DEUXIEME PARTIE
Après avoir parlé du scandale produit par les mauvaises paroles , il nous reste à parler du scandale qui est produit par les mauvaises actions. Nous avons vu avec saint Thomas qu*il suffit qu'une parole puisse scandaliser pour que celui qui la dit soit coupable, indépendamment de touie intention. Il en est de même à l'égard de l'action. Quelle que sojtTinlenLion de celui qui la fait, il est coupable, si Taction est scandaleuse de sa nature. La parole ou Taclion^ dit saint Thomas (4], peut être doublement pour le prochaÎD une cause de péché : par elle-même , ou par accident. l^'Par elle-même, lorsque quelqu'un tend par sa parole ou par son action k induire les autres au péché , ou seulement si Tacte est tel que de sa nature il soit capable d'induire au mal; par exemple, si quelqu'un fait le mal publiquement ou ce qui a l'apparence du mal ; car alors xelui qui fait un acte de ce genre donne occasion de chute, et c'est là le scandale actif. Par conséquent, de combien de scandales se rendent coupables chaque jour les menteurs, les blasphémateurs, les débauchés, les ivrognes I Mais il serait long de parcourir toutes ces diverses sortes de scandales : il me suffira , pour mieux fixer votre attention et pour être ainsi plus utile au salut de vos âmes, de vous parler de deux sortes de scandales les plus dangereux et les plus fréquents*
Le premier de ces scandales par les actions est celui qui est donné dans les représentations théâtrales. On peut coa)prendre le danger de ces représentations par le grand
(I) 2. 2. quœst. 43.
^SO LE CATÉGHISTE
nombre des Pères, des docteurs, des théologiens, des philosophes même qui ont écrit contre les spectacles. Tertullien, saint Cyprien, saint Jean Chrysostome, saint Ambroise et beaucoup d-autres après eux ont regardé le théâtre comme une école de perdition. J'aime mieux vous donner la parole de ces saints docteurs que la mienne. Saint Jean Chrysostome dit aux mauvais chrétiens de son temps : « Vous passez le jour au théâtre , source de mille plaisirs sensuels ; de là sont décochés contre vos âmes mille traits empoisonnés. » V03 in scena diem Iransigitis; ibi unde mille voluptates scaturire videnlur , sexcenta tela miltuntur amarissima (<). «Comment, continue le saint docteur, pourriez- vous garder la pureté , en écoulant ces chants voluptueux, ces paroles impudiques, alors que vous avez tant de peine à rester purs quand vous ê^es loin de ces plaisirs séducteurs?» Quandonam probus vir essepotes^ sic diffluens in cantibus et verbis obscaenis, nam si vix animae , quas ab his omnibus se puram serval , potest esse honesla et casla , quando minus polerit quae hœcaudire solet (2). Tout au théâtre est fait pour séduire €t corrompre ; le lieu mônie est une occasion de scandale et de ruine. Il ne me convient pas de souiller votre imagination et la mienne par une peinture trop vive de ces lieux où tout conspire pour la perle des âmes, je me conlenle de rappeler lexpression d'un ancien écrivain : « Au théâtre mille chemins, dit -il, conduisent les âmes à leur perle. » In quibus mille apenuntur aditus mince animarum speciatorum. Que dirons- nous donc des acteurs et des pièces qui sont jouées? Écoulez encore saint
(0 Hom. MXYii in Matth.
(2) Eod. loc.
Ghrysostorne : a Laies démoDS prennent toutes sortes déformes : Tun prend la forme d'une jeune fille impudique; l'autre, d*un vieillard imbécile que Ton trompe et dont on se moque; celui-ci débite les maximes les plus impies ou les plus immorales, celui-là feint les passions les plus vives et les plus honteuses. Les paroles équivoques^ les habits ridicules, les gestes indécents, tout y est plein d'une extrême licence. Gomment les spectateurs pourraient- ils se préserver de l'ivresse des sens, lorsque le démon remplit pour eux toutes les coupes de l'intempérance ? » Voilà le théâtre, le lieu^ les acteurs, les paroles et les actions : tout y est scandale, puisque tout y est occasion de ruine. Donc ceux qui participent par leur présence, parleur argent, à l'eatretien de ces spectacles , qui coopèrent à ces représentations f sont coupables de scandale , et sont en danger de périr, car il est écrit : a Celui qui cherche le péril y périra. » Qui amat periculum in illo peribit.
2° Une autre sorte de scandale est celui que l'on donne par le luxe et par la manière de se vèlir. En effet, le luxe bien souvent donne aux autres l'occasion de murmurer, de faire des jugements téméraires ; mais il y a une raison plus grave contre le luxe , c'est qu'il est souvent la ruine des familles , des états et des âmes. Le luxe inspire le désir immodéré d'acquérir ; dans ce désir, on ne crain,t pas de blesser la justice, la charité, la pudeur, la vérité. Voilà , mes frères , les scandales produits par le luxe des vêtements ; mais le scandale peut venir encore de la forme des vêlements. Il y a, dit Gajetan^ une forme de vêtement qui provoque les pensées lascives. Mais, dîra-t-on, si la forme que vous condamnez est légitimée par la mode , ne faut-il pas la suivre ? faut-il se condamner à être ridicule? Je distingue : si la mode par elle-même est cause de quelque
scandale et offense les âmes pudiques , je dis : jcoii , il ne faut pas la suivre, quelque générale qu'elle soit; mais si elle n'offense pas la pudeur ; si^ comme la nudité chez les sauvages, elle ne blesse personne , on peut s'y conformer sans commettre de péché mortel. Cependant ^ si voos suivez la mode par vanité, par le désir de plaire à ceuii à qui on n'a pas le droit de plaire, rappelez-vous ces paroles de Tertullien : « Le désir de plaire par sa beauié ne vient pas d'une conscience pure, b Non de inlegra conscientia venit studium placendi per decorem (4 ]. Si, seloo Ja belle expression de saint Zenon , évèque de Vérone, la femme qui se couvre de fleurs exhale le parfum de l'imporeté (2), que sera-ce donc de celles qui ne se couvrent même pas , et qui dans leurs omemaats oublient que la pudeur est le plus bel ornement de la femme chrétienne t Mais c'est assez sur ce point ; je craindrais , en m'étendant davantage sur ce sujet , de perdre de vue ce conseil de l'Apfttre : (( Qu'aucun genre d'impudidié ne soit nommé parmi vous. » Omnis immunditianec nommeturinvobis.
