DEUXIEME PARTIE
Il y a trois sortes d'autorités : Tautorité domestique, l^utorité^vileoo politique. Ta utorité religieuse . La raison
(i) Rom, xni. 4.
(2) Jbid.
(3) /Wcf.l.î.
«N GIUIILB, il 9
di cette divlsioa eçt (îr^ du sens oiêaie que nous aUa^ chonsau mot autorité. Puisque, eo effet» Taulorité n'eel autre chose que le principe de la vie, du développement, delà prospérité et du salut des êtres auxquels elle s'applique , il doit y avoir autant d'auiorités qu'il y a de buts pour les êtres et de moyens pour arriver à ce but, et de principes conformes à ce but et à ces moyens* Or, quoique, sous le rappoK du principe premier et de la source du pouvoir, il n'y ait qu'une autorité , savoir : l'autorité de Dieu ; cependant, quanta Tappiication , il y a plusieurs autorités qui viennent de Dieu : la première , dans l'intérêt de la famille, c'est l'aotôrHé domestique ; la seconde, dans l'intérêt des sociétés, c*est l'autorité politique ; la troisième^ dans l'intérêt spirituel des peuples, pour leur bien éternel, c'est l'autorité religieuse. Dans la famille , les parents ont l'autorité. Ils ont une autorité divine réglée cependant par les lois de la société et de la relÂgion , pour le bon ordre général. Dans la société politique, le chef du pouvoir, quel qu'il soit , et tous ceux qui • de près ou de loin , le repré^ sentent , possèdent l'autorité dans l'ordre temporel ; dans l'ordre religieux, l'Église représente Jésus -Christ et gouverne les âmes. C'est le plus bfiut de tous les pouvoirs : il doit régler tous les autres et les couduire : Jésus-Christ a dit à son Église : « Qui vous écoule , m'écoute ; qui vous méprise , me méprise. » Et encore : « Comme mon père m'a envoyé , je vous envoie ; » d'où lapêtre saîQt Paul nous recommande a d'obéir à nos supérieurs ecclésiastiques et de leur être soumis. » Obedite prcepositis vestris , et tubjacete eis.
Nous avons vu les devoirs que les enfants sont obligés de rendre è leurs parents. Il nous reste maintenant è connattre lesdeveirs def Hittrieurs envers les sapéHeurs.Cest ee que
2S0 LE GATÉGBI8TB
fioQS dirons dans la conférence suivante, dont ce discours o*esi que le préambule.
m^wmlnf dc0 iMférlewrs eMveni leani «vpérlevmt
9EY0IBS BNYERS LES SUPÉRIEURS ECCLÉSIASTIQUES BT LES SUPBRIBURS TEHPORBLS.
( Saite da 4« Gommandemeot. — 1« Sermc». )
SXOBDB.
Hbs Fbèbbs ,
Tous savez maintenant ce qu'il faut entendre , en généra), par ce que Ton appelle auton'rd; vous savez aussi quelles sont les diverses espèces d autorités. Mais ce qu*il est encore plus importaut de connaître, c'est l'obligation où nous sommes de respecter les diverses autorités qui sont établies de Dieu pour nous gouverner. Déjà , dans un premier discours sur le quatrième précepte, nous avons vu quels sont les devoirs des enfants à l'égard de leurs parents; maintenant, nous allons vous exposer les devoirs des inférieurs à l'égard des supérieurs.
DIVISION
Or, mes frères , les supérieurs sont de deux sortes : les uns spirituels ou ecclésiastiques, les autres, temporels. Premièrement, nous devons à tous ces supérieurs , ao
BN GHAIEB. Stt
jMipe, aux évêques, aux prêtres et aux autres ratnistres de la sainte Église; oous devons aux rois^ aux princes» aux magistrats, aux chefs militaires, un tribut d*bonneur, de respect Y de soumission, de gratitude et même d*amoor. Les uns sont comme les pères et les mères de la société chrétienne; les autres sont comme les pères et les mères, de rÉlat. Cette paternité prQtectrice qui forme leur caractère nous oblige à certains devoirs analogues à ceux que des enfents ne peuvent mettre en oubli à l'égard de leurs parents»
Secondement, rien n'est plus clairement tracé , dans l'Écriture sainte, que cette obligation. Et d'abord, écoutez ce que Notre-Seigneur dit à ses apôtres, et, dans leur personne, à tous leurs successeurs : « Toute puissance» leur dit-il, m'a été donnée au ciel et sur la terre : comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie (4). » G*est pourquoi saint Paul a dit aussi : <x Nous faisons la charge d*ambassadeurs pour Jésus-Christ, et c'est Dieu même qui vous exhorte par notre bouche (2). » Quant aux supérieurs temporels , saint Paul a dit formellement : « Le prince est le ministre de Dieu pour le bien. Que si vous faites mal , vous avez raison de craindre , car ce n'est pas en vain qu'il porte le glaive, parce qu'il est le ministre de Dieu pour exécuter sa vengeance, en punissant celui qui fait de mauvaises actions (3). » Et saint Pierre : a Rendez à tous l'honneur qui leur est dû : Aimez vos frères, craignez Dieu» honorez le roi (4)« *
(1) JoAHIf. XX. 21.
(î) IL Cor. V. «0.
(3) Rom, XIII. 4.
(4) L P«i». II. 17. ^
H soit de là , mes frères , que nous devons respecter nos supérieurs el voir eu eux , par ki foi quf nous éclaire, faotorité même de Dieu. Dans la personne du souverain pon* tife, Il fout voir Jésus- Christ. Toute proportion gardée, soi- Tant le rang faiérarcbîque , c'est Jésus-Christ aussi qall feut voir, c'est lui qu'il fout respecter, aest à lui qu'il Tàui obéir dans la personne des évèques , des prêtres et des autres ministres. Il ne faut donc point former contre eux de complot, il ne fout point lire les ouvrages qui les attaquent» il ne fout point répandre les bruits qui pourraient s'étever contre leur réputation; il fout leur témoigner paf^'des paroles respectueuses et des actes de déférence que la dignité dont ils sont revêtus est une dignité que nous roconoaissons venir, non pas des hommes, mais de t)ieu. A ce pre* mier devoir de respect , ajoutons le devoir d'obéissant. JésuS'Chrisl a dit à ses apôtres, et, dans leur personne, à tous leurs soccesseurs : « Qui vous écoute^ m*écoule; qui vous méprise, me méprise, et qui me méprise, méprise cehii qui m'a envoyé (4). s Saint Paul, exhortant les fidèles, leur dit : « Obéissez à vos conducteurs, et soyez soumis à leur autorité, car ce sont eux qui véfflentpour le bien de vos âmes comme devant en rendre compte ; afin qulls s'acquittent de ce devoir avec joie et non en gémissant ^ ce qni ne vous serait pas avantageux (1). »
Saint Paul dit des supérieurs temporels : « Que tout le monde soit soumis aux puissances supérieures : car Wtt^ a point de puissance qui ne vienne de Dien « et c'est lui qui a établi toutes celles qui sont sur la terre. Celui donc qui s'oppose aux puissances résiste à l'ordre de Dieu i et ceux
(!) Luc. X. 16.
(«) Hebr, xiii. 17.
BN CtTAÎftE. -223
qaî y résisleiil allirenl stir eux la damnation («). » fit saînl Pierre: «Soyez semmis pour* Tamour de Dieu à toutes sortes de^persoDoes: soit au roî comme au souverain, soit aux goovenieiirs , comme à ceux qui sont envoyés de sa pari pour punir cent qwî font mal , et pour traiter favorablenest oeax qui font bien {%). »
W suit de là , mes frères , que l'obéissance des inférieurs envers les supérieurs n'est pas un conseil, mais un préoeple dont la transgression est de sa nature un péché grave , lequel ne peut devenir léger que par défaut de matière suffisante ou d*intentîon. Obéissance aux lois de l'Église, obéissance aux lois de rÉtat en tout ce qui n*est poîBt contraire aux lois de l'Église I Un chrétien doit être bon citoyen : an citoyen est d'autant meilleur qu'il est plus dirétieo.
Vient ensuite l'obligation d'assister l'Église et l'État dans iears besoins*
Obligation naf orelle ; car tous les membres d'un corps doivent se prêter un mutuel secours Sous peine de détruire Pbarmonle générale du corps dont ils font partie. D'où ît soh que les catholiques doivent, suivant leurs moyens et wi vant le besoin plus ou moins grand où se trouve l'Église, tenir en aide, premièrement è l'Église de Rome, mère et maîtresse de toutes les Églises, centre de la catholicité et siège da successeur de saint Pierre, du vicaire de Jésus- Christ qal est le père de tous les fidèles ; secondement , â leor ôvêque dans l'intérêt de son diocèse, et troisièmement à leur curé» dans l'intérêt de sa paroisse. Il suit de là que tous les citoyens doivent contribuer aux charges de l'Etat,
(1) Rom. XIII. i. 2.
(t) I. Pbti. I. 13.
tS4 LB CATÉCHISTE
comme il leur est prescrit de le faire par les lois« C'est pourquoi saiot Paul djsait : « Repdez doue à chacun ce qui lui est dû : le Iribul à qui vous devez le tribut , l'iinpôt à qui vous devez l'impôt , la crainte à qui vous devez la crainte, rhonueur à qui vous deve;^ rhonneur (4). »
Toutefois, mes frères, ne croyez pas que vous avez parfaitemeut accompli le quatrième précepte, si vou3 D'étendez pas à d'autres qu'aux parents , aux ecclésiastiques et aux magistrats les devoirs que ce précepte vous impose. D'après le sens de ce précepte , il faut respecter aussi d'autres supérieurs que ceux-là. Ainsi , une femoie doit honorer son mari. Sara , épouse d'Abraham , appelait son mari a son seigneur. » Sainte Monique, mère de saint Augustin, portait tant d'honneur à son mari, que par celte respectueuse affection elle le convertit à la foi chrétienne.
Les enfants doivent, dans le même esprit, honorer leurs oncles , leurs tantes , leurs frères et leurs sœurs plus âgés qu'eux, et surtout leurs grands parents. Un filleul doit honorer son parrain et sa marraine; un pupille, son tuteur ; un écolier, ses maîtres ; un apprenti ou un compagnon , son maître ; un domestique , celui qu'il sert ; un jeune homme ou une jeune fille, les personnes plus âgées. Tous les devoirs d'affection , d'obéissance , de respect, de secours, sont basés sur le principe général de l'autorité, et contribuent au bon ordre de la société tout entière. S'y soustraire , c'est se soustraire à l'autorité de Dieu luimême , et s'attirer la damnation.
(I) Rom, xm. 7.
Blf CHAIRS. SS5
rÉftORAISOIf.
Acceptons donc , mes frères , non par nécessité , mais par conscience, ces devoirs de subordination que la providence nous impose. Il n'y a point d'esclavage dans robéissance et dans le respect ; il n*y a d*esclavage et de dégradation que dans le péché. Quiconque agit par devoir jD obéit qu'à Dieu , en définitive ; or, obéir à Dieu , c'est régner : Servire Deo regnare est.
tRAIT HISTORIQUE.
