PREMIÈRE PARTIE
Mes Frèaes ,
L'ap6tre saint Jean dit que le démon est le prince de tous ceux qui scandalisent^ de tous ceux qui par de Fausses doctrines séduisent les hommes et les porfent à satisfaire leurs passions effrénées: a L'ancienserpent, appelé le démon «t Satan, séduisit tout Tunivers. t^ Diabolus et Satonas sedvr cit universum orhem(A]. C'est lui qui séduisit dans le ciel une grande partie des anges, et il excite chaque jonr les hommes qui Tîvent dans ce monde à offenser Dieu. Je ne m'étonne pas que Judas ait été appelé démon par Noire- Seigneur Jésus-Christ, alors que cet apôtre infidèle donna le plus grand de tous les scandales , en livrant et vendant «on divin Maître : « L'un de vous est un démon ; » wrmsex vobis diabolns esl(t). Mais ce qui m'étonne, <5'est q«e dansune certaine circonstance Notre -Seigneur ait aussi appelé Satan Tapôlre saint Pierre. Voici dans quelle occasion cela eot lieu : lorsque Jésus commença à déclarer à ses disciples qu'il devait aller à Jérusalem et souffrir beaucoup des anciens, des scribes et des princes des prêtres, et mourir et ressusciter le troisième jour, Pierre le prit à Técarl, commença à le blâmer, disant : a A Dieu ne plaise, Seigneur, il ne vous arrivera rien de tel. » Jésus alors lui dit : « Retire-loi de moi, Salan, tu m'es un sujet de scandale. » Vadepostme , Satcma, scandalum mihi es (3). — 0 mon très-doux Sauveur! pourquoi donnez-vous à Pierre
(1) Apoa. XII.
(î) JOANN. VI.
(3) MaTTH. XVI.
une appellation ei ignomioieiise ? Vous connaissez cepen* dant que c'est par amour pour vous qu'il vous a contredit, et qu'il n'a pas l'intention de porter atteinte à la gloire de IHeu ou de tous induire au péché , puisque vous êtes impeccable! Ne pouviez-vous pas, selon votre coutume, le reprendre avec mansuétude, l'avertir de son erreur, au lieu de l'appeler démon I Ah I mes frères , Jésus, incapable de passions et d'excès, n'excède en rien ici ; Pierre n'a pas péché, parce qu'il a parlé dans l'innocence de son cœur, mais U a exercé à son jnsu l'office du démon, lequel consistée être pour les hommes un sujet de scandale; voilà pourquoi Notre- Seigneur appelle Pierre un démon, a Satan, dii Tbéophraste , ne voulait pas que le Christ mourût, afin que le genre humain ne fût pas racheté, et Pierre, avec une intention différente, ne voulait pas que son matlre mourût, et c'est à cause de la similitude des œuvres qu'il est appelé Satan. »
Or, mes frères , si celui qui , avec une bonne intention , fayorise , seconde les idées et les fins du démon , fait des œuvres diaboliques, comment ne serait il pas un véritable démon , celui qui séduit volontairement les âmes et les induit à offenser Dieu , les excite au péché en s'efforçant d'étoaffer en elles la conscience même du mal? Ah! ce sont des démons incarnés ceux qui , par leurs paroles , induisent les autres à faire un acte mauvais , en leur persuadant que cet acte n'est point un péché ; ce sont des démons incarnés, ceux qui enseignent aux autres de mau* vaises doctrines, des doctrines impies, ce que nous voyons trop fréquemment dans notre siècle, soutenant par milto sophismes que ce sont là les doctrines du bon sens et de la raison I Car ces séducteurs ne se contentent pas d'empoisonner la volonté du prochain, il faut encore qu'ils
empoisonnent son inlelligence. Un autre genre du scandale par paroles consiste a raconter des faits impudiques Combien de gens, sous prétexte d'égayer la conversation, racontent des histoires, des anecdotes scandaleuses^ font des plaisanteries indécentes ou obscènes I « Gomme le bois et les sarments sont Taliment du feu, dit saint Jean Ghrysostome, les mauvaises pensées sont alimentées par des paroJes impudiques. x> Ut ignis aïimentum ligna et sarmenta , îta pravœ cogitaliones verbis impudicis aluntur (4). Le saint docteur, rappelant les expressions du prophète-roi, appelle la bouche de ces impudiques un sépulcre ouvert, sepulcrum patens , dont la mauvaise odeur est d'autant plus forte qu'elle vient de la pourriture de Tâme ; et , ajoute saint Jean Chrysostome , remarquez que le prophète ne dit pas simplement un sépulcre, mais un sépulcre ouvert, pour signifier que la puanteur est plus grande , comme le serait la puanteur qu'exhalent les cadavres, si Ton ne prenait soin de les couvrir.