TRAIT HISTORIQUE
« Malheur à rhomme par qui le scandale arrive. Il vaudrait mienx pour lui qu'il se mît une pierre au cou et qu'il se précipitât dans la mer.» L'homme de scandale , en effet , travaille contre Dieu, puisqu'il empêche le salut des âmes. Il fait Tœuvre du démon ; il est , comme Satan , adversaire de Dieu; comme le diable, esprit de contradiction. N'oublions donc jamais ces paroles de la Sagesse : « Dieu a confié à chacun le soin de son prochain ; » et ces paroles de l'Apôtre : « Nous sommes la bonne odeur de Jésus-Christ. »
(1) Lib. î de Cultu fem. c. n.
(2) Serm. de PudiciL
BN CBAiaB. 283
Da péché d'Impureté.
(Sixième précepte du Décalogue. )
EXPOSÉ SOUMAIRE.
40 De l'impureté en général ; 2o àe ses différents effets ; 3® aveuglement de l'esprit, précipitation, inconsidératîon , etc.
TEXTES TIRÉS DE l'ÉGRITCRE S JUNTE.
Mors ascendit per fenestras. ( Jbreh. ix. ) — ce La mort est montée par nos fenêtres. »
Quia spiritus fornicationum in medio eorum ; et Deminum non cognoverunt. (Osée, v.) — <c Parce que l'esprit d'impureté est au milieu d'eux et qu'ils n'ont pas connu le Seigneur. »
TEXTES TIRÉS DES PÈRES
MuUi sunt christiani quibus nihil pensi , nîhil sancli est, in appetendis garriendisque (urpitudinibus : quibus verbis inverecundls aurium pubHcarum reverentiam incestant , grandiussibividenturfacetiari. (Sidon.Appol.1.111, ep. m.) — « Il y a des chrétiens pour qui rien n'est grave , rien n'est saint, quand il s'agit de désirer les choses honteuses ou d'en rire ; et quand par leurs paroles indécentes ils ont souillé la pureté des oreilles de tous ceux qui les entendent , ils s'imaginent avoir fait une belle plaisanterie. »
Vitium capitale est quod habet fioem muUumappetîbilem (S.Thomas, 2. 2. quaest. 453.) — a L'ira pureté est un vice capital qui a pour fin les plaisirs charnels. »
EXORDE
Mes Frères,
Me souvenant des paroles de saint Paul , je m'abstiendrai de vous parler de la nature du péché que défend le sixième précepte du Décalogue , et de ses différentes espèces ; je les comprendrai toutes sous le nom générique dMmpureté, lequel blesse moins les oreilles pudiques^ et je comprendrai tous les actes qui ont rapport à ce péché sous le nom d'actes impurs.
DIVISION
4® De ThDpureté en général ; 2® de ses funestes effets.
Mes Frères,
4<» Le vice d'impureté est la cause de la plupart de dos fautes ; car une personne souillée de ce vice sacrifie tout pour satisfaire sesr impures convoitises. L'expérience ne prouve que trop ce que j'avance! A quels excès ne se portent-ils pas ceux en qui domine ce vice. Voyez Salomon! C'est ce vice qui de la plus haute sainteté le fit tomber dans Tidolâtrie des gentils , ce qui est certainement Texcès le plus grave. Lui-même avoue les funestes effets de l'impureté, lorsqu'il dit dans le livre des Proverbes (<) •
(i) Prov. V.
« Ed un instant j ai été plongé dans un abîme de maux. » Pêne fui in omnimalo; et dans le même chapitre^ il exhorte les autres à fuir ce vice honteux et dégradant : c Fuis , dit-il , fuis loin de Télrangère et ne t*approche pas de la porle de sa maison , de peur que lu ne frémisses , te dévorant loi -même et consumant la chair et tes entrailles. » L*Écriture, en signalant cette passion, est pleine de menaces ; les cœurs des enfants et des hommes sont remplis de malice dui^ant leur vie, et après ils sont conduits aux enfers. — « Ne donne pas à la femme pouvoir sur ton âme, de peur qu'elle ne s'empare de ta force et que lu ne tombes dans le mépris. — La concupiscence s'allume comme un feu. — Par la beauté plusieurs ont péri. » — Yoilà quelques-unes des paroles divines contre le péché dont nous parlons. Faut-il donc s'étonner si tous les Pérès, les docteurs, les théologiens, les orateurs sacrés, instruits par la parole de Dieu , s'élèvent si souvent contre le vice dont nous parlons?