Coré/Dathan tt Abiron punis pour s'être révoltés contre Moise (1).
Moïse envoya donc appeler Datban et Abiron , fils d*Eliab. Ils répondirent : Nous n'irons point. Est-ce peu pour tous de nous avoir tirés d'une terre où coulaient le lait et le miel, pour nous faire périr dans ce désert? Vous voulez encore nous dominer! A la vérité , vous nous aves ' fait venir dans une terre où coulent des ruisseaux de lait et de miel , et vous nous avez donné en héritage des champs et des vignes : voulez-vous aussi nous arracher les yeux? Nous n'irons point. Or, Moïse irrité dit au Seigneur : Ne regardez point leurs sacrifices ; vous savez que je n'ai rien reçu d'eux , et que je n^en ai affligé aucun. Et il dit à Coré : Toi et tout ton conseil , demain soyez d'un côté devant le Seigneur, et Aaron d'un autre côté. Prenez tous vos encensoirs , et mettcz-y de Teacensy offrant au Seigneur deux cent cinquante encensoirs; Aaron tiendra aussi un encensoir. Lorsque ceux-ci eurent fait cela , Moïse et Aaron debout , ayant rassemblé toute la multitude à la porte du tabernacle , la gloire du Seigneur apparut à tous. Et le Seigneur, parlant à Moïse et à Aaron, dit : Séparez-vous du milieu de cette assemblée, afin que je la détruise en un moment. Or, ils se prosternèrent sur leur face , disant : Pieu puissant des esprits de toute chair^ si un seul a péché , votre colère sévirà-t-elle contre tous ? Le Seigneur dit à Moïse : Commande à toute rassemblée qu^cUe se sépare des tabernacles de Ck>ré de Datban et d' Abiron. Moïse se leva et alla Ters Datban et Abiron, et les
(I) Nwm. vn.i% et seq.
tf6 IM GàTéCBISTB
anciens d^Israêl le suivirent. Et il dit à la multitude : Retirez-vous des tentes de ces hommes impiea» et ne touchez à rien qui soit à eux , de peur que vous ne soyez enveloppés en leurs péchés. Lorsque tons se furent retirés de leurs'tentes, Dathan et Abiron sortirent, et parurent à la porte de leurs tentes , avec leurs femmes et leurs eotents et tonte leur troupe. Moïse dit : Vous connaîtrez ici que le Sogneur m*a envoyé pour faire tout ce que vous voyez , et que je ne le fais pas de mon propre cœur. Si ceux-ci meurent de la mort ordinaire des hommes , et quUls soient visités comme les autres ont coutume d*dtre visités, le Seigneur ne m*a point envoyé; mais si le Seigneur flsft une chose zioo* velle , que la terre ouvrant ses abîmes les engloutisse avec tout ce qii leur appartient , et qu*ils descendent vivants dans renfer, vous saurez qu*ils ont blasphémé le Seigneur. Anssitôt qofil eut cessé de parler, la terre se fendit sous leurs pieds , et , ouvrant ses abîmes , les engloutit avec leurs tentes et toutes leurs richesses. Et ils descendirent fivants en enlér, recouverts par la terre , et ils disparurent da milieQ de la multitude. Et Israël, qui était répandu tout autour, s'enfuit aux cris de ceux qui pérîisaieiity disant : Craignons que la Isnna nejKHis englontisae.
BoToIrs Ûem tmpérîeurm eiiTera leurs laTérlears»
OBLieATIOR DBS PA1B1IT8 BNYBRa LBURS BMFAXTS.
( Suite do 4« Commandement. — k* Sermon. }
EXPOSÉ SOHMAIBB.
40 L'obligation des parents par rapport i la vie corporelle de leurs enfants : nourriture, entretien, sarveillanoe, direction; — 2* par rapport à la vie morale : instruction religieuse, instruction libérale, exercices de piété, sacrements , correction.
TEXTES TIBÉS DB l'AcAITUÉB ^AIHTB
Dtxilque Domious : Num celare potero Abraham quae gesturus sucn?... Scio enim quod prœceplurussîl filiis ssuis etdomui suœpo3tse, ut custodiaot viam DomiQi,etfaciaat judicium et jusiitiam : ut adducat Dominus propter Abraham omDÎa quœ locutus est ad eum. [Gen. xviii. 47. 4 9.) — «Et le Seigneur dit : Puis-je cacher à Abraham ce que je vais fafre?... Car je sais qu'il ordonnera à ses eDfaols, et à sa maison après lui, de marcher dans la voie du Seigneur, ei de garder la justice et Téquité , afin que le Seigneur accomplisse en faveur d'Abraham tout ce qu'il lui a promis. B
ITobias, filium] ab infantia timere Deiim docuit^etabstinere ab oinni peccato. ( Tob. i. 4 0. ) — «Tobie apprit à soq fils dès renfauce à craindre Dieu et à éviter tout péché, b
Patres, nolile ad iracundiam provocare filios vestros ; sed educate illos in disciplina et correctioneDomini. {Ephes. VI. 4.) — a Parents, ne provoquez pas vos fîts à la colère ; mais élevez-les dans la discipline ei la crainte des châtiments de Dieu, b
TBXTBB TUIÉS BBS PifiBB.
HeS pn>ptfT filios perHl ; ilfos quippe , cum acrias eos owfCH'edebfiiBset, verbis tautmn îevibns monuit ; quap-
propler fnm et »efp«rm una penJîdtt. (S. J. Chbts.
BùmU. XIX tu / ad Tim. ) — « Héir à cause de ses fils fut ft^ppé de mort. C'est qu'ao lieu de îes reprendre sévèrement, il les avertit avec trop de douceur et de faibfesse. Pat" lait Bepertlît eteausa la perte de ses fils.
WM fo f« aol in pairci tno vîdeat, quod in feœriC peeeet.
22t . LE CATÂGHISTB
Mémento» vos, parentes virginîs^ magiseam docere exemplo posse quam voce. ( S. Hibb. Epist. vu ad Lœtam. ) — a Que votre fille ne voie rien en vous ni en son père qui la conduise à pécher, si elle le fait par imitation ; parents de celte jeune fille , souvenez- vous que pour l'instruire les exemples vaudront mieux que les paroles*
BXOBDB.
Mes FfiàRES,
D^où vient que dans le précepte qui fait un devoir aux enfants d'honorer et d'aimer leurs parents et de leur obéir, Dieu ne parle pas de l'amour et des soins que les parents doivent à leurs enfants? C'est sans doute que la divine sagesse a jugé superflu ce commandement. La voix de la tiature a dispensé Dieu du précepte formel. En effet, les brutes mêmes sont naturellement portées à aimer et à soigner leurs petits; comment donc les créatures raisonnables n'éprouveraient-elles pas ce généreux sentiment qui anime les tigres et les panthères? C'est pourquoi, de même que Dieu pe nous a pas fait un commandement de nous aimer nous-mêmes, de prendre soin de notre propre personne, parce que nous sommes assez portés naturellement à ce soin et à cet amour, il était superflu qu*il nous donnât le précepte formel d'aimer nos enfants, qui sont comme une partie de nous-mêmes. Alors que ce précepte était profondément gravé dans nos âmes^ qu'était-il besoin qu'il fût écrit sur les tables de la loi ?
Cependant , à mesure que la foi s*est affaiblie chez les hommes, la nature humaine est tombée dans une telle oor* ruption, qu'il serait difficile de dire quel nombre est le plus grandit desenfaotsou des parents quieubliejot leai:» devoirs
BN CHAIRE. 229
mutuels. Chaque jçMar nous sommes témoins de celte négligeuce coupable des parents à Tégard de leurs enfants. Parcourez les rues et les places publiques , et vous verrez des enfants de l'un et de l'autre sexe, tellement privés d'éducation et d'assistance, qu'ils sont de bonne heure un scandale pour les chrétiens et une honte pour leur famille. Si cette corruption précoce vient quelquefois d'une nature indocile et rebelle aux avertissements paternels, souvent aussi elle provient de la négligence ou de la faiblesse des parents, qui n'ont pas su de bonne heure redresser, par une éducation chrétienne et saintement austère , ces natures perverses. C'esl pourquoi j'ai résolu d'expliquer aux parents les devoirs auxquels ils sont tenus. Qu'ils sachent donc comment ils doivent se conduire, s'ils ne veulent passe rendre solidaires devant Dieu des fautes de leurs enfants.
MVlëlON.
Pour suivre une progression ascendante, nous disons 4» que les parentssonl tenus, sous les peines les plus graves, d'avoir soin du corps de leurs enfants ; 2*^ de leur âme.
40 Les prents, selon leur état, sont tenus de nourrir leurs enfants jusqu'à ce que ceux-ci soient en état de pourvoir à leur propre subsistance. La nature nous instruit de celte obligation , puisque les brutes ellesr mêmes font ainsi.
C'est ce qui fait dire ^ saint Àmbroise : «Que les hommes apprennent à aimer leurs enfants par l'exemple des cor^ Deilles, qui avec ua soin inquiet accompagnent leurs petits lorsqu'ils commencent à voler, et portent dans leur bec de la pâture pour eux , de peur qu'ils ne défaillent dans ces premiers essais de leurs ailes faibles encore. » Discant hominesamare filios ex usu et pietate cornicum, qu» etiam
fS^ LB ekvtcmtnE
volantes filios coâitatu ^aedulo proseqnontur, et soTItcttae, De taneri forte deficîant, cibum so^erunt, ac pkrrîma ten>pons nolriendî ofScîa non reilnquottt fi).
Cependant, combien de parents manquent i cette premidre oblfgalton? Combien d^ouvriers dissipent dans fe jeo on dans la débauche le gain de la semaine, et laissent leurs femmes et leurs enfants manqœr de pain ou des choses nécessaires à la vie? Combien de mères dépensent en vaines parures ce quleltes retranchent à la nourriture de leurs enfants, et ruinent leur maison ; d'où il arrive ensuite que les enfants sont poussés au mal par ta faim ; car la faim est mau Taise conseillère. L'ennemi yH h faim et il espéra la victoire : Vidit hostis famem et vktoriam speravû, dit Théo- 4oret sur ce passage où il est dît que Notre-Seigneur eut faim après avoir jeûné quarante jours.
Mais que dirons-nous des parents qui abandonnent leurs enfants? Il y a trois mode» d'abandon : le premier, c'est de les porter h l'hospice. Or, cet abandon est une impiété, partant un péebé mortel , s'il a lieu sans tmd nécessité évidente. Dans oe cas, les parents sont tenus , lorsqu'ils le peuvcni , d'îndenmiser lliospiee des dépenses qu'il a faites pour renfent, parée que eet asile saeré n'est pas institué pour favoriser le vice, nais pour venir en aide aux besoins des enfants pauvres et pour les soustraire à la mort. Mais s'il y a nécessité d'agir ainsi, soit pour sauver la vie de l'enCsnt oo rbonneor de la mère » eeux qui le font sont exen>pfs de péché mortel, mais non pas de la dette : ils sont tot^ours tenus» aussitôt qu'ils le peuvent, d'indemniser l'hospice.
