‹ Le catéchiste en chaire, plans de sermons, conférences et instructions familières sur les principaux points de la doctrine chrétienneChapitre 18 sur 55 · SECOND POINT · texte numérisé non relu

SECOND POINT

Après avoir entendu les différentes manières de blesser^ de tuer la réputation du prochain, écoutez, mes frères, les funestes effets de la diffamation. C'est le Saint-Esprit qui va nous les faire connaître par les expressions les plus vives et les plus fortes. La bouche du détracteur opère des ruines : Osîubricum operatur ruinas [h). Ailleursil appelle la langue du détracteur, un feu qurembrase une grande forêt; cest un monde d'iniquité; elle infecte tout le coiys, elle embrase tout le cours de notre vie , enflammée elle-même du feu de V enfer (2). Toutes ces expressions montrent la cruauté de la langue du détracteur ; nonseulemeut par

(1) Prov. XXVI.

(2) Jacob, m.

ses flammes elle détruit la réputation de celui qui est dif* famé, mais encore ses ravages s'étendent jusque sur les générations futures, parce que la réputation des pères est l'héritage des enfants.

Mais, parce que l'Esprit-Saint appelle ces langues , langués incendiaires, pour mieux faire comprendre les ravages qu'elles font, je me servirai d'une Belle image que me fournit le prophète Jérémie (4).

Ce prophète a vu le nom d'une nation ou d'une famille béni de Dieu, sous la figure d'un olivier fertile et toul chargé de fruits, entouré de nombreux rejetons, ensuite il a entendu une voix s'élever, et l'arbre a été consumé avec tous ses rameaux et ses fruits : a Olivier beau, fertile, verdoyant , le Seigneur te nommait de ce nom : à sa voix la foudre s'est enflammée, elle est tombée sur toi, et tes rameaux ont été consumés. » Olivam uberem , pulchram , frucliferam, speciosam vocavit Dominus nomen tuum : ad vocem loquelœ grandis eccarsit ignis in ea; et combusta sunt fruteta ejus. Voilà^ mes frères, sous le voile de Pallégorie, les dommages causés par la langue des détracteurs. C'était une famille noble , qui jouissait d'une trèsbonne réputation auprès de tous, olivam uberem^ speciosam vocavit Dominus nomen tuum. La langue du méchant parie, elle calomnie ou médit, et voilà qu'à sa voix un grand feu s'allutoe et tombe sur elle : Ad vocem loquelœ grandis eœarsit ignis in ea; et le père, et les enfants, et les petits - enfants sont déshonorés , e^ com&u5^a st(?2^ fru-i^a ejus. '

Mais, dira -t-on, il n'est donc jamais permis de révéler une faute du prochain ? Je réponds : Il est permis de le

(1) JeREH. XI.

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faire dans certaines circonstances et conditions nécessaires^ c'est ce que nous allons voir.

Premièrement , il est permis de révéler une mauvaise action du prochain , lorsque le bien public l'exige absolument , ou pogr le bien notable du prochain ou pour le nôtre ;

Secondement, quand la faute d'autrui est révélée à ceux-là seulement qui doivent la connatlre ;

Troisièmement, lorsqu'elle est révélée à quelqu'un sous cette condition expresse qu'il ne la révélera à personne, mais qu'il emploiera tous les moyens nécessaires pour prévenir le mal ou pour en arrêter les progrès.

Si ces conditions sont remplies, non-seulement il est permis, mais encore il est bon et louable de dénoncer une foute du prochain, parce qu'on n'agit pas alors pour nuire à sa réputation , mais pour protéger la société ou le prochain, ou pour se défendre soi-même.

Saint Thomas dit : « Celui qut, tout en gardant la charité , itanifeste la malice de quelqu'un à celui qui a le devoir de la corriger, ou,s*il est incorrigible, d'éloigner les autres de sa société dangereuse, celui-là ne ravit pas injustement la réputation de son prochain. » llle qui malitiaro alicujus manifestât ei qui banc corrigel, vel sallem{sisil incorrigibilis), ut alii ab ejus consortio corruptivo discedant, servato ordine carilalis, non injuste famam aufert. « Et par conséquent, ajoute le saint docteur, il n'est pas tenu à reslitution. » Unde non tenetur ad famse restitutionem (4).

Donc celui qui , sans un de ces motifs légitimes, diffame le prochain , est tenu à restitution ; car il pèche tout à la fois contre la charité et contre la justice ; et la restitution a

(i) In 4.dist. 14. quaest. a. 5.

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lieu de diverses manières, selon le mode par lequel la réputation a été ravie ou gravement blessée; ainsi celui qui a calomnieusement diffamé le prochain est tenu de déclarer, même par serment , s'il le faut, qu'il a menti , et il doit faire ainsi en présence de ceux à qui il a parlé luimême et en présence de ceux à qui la calomnie a été redite, si ceux qui s'en sont faits les échos refusent de la démentir. De plus, il est tenu, s'il y a lieu, de dommages envers la partie lésée. Celui qui, tout en disant vrai, a diffamé le prochain y est également tenu à la réparation par tous les moyens possibles , si ce n'est par le mensonge ; et il est tenu aussi d'indemniser le prochain des pertes qu'il lui a causées par la diffamation. Toute cette doctrine est fondée sur les principes constants et universels de la loi naturelle et de la théologie morale. Vous voyez donc, mes frères, de quelles obligations se chargent les détracteurs! Certes, ils seraient plus retenus, plus réservés dans leurs paroles, s'ils considéraient bien les suites onéreuses de la diffamation! Car les diffamateurs se placent dans cette fâcheuse alternative de la réparation ou de la damnation ; aussi soQl-ils toujours en danger prochain de se perdre éternellement; et ils devraient être effrayés, non-seulement de la difficulté où ils se mettent quelquefois pour remplir leurs obligations , mais encore des peines dont Dieu les menace dans rÉcriture sainte : « Mon fîls, est-il dit dans les Proverbes , ne le mêle pas avec les détracteurs, car soudain se lèvera sur eux la ruine, » Fili miy cum detractoribus ne commiscearis, quoniam repente consurget perditio eorum (4 )^ Et ailleurs : a La ruine du détracteur viendra soudain ; en ce moment il sera brisé, et jamais il ne se relèvera. » Huic

(1) Prov. XXIV.

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eoDtemplo veniei perdijUo sua; et conteretur, nec habebit ultra medicinam (4). Et le Saiot- Esprit nous dU : « Les détrao* leurs sont haïs de Dieu, » Detradores Deo odibiles (i) ; et encore : « Les médisants ne posséderont pas le royaume de Dieu. » McUe Vici regnum Dei non possidebutU (3).

PÉRORAISON

Que celui qui se reconnaît coupable du })éché de diffa* malien se hâte donc de consulter un sage et docte confesseur, et qu*il exécute fidèlement tout ce que celuirci ordonnera à l*égard des personnes diffamées ; et qu'il prenne la ferme résolution , avec le seoours de la grâce , de ne plus parler mal d'autrui ; sinon, qu*il tremble'pour son propre salut, parce que ralternative est inévitable : resUUitiop ou damnation , réparation ou éternelle mort.

De rhomlelde.

DU MEURTRE DE LA VIE SURNATURELLE OU DU SCANDALE , SI PREMIÈREMENT DU SCANDALE DES PAROLES.

(Suite du 5« Commandement. — 3» Sermon.)

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