‹ Le catéchiste en chaire, plans de sermons, conférences et instructions familières sur les principaux points de la doctrine chrétienneChapitre 22 sur 55 · EXCEDE · texte numérisé non relu

EXCEDE

Mes Frères ,

Le huitième précepte nous défend de mentir ; la défense étant absolue, il suit que tout genre] de mensonge est défendu sans exception. Nous exposerons dans ce discours les diverses espèces de mensonge.

DIVISION

Nous parlerons 4<»du faux témoignage, c'est-à-dire du mensonge proféré devant la justice légale et du mensoDge proprement dit.

S*" Nous parlerons de la dissimulation, déjà flatterie, qui sont aussi une sorte de mensonge.

l*" Le faux témoignage défendu par le huitième précepte est proprement celui qui est porté devant la puissance publique. D'après ce précepte , celui qui est interrogé légitimement doit dire la vérité , qu'elle soit utile ou nuisible au prochain ; c'est pourquoi le témoin^ avant d'être interrogé, prête un serment par lequel il s'obligea dire la vérité pure et simple. « Il suit de là, dit saint Thomas, que le témoin ne doit pas présenter comme certain une chose dont il n'a pas la certitude , ni présenter sous la forme du doute une chose dont il est certain. »

Et ici il est nécessaire de comkMitlre une erreur dans laquelle tombent quelques personnes par une piété mal entendue. Je suppose que quelqu'un est appelé à témoigner en justice sur un fait tel que , si le iémoin dit la

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vérité, dont il est certaio, l^aocusé qui est son ami perdra la vie ou du moins la liberté. Or, ce témoin , sollicité par le sentiment de Tamitié, dit qu'il ne sait rien, ou voile si bien la vérité que le juge ne peut porter la sentence de condamnation. Je dis que ce témoin commet un double péché mortel : premièrement il viole son serment ; secondement en refusant, en matière grave , Tobéissance due au juge, il pèche contre la justice légale. Et c'est en vain que, sur le premier article, il dirait : Je n'ai pas eu l'iotention de jurer; car il était tenu de jurer, puisque la puissance publique lui en faisait un devoir. Secondement, il, ne peut pas jurer avec l'intention de ne pas tenir son serment. Donc, dans un jugement légal, un témoin doit toujours dire la vérité , quelles qu'en soient les conséquences pour un ami; car en toute chose la crainte d'offenser Dieu doit prévaloir. C'est pour cela que le pape Innocent lil dit : f II n'est pas permis de mentir , même pour défendre sa vie. » Nec pro vita defendenda, licitum est mentiri (4). Si le simple mensonge n'est pas permis, à plus forte raison le parjure.

Bien avant Innocent 111, saint Augustin se pose la question de savoir s'il est permis de mentir, lorsque le men* songe est utile à quelqu'un sans nuire à personqe , et il répond négativement ; a car^ dit-il, puisqu'on ne peut conduire personne au salut éternel à l'aide du mensonge, à plus forte raison on ne peut corrompre la vérité du témoignage pour assurer à quelqu'un le salut temporel (2). »

Il faut donc toujours devant la justice dire la vérité^ quelles qu'en soient 1^ conséquences. El ce que nous

(1) De Usuria.

(î) Lib.de Mandac* c.sxv:

yGoogk

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disons ici des témoios, il font le dire également des magis* trats, des avocats, des greffiers , de toOS ceux qui conconrenl à l'aciion de la Justice.

Puisque le hciiliéme précepte , d*ufie manière absolue ^ nous défend de mentir, il suit €|ne tout mensonge est une viotatbn de ia loi ; cependant le pédié n'est pas le même dans tous les cas. Saint Thomas distingue trois genres de mensonges: 4<» le meosonge joyeux; 2<* le mensonge officieux ; 3® le mensonge pernicieux. Le mensonge joyeax est celui que Ton commet en plaisantant ; le mensonge officieux est celui par lequel on désire d'être utile à quelqu'un ; or , œs deux genres de menscmge, considérés «n eux* mêmes, absolument, sont des péchés véniels.