Le deuxième mode d*abaiideo , c'est eeiui où les parents
(i> Lib. y. in Sœmner, e. xvm.
eiposent leurs eoCaots sor la voie paUiqiie on k la porte d'uoe église , d un oooveni ou duo presbytère, etc. Ceux qui font ainsi se reDdeol gèDéralemenl ooopables de pécbé mortel , 4* à cause du péril auquel Ils exposent renfant ; S* à cause de TaUeiote portée à l'booneur des persoDoes à la porte desquelles l'enfant est déposé; 3* è cause de rembarras dans lequel on place les personnes qui, par charité chrétienne, sont forcées de pourvonr aux besoins de Tinoocente créature* Je dis que, par œt abandon, les parents se rendent coupables de pécbé mortel ; car s*ils ne peuvent nourrir leurs enfants, ne sauraient-ils trouver an autre moyen que de leaeiposer d*une manière si inhumaine et si barbare ?
Le troisième onode d'abandoo, c'est celui où les parents disent à un enfontà qui on n*a rien fait apprendre : Va, fùurvois tai-^némù à tes besoms. A ces injustes parents, s'M y en avait qui pussent m*entendre , je dirais r Cornaient voulez- vous que ces pauvres enfants puîssenl pourvoir & leurs besoins, qmmd, grftce à -votre négligence ou à votre inconduite , vous ne leur aves pas donné les moyens de gagner bonnèlement leur vie ? C'est comme si vous kur disiez : a Ayez recours sa vice ou au crime, a Pères et mères, abstenez- vous donc des vteea qui , en perdant votre Ame, précipitent votre famâle dans h misère et dans Tabjectioo, et vous rendent coupables devant Dieu non-seulement de ▼os propres Sautes., mais encore de eelies que vos fils et V06 filles commettent , poussés par la nécessité dont votre inconduile est la cauee. '
Des parents pèchent quelquefois par une conduite oppo> sée; c'est lorsque, trop préoooupéa du désir de les enri* ehir , ils négligent le soin de l'âme de leurs enfants , soin dont nous parlerons tout à l'heure. Dans œ désir hnmodéré
et inquiet, ils n'aspirent qu'à aocrottre leur fortune , même au détriment de la justice et de la chanté. De là vient qu'ils soni durs , impitoyables à l'égard de leurs débiteurs , et qu'ils oublient de faire l'aumône, comme ils y sont tenus selon leur étal. Aveuglement déplorable! Sans doute il est permis aux parents de transmettre à leurs enfants un héritage légitimement acquis par le travail et une sage économie , bien plus , ils y sont tenus , comme ils sont tenus de leur donner une dot convenable ; mais ce qui est criminel devant Dieu, c'est cette soif insatiable de Tor qui leur fait négliger tous les plus saints devoirs de la religion et de rbumanité. « Pourquoi votre tendresse paternelle se fatiguet-elle , dit Sdivien , à acquérir les biens terrestres et périssables? Voulez -vous léguer à votre enfônt le plus riche trésor, faites-ie lui-même le trésor de Dieu. » Quid ergo usinas , paterne pietas , quid ad conquirenda terrena et peritura dislenderis? Non necesse est ergo ut filio tuo terrenos thesauros recondas , nulla re eum faciesr ditiorem quam si filium tuum thesaurum Dei feceris (4). Comme cette avare sollicitude déplatt à Dieu, il arrive d'ordinaire <]ue l'héritage, loin de prospérer, est bientôt dilapidé par les enfants à qui les parents ont procuré ainsi les moyens de mener une vie oisive et dissipée ; c'est ce que nous voyons chaque jour, et c'est^ce qui fait dire à saint Cyprien : «Vous qui songez phis à l'héritage de la terre qu'à l'héritage du ciel, vous commettez une double faute; vous ne préparez pas à vos fils le secours de Dieu le Père, et .vous leur apprenez à aimer leur patrimoine plus que Jésus-Christ. » Qui studes terreno magis quam ccelesti patrimonio, bis delinquts et geminum orimen adorittis : et quod noo
(i) Salt. lib. I Eeel. Cath.
BN CBAimB. t33
praaparaa 6\m tais IM Patris auxilium , et quod doees filios palrimoDium plus amare qoain Gbristum (4).
Pour résumer ea peu de mots tout ce qui regarde cette partie de Téducaiion, laquelle peut être appelée temporelle, je vous dirai donc : Gardez, nourrissez, entreteoez tos enfoats , élevez^les çooforiDénieDt et à votre condition el è leur capacité. Lorsqu'ils seront en âge de prendre un état, priez Dieu de leur faire connattre celui qui est le plus propre à procurer sa gloire et leur salut éternel ; et quand ils auront fait un choix, s'ils persistent dans leur dessein, ne vous y opposez pas sans un juste notif. Mais après qu'ils ont pris un état , ils ne cessent pas pour cela d'être vos enfants; c'est pourquoi, s'ils ont besoin de vous, vous devez leur venir en aide , car le défaut sera toujours plus blâmable que l'excès dans le secours accordé à vos enfants.
2* Il nous faut expliquer à présent les obligations des parents à l'égard de Tâme de leurs enfants. Saint Thomas dit : a Vous devez dissiper leur ignorance et former leurs mœurs. » Brudiendi sunt filii ignorant!» depulsione et morum informatione (S).
Or, pour dissiper leur ignorance dans. les choses qui regardent l'âme, il faut les instruire des vérités de notre sainte religion. Saint Cyprien dit à tout parent : « Sois pour les enfants un père tel que Tobie ; donne-leur, comme gage de ton amour, des préceptes utiles et salutaires comme Tobie en donna à son fils. » Esto jiberis tuis pater talis qualisTobiasexslitit; da utilia et^salutaria prsecepta ptgnoribus, qualia ille filio dédit (3). Or connaissez les préceptes
(1) Lib, de Oper. et Eleem.
(2) Opuse.
(3) Ub. de Oper, et Eleem.
:tatl Ls oirrÉcinsTB
qoeTobiedocmaità 80»fUs: « Mob fih , éeofrte let parotes de ma bouche, et qu'elles sema doMtoitcœurcoamte trae
base solide Aie Dieu dans loa esprit tous fes jours de ta
vie, et garde-toi de oonseatir an péché ^ de transgresser les préceptes du Seigneur Dolre Dîed. Pais ranmAne de toA bien , et ne détourne ton visage d'aucun pauvre ; car il arri» vera ainsi que le Seigneur ne détournera pas non plus son visage de toi. Sois cbaritafole autant que tu le pourras. S tu as beaucoup, donne abondamment; si tu as pea, aïe soin de donner ce peu de bon oceor. Car tu amasseras ainsi un grand trésor et une grande récompense an jour de la nécessité, parce que l'aumône délivre de tout péché et de la mort, et qu'elle ne laissera point l'Ame aller dans les ténèbres : l'aumône sera une grande confiante devant le JDIeu trés-'haat pour ceux qui l'auront feite. Veille sur foi, mon Bis, contre toute Impureté. .••• Ile lai^e jamais rt>rgueil dominer dans tes pensées ou dans tes paroles ; car c'est par l'orgueil que toute perte a pris commencement. Lorsqu'un homme aura travaillé pour tpi, paie -lui aussitôt son salaire^ et que la récompense du merceneire ne demeure jamais chez toi. Preiids garde de feire jamais à un autre ce que tu serais ^cbé qu'on tefti. Mange ton pain avec les pauvres et avec ceux qui ont fiiim , et couvre de tes vêtements ceux qui sont nus. Mets ton pin et ton vin sur le tombeau du juste , et garde-toi d*en manger et d'en boire avec les pécheurs. Cherche teujours le conseil d*un homme sage. Bénrs Dieu en tout temps , et demande- hn de diriger tes voles, et qtte tous tes conseils demeurenit en lui. Je t'avertis aussi, mon fils, que lorsque tu n'étais qu*un petit enfant, j'ai donné dix talent&i Gebelus, qui demeure dans la ville de Rages , au pays des Mèdes , et que j'ai sa promesse entre mes mains; e'esl pourquoi cherche
<»minent parvenir josqo'à lui, et recouvffer celte somme (Targeot , el lof rendre sa promesse. Ne crains rien , mon 6is ; if est vrai que noos menons une vie pauvre, mais nous aorons de grande^ richesses , si nous craignons Dieu , si nous nous retirons du péché , et si nous faisons le bien. »
Yoftà les instroetionH que Tobîe donnait à son fîls, et c'est ce père, plein de sagesse el de piélé, que saint Cyprien propose comme exemple à tous les parents.
Les parents doivent donc avoir soin que leurs enfants soient instruits avant tout des choses qui ont rapport à Dieu : Aie Dieu dans ton esprit tous les jours de ta vie; par conséquent, il faut leur apprendre les mystères de la foi et de la religion, surtout ceux qui sont contenus dans le symbole des apôtres ; il faut leur apprendre et les exciter à aimer Dieu ; les ioslraire des divins préceptes , leur inspirer la haine des péchés par lesquels on viole ces divins commandements : (Sarde ^ toi de consentir au péché et de transgresser les préceptes du Seigneur notre Dieu, il faut les instruire de Tamour qui est dû au prochain , amour qui se manifeste principalement par ta miséricorde : Sois miséricordieux autant (fite tu le peux. H faut leur apprendre à fuir les actes d'impureté et toutes les occasions qui peuvent les exciter è ce vice : Garde-toi de toute impureté. El, pour résumer en peu de iDOts lés instructions de Tobie , il faut leur apprendre à éviter les mauvaises compagnies, à payer fidèlement leurs dettes et te salaire des ouvriers et des serviteurs, h ne pas Ibire aux autres ce que nous ne voulons pas quHI noussoliféit; à recourir fréquemment è la prière, afin qu'ils obtiennent la lumière pour oonnattre le bien et tai force pour Topérer ; è choisir de doctes et pieux: cenfeiseors et à se soumettre en teirt à la volonlé de Dieu. Tels sont en abt^é les eDseignemeDtB qu'à l'exemple de TMe
t36 LE CATÉCHISTE
les parents doivent donner à leurs enfants. Que si les parents ne sont pas capables de les instruire par euxmêmes f ils sont tenus , sous peine de péché mortel , de leur faire donner cette instruction chrétienne par ceux qui peuvent la leur donner fidèlement et exactement.
Or, mes frères , combien y a-t-il de parents qui s'acquittent exactement de cette partie essentielle de leurs devoirs? La plupart tournent toutes leurs pensées et leur sollicitude à procurer à leurs enfants des moyens de pourvoir aux besoins de la vie matérielle ; ils s'informeront avec soin auprès des mattres si leurs fils ou leurs filles apprennent bien à lire ou à écrire, à dessiner ou à coudre^ mais nullement s'ils apprennent les choses qui regardent la religion , s'ils se préparent à faire uue bonne première communion; les parents qui agissent ainsi sont coupables d*une IrèsTgrave omission dans l'éducation de leurs enfants. Que dirons-nous donc de ceux qui, au lieu d'instruire leurs en* fants des principes de notre sainte religion, leur inculquent les principes opposés du siècle, de la chair et du démon : « Ne souffre pas qu'on te méprise, dit un père à son fils ; venge-toi d'une injure ; occupe-toi avant tout de faire forlune. » Combien de mères qui mettent tout leur soin a parer leurs filles, à les faire paraître belles aux yeux du monde, à les instruire dans l'art de la toilette et de la séduction, et qui ne s*<)ccupent nullement d'orner leur âme d'une piété solide. Ce sont là des omissions graves du plus saint des devoirs, et cette conduite rend les parents solidaires devant Dieu des péchés qui sont commis par leurs enfants.
