de l'autorité. C'est pourquoi , dans ce discours , je me propose de vous parler :
DIVISION
4» De l'autorité en général ; 2<» des différentes sortes d'autorités.
BN CHAns. 24$