Chaque jour nous sommes témoins^ de funestes événements qui prouvent ce que nous avançons. Que d'inimitiés, que d'injustices, de querelles, de haiues, de meurtres , proviennent de cette passion impure I Que de sacrilèges, que de blasphèmes!
Il n'y a rien là qui doivg nous surprendre , si nous considérons la raison qu'en apporte le Docteur angélique : «Comme la nature humaine, dit-il , a été laissée, après le péché, portée au plaisir charnel, il suit que nous nous portons avec d'autant plus d'ardeur vers une chose qu*eile est plus honteuse et plus brutale. Il arrive quelquefois que pour atteindre à cette chose il nous faut vaincre des obstacles que nous ne pouvons vaincre sans commettre de nombreux péchés de diverses espèces. »
Sans doute , mes frères , tous les péchés capitaux tratneal à leur suite uo grand nombre de péchés ; mais cepen* dant cela n'est propre et particulier à aucun , si ce n'est à l'impureté. Voyons donc quels sont sur Tâme les effets particuliers à ce vice.
S"» Après saint Grégoire le Grand , saint Thomas en compte huit dont <^atre appartiennent à rintetlîgence et quatre appartiennent à la Tolonté. Ainsi par- ce vice honteux les deux premières facultés de i'ftme soiat jetées dans le désordre, et saint Thomas en donne la raison : « Lorsque les puissances inférieures sont vivement attachées à qd objet, il est nécessaire que les pui^ances supérieures soient empêchées et désordonnées dans leurs actes. Or, par le vice de l'impureté, le désir inférieur, c'est-à-dire la codcupiscence , s^altache vivement à un objet , à cause de la violence de la passion et de la délectation , et par consé*quent il est nécessaire que par l'impureté les puissances supérietires de l'âme ^ je veux dire Tintelligence et Id volonté, soient jetées dans le trouble et dans le désordre. »
Le premier dommage que l'intelligence reçoive de ce vice , c'est l'aveuglement , par lequel l'âme prend le mal pour le bien , et se laisse tromper par les fausses apparences. En effet, quel aveuglement plus grand que de prendre pour but final la délectation qui est commune aux brutes et nous rend semblables à elles? Que dis je? le vice dont je parle nous rend inférieurs aux brutes , parce que les brutes ne se détournent pas de leur fin , en suivant la loi de leur fnstlnct naturel ; tandis que les créatures raisonnables , en se livrant à l'impureté, se détournent de la fin pour laquelle elles ont été créées.
Voyez a quel degré d'aveuglement l'impureté peut entraîner l'homme. Rappelons-nous l'histoire de Samson ; vous
la connaissez sans doute , cependant je crois qu'il est utile de vous \^ rappeler.
Samson alla à Gaza et il vit une femme qui recevait les élraDgers,et il entra chez elle (4). Les Philistins layant appris^ et te bruit s'élant répandu par eux que Samson était entré dans la ville, ils le firent entourer, et mirent des gardes aux portes de la ville ; et ils l'attendirent en silence toute la nuit, pour le tuer le matin lorsqu'il sortirait. Samson dormit jusqu'à minuit ; et, s'étant levé alors, il prit les deux portes de la ville avec leurs barreaux et leurs serrures, et les porta sur le haut de la montagne qui regarde Hébron. Après cela, il aima une femme qui habitait dans la vallée de Sorec et qui avait nom Dalila. Et les princes des Philistins vinrent, et dirent : « Trompez Samson, et sachez de lui d'où lui vient cette grande force , afin que nous puissions le vaincre, et le tourmenter après lavoir lié. Si vous le faites, nous vous donnerons chacun onze cents pièces d'argent. » Dalila dit à Samson : «c Dites-moi , je vous prie, d'où vous vient cette grande force, et avec quoi il faudrait vous lier pour que vous ne puissiez pas échapper? » Samson lui dit : « Si l'on me liait avec sept cordes faites de nerfs encore frais et pliants , je deviendrais faible comme les autres hommes, d Les princes des Philistins lui apportèrent donc sept cordes, comme elle avait dit, dont elle le lia. Et^ ayant fait cacher en sa maison des hommes qui attendaient dans une chambre , elle lui cria : « Samson , voilà les Philistins qui fondent sur vous. » El aussitôt il rompit les cordes comme le lin se rompt à l'approche du feu ; et Ton ne connut point d'où lui venait sa force. Dalila lui dit : « Voilà que vous vous êtes joué de
(1) Judic. XVI.