Hais , pour satisfaire à leurs devoirs et à leurs obligations, les parents ne doivent pas seulement instruire leurs enfants des choses qui appartiennent à la foi et aux boones (oœcirs ; mais ils doivent encore corriger, punir, châtier
EN CBAIRB. 237
les enfanta, si les enfants manquent à leurs devoirs. Les parents sont donc tenus de veiller sur la conduite de leurs fils et de leurs filles, de s'enquérir s'ils vivent chrétiennement^ de peur qu*il n'arrive ce que déplore saint Jérôme, lorsqu'il dit : « Nous sommes les derniers à savoir les misères de notre maison et à connattre les vices de nos enfants. » Solemus mala domus nostrae scire novissimi et liberoriyn vitia (4).
Après avoir découvert la faute, les 'parents emploient l'admonition, l'exhortation ; mais si l'avertissement est inutile, qu'ils emploient le châtiment proportionné à la gravité de la faute; je dis proportionné à la gravité de la faute, parce qu'il est beaucoup de pères et de mères qui pèchent les uns par excès , les autres par défaut ; et premièrement par excès : il est des parents qui frappent sans discrétion leurs enfants, non selon la gravité de la faute et selon la règle de Tamour , mais selon le degré de la colère brutale qui les anime et qu'ils exhalent contre leurs enfants. Or, cette manière d'agir n'obtient aucun fruit d'amendement chez les enfants ; mais au contraire il excite en eux l'indignation, et ce sentiment les porte à commettre des fautes plus graves. De sorte que, au lieu du mérite que les parents acquerraient, ils excitent la colère de Dieu par leur empor-^ tement et leur cruauté. C'est i ces parents violents et emportés que l'Apôtre disait : « Pères, ne provoquez pas vos enfants à la colère, mais élevez-les en les corrigeant et les instruisant selon le Seigneur (2). o Patres^ nolite ad iracundiam prcmcare filios vestros , sed educate Ulos in disciplina, et correctione Dcmini. En effet, par cette
0) In Epist, XV.
P) Ephes. VI.
2f 8' LE GATéCHISTB
sévérité, cetta cruauté avec Iac|uelle vous las corrigez et les tçallrailez, vous les rendez vils, ineptes et comoie hébé* f éa^ si vous ne les poussez pas au désespoir. C'est pourquoi saiat Paul dit encore : Paires, nolite ad mUgncUiomm provçcare filios vestros, ut non pusUlo animo fiant : *. Pères, ne provoquez pas vos fils à rindignatîcm , de peur qu'ils ne deviennent dun esprit pusillaoifDe. n Avez-vous bien compris? la punition doit être de Dieu, c*est-à-dire qu'elle doil èlre réglée par le zèle et la charité, et Bon duilémon, c'està-dire infligée par la fureur diabolique qui cherche non à corriger, mais à maltraiter et i s'exhaler, ce qui ne peut avoir lieu sans péché mortel. C'est pourquoi « lorsque vous connaissez qu'il est nécessaire de 1^ punir, attendez que le calme se soit fait en vous ; remetlez la punition à un autre jour, pour qu'elle soit dirigée par la rsnson seule et tempérée par l'amour paternel.
D'autres au contraire pèchent par défiiot, car ils oublient les avertissements, les réprimandes, les corrections et les punitions opportupes^ et ils s'excusent en disant qu'ils craîgent d'attrister, d'affliger leurs enfants et prétextent de leur amour pour eux ;. mais cet amour ne les excuse pas aux yeux de Dieu, car il les rend coupaUes d'une . affection charnelle. Écoutez ce que nous lisons au <leuxiàme livre des Bois (4 ) : David ne voulut point affliger le cmtr d^Amnon^ son fUs.carU l aimait .parce quU élaU son premier -né. Or, qù'arriva-t-il? DieupunU sévèrement David en permettant qu'Amnon fût tué par les serviteurs fïAbsalon son frère. « Le grand prêtre Héli avait deux fils ; or, ces deux fils étaient, dit l'Écriture, des enfants de Bélial> ignorant la loi du Seigneur, ils ignoraient les devoirs des prêtres
(i) Ch. xiii..«.
tu CBAIBB. 139
envers le peuple, ei le péebô des eobaUd'Héli êtak trèsgraodauxfe«Miilu Seigoeur, perce <|u1ls déUHirnaieol le peuple des sacrifices du Seigneur ; or Héli était vieux, el il apprit tâtil œ que ees fils faisaietii coulre le peuple d'Israël» ei il leur dit : Poiirquci faites -vous de pareilles choses, des œuvres eboottoables, ainsi que je l'apprends de tout la peuple ? €e8a^z , mes enfants , car il n*esi pas bien qu'on dise de veus ee que j'eAieods. » Vous le voyez, mes frèrei , cesl là le langage dun père ùible, trop indulgent, aussi le Seigpeur irrité parla ainsi à Héli : Ceux qui me méprmnt serom couverU d^infamie ; lu v&rra$ dans le peu^ pie un ministre à ta place , et ta maison n'aura plus un mllard désormais. Une grande partie des tiens mourront krsquils parviendront à Vâge d homme. Or, tels seront les ^s que tu reconnaîtras entes deux fils: ils mourront tous ki doux dans le même jour. En effet, quelque temps après les deufi fi4s d'Hétf périrent misérablement , et Héli se tua en tombant de son siège. aHéli, dit saint Jean Cbrysostome, |)erdit ses fils et se perdit avec eux pour ne les avoir pas repris assçz sévèrement. » Verbis tanlum levibus monuir, quapropter illos et seipsum perdidit (4). Que dirons-nous donc des pères et des mères qui ne reprennent pas les fautes de leurs enfants , et qui même les excusent , et »'offe&seot si on les leur dénonce ?
Saint Jean CbrysnatoyQoe nous propose l'exemple du saint homme Job , qui offrait des saorifioes pour les pécfc^és non connus de ses fils et de ses filles ; et il parje ainsi des parents négligents : « Quelle raison nous excusera , nous qui, vivant sous la loi de grâce, instruits par des maîtres et des exemples si îltifôtres, non-seulement ne prions pas
(1) HomiL XIX in l ad Tim.
2ia LB fULtÈCBWtE
pour les fautes cachées el incertaiDes dé nos enfauts, mais encore fermons les yeux sur leurs fautes certaines et oQanffestes{4)?
La source des malbeurs qui nous affligent , dit le même saint docteur, c^est la négligence coupable des parents cbréliens dans l'éducation des enfants ; ce sont les mauvais enseignements qui font les mauvaises mœurs et les habitudes criminelles qui^se transmettent de génération en géné^ ration. Mais il ne suffit pas de donner aux enfants de bons enseignements y il faut encore leur donner, et avant tout, de bons exémples.^ Ce sera le sujet du discours suivant.
DevelM dem sni^érteura eiiTera leMM Iniérleiire»
SDB LBS BONS EXEMPLES QUE LES PARENTS DOlYERT A LB01S EHFAlHi.
(Suite da 4« Commandement. — S* Sermon. )
EXPOSÉ SOMMAIRB.
De la force de l'exemple en général. — 4* Du mauvais exemple par les paroles ; — 2® par les actions. — 3^ Le mauvais exemple donné par les parents les dépouille de leur autorité.
(i) Lib. I ad Vituperatores vitœ monastf c. yyili.
BN CBAIBB. 241
BXOBDB.
Mes Frèbbs^
La force de l'exemple est si grande et si universellement reconnue qu'elle a donné lieu au proverbe : L'exemple vaut mieux que les paroles. Toutefois, le bon exemple trouve 60 nous de la résistance à cause de notre nature corrompue par le pécbé originel ; et au contraire le mauvais exemple eotratne facilement au mal les individus, les familles et les cités même , comme Texpérience nous le fait voir chaque jour. Nous parlerons 4* du mauvais exemple; 2* du bon exemple.
40 Le mauvais exemple, déjà si puissant par lui-même, a plus de force encore, selon qu'il est plus fréquent, et que la personne qui le donne a une plus grande autorité.
La force que le mauvais exemple lire de Tautorité de la personne qui le donne est si grande, qu'elle oblige en quelque sorte à rimilation dans le mal , imitation à laquelle est déjà si facilement portée notre nature corrompue. Que si, à 1 autorité de la personne, s'ajoute encore la fréquence des actes, ceux qui en sont témoins seront infailliblement entraînés au mal. Or, le mauvais exemple donné par les parents est accompagné de cette double circonstance dont je parle. En effet, il n*est pas dans le monde d'autorité plus grande pour les enfants que celle de leurs parents, pour qui ils doivent, après Dieu, avoir le plus d'amour, d'obéissance et de respect. El d'autre ^art, comme l'exemple des parents est toujours sous leurs yeux , il suit que le mauvais exemple des parents exerce sur les enfants la plus (grande influence pour les porter au mal. C'est ce qui fait dire à saint Thomas : « Les fils des méchants s'accoutument au II. 44
ait LE CATECHISTE
mal dés le principe , y adhèrent plus fortement , et sont plus enclins au péché , parce qu'ils en ont contracté l'habitude àès leur enfance. » Filii malbrum assitescunt nnalo a principio , et ei ad quod assuescunt in juventute fmriras adh^erent, et ideo magls $vmi proclîves ad peccaDdcHn(l).
€ofisidéréz maifïtenaQC , mes frères, «'il e«l bten éUmttUfit de voir les enfants d'atijourd'hcri si méchants, si dissolus, alors que tant de parents leur enseignent cette voie et les forcent en quelque sorte è y entrer; mais comme ^ieu seul peut connaître les pensées, ooosîdérons leurs paroles, et nous examinerons ensuite leurs actions.
Dans les classes inférieures, les paroles qui sortent tie la bouche des pères sont souvent grossières , obscènes , impies, en un mot des paroles indignes d'un chrétien; tantôt ce sont des médisances ou des jugements téméraires contre telle ou telle personne ; des injures vomies chaque jour contre le prochain, des malédictions, des serments, des imprécations , des blasphèmes ; que dirai-je encore? €e sont des propi^itiocis erronées ou absurdes devant leurs enfants, opposées atrx vérités de la foi , ou contraires à la M de Dieu et aux comn^odements de l'Église; les mères ne s'entretiennent avec leurs filles que des intérêts ou des plaisirs du monde*
Mais, si des paroles nous passons aux actions^ que dirons -nous? Les fits sont témoins des mauvaises ombuts du père; ils savent qu'il est joueur, ivrogne, libertin; ih connaissent ses vices honteux, ne serait-ce que par la naisère et les querelles domestiques.
Si nous passons aux parents d'une condiltoo plus étewé»^
tt) Swp. Mattk. xxxn. S.