Quant aux mensonges pernicieux^ c'est-à-dire qui cdx^ sent un dommage^ ils sont tous péchés mortels , si le dommage causé est grave. Telle est la doctrine de saint Thomai et de tous les théologiens. Le dommage est causé à Dieu ci au prochan ; il est causé à Dieu, par exemple, lorsqu'on nie on di^me de la foi cathoHque , on une vérité de l'ordre moral ; dans ce cas, le mensonge est toujours un pécbé mortel. Le dommage est causé au prochain, lorsqu'on lui persuade une doctrine fausse sur Ja foi ou sur les mœurs, on lorsqu'on loi donne comme vraie une opinion feusse ; ces mensonges causent tous k l'âme du prochain un dommage grave^ et par conséquent ils sont tpOs des péchés mortels.

Le mensonge est enc<Mre un péché mortel lorsqnll cause au prochain un dommage grave à sa fortune ,-à sa vie, à sa réputation ; tous les mensonges qui par leur nature même sont propres à causer des dommages de ce genre, sont tons des péchés mortels. Mais ceux qui ne causent pas dédommages semblables, comme ceux que nous avons désignés sous le nom de mensonges joyeux et de mensonges

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officieux , 8oni par leur natare des péeMs Yéoiels ; mais quelquefois ils peuvent devenir péchés mortels par telle ou telle circonstaoee, par exemple, parla circonstance du soandale. Aioai, supposez un prêtre, un personnage grave qui jouit d'une grande réputation de sainteté , s*ii se permettait un mensonge de ce genre, il donnerait un grave scandale.

Saint Augustin rapporte sur ce sujet un fait admirable ; écoutez : « Un saint évèque de Tugaste, qui s'appelait Firmus^ un jour donna asile dans sa maison épiscopale à un homme innoeent que le prinoe voulait faire mourir. Aux licteurs qui l'interrogeaient sur cet homme^ le saint évèque répondit : « Je ne veax ni trahir ni mentir. » Ne& prodam nec menUar.hoè Ui^eors indicées firent souffrir à Firmus toutes sortes de tourmonis pour quil leur ftt connaître la retraite de cet homme; mais Firmus persista dans son refus, disant constaaMnent : Nec prodam née mentiar : « Je ne veux ni trahir m mentir, a Bnfin^ après mille outrages inutiles, ils conduisirent Firmus auprès de l'empereur, qui l'interrogea à son tour sur cet homme. Firmus fit humblemeQt la même réponse. Bn^n, saisi d'admiration pour la vertu du saint évèque, l'empereur lui accorda la grâce de l'homme à qui il avait donûé asile. Le saint évèque vit le scandale qu'il causerait sj ses lèvres consacrées proféraient un mensonge , quoique peu grave enfin, et c'est pourquoi il aima mieux souffrir l'oatrag^et les tourments plutôt que démentir, et Dieu le récompensa en lui donnant d'obtenir la vie et la liberté d'un homme innocent. » Ayons donc une grande haine pour toute espèce de mensonge ; d'abord pour les mensonges pernicieux , qui sont des offenses graves faites à Dieu et au prochain ; ayons en haine aussi les mensonges joyeux et les mensonges officieux qui,

quoique péchés véniels, sool Indignes des véritables amis de Dieu.

2» Que dirons-nous de la feinte? La feinte consistée insinuer, à faire croire par des signes extérieurs une chose qui n'est pâs» La feinte contient donc l'intention de tromper, elle est donc un mensonge ; car le mensonge consiste principalementdans l'intention de tromper. « Peccatum mendacii principaliter consistit in intentionem fallendi (4], » dit saint Thomas. Par conséquent, lorsqu'elle est pernicieuse, c'est-à-dire qu'elle cause un dommage grave à la religion ou au prochain , la feinte est un péché mortel , sinon elle est un péché véniel. H faut conclure de là que feindre, même peu de temps, d'être un juif, un mahométan, un hérétique, c'est un péché mortel, parce que cette feinte est pernicieuse à la religion. De même feindre qu'on est un avocat ou un médecin, pour connaître les affaires secrètes d'autrui « ou pour un autre motif de ce genre, sera encore un péché mortel, parce qu'il causera un dommage grave au prochain ; et de même qne le mensonge, quoique léger en soi, s'il est fait avec Tintention de tromper le procheia en une^ chose grave , devient péché mortel , de même la feinte peu grave en elle-même devient péché mortel, si elle a pour fin une chose grave. Hais taire la vérité lorsqu'on n'est pas tenu de la dire, ou qu'il y aurait imprudence à parler,, ce n'est pas un mensonge. Saint Augustin dit: « Bien que mentir soit toujours cacher ce qui est vrai, cacher ce qui est vrai n'est pas toujours mentir. » Quamvis omnis qui mentiiur velit celare quod verum est, non tamen omnis qui vult quod verum est celare mentitur (2).