moi, et vous m*avez dit ud neosooge ; découvrez -moi donc maintenaDt avec quoi il faudrait vous lier. » Samson lui répondit : « Si Ton me liait avec des cordes toutes neuvesj'e deviendrais faible et semblable aux autres hommes. » Dalila le lia de nouveau; et, après avoir caché des Philistins dans une chambre de sa maison , elle lui cria : « Voilà les Philistins qui fondent sur vous. » Et aussitôt il rompit ces cordes comme on romprait un filet. Dalila lui dit encore : «c Jusques à quand me tromperez -vous, et me direz-vous des choses fausses? Dites-moi donc avec quoi il faudrait vous lier. Samson lui dit : « Si vous faites un tissu de mes cheveux et de votre fil , et que vous les attachiez au fer de la trame de votre métier, je serai sansforce. » Ce que Dalila ayant fait, elle lui dit : <k Samson, voiia les Philistins qui fondent sur vous. » Et s'éveillaot tout à coup, il arracha le fer, les cheveux et le fil. Alors Dalila lui dit : « Gomment dites-vous que vous m'aimez, puisque votre cœur n'est point avec moi ?... » Et comme elle l'importunait sans cesse , ne le quittant pas pendant plusieurs jours, le cœur de Samson défaillit et fut lassé jusqu'à la mort. Alors lui découvrant la vérité, il lui dit: « Le rasoir n'a jamais passé sur ma tète , parce que je suis Nazaréen , c'est-à-dire consacré à Dieu dès le sein de ma mère. Si l'on me rase la tête , toute ma force m'abandonnera , et je deviendrai faible comme les autres hommes. » Dalila, voyant qu'il lui avait confessé tout ce qu'il avait dans le cœur, envoya vers les princes des Philistins, et leur dit : « Venez encore une fois, car il m'a ouvert son cœur. » Ils vinrent donc chez elle, portant avec eux l'argent qu'ils lui avaient promis. Dalila fît. dormir Samson sur ses, genoux et posa sa tète sur son sein. Et elle appela un homme, et il rasa les sept tresses de ces cheveux ; et
jm CHAIBE. 28^
elle commença è le repousser d'aujp^ès d*elle , car sa force l'abaDdoona aussitôt. Et elle lui dit : a Sarosou, voilà les Philistins qui viennent fondre sur vous. » Samson, s'éveillant, dit en son cœur : a J'irai contre eux comme j'ai fait auparavant , et je me délivrerai d'eux ; » car il ne savait pas que le Seigneur s'était retiré de lui. Les Philistins l'ayant donc pris lui crevèrent aussitôt les yeux , et le conduisirent à Gaza , chargé de^ chaînes , et ils l'enfermèrent dans une prison où ils lui firent tourner la meule d'un moulin jusqu'à ce qu'il mourût misérablement.
Qui croirait, mes frères, qu'un homme si sage et si intrépide pût jamais, à cause de ce vice, arriver à ce d^ré d'aveuglement, si l'Écriture sainte elle-même ne nous le disait et ne nous obligeait à le croire ? Concluez donc de là ce que je vous disais avec saint Thomas, que l'impureté produit d abord l'aveuglement de l'esprit.
Le deuxième dommage que cause à l'intelligence le viee d'impureté, c'est la précipitation qui , selon saint Thomas , obscurcit la lumière de l'esprit relativement au choix des moyens nécessaires pour arriver à sa fin. Nous lisons dans l'Évangile un mémorable exemple de celte précipitation causée par l'impureté. Vous connaissez tous l'action cruelle et impie du roi Hérode Ântipas. Ce prince avait envoyé saisir Jean et l'avait fait enchaîner et mettre en prison à cause d'Hérodiade, femme de Philippe, son frère, qu'il avait épousée [4].
Parce que Jean disait à Hérode : « Il ne vous est pas permis d'épouser la femn^ie de votre frère, » Hérodiade lui tendait des pi^es , et elle voulait le faire périr et ne le
(i) MaTTH. VI.
f90 . LE GATÉGHISXIS
pouvait , parce que Hérode craignait Jean , sacbavii que c'était un homme juste et saint. Mais le jour feTorabte arriva ; Hérode , le jour de sa naissance, donna un festîn aux grands de sa cour, aux premiers de son armée et aux principaux de la Galilée. Et la fille d'Hérodiade étant ecitrée, dansa devant Hérode, et loi plut teUemeni qu'il lai dit: « Demandez-moi ce que vous voulez, et je vous le donnerai. » Et il ajouta avec serment: « Tout ce que vous me demanderez, je vous le donnerai, quand oe serait la moitié de mon royaume, a Lorsqu'elle fut sortie, elle dit à sa mère : a Que demanderai -je? » Sa mère répondit : «La téta de Jean-Baptiste; » et étant rentrée aussitôt dans la salle où était leroi^ elle dit : <c Je demande que Vous me donniei à l'instant même, dans un bassin, la tête de Jean-Baptiste.» Et le roi fut conlristé ; mais à cause de son serment, et de ceux qui étaient à table avec lui , il oe voulut pas b refuser; et ayant envoyé un de ses gardes» il ordonna qu'on lui apportât là tète de Jean dans un bassia; et le garde lui coupa la tète dans la prison, et il l'apporta dans un bassin , et il la donna à la jeune fMle. Voifô i quelle précipitation fut poussé Tesprit d'Hérode par le vice de Timpureié. Si , avant de consentir à la demande de la fille d'Hérodiade , il avait réfléchi, it n'aurait pas commis le crime horrible dont il se rendait coupable ; mais l'impureté ne lui laissa pas le temps de la réflexioa. L'histoire est pleine de faits semblables produits par la mèoie passion.
Le troisième dommage causé à l'esprit par l'imporetét c'est de le rendre inconsidéré. Voyez Pavid, ce roi si sage; épris d'un amour adultère^ il écrivit à Joab, génér»! de l'armée d'Israël : Placez Urie dans la bataille au lieu où le péril sera le plus grand; et abandonnez -le t afin^quéUmt
EN GBAIfiB. 291
frappé , tZ meure (i). Quelle pensée îbconsîdérée I Fairaîl-ît doDcqalTrie mourût, pour que David satisfit sa passion criroÎDelle ? Hais Hnipurelé troubla son jugement et lui inspira an moyen abominable de satisfaire sa passion effrénée.
Le quatrième dommage causé è rintelligence par ce vice honteux, c^est de la rendre flottante, incertaine dans ses propositions et pleine d'inconséquences. Je n*ai pas besoin ici, pour prouver ma proposition, de mentionner les faits cités dans l'Écriture sainte ; j*en appelle seulement au . témoignage de tous ceux qui sont enclaves de ce vice. Que (Tinconséquences.que de contradictions dans leurs pensées!