Bn CHAlBB. 241
nous irouveroos chez eux des paroles q«i, pour ètra ^îqs gfx>ssière8,o en sont pasmoins coupables et oorropliices; œ soin des paroles équivoques, des plaisanteries impies qui ont la préienUon d'être spirituelles et qui portent à ceux qui les entendent an dommage d'autant plus grand qu'elles donnent plusè réfléchir. Ils profèrent souvent eonire lears serviteurs des paroles de c6lére ; ils racontent au foyer domestique les histoires, les anecdotes scandaleuses qu'ils ont entendu raconter dans le monde ou qu'ils ont lues dans de mauvais livres on dans les Journaux ; ils discutent et soutiennent des doctrines philosophiques ou impies, et font ainsi une blessure mortelle à la foi des enfants qui les écoutent.
Les actions des parents de cette classe ne sont pas moins coupables. Les fils voient souvent les injustices du père envers ses créanciers, sa dureté envers ses débiteurs. Ils le voient prodigue pour ses plaisirs, et avare pour les pau- , vres. Les jeunes filles volent le luxe immodéré de leur mère, son amour des plaisirs du monde; elles \a voient s'approcher rarement des sacrements de TÉglise et étaler fréquemment au théâtre ou dans un cercle et sa fraîche parure et sa beauté lanée.
Je vous Je demande, mes frères, quels exemples pour tes enfants? Dt^à fe vous ai rappelé la perverse inclination (le Doti« nature corrompue ; or, quand de tels exemples sont coDstemmentsous les yeux desenfants^quepeuventapprendre les enfants, sinon l'oubli de Dieu? Saint Thomas dit •ocore: «Les fils imitent plus librement les péchés des parents, parce que dès l'enfance ils sont nourris dans ces péchés. wFilii liberiusimilaoturpeccala parenlum; ulpolea puerilia in eisenulrili. « Ils adhèrent fortement aux habitudes de l'enfance. » Ad quod assuescunt in ju vent ute for tins
)yL.oogle
244 LB CATÉCHISTB
adhsereot (4). « Aussi, continue le saint docteur, il est rare qu*un fils n'imite pas la malice de ses parents. » Râro accidit quin filius imitetur malitiam eorum (2). Je pense que vous connaissez tous la terrible punition que Dieu infligea à Goré, Datbanet Âbiron, lorsqu'ils osèrent se révolter contre Dieu et contre Moïse : la terre s'entr ouvrit et les engloutit vivants avec tout ce qui leur appartenait ; et il est dit daps rÉcritiire que ce miracle de la justice de Dieu fut accompagné d*un miracle de sa clémence, c'est que Coré périt avec tout ce qui lui appartenait , mais que ses fils furent sauvés par un grand miracle. Or, pourquoi ce miracle en leur faveur? C'est, disent les commentateurs^ parce que les fils de Coré ne suivirent pas l'exemple de leur père, lorsqu'il se révolta contre Tordre de Dieu. Mais c'est là un cas très-rare qu'un fils qui n'imite pas la malice de son père, et je dirai presque que c'est un autre miracle, car il faut un secours tout parlfculier pour résister au mauvais eiEempie, Cueille-t'On des raisins sur lesronceSyOu des figuessur les chardons? Or, le Christ parle ainsi, parce que la chose est naturellement impossible. De même je dis : Comment peut-il se faire que les fils recueillent les fruits de la piété et dos bonnes œuvres parmi les épines et les ronces des mauvais exemples? Que si cela arrive, il faut l'attribuer à un miracle de la grâce divine. Pactum est grande miracu" lum ut pereunte Core y filii ejus non périrent (3) : « Un grand miracle arriva : c'est que Coré périssant, ses fils ne périrent pas. »
Du mauvais exemple suit un autre mal ^ c'est que par là
(1) Ad Anib. 2. dict. 34. quœsl. 2.
(î) Sup. Psal. vr.
(3) Num, zxvh
hs parents se dépouillent de Tautorité dont ils ont besoin |)our corriger utilement leurs enfants. Tous, d'après le précepte de Notre-Seigneur, sont tenus d'eiEercer la correction à regard de leurs fils; mais comment pourraient-ils punir ^vec efficacité et même avec justice des fautes dont ils leur donnent Texemple?
Je suppose un père de famille que son fils, âgé de douze à treize ans, entend chaque jour jurer par le saint nom de Dieu ; comment, si ce fils jure à son tour, le père pourra-t-il le corriger et lui dire : a fais-toi, malheureux, ne jure pas ainsi, ne prends pas à témoin le nom adorable de Dieu , » alors que le fils peut se dire : « Je fais ce que mon père fait lui-même chaque jour et ce qu'il m'enseigne constamment par son exemple ; » comment, dis-je, le père pourra-t-il le condamner sans se condamner lui-même? In quo enim aUerumjudicat , seipsum condamnât (4), dit l'Apôtre. La loi naturelle elle-même impose au père le devoir de la correclion à l'égard de l'enfant, et il pèche s'il ne remplit pas ce devoir; or, s'il le remplit , s'il corrige son fils^ quel sentiment pourra-t-il exciter en celui-ci , sinon le sentiment de la colère et de l'indignation? Que fait-il en corrigeant son enfant que le provoquer à lui adresser les mêmes reproches et lui dire: « Quoi I mon père , vous me corrigez^ parce que je dis ce que vous - même chaque jour vous m'enseignez à dire I » Et il faut en dire autant de toute autre mauvaise habitude des parents, de laquelle les enfants sont témoins.
Que doivent donc faire les parents qui donnent de mauvais exemples à leurs enfants ? Doivent-ils s'abstenir de ta correction? Nullement, puisque la loi naturelle les y
(1) Rom, VII.
ié6 L£ CATÂCltHTE.
obHge. CoBunenl donc dotveni-îls exercer ce devoir? Sami Thomas ncvus Tappreod. Ce saint doeleur parle de tous cea% qui ne donnent pas le bon exemple à ieurs inférieurs : Prœlatus, potesl admonere iM>n per modumcorripienlis, sed per modiUD rogantis, ul exemple suoEK>niacitetur ad malum : <{ Un supérieur, dit -il , qui donne le mauvais exemple, peut avertir, non par mode de correction, mais de prière, en supplianlsesinférieursdeDepasimiter son exemple. «Veut» le voyez, le mauvais exemple dépouille donc lesf>»rentftde leur autorité, et les avilit ainsi aux yeux de leurs enfants. T De tout ce qoe nous avons dit dans ces deux discours, il faut conclure que le bon exemple est pour les parents la base ,. le fondement, qui supporte Tédifice tout entier de l'éducation des enfants. L'exemple des bonnes actions donnede Tautorité à renseignement , de la force auix avertbsements^ de TefRcacité aux correetions. Je vous drraî donc ce que disaient sur le même si4et saint Jérôme et saint Augustin^ ces deux lumières de ki sainteté et de la doctrine. Le premier ,, écrivant à une mère pieuse sur l'éducation de sa fille , lui dit : « Que votre fille ne ^me rien en vous ni en $on père qui puisse l'induire au péebé. Souvenez -vous, parents d'une jeune fîlie, que l'exemple l'instruira mieux que la parole. » Nibil in te aut in fcake suo videat, quod si feceril^ pecoel. Hemento vos^ parentes virginis , magis eam docere exemple posse qoam voce (4); et saint Augustin, parlant au peuple, dit: < Comme à nous il appartient de vous parler dans TÉglist, à vous il appartient d'agir dans vos maiseos , afin que TOUS rendiea bien compte de ceux qui voi» sont soumis. » Quomoâo ad nos perlioet in ^cclesia Yobis loqui , ita ad
(i) Bpist. y III ad Lœtam.
CHAIRE. it47
vos perlioel in domibus vestris agere, ut bonam ralioDem reddatis de his qui vobis sunt subditi (1).
Monlrez, montrez donc le bon exemple à vos enfaols, et tout succédera à bieo*
Tout ce que j'ai dit des parents à Tégard de leurs enfants s'applique aux maîtres à l*égard des serviteurs.
H me reste à vous dire un mot sur le cboix d'un eut. Sot cet article , les parents tombent souvent dans deux excès opposés : les uns mettent une trop grande sollicitude â pousser Teurs enfants dans l'état ecclésiastique ou religieux ; d'autres, au contraire, s'y opposent de toutes leurs forces, et font tout pour les détourner de celte sainte voeaftiofi. La raison de l'un et de l'autre excès est presque toejeurs la même je veux dire l'intérêt temporel. Or, que doivent faire fes parents sages et véritablement chrétiens? Us doivent d'abord examiner, éprouver, consulter; et s'ils reconnaissent dans leurs enfants une vocation véritable > il est da leur devoir de favoriser, de seconder cette vocaliee ; si , att eonéraôre , ils connaissent que Kenfant n est point réellement appelé de Dieu, ils doivent avec prudence s'opposer à son entrée dans un état' qui exige avant tout la persévérance dans la piété, le dévouement et le sacrifice. Je termine, et je dis aux pères et mères : Priez pour vous mêmes et pour vos enfants : pour vous-mêmes, demandez à Dieu qu'il vous dcmne la grâce d'accomplir tous vos devoirs de père et de mère ; et pour vos enfants, demandez une vie exempte dépêché et pleine des vertus chrétiennes.
Ainsi soit- il.
(2) I» Pittl. nu. . .
TRAIT HISTORIQUE. '
Saint Paul propose avec autorité son exemple aux prêtres de rÈglise d'Éphèse.
Vous savez , depuis le premier jour que je suis entré en Asie , comment j*ai été durant le temps de mon séjour parmi vous, servant le Seigneur en toute humilité et avec larmes , parmi les traverses qui m^out été suscitées par les^ Juifs. Et je né vous ai point caché tout ce qui vous est utile , rien ne m^ayant empêché de vous Tannoncer et de vous en instruire publiquement dans vos demeures , exhortant les Juifs et les gentils à revenir à Dieu par la pénitence , et à croire en Notre-
Seigneur Jésus-Christ Je n'ai désiré ni argent, ni or, ni vêtement ,
de personne, et vous savez vous-mêmes que mes mains m'ont fourni, à moi et a tous ceu|: qui étaient avec moi, tout ce qui était nécessaire. Je vous ai tout montré, puisque c'est en travaillant ainsi qu'il faut aider tous les faibles , et se souvenir de cette parole que le Seigneur Jésus a dite : qu'il est plus heureux de donner que de receToir. Et après Iju'il eût dit ces paroles , il se mit à genoux, et pria aTec ent tous. Or, tous répandirent des larmes abondantes; et se jetant au cou de Paul , ils l'embrassaient, affligés surtout de ce qu'il leur avait dit qu'ils ne le verraient plus ; et ils le conduisirent jusqn^au Taisseav. (Act. des Apôtres y c. xx.)
, XXIH De niomtelde.
(Cinquième précepte du Décalogue. — !•' Sermon. )
EXPOSÉ SOMMAIBB.
L'homme est doué d*une triple vie : vie naturelle , vie morale, vie surnaturelle. Porter atteinte à l'une ou à Tautre de ces vies , c'est être homicide.