Celui qui s'est rendu coupable de paroles impudiques est tenu d'abord de s abstenir désormais de paroles semblables, et ensuite de réparer le scandale par des discours pieux , édifiants , utiles à son âme et à l'âme du prochain.
Il y a une autre manière plus habile, plus élégante de produire le scan.dale : elle consiste à se servir de paroles équivoques ou voilées. Cette impudicité plus élégante et plus subtile s'appelle de l'urbanité , dans un certaia mobde , selon l'expression de Minutius Félix : Impudicitia vocatur urbanitas (2). C'est pourquoi celui qui dans la conversation emploieavec art ce langage, sait voiler habilement
(1) Hom. de verbis apost, propter fomic, (1î) In octavio.
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les turpiludes qu*il racoDte, est regardé comme un élégdut et charmant Darrateur ; il est Tâme de la conversation , le promoteur de la joie ; on vante les délicatesses, les finesses de son esprit, le sel de ses plaisanteries et de ses bons mots (4} ; et cependant dans ces paroles équivoques il y a presque toujours un péché mortel, soit à cause du caractère de la personne qui parle (si c'est, par exemple, une personne dont les discours doivent toujours édifier ceux qui les écoutent, comme un ministre de Dieu ou un professeur), soU à cause de la nature de Téqui voque (si elle signifie une chose honteuse, obscène, pouvant faire nattre dans le cœur des auditeurs des affections impures ou dans leur imagination les fantômes de Timpudicité ) , soit à cause de la condilioo des persoones qi^i les entendent (si ce sont des personnes facilement portées au mal ou des personnes pudiques, qui , à cause même de la délicatesse de leur âme, éprouvent une grande peine en entendant de telles paroles). Tels sont les motifs qui font de Téquivoque un péché mortel; car Téquivoque a deux sens , un sens apparent , naturel , indifférent; et un sens détourné, voilé, impudique. Or, qui ignore que notre esprit, corrompu par le péché originel, est porté aux mauvaises pensées ? « L'esprit et les pensées de Thomme , dit Dieu lui-même , sont inclinés au mal dès sa jeunesse. » Sensus enim et cogitatio cordis hominum in malum prona sunt ab adolescentia sua Ci). W suit de là que la malice humaine prend tout d'abord les paroles équivoques dans leur sens impudique ; c'est ce qui fait dire a saint Basile qge l'équivoque est une voie qui conduit l'esprit à la chose honteuse qu'elle signifie : Viam
(1) Ephes. V.
(2) Gen.Yin.
esse quamdam ad rem ipsam (4). £t saiot Jean Chrysostome dit que l'équivoque suscite le mauvais désir de comprendre le mal qu elle voile. Saint Jérôme dit : « L*équj^ voque fait rire à Toccasion des choses honteuses (2). > Cachismis ora dissolvilet aliquid turpidinis proferi. Or, de telles paroles peut «on les appeler seulement oiseuses? Comment ne seraient-elles pas criminelles , alors qu'elles provoquent l'esprit aux mauvaises pensées, aux mauvais désirs, et qu'elles font rire de choses dont nous devons rougir? Écoutez saint Thomas, il dit : a Lorsqu'une acUoD, même bonne en soi mais non nécessaire au salut , peut scandaliser les faibles, il faut s'en abstenir ou la différer jusqu'à un temps plus opportun. »De cette doctrine, suivie par la plupart des théologiens^ il suit qu'on doit à plus forle raison s'abstenir des paroles équivoques^ qui induisent les méchants aux mauvaises pensées et blessent ou alarment la pudeur des bons. Jecojaclus donc, avec les paroles de l'Apôtre , qu'on n'entende pas même parler parmi vous de quelque impureté que ce soit; qu'on n'y entende ni paroles désbonnétes, ni futilité, ni i>ouffooner les , mais bien plutôt des actions de grâces : Omnis immunditia nec nominetur in vobis aut turpitudo (3). Sachez, mes frères , « qu'aucun impudique ne sera héritier du royaume de Dieu- «J'ajoute avecTertullien : « Fuyez la conversation de ceux qui peuvent vous porter à ces vices ; car pourquoi nous serait - il permis d'entendre ce qu'il ne nous est pas permis de dire (4) ? d
(1) Hom, xxiT.
(2) Lib. II in cap. Matth,
(3) Ephes, V.
(4) Lib, de Spect
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