Les dommages causés à la volonté par le vice impur sonl également au nombre de quatre. Les deux premîei's ont rapport à la fin cherchée , savoir : Tamour de soimême , c'est-à-dire le plaisir désordonné des sens, et la haine de Dieu qui correspond à cet amour de soi-même. Les deux autres ont rapport aux moyens requis pour arriver à cette fin; c'est, d'une part, l'amour excessif de la vie présente , dans laquelle l'impudique veut s'enivrer de voluptés ; de l'autre, c'est l'oubli ou plutôt le mépris de la vie future ; car l'âme éprise de ces voluptés charnelles, loin d'avoir souci des biens spirituels, les dédaigne et les foule aux pieds.
Le Saint-Esprit nous a peint avec les plus vives couleurs ces hommes impudiques ainsi que les funestes effets de ce vice sur la volonté. Les hommes impurs, en voyant la rapidité de la vie présente^ se disent les uns aux autres: « Notre vie est le passage d'une ombre , elle nous échappe sans retour ; venez donc , jouissons des biens présents ; couronnons -nous de roses avant qu'elles se flétrissent,
(l) II. Reg. XI.
392 LE GATÂCHISTB
laissons parlout les (races de noire joie ; que tous se livrent ^au plaisir, parce qu*il est noire partage. » Umbrœ transilus est tempus nostrum , et non est reversio finis nostri. Venite. ergo et fmamur bonis quœ sunt,.. Coronemus nos rosis ^ antequam marcescant ; nemo nostrum excors sit luxuriœ, ubique relinquamtÂS signa lœtitiœ , qiumiam hœc est pars nostra^ et hœc est sors. '
Ces paroles D*expriment-elles pas lannour insensé de soi-niêroe , laniour de ses propres déleclations, le mépris et la haine de Dieu, le désir exclusif des plaisirs du monde «tToubli évident des biens de Taiitre vie? Or, de la bouche de qui sortent-elles, sinon de la bouche de ces hommes dont l'âme plongée dans les plaisirs charnels n*a aucun souci des biens éternels? Qui plus que ces hommes doute des vérités de la foi? Âh I c'est bien de ces hommes souillés du vice de Timpureté que parle le prophète Osée, lorsqu'il dit : « Ils ne songeront pas à revenir à Dieu , parce que l'esprit d'infidélilé est au milieu d'eux , et qu'ils n'onlspas connu le Seigneur. » Non dabunt cogitationes suas^ ut revertantur ad Deum suumy quia Spiritus fomicationum in medio eorum. Effrayante prophétie : « Ils ne songeront pas à revenir à Dieu ! » Non dabunt cogitationes suas , ul revertantur ad Deumsuum (l).
Quoi ! dira quelqu'un, n'y a-t-il donc plus d*espoir?ll n'y a donc point de remède pour celui qui est plongé dans le vice de l'impurelé? Mes frères, il y a un remède , mais il s'agit pour Thomme impur de Taccepler , de l'employer résolument, et c'est là la grande difficulté. Le remède esl dans le changement total de l'affection et de la volonté, il faut que la volonté haïsse et déleste ce qu'elle a aimé
(1) Osée. v.
BN CHAIRE. 29$
auparavant. Elle aimait les plaisirs honteux, il faut qu'elle ait pour ces plaisirs une aversion, une horreur profonde. Le pécheur recherchait telle ou telle personne ; il doit îa fuir désormais, Téloigner de ses yeux , de son esprit et de «on cœur. Or, mes frères, ce changement total d'affection •est aussi difficile qu'il est nécessaire: « Le péché d*imp«reté, dit saint Thomas, est celui qui adhère le plus foiietnenl , et c'est pourquoi il est difficile à l'homme de s'ea délacher. » Peccatum luxurise est maximaeadhaerenliœ, et difficile ab eo homo polest eripi (4). Comment faire? Il faut vouloir véritablement le remède , et pour le vouloir il faut d'abord demander le secours de la grâce divine. Celui qui priera avec humilité, avec confiance et persévérance, obtiendra la grâce de vouloir véritablement le remède qui guérit. Après avoir prié, qu'il s'approche du sacrement de la pénitence avec le regret sincère de sa vie passée, et avec le ferme propos de commencer une vie nouvelle, de fuir toutes les occasions qui peuvent l'induire au péché. Après sa confession , faite à un docte et pieux confesseur, qu'il fasse promptement et fidèlement tout ce que lur ordonnera le ministre de Dieu. Sans doute, s'il remplit bien son ministère, celui-ci lui ordonnera de fuir les objets , les lieux , les conversations , la lecture des livres, les occasions , tout ce qui peut être pour lui un nouvel écueil. Secondement, il devra joindre à cela la fréquentation prudente et discrète des sacrements aux jours déterminés, et cela comme partie de la satisfaction imposée. Troisièmement, il devra avoir recours souvent à la Vierge mère de Dieu et reine des chastes pensées, et fuir l'oisiveté; car, selon la parole de l'Esprit- Saint, l'oisiveté
(1) 1. î. quaest. 78.
i9i LE CATjfcCHISTB
euseigoe une grande malice : MuUam maliUam docuU otiositas (l). Il devra exercer une grande surveilJance sur ses sens el principalement sur celui de la vue, parc« que le Saint-Esprit dit encore : Mors ascendit per feneslras nostr(i$[i) : a La mort est montée par nos feuètres.» Or, d'après tous les saints Pères, les fenêtres dont parle ici Jérémie sont les sens et principalement les yeux. Il devra encore pratiquer quelques mortifications et surtout le jeûne, parce que les forces de Tâme s'affaiblissent quand le ventre se gorge et se distend : « Quia dum venter ingluvie distenditur, virlutes animœ per luxuriam deslruuntur (3), » comme dit saint Grégoire le Grand.