BN CHAIRE. 219
TEXTES TIRÉS DE L*éCRITURB SAINTE.
Non occides. (Exod. xx. 43. ) — « Tu ne tueras point, d
Audistis quia dicturo estantiquis, non occides ; qui autem
occident, reus erîl judicio. ( Matth. v. 24 . ) — « Vous avez
appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point, et
quiconque tuera sera condamné par le jugement. »
textes tirés DES PÉRÈS.
Qui odit fratrem suum bomicida est; gladium non eduxisti , non vulnus in carne fecisti , non corpus plaga aliqua trucidasti : cogitatio sola odii in corde tuo est , et teneris bomicida. — « Celui qui bait son frère est bomicide; vous n*avez pas tiré le glaive , vous n*avez pas fait de blessure h la cbair , vous n*avez pas tué le corps , mais le seatiment seul de la baine qui est dans votre cœur vous rend bomicide. b
Quid est odium? ira invetera. (S. Auc. Serm. lviii. ] — « Qu'est-ce que la haine ? une colère invétérée. »
DIVISION
I« Du meurtre de la vie naturelle ; 2" des paroles inju-»rieuseset des mauvais sentiments qui blessent le procbain.
BXOnOE.
Dieu, après avoir compris dans les préceptes de la seconde table les actions relatives au prochain , dont les principales sont celles qui regardent les parents, parle des
250 LB CATéCHlSTB
actions défendues qui portent atteinte aux biens du prochain. Or, parmi les biens, naturels "de l'horarae, le premier c'est le bien de la vie ; c'est pourquoi Dieu défend d*a,ttenter à. la vie du prochain ; œaisrbQmma «si oapvble d'une triple vie ici-bas; savoir : de la vm oaiur^Ue, de la vie civile e^de la vie surnaturelle.
La vie naturelle, qi»i est propremenL et commuDémeot appelée la vie » est celle qui rend l'hooima capable de £ake des actes naturels, comme de se mouvoir^ de manger et de boire, d'étudier, etc.
La vie morale est celle qui le fait vivre dans la bonne opinion de& autre» hoiDooes et dans l'esUine de ses eoacitoyena.
La vie suilialureUelest celle qui la £ait vivre dans, l'aot* lié de Dieu ; elle cousisle en oe qo'rl possède éaas seo âme la gràca de Dieu qyl L'a fait soa enfani adoptif el ïê constitué héritier de la gloire éternelle. Mais rbemme^ doué de ces trois vies, peut par les e€fib6clie& dies autres être privé de Tune ou de Tautre d'entre eHe»,. dedîTeraes maoières^ comme nous alkma l'exposer.
L'homme peut dire privé de la vienattifelieper les niUe moyens que connaît la malice humaine. Il peut être privé de la vie civile (ou morale par la médisance ou par la calomnie; enfin, il peut être privé de la vie surnaturelle par le scandale qui lui est donné, lorsqu'il fsl peuasé ao mal par le conseil ou f^r l'eieoiple»
Tous ces meurtres sont défendus, d'après les théologiens, dans ce divin précepte : Tu ne tueras point, ^ous allons 'parler 4<> du meurtre de la vie naturelle; i* du saeurtre de la ine morale ou civile \, a*^ du meurtre de la vie surnaturelle.
Itf CHik»B. dS4
FREMNIIt POniT.
Mes Frères,
Dans ce précepte, Dtetr défend noD-sealeroeni d'ôler infuetemeiik aa proeèern la vie Dalurelle, mais encore il défend toute actfoo qui Messe son corps, c*est-à-dire (oute violence. Qire dîs-je ? non-seir|iement il nous défend d'ngk ainsi par nons- iD0mes , maïs encore d'exciter les antres à h» foire. Qu*î^ ne croient pas non pins être exempts dn péehé, ewnt qm, à la moindre injure faite à quelqu'un, excitent l'oHemé à se Tenger, en disant : « Si je recevais une pareiHtt injure; je frapperais , je tuerais ; » et autres choses s^nblables. Ceux-là sont vraiment coupables de la ven- C>if p qa*ilscoBaeît)ent. Geu)e qui four ntssenl des armes aux meurtriers , aux duellistes sont également coupables. KoD pkit , oo père de famîtle , wi maître , un supérieur mL responsable da mal que faHl son fils , son serviteur , son ittfiènevr, si ce père ow te fttaltre n^a paa fait tout ce qu'il peuvQÎI peur empèelier la perpétration du mal. Garce père, ce Biatire dont je parlé ne pèche pas seulement contre la dMTité conune «n milre«, mais eneore contre la justice , h raiaoï^dir laolonlà ifàHl ëmt «sercer envers ceux qui Ittf swi aKwia. C'est pawirquei, si le proebain est effensédans s«i corps , si, par suîle die eett» offense, rf est forcé de suspflMre ses travaux ^ d'interrmtipre ses affaire» d^intérêt , s il bit dee dépenses poursa gi#ri»e«, ceux qui ont cobs«Né reffinise ou qo^élaîenl tenus* de Fempèeber sonl tenu» d'indeBMer l'offeosfr ds touleiises perles , afnsâ qae cehii, qui a ki»-iBèn» eocamw Y'^UmoB» contre leproctein. liai» pour mieux faire comprendre ces diveKOS obligations. Nous allons proposer quelques cas particuliers.
9bt LB CATÉCHISTE
Supposons que Jean tue Pierre, qui par son travail ou par sa charge soutenait sa famille. Jean est tenu, de droit nature], de soutenir celte famille, de Télever comme Teût fait le père lui-même.
Mais , dira-t-on , il est dispensé de l'obligation , s'il ne peut la remplir. C'est une erreur I Sans doute celui qui n'a pas actuellement n'est pas tenu de donner actuellement ce qu'il n'a pas; mais il est tenu , sous peine de péché mortel, d'employer toute sa diligence pour se mettre en état de s'acquitter de l'obligation dont je parle. Il doit donc pour cela travailler autant qu'il le peut, se priver de tout plaisir, de tout ce qui ne lui est pas absolument nécessaire, jusqu'à ce que la dette qu*il a contractée par le meurtre soit éteinte entièrement, et s'il oublie ou néglige ce soin, il est eu état de péché mortel, comme coupable d'une omission grave.
Dans ce précepte, Dieu défend non -seulement tout acte extérieur qui blesse le corps du prochain , mais encore toute parole injurieuse, tout sentiment mauvais. C'est ainsi que l'explique Notre-Seigneur Jésus -Christ; parlant de ce précepte, il dit : Vous avez appris qu'il a 'été dit aux anciens : Tu ne tueras point y et quiconque tuera sera condamné par le jugement; et moi je vous dis : Quiconque s* irrite contre son frère sera condamné par le jugement. Et celui ftit dira à son frère baca , sera condamné par le conseil , et celui qui dira insensé^ sera condamné au feu de V enfer (4). Donc, d'après les paroles mêmes 4p Notre - Seigneur , est défendue toute offense contre le prochain aoit par action, par paroles ou par sentiment. Mais pour expliquer plus clairement les paroles de Notre-Seigneur il nous faut parler :
(t) Matth. V.
BIf CHAIRg« 253
4* de la colère conçue dans resprii; 2* de la eolére exprimée par un signe extérieur; 3* enfin de la colère qui s exhale en paroles.
La colère conçue dans l'esprit, dont parle Notre-Seigneur, est, d*après saint Thomas, la colère jointe au désir d'une vengeance grave contre le prochain , et c'est cette colère qui est un péché mortel, puisque Notre-Seigneur prononce contre cette colère les paroles de la sanction contenues dans la lot contre le meurtre : Quiconque s'irrite contre son frère SBEA CONDAMNÉ PAR LK iUGBMBNT. Il faut OU dire autaut de tout mouvement extérieur contre le prochain ; c'est la doctrine de tous les théologiens. Ces mouvements sont des péctiés graves, s'ils sont unis au désir de mortifier grave* ment le prochain, s'ils procèdent d'une colère conçue dans Vesprit. Et il faut en dire autant du troisième acte, qui consiste a proférer contre le prochain des paroles injurieuses avec un esprit irrité. « Les paroles, dit Tangélique Docteur, ne blessent les autres qu'autant qu'elles ont une signification, laquelle procède d'un sentiment intérieur; et c'est pourquoi dans les péchés de parole , il faut surtout considérer dans quel sentiment les paroles sont proférées (4). i»
De cette doctrine il faut conclure que lorsqu'on profère contre le prochain des paroles injurieuses avec une grande colère , on commet un péehé mortel , parce qu'il est trèsprobable que la grande colère excite è proférer ces paroles avec le désir de blesser, de mortifier, de déshonorer celui à qui on les adresse.
Saint Jean Chrysostome conclut très-bien , lorsqu'il dit : « Si, d'après Notre-Seigneur, celui qui dit au prochain, insensé, est digne de l'enfer , quels tourments ne mérite-t-il
(i) t. s. quœst. 7t. art, t.
254 LB catAgbmtb
paseelui qui Taêcabie de parûtes outrageantes? » Quod si paiuum dixerit Irati^o» saura exlremo digmis esl supplkâe, qui ioDumera lu eum œaledicta congesserii^ qnaoli» se ^bonns» flammis ébaoïtom reddît (i) t
Mais qafilqu*iiO peu sage dira peut-être : « Pour moi , je Qû di» des ÎDiurea i peinoune le prenier ; mis je sais ne défeodre , je r^nda aux uoiores par des injures ; je se suis donc pas coupable de péehé. » Mon frère, c'est làpoe etreur; cekii c|ui vous dit mue injure, oommet on péché, a*ii perle a^c un es|NrU irrilé;' eommeet done seriez • voos vous- même exempt de laete, si vous feites eomnse lui? Écoulez le Saint -fispril partent par te bouche de saint Pterre : Nûn reddmtes mcUum fro mato, nec nudedécttan pr^mait)dido{i] : «Ne rendez pas le mal pour le mal, ni L'outrage pour i'ovlri^e; » car cela n'est pas se défendre, mais blesser le prochain avec ta tangue. « Se défendre, dit eaoDre saint Pierre, c'est bteir ceKjî qui nous outrage , » S0d e eontrioriû benedkere ; ou, a il est nécessatro de répoiK dre» dites avec calme, a^feoéouœor et vérité : « Ge que vous dites n'est pas, mais qm Dieu vous pardonne ; » ou bien gardez un siieace modestie; car, dit saint JérdiBe , • si vous remles. outrage pour outrage, vous serez vaincu moins pwr L'homaie qui vous eflense que par votre paMeo, par ta vicJeace de la; colère; ee qui est «ne défaite ptustieoteuse.. » Quando oonvici» r^^rts , vinoeris non ab boflûoe, asd quôd turpiue est, a passione alqfue impetu mt. • Mm en gardant un silence modeste , vous sortez vainqueur, a Si vero tacueris vin«is (a). Remarquer l'eipression : al vwis
(1) Lib. I de Compunct. Cord»
(S) 1. K)p, Pbtb. III.
(3) S. HiiB. Hom. XIII in Bpist, ad Ron».
gardez un sileoce tmodesie; « car garder la sileoce^ de £aire au prodiaia ujoe offense plus grande , pour qu'il s'îrr rite davaDtage^ce serait exercer une vengaa^ca^ et par conaéqueut se rendre coupable d'une faute grave « dit saiai Thomas. » Si aliquis hoc animo tacerel , ut tacendo coniu^ melianteoi ad iracundiam provocaret , hoc pertinerei ad vindictara (4).
Le roi David nous a légué un bel exemple de celle mode: ration ; sans doute jcet exemple esl connu de plusieurs, cependant je le rapporterai pour Tédificalion de ceux qui ne le connaissent pas.
4 Tandis que le roi David passait par la ville de Bahurim , un homme sortit de la maison de Saiil » nommé Sémeï , fils de Géra> et il s^avançait maudissant David, et il jetait des pierres contre lui et contre tous les serviteurs du roi ; or, tous les combattants marchaient à droite et à gauche à côté du roi (2)»
« Et Séméï parlait aiasi quand il maudissait le roi : Sors, aors^ homme de sang et homme de Bélial..^.
« Et Abisaï , fils de Sarvia , dit au roi : Pourquoi ce misérable maudit-il le roi mon seigneur? J'irai, et lui couperai la tâte. Et le roi lui dit : Qu'y a-t-il entre vous et moi, fils de Servia ? Laissez-le maudire ; et peut-être que le Seigneur regprdera mon affliction , et le Seigneur me rendra quelque bien pour cette malédiction d*aujourd'hui. Et David s^vaaQail, et ses compagnons avec lui; et Séméï le suivait , marchant du même côte , sur le penchant de la montagpe , le maudissàal , jielafit des pierres coiito'e kai , et répandant de la pousôére dans l'air. »
(1) 2. s. quaest. 7t. art. 8. ad 8.
(t) II Meg, xTi.
t56 Lr CATiCHISTB
Que vous semble, mes frères, de cette mansuétude héroïque dans un roi qui pouvait avec justice punir de mort cet homme coupable? Considérez toutes les circonstances : la majesté de la personne outragée , la gravité des injures , le temps, tout ici aggrave TofTense; et cependant le roi David garde un silence modeste; bel exemple pour nous, chrétiens I Lorsque nous sommes accablés d'injures, usons de cette sainte et noble défense qui nous est permise, ne rendons jamais le mal pour le mal, ni l'outrage pour I outrage : Non reddentes mcdum pro malo , nec maledictum promaledicto.
Il faut en outre observer, avec tous les théologiens , que telle injure qui par soi ou adressée à telle personne ne serait pas une injure, peut devenir grave par la dignité delà personne contre qui elle est proférée, ou par quelque circonstance particulière. Hais si ce précepte défend contre le prochain toute grande colère, alors même qu'elle n'est que passagère , à plus forte raison il défend la colère persévérante, opiniâtre , invétérée, laquelle alors prend le nom de haine. « Car, selon saint Augustin , la haine n'est autre chose que la colère invétérée et persévérante. • Quid est odium ? ira inveterata. Ira inveterata si fada est, jam odium dicitur{h).
La haine est donc un mauvais sentiment habituel contre le prochain. Comment la haine , laquelle est l'opposé de lamour, est -elle produite dans Tâme? De la même manière, dit encore saint Augustin, qu'un petit rameau devient arbre , la colère devient la haine. Que faut-il pour que le petit rameau devienne arbre? On le plante eu terre, ou Tarrose, et l'irrigation le fait croitre peu à peu,
(i) Serm. ltiii.
BN CHAIRE. 257
jusqu'à ce qu'il soit devenu arbre. De même , continue le saint docteur, la colère croU, grandit peu à peu et devient haine ; si on ne la repousse pas aussitôt , si on la laisse prendre racine dans le cœur, elle est arrosée par les diverses pensées , les diverses réflexions et les mille fantômes de Timagination et de la mémoire. On se rappelle les ofTenses, les injures qu'on a reçues de la part du prochain, et ainsi se nourrit la haine ; de ces spuvenirs on passe au projet ou au désir de vengeaace ; on ne parle qu'avec amertume de la personne que l'on bait, on se réjouit de ses peines, on s*afflige de ses joies et de ses succès, et c'esl ainsi que par plusieurs actes intérieurs , qui quelquefois se manifestent par la parole^ se commettent des péchés actuels qui 8*:pjou(ent au péché habituel de la colère que l'on nourrit dans son cœur. Et voilà, mes frères , comment le petit rameau devient un grand arbre, c'est-à-dire comment la colère devient de la haine.
- c Tremble , malheureux ! s'écrie saint Augustin , car celui qui a de la haine pour son frère, est homicide! Tu n'as pas tiré le glaive, tu n'as pas fait de blessure à la chair, tu n'as pas frappé le corps, mais la haine est dans. ton cœur, et tu es tenu pour homicide, tu es coupable aux yeux 4e Dieu ; autant que tu Tas pu , tu as tué celui qui est I objet de ta haine ; » et saint Augustin finit par celte jvéhémente exhortation : a Amende- toi , corrige -toi ; si dans ta demeure il y avait des scorpiooaou des aspics, tu te bâterais d'en délivrer ta maison, afin de pouvoir y habiter , malheureux I et tu laisses vivre la haine dans ton cœur, qui est la maison de Dieu ! »
ISi LB CATiCHTSTB
PÉRORAISOir.
Mes frères, ae vaus livrez donc pa& à la colère ; si quelquefois elle s'eaflacmne oq vous, ayez soin quUl ne s*y mêle aucun désir de vengeance ; que le soleil ne se couche pas sur votre colère, selon Texpressioa de T Apôtre : Sol mm occidat super iracundiarnv&^afi'^ {,*); ear si la colère persévère, elle se change en haine, ei alors que dépêchés intérieurs I Que de scorpions el d'aspics habitent dans voice cœur ! De là, mes frères, difficidlé d*obtenir le pMdoade Dieu à rbeure de U mort, et danger de pecdre la vie életnelle» Écoutez cette douloureuse histoire ^ pur laquelle je terminerai ce discours.
TRAIT HISTORIQUE
Dans une Tille célèbre de FOrient, que Ton croît être Antiocfte, vii«deRijde«a(^ ftfiiis intiffie»,dont Tua l'appelait SaipricliseiriHitte Kicéjpliore; le premier était j^être et Taulre lakiBe^ iU s^i^ittuieift Tan Tautre d^une amitié pure et sainte. Or^ il arriva que Nicéphore ofSémsa en quelque chose Sapricius ; de là vint que leur amitié mutuelle se changea en malveillance, en haine diabolique, an point qu^îls ne se «louaient même pas quand ils se rencontraient. Après nh cèrtam Isps de temps, Nicéphore résolut de te réoonciiier amc Sapricinsvet à cettË fin il employa quelques médiateurs, chargés d^e^qkriaéjr ses rc^^ctts à Sapricius et ses humbles excuses; mais Sapricius repouAsa to^ites les avances de Nicéphore. Celui-ci renouvela sa première tentative, mais en Tain, tant le petit rameau était devenu arbre, comme dit saiot Augnstm. Enfin, Nicéphore aUa trouver lui-même Sapricîm; il se j»ta A ses pieds» le supplia atfec lames ée loi rtodre son oDilii; mis celui-ci, plus dur que la pierre, repoussa loia^de lui le bqn tt pieu Nicéphore.— Or, écoutez le terrible jugement de Dieu, apprenez avec
(1) Eph, lY. ,
4|iialle sévérilé U pwiii cehû ^ai garde e( nonrtit la baiae contre son prochain , oft «le^qiiattfr générosilé il réeompCMe ceux qui por amour pour lui dépoMMi toute baine el éememémi la récondhatioii. Pendaat ca lamps fat publitt TédM dea cfl^^cmn Valérien et Gallien , par lequel il était ordonné de livrer aux plaa grand» supplicea et 1 la mort tons ceu foi confesseraient le nom dit Cbrisi et rejetteraient le culte des idoles. Ceat pourquoi le prêtre Sapriciut fèt chargé de chaînes et amené detant le gouTem^ir de la proùce , pour être interrogé. Au gouTemenr qni rinterrogeait, il répondit atec courage qn'il s'appelait Sapricias, qu^il était chrétien, et qu'il était prêtre. Alors le gouyemeur loi ofdoMia d'adorer les idoles , s'il ne voulait expirer an milieu des tourniants. A cette déclaration , Sapricius répondit avec une admirable constance : « Noua chrétians, nous avons poar rot Jésus-Christ, seul vrai Dieu, oréateir du ciel et de In terre; et noas foulons aux pieds foe idoles. » Glorieuse confession ! A ces mois , le gouvemeur ordonna que Sapricius fut livré aux supplicea. Les benrreaux obéirent; ei an milieu des tourments Sapricius avec la constance d'un martyr du Christ dit au cruel proconsul : Vo9i avez pouvoir sut ma chair, mais non mr moti âme , car elle appartient au Seigneur Jésus-Christ qui Va créée. 0 sentiment d'une foi héroïque! ô intrépide Sapricius, je vous admire! Que vous semble, en effet, mes frères? Sans doute vous croyez voir déjà Sapricius aux portes du ciel ; attendez , vous le verrez bientôt tux portes de l'enfer. Écoutez : le gouverneur, voyant sa fermeté et sa constance au milieu des plus longs et des plus grands supplices , ordonna enfin qu'on lui tranchât la tête. A cette nouvelle Nicéphore se présente à Sapricius, au moment où on allait le conduire à la mort. Nicéphore de nouveau se jatte aux pieds du martyr en liU demandant grâce et réconciliation. Mais Sapricius ne lui répondit pas. Sur le chemin , Nicéphore renouvela encore sa prière ; mais Sapricius , aveuglé inr la haine, ne lui accorde ni pardon, ni réponse. Enfin Sapricius arrive dans le lieu où il devait être décapité; et là Nicéphore, avec plus de larmes et d'instances, se jette encore à ses pieds; Sapricius reste sourd et inébranlable et repousse Nicéphore. Qu'arriva-t-il? Il arriva que Dieu, qui nous remet nos offenses comme nous les remettons à ceux foi nous ont offensés, permit que Sapricius , au moment où les bourreaux lui ordonnaient de se mettre â genoux pour être frappé du glaive, se tournât tremblant vers les bourreaux et cRt:Ne frappez pas !f obéis àrempereur et je sacrifie amx. ^oiet! Ainsi, mes frères, la fanine
260 LB gatAchistb
Tavait aveuglé au point de loi faire repousser la grâce diriiie; et tai» dis qu'au milieu des plus longs et des plus grands supplices, il avait confessé courageusement le saint nom du Christ, il renia Jésus-Christ, au moment même où il allait ceindre la couronne de gloire; il échouait au port; en vain Nicéphore, témoin de son apostasie, lui cria : Sapricius, courage! ne renie pas Notre -Seigneur Jésus -Christ, seul mi . Dieu ! Ne perds pas la couronne que tu as déjà gagnée par tant de souffï'ances; Sapricius ne voulut rien entendre et il persista dans son apostasie. 0 jugements de Dieu! Nicéphore tdors, se tournant vers les bourreaux , leur dit : a Moi , je suis chrétien , et je crois au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que celui-ci a renié; faites-moi mourir à sa place , je suis chrétien et je ne sacrifie pas à vos dieux. » Un des licteurs rapporta au proconsul les choses qui se passaient, et celui-ci ordonna aux bourreaux de décapiter Nicéphore ,>'il persistait. Il persista, en effet , et reçut la couronne du martyre, dont Sapricius s*était rendu indigne par sa haine implacable.