Si les pécheurs sensuels font ainsi, ils se converlirontet ils persévéreront dans leur conversion ; sinon , ils ne songeront pas à revenir à Dieu : «Non dabunt cogitationes suaSj ut reverlantur adDeum suum. » Terrible sentence, absoioe et universelle !
TRAIT HISTORIQUE
Saint Bonayenture dit que Timpureté nous ravit notre droit drainasse, c'est-à-dire le droit d'entrer un jour dans Théritage du Père céleste. C'est ce qui est figuré dans la Genèse où il est dit que Rubens, fils aîné de Jacob, perdit son droit d'aînesse, à cause de son impureté, tandis que Joseph, qui fut toujours chaste, mérita au contraire de devenir le chef de ses frères.
(1) EccH. XXX.
(2) Jerem. IX.
(3) Grec. Moral, c. il.
EN caiiiiB. 39$
Ta ne |^reii<lras pas le bien d^autral.
( Sermon sur le septième précepte. )
EXPOSÉ SOMMAIRE
De Ja rapine ; du vol en général ; de la fraude ; de ceux gui par leur négligence nuisent aux intérêts dont ils sont chargés officiellemenl ; des mauvais payeurs, etc.
TBXTSS TIUÊS DE l'ÉGEITOAE SAINTE»
Yse ci qui multiplicat non sua. (Habac. i. ) — « Mal* heur à celui qui multiplie deà biens qui ne sont pas à loi. »
Bccemerces opéra riorum... quse fraudata est a vobis,. clamât; et clamor eorum in aures Domini Sabaoth iotroïvît. [Jacob. V.) — « Voilà que le salaire... que vous dérobez, aux ouvriers crie contre vous , et leur clameur est montée jusqu'aux oreilles du Dieu des armées. »
In alis tuis invenlus est sanguis animarum pauperum. ( Jeeem. II. ) — « Dans tes mains a été trouvé le sang des pauvres. »
TEXTE TIRÉ DES PÈRES
Redde mercenario mercedem suam , nec eum labori» 8Mi jQoreeda defraudes ; quia et tu mercenarius Christi es ; et te conduxit ad vineam suam ; et tibi merces reposita est coaiesti^. (S. Ambeos. de Tobia , c. xxiv. ) — « Donne à
l'ouvrier sod salaire, et ne le prive pas du fruit de son travail ,, parce que tu es aussi le mercenaire du Christ, et il t'a loué pour travailler à sa vigne, et une récompense t'est réservée dans le ciel.
EXORDE
Mes Frères,
Par le sixième précepte du Décalogue, Dieu nous défend de nuire à ia vie du prochain ; par le septième précepte, II nous défend de nuire à sa fortune. Or, on nuit à la fortune du prochain de plusieurs manières. Nous allons les parcourir toutes ; mais pour ne pas perdre le temps à expliquer des choses qui sont évidentes par elles-mêmes, j'exposerai rapidement, 4^ ce qui est connu et bien compris de tous; et 2^ j'insisterai davantage sur une espèce de vol très-fréquent et sur laquelle on se fait généralement une fausse conscience.
l^» L'espèce la plus grave et heureusement la plus rare, c'est la rapine, c'est-à-dire le vol avec violence. Par la rapine , au vol de la chose enlevée s'ajoute une injure faite à la personne même du possesseur, et Toa est tenu par conséquent à la restitution de la chose volée , et en même temps à la réparation de l'outrage fait à la personne.
Toutes les autres espèces de vol sont comprises dans cette définition donnée par saint Thomas : « Voler c'est prendre ou retenir secrètement le bien d'autrui, sans le consentement du possesseur. » Furtum eét occulta acoeptio rei aliense , invite Domino. ^
Tout vol fait secrètement, c'est-à-dire sans videnoe
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contre la personne , oblige le voleur à la restitution sea-lement.
De cette définition du vol , il suit que le voleur n'est pas seulement celui qui s'introduit furtivement dans une maison pour s'enàparer seèrèlemenl du bien d'autrui ; saint Thomas dit : a Prendre ou retenir secrètement le bien d'autrui c'est voler; donc un marchand se rend coupable de vol , lorsqu'il trompe sur le poids ou sur la mesure , lorsqu'il vend trop cher ou qu'il achète à vil prix. Ceux-là aussi prennent le bien d'autrui, qui font des gains illicites , comme les usuriers ; et ceux qui font payer trop cher leurs services ou qui emploient la ruse ou le mensonge pour obtenir des dons gratuits. Ceux - là aussi prennent le bien d'autrui, qui, étant payés pour se charger d'une affaire d'intérêt, la négligent et nuisent ainsi aux intérêts dont ils sont chargés moyennant salaire. »
J'en dirai autant des médecins qui négligent leurs malades , des avocats qui étudient mal les causes qui leur sont confiées. Tous ceux-là nuisent à la fortune d'autrui, et partant ils sont tenus à réparer par tous les moyens possibles les dommages causés par eux. Ce n'est pas là une opinion individuelle , c'est la doctrine constante de tous les Pères et de tous les théologiens.
2® Mais il est une autre espèce de vol sur lequel beaucoup se font une fausse conscience , et c'est sur ce point surtout que je veux appeler votre attention. Je veux parler de ceux qui négligervt de payer leurs dettes , alors qu'il leur est possible de s'acquitter immédiatement , et se croient en sûreté de conscience, parce qu'ils ont la volonté habituelle et inutile de payer. Je dis que ceux - là sont en état de péché mortel, qui n'acquittent pas leurs dettes, alors qu'ils le peuvent^ ou qui n'emploient pas toute leur
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diligence pour &t meUf e eo élat de les acquilter le plus tôt possible.
Saint Thomas dit : fc Retenir ce qui est dû au prochaiD, c*est lui causer le pêjne dommage que de lui prendre injustement son bien. » Detinere id quod alteri debelttr eatndem ralionem nocumenti habet cum acceptione injusia. Donc celui-là est un voleur qui peut payer sa dette et dil^ fère de le faire. Il est dit dans rÉcriture sainte: Le travail de ton mercenaire ne demeurera pas chez toi jusquau matin (0- Et ailleurs : Vous ne refuserez pas à rindigenttl au pauvre ce que vous lui devez , quHl soU votre frère ou un étranger (2).
J'ai dit qu'on doit payer ses dettes lorsqu'on le peut. Mais plusieurs comprennent : lorsqu'on le peut sans se gêner. Ce n'est point ainsi qu'il faut entendre ces paroles. Lorsqu'on le peut signifie qu'on doit payer à moins qu'il n'y ait impossibilité matérielle de le faire, c'est-à-dire qu'on n'ait pas de quoi payer ; ou impossibilité morale, c'est-àdire qu'on ne puisse s'acquitter de sa dette , sans une incommodité, un dommage beaucoup plus grave pour soimêmeque celui que le retard peut causer au créancier. Car si le créancier devait par ce retard éprouver un dommage plus grand ou aussi grand que le débiteur, celui-ciserait tenu de s'acquitter aussitôt; car, si l'un des deux doit souffrir, il n'est pas juste que ce soit l'innocent plutôt que le coupable, selon Texpression des théologiens» qui entendent ici par coupable celui qui est lié par une obligation ; et il n'est pas convenable que le débiteur répare ses pertes ^ ses dommages aux dépens du créancier. J'ajoute que si le
(1) Levit. XIX.
i%) Deut xxiT.
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débiteur savaii qu'il ne pourrait pas s'acquitter aussitdt» il devait s'abstenir de contracter la dette ; car il trompe eD « se faisant pas corvnatlre son impuissance connue par lui ; ^ il est coupable du retard non accordé par le marchand ou le mercenaire.
Mais si, pouvant payer, il diffère néanmoins, il est également un troaipeur et un voleur. Par ces mots : lorsqu'on lepeui , il faut donc entendre que si on ne peut pas s ao* quitter immédiatement , et si le créancier ne se trouve pas dans une nécessité égale à celle du débiteur , on est tenu de faire diligence pour s'acquitter le plus tôt possible. Or, c'est là recueil où échouent un grand nombre de chrétiens. Celui qui .ne peut pas s'acquitter immédiatement , encore que le créancier ne soit pas dans une égale nécessité, doit se cnettre eo étal de payer sa dette , premièrement en se privant des choses superflues, je veux dire des choses qui ne sont pas nécessaires à la personne ou à sa condition. Le débiteur, sous peine de péché mortel, est tenu de faire ainsi, jusqu'à l'entier acquittement de la dette. Bien plus, tous les théologiens veulent que le débiteur, pour se mettre en état de s'acquitter le plus tOt possible , se retranche quelque chose de ce qui est nécessaire à sa condition et à son rang. 11 doit, par exemple, diminuer le nombre de ses serviteurs , de ses chevaux , de ses convives , de ses fêtes officielles ; tel est le sens dans lequel il faut entendre ces' mots ; lorsqu*on le peut.
Une histoire que nous lisons au livre des Rois vient confirmer cette doctrine : « Une veuve vint trouver uq jour le prophète Elisée, se plaignant que son mari était mort et qu'un créancier exigeait rigoureusement qu'elle acquittât une dette du mari défunt. Et Elisée dit à cette femme: Qu'avez-vous dans votre maison? Elle répondit: Votre
servante n'a qu'un peu d'huile qu'elle répand sur eHe. Elisée lui dit : Allez , empruntez de vos voisins un grand nombre de vases vides , et rentrez en votre maison et fermez votre porte; et, quand vous serez dans votre maison, vous et vos fils, versez dans ces vases de cette huile que vous avez ; et la femme fit ce que le prophâle lui avait ordonné , et l'huile fut miraculeusement multipliée, au point que tous ces vases furent remplis. Aussitôt elle raconta à Elisée ce qui était arrivé, et le prophète lui dit : c( Allez , vendez cette huile et payez à votre créancier ce qui lui est dû, et vous et vos fils vivez avec le reste (4). »
Remarquons d'abord , mes frères , qu*Élisée voulut I savoir ce que celle femme avait dans sa maison : Qu^avesvous dans votre maison? Si, à mon tour, je demandais à ceux qui refusent de payer leurs dettes, sous prétexte qu'ils ne le peuvent pas, souvent ils me répondraient, s'ils voulaierit répondre avec la même sincérité que la veuve dont parle TÉcriture : « Nous avons du blé et do vin en abondance; nous avons des meubles somptueux, de beaux vêtements , des bijoux pour parer la beauté de nos filles, des perles, des diamants, » toutes choses dont le prix leur permettrait de s'acquitter envers leurs créanciers, sans que Dieu eût besoin de renouveler le miracle dont je viens de parler.