De rhomieide.
DU MEURTRE DE LA VIE MORÀLB OU CIVILE, LAQUELLE CONSISTE DAHS LA BONNE RÉPUTATION.
(Suite du, 5» précepte du Décalogne. — >• Sermon. )
BXORDB.
Mes Fbèrbs^
Après VOUS avoir parlé des péchés qui sont commis contre la vie naturelle du prochain el de ceux qui en sodI la suite, nous avons à vous parler des péchés commis cod- Ire sa vie morale ou civile.
La vie morale est celle qui nous fait vivre dans la bonne
Blf CBAIRB. 261
opiDioD des autres. Nous disons qu'un homme possède la vie morale» lorsqu'il jouit d'une bonne réputation , et, au contraire, qu*îl est mort moralement ou civilement, lorsqu'il a perdu Thonneur ou la réputation parmi les hommes. La bonne réputation a toujours été en si grande estime parmi les sages qu'ils l'ont préférée à la vie naturelle, au point que quelques-uns, comme nous le lisons dans l'histoire, se sont donné la mort plutAt que de survivre à leur honneur; ce qui ne laisse pas d'être toujours un crime aux yeux de Dieu, mais ce qui prouve le prix que les hommes ont toujours attaché à hk bonne réputation. Celui qui perd son honneur auprès de ceux qu'il rend lui-même témoin de ses mauvaises actions ou de ses mauvaises mœurs, celui-là est seul auteur de son infamie, et par conséquent seul coupable du meurtre de sa vie morale ou civile. Mais ceux qui par leur langage portent atteinte à la réputation du prochain, à sa vie morale, ceux-là violent le cinquième commandement : Tu ne tueras point; ils se rendent coupables du péché qui est appelé du nom commun de diffamation. Mais pour procéder aVec ordre, il nous faut expliquer les différents modes selon lesquels ce péché a coutume d'être commis et par lesquels la réputation du prochain est tuée ou blessée grièvement. Saint Thomas compte sept modes ou manières de diffamation : quatre blessent directement la réputation du prochain , trois la blessent indirectement.
DIVISION
Nous parlerons 4* des modes directs et des modes indirects ; 3* des effets funestes de la diffamation.
Les modes qui blessent directement la réputation da prochain consistent 1^ à accuser faussement quelqu'un
26t LE cArécantE
d'une imiiivaîse actioD ; ^ à exdgérer un« (aate ; 3* à révéler une faute cacftiée ; 4® à mal interpréter no acte qa*an peut croire fait avec une bonne intention.
Avant de vous expliquer chacun de ces modes, je Ms TOUS dire que la difTamatton, selon les persoones diffamées el selon les circonstances , est plus <mi moins grave. Ainsi si ton dit d'un soldat qu'il est un tâche , la diffamation est plus grave que si l'on disait cela d*un homme qui a*est pas dans la carrière des armes, parce que la bravoure est ai» des premières vertus de l'état militaire.
Il nous faut à présent expliquer chacun des modes directs que j'ai énomérés.
Le premier mode consiste , avons- nous dît , A ealomnier le prochain, c'est-à-dire à I accuser auprès des autres d'une action mauvaise qu'il n'a point fiaite ou d'un vice qu*il n'a pas. Ainsi, dire d'un honnête homme qu'il est un voleur cl autres choses de ce genre, c'est une calomnie; celui-là aussi est coupable de^lomnie qui attribue mensongèremeot une faute ou un vice à quelqu'un défè perdu de réputation pour une faute ou un vice d'un autre genre : par exemple, d'un homtfie qui est publiquement reconnu comme voleur, dire faussement qu'il est blasphémateur ou adultère.
Le deuxième mode consiste à grossir notablement une faute d'ailleurs véritable : par exemple, dire d'un homme qu'il est un ivrogne , parce qu'on l'aura vu une ou deux fois boire un peu plus qu'il ne convient.
Le troisième mode consiste à révéler, à divulguer une faute cachée, et ce mode est le plus fréquent , parce que la plupart s'imaginent que, pour élre en sûreté de conscience, il leur suffit de ne point çîentîr. C'est là uneopinion erronée, Mies frères, car celui qui divulgue une faute cachée du
BM GBAUIE. ^63"
procbaîn le blesse inorteUèmeat dans sa répalaiioD atiprèt de cetiK>qai ignoraient cette faule.
Bien f^ius, les théologiens pensent c|U6 c*est un péché mortel de révéler une faute cachée du prochain fnéme à une seule personne , quelqtie sage et discrète qu'elle soit, c Si quelqu'un , dit Saint Thomas , psMrJe mal d un absent même à une seule personne , il corrompt sinon entièrement , du moins en partie la réputation du prochain. » Btiamsi uni soli aliquis de absente malum dicat , corrumpit Samam «jus, non in toio, sed in parte (4). Ne dites pas que celui à qui vous révélez une faule du prochain est une persoûoe sage et prudente, car dans ce cas la blessure foite à la réputation du prochain est plus grave encore ^ fMiisque, de l'aveu de tous, Teslime d'une personne sage est JBSiemept celle qui a le plus de prix. Saint Chrysostome vient à Tappui de cetleopinion , lorsqu'il dit : « C'est vrairnaai ridicule d'entei^ire des gens révéler un secret à quelqu'un et prier xselui qui l'écoute de n'en parler à personne^ car Us déclarent par là qu'ils font eux-mêmes une chose digne de blâme, a Hoc vero ridiculum est quum aliquid arcanum dixerint, roganl audientem et adjurant ne cuiquam ainpHus dicat , hinc déclarantes quod rem reprehensione ëignam oonftaiiserini(2).aCar,aîoule le saint docteur, vous le priez de garder le secret que vous lui confiez^ il fallait deoc vons-nêfoe le ^rder le premier. » lllum ut nemini dicat rogas, mnlie magis te priorem dicere non oportebat, c Sa vous voulez qu'un secret soit gardé, commencez par le bien garder vous-même. » Si non visefferri , neque alteri ipse dicas. Donc, mes frères, une faute dii prochain ne
(l) 2.Î. quaF^t. 73. art. 1.
ff) thmîi. fn. uépop, Antioch.
doit pas être révélée à ceux qui rigoorent , si ce n'est pour des motifs légitimes dont nous parlerons tout à Tbeure.
Le quatrième mode coosisle à interpréter avec jnalveillance un fait digne d'estime et de louange. Ceux qui agissent ainsi se rendent coupables tout à la fois et de jugement ' téméraire et de diffamation. De jugement téméraire, parce que sans fondement ils jugent mal du prochain ; et de diffamation , parce qu'ils manifestent aux autres ce jugement qui nuit à sa réputation. HélasI combien n'y-at-il pas de gens qui, ne pouvant blâmer les actions d'autrui, blâment et empoisonnent ses intentions I
Parlons à présent des modes indirects de la diffamation. 11 y en a trois : le premier consiste à nier une bonne action qui fait honneur au prochain ; le deuxième, à atténuer le mérite de cette action ; le troisième , à garder à dessein le silence, lorsqu'on loue le n^érite de quelqu'un, dans la pensée que ce silence sera interprété comme un blâme ou comme une protestation. A ces trois modes que je viens d'énumérer, quelques-uns en ajoutent un quatrième, lequel consiste à louer froidement , faiblement ce qui est digne d'un grand éloge; mais ce dernier mode peut être ramené au deuxième mode, qui consiste à atténuer le mérite d'une bonne action. Expliquons à présent chacun de ces modes indirects de diffamation.
Le premier, avons -nous dit, consiste à nier une bonne action qui sert à augmenter ou à relever la bonne réputation du prochain. Ainsi, parle-t-on d'une personne qui a regret de ses fautes passées , qui revient à Dieu ? Le diffamateur dont je parle nie le fait du regret ou du repentir. 11 nie , d'un autre , un acte de piété , ou le succès d'un savant, d*un orateur, d'un artiste ; d'autres atténuent le prix des actions, s*ils ne peuvent les nier^ et c'est là le
deuxième mode indirect de diffamâlioD. Le détracteur, se servant de cette manière de diffamation^ dira : a Cet ecclésiastique prêche bien , mais il ne tire pas de son trésor tous les sermons qu'il débite. » Par ces manières de parler on nie ou on atténue les bonnes actions du prochain pour obscurcir ou détruire sa réputation.
Le troisième et le quatrième mode consistent à garder le silence lorsqu'on loue le mérite de quelqu'un , et à louer faiblement et froidement ; à ces modes se ramènent certaines rélicences. Je m'explique : quelqu'un se trouvera dans une assemblée, dans laquelle on blesse la réputation d'une personne dans la supposition qu'elle a commis telle action indigne. Celui qui est présent, et qui d'ailleurs sait que la personne diffamée n'a pas commis cette action indigne, est interrogé : « Que dites- vous? vous qui connaissez mieux que nous sa conduite, vous pouvez nous édifier sur ce point. » Mais celui-ci, qui pourrait répondre avec gravité : Ce que Von dit est faux , je le sais de science certaine, garde le silence ou se contente de répondre en souriant : Que iiraiS'je? Or, par ce silence il confirme l'infamie, et il pèche non -seulement contre la charité, mais encore contre la justice, parce que dans ces circonstances il est tenu de répondre que l'imputation est fausse ; lors même qu'il oe serait point interrogé , il serait encore tenu , sous peine de manquer gravement au devoir de la charité, de dire que cette imputation est fausse, s'il le sait , et de soutenir la réputation de son prochain tandis qu'elle périclite. De cet exemple, mes frères, concluez ce que vous avez à dire dans des cas semblables. A ce silence est ramené un autre mode de diffamation très-usité, qu'on appelle réticence. Ce mode est le plus significatif el le plus perfide de tous ceux que peut inspirer le dén^on. Voici quelques exemples qui II. 12 ^
en feront comprendre la perfidie. Le délraclear apprend qu*un tel a dit telle injqre à quelqu*un, et aussitôt îl répond : « S'il m'avait injurié de la même manière , je pouvais d'un mot lui fermer la bouche et le couvrir de honte! » Un autre dit à quelqu'un une parole désagréable, el celui-ci de répondre aussitôt : a Tu ferais beaucoup mieux de garder le silence : ne sais- tu pas ce que je puis dire de toi ? » Quelqu'un parle mal d'une personne absente , et le détracteur dont je parle ajoute : « Que dirîez-vous donc, si vous saviez ce que je sais sur son compte. » Quelqa'oD fait l'éloge d'une personne , el le détracteur perfide sourit , haussé les épaules et fait mille signes d*ironie et de dérision. Toutes ces formes de rélicence sont diaboliques ^ car elles font à la réputation du prochain une blessure plus grave et plus profonde qu'une accusation formelle, eo laissant le champ libre à Timagination de ceux qui en sout témoins.