Je leur dirai donc avec Elisée: «Allez et vendez, et payez votre créancier. » Vade et vende , et da creditori tua. Je remarque en outre qu'Elisée songea aux besoins du créancier avant de songer à ceux de la famille de la veuve; « Allez et vendez, et payez le créancier , et vwez du reste
tl) IV. Reg. IV.
voos et VOS fils. » Vade et vende, et da creditori tuo ; tu autem et filii ftit vivite de reliquo.
Nous 06 saivoDs pas celte méthode. Nous voulons d'abord avoir une table bien servie, nous voulons êlre bien vêtus, avoir une maison bien meublée, et ce qui restera après tout cela sera pour nos créanciers. Ce partage est injuste, mes frères ; bien plus , je dis que c*est faire un véritable vol , parce que c'est retenir le bien d*autrui sans le consentement du possesseur. « Furtum est acceptio ÎDJusta rei alienœ, invito magislro. »
Mais qui donc se confesse des injustices de ce genre? Vous ne vous en confessez pas, me direz-vous, parce que vous avez Tintention de payer. Intention stérile et décevante 1 11 ne suffit pas d avoir l'intention lointaine, abstraite ; mais il faut avoir l'intention active, diligente et efficace ; il vous faut prendre la ferme résolution de vous interdire toute dépense superflue ; vous réduire au plus strict nécessaire , autrement votre intention vous rendra chaque jour plus impuissants à satisfaire, et, selon l'expression du prophète Habacuc , vous ne ferez qu'amasser contre vous-mêmes des monceaux de boue. Vœ et qui multiplicat non sua I usquequo et congregat contra se densum lutum.
• Mais que signifient ces paroles allégoriques du prophète : Amasser contre soi des monceaux de boue? Le prophète veut dire que celui qui diffère volontairement de payer ses dettes, non-seulement reste débiteur de la somme due, mais encore qu'il se met dans l'obligation d'indemniser son créancier des pertes que lui fait éprouver, ou du gain légitime que l'empêche de faire un injuste retard. Pour me faire bien comprendre , je prends un exemple : Un créancier doit recevoir de Pierre , son débiteur, la somme de
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If ois cents francs. Or, voyant que le Me se vend è bas prix, le créancier demande son argent à Pierre, afin d acheter la provision de blé nécessaire à sa famille, en profitant du bon marché. Mais Pierre refuse et diffère ; alora qu'il lui serait possible de payer, il répond qu'il paiera dans six mois. Cependant le prix du blé augmente, si bien que la mesure qui se vendait auparavant douze francs, se vend à présent quinze francs. Le créancier qui , par la faute de Pierre, n*a pas pu acheter, éprouve une perle de trois francs pour chaque mesure. Qui doit supporter cette perte ?esl-ee Pierre ou son créancier ? Évidemment c'est Pierre, qui ne s'est pas acquitté quand il a dû le faire. Voila, sous le rappprt du dédommagement et de la perte , ce qui explique les paroles du prophète : Vous amassez contre vouS' mêmes des monceaux de boue. Mais ce créancier, dans cet espace de six mois^ aurait pu faire valoir ces trois cents francs, s'il les avait eus entre les mains, et il a été privé d'un gain légitime par la faute de Pierre. Dans ce second cas, Pierre est tenu encore d'indemniser le créancier, et voilà ce qui explique encore les paroles du prophète. G est la doctrine de tous les théologiens, parce qu'elle est fondée sur le droit naturel.
Vous voyez par là, mes frères, que le danger des débiteurs dont je parle augmente chaque jour , puisque chaque Jour leur dette s'augmente, et que, par conséquent, il leur devient chaque jour plus difficile de s'acquitter. « Malheur à celui qtii multiplie les biens qui ne sont pas à 4uil il amasse contre lui-même des monceaux de boue, m Vœ ei qui multiplicat non sua 1 usquequo et congregat contra 5e densumlutum.
TRAIT HISTORIQUE
Zachée , ce riche publicain qui , à cause de ses nombreuses négociations, craignait d^aToir causé du tort à quelqu'un, disait à Notre-Seigneur, après s'être converti : « Seigneur, je donne la moitié de mes biens aux pauvres, et si j*ai fait tort à quelqu'un en quoi que ce soit, je lui rends quatre fois autant. » Alors Jésus lui répondit : « Cette maison a reçu aujourd'hui lesaloi. » Ces paroles font comprendre la nécessité de satisfaire pleinement.
XXVUI Ba itteiisoiige*
( Snr le huitième précepte du Décalogue.)
EXPOSÉ SOMMAIRE
Da faux témoignage eo juslice ; des différences espèces de mensonges ; de ia feinte ; de l'hypocrisie , ou de la fausse humilité ; de la ilaiterie*
TEXTES TIBÉS DE L'âCBITDRB SAINTE.
Vae qui dickis maltun bonuml (Isai. y.) — « Mal^ heur à vous qui appelez mal le bien I »
In labiis induleat inimicus , et in corde suo insidiatur^ ut subvertal te io foveain. ( £cc/t. xn. ] — « Ton ennemi a la douceur sur les làvres , et dans son cœur il médite de te jeter dans la fosse. »
TEXTE TIEÂ DES PARES
Adulaotiom iinguœ aliigaot animas in peecatis. ( S. Adq.
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in Psal. IX. ) — « Les langues des flatteurs eDcbatoeni les âmes dans le péché. »