(1) s. Thom. 6. quœst. art. 9.

(2) Lib, cont.Mendac, c. x.

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Âiosi les mtssioonatres qui, avec la permissioD du saiotsiége^ prennent le costume de laïque parmi les infidèles, cachent ce qui est vrai , et cependant ils ne mentent pas ; pourquoi ? Parce qu'ils n'ont pas l'intention de tromper , mais bien de travailler plus utilement à la gloire de Dieu et au salut des^ âmes. Mais telle n'était pas Hntenlion du jùÎQcre dont parle Ruffin, dans la vie des Pères (4); ce diacre cacha le signe dé son ordre sous l'apparence de l'humilité^ lorsqu'il alla avec d'autres visiter saint Jean l'Anachorète. Hais le saint, par une révélation divine, connut qu'il était diacre, et le montrant du doigt, il dit : c Celui-là est diacre ; o et comme celui-ci le niait , ce qui était mentir, parce qu*il avait l'intention de tromper , le saint anachorète lui dit : « Mon fils, ne niez pas la grâce de Dieu, de peur de rencontrer le mensonge au lieu de Thumilité. » Noli^ fUiy negare gratiam Dei, ne incurvas pro humilitaie mendacium. C'est que certains actes d'une humilité apparente sont de véritables mensonges. Ainsi dire : je suis un misérable , je suis un grand pécheur, et autres choses semblables, c'est feindre, c'est-à-dire mentir ; c'est le langage deThypocrisie, sice n'est pas celui d'une âme sainte et profondément convaincue de la vérité de ces paroles.

Si tout faux témoignage contre le prochain est défendu parle huitième précepte, il suit que le mensonge de la flatterie et de l'adulation est défendu ; car donner à quelqu'un des louanges qu'on sait n'être p^s méritées, c'est porter un faux témoignage ; aussi la flatterie mensongère, insidieuse, est-elle appelée par saint Jérôme un ennemi caressant , blanduà inimicus (2). Saint Thomas dit que la

(1) RuFF. lib. m de Vitis Patrum.

(2) Lib. I cont, Petag.

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flatterie ou l'adulation est quekpiafois un pé<^ mortel, et quelquefois un péché vëtiieL Elle esl un péotié mortel qodQd elle est coniraire à la charité* Or, die peut être contraire à ta charité de trois manièrea : 4* à raison de la matière ; %^ à raison del'iateniîoD ; 3« à raison de la cîrooastance. EUe est contraire à la éharité, premtôrement à raison de la matière, si on loue -le péché de quelqu'un ; car celtri qui loue le péché est coKtraire a Tamour de Dieu , puisqu'il parle contre sa justice; et il est contraire à Tamottr du prochain , puisqu'il l'encourage et le aoutieoi dans le péché.

C'est un péché mortel, selon ces parok» d'Iaaïe : « Malheur à voua qui appelez mal ce qui est bien et bîeo oe qdî est mal \ »V<b qid dieitis mahtm bontim (I)!

Secondement , à raison de Finteniion : si vous flattez quelqu'un dans Tintention de lui nuire, vous commettez uo péché mortel ; c'est pourqiuoî il est dit dane rÉcritq^ : « Les blessures d'un ami sont plus salutaires que les bai^ sers envenimés d'ua ennemi. » Jfeltora mnt diligmtis quant fraudulmta oscida odietUis.

Troisièmement , à raison de la circonstance : la flatterie est un péché mortel , lorsque la leo^ige devient une occasion de péché , alors méme^que le flatteur n'aurait pas l'intention d'induire au mal.

Mais si Ion flatte quelqu'un dans l'intention de lui être agréable^ ou dans le désir d'éviter un mal ou d'obtenir pour un autre une chose qui lui est nécessaire , la flatterie alors n'est point œntraire à la charité , et dans ce cas elle est seulement un péché vénieL Telle est la doctrine de saint Thomas. D'après cette doctrine généralement suivie,

(1) ISAI. V.

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voos voyex, 9mm le i^pporl de la 'motiére, combteo de péchés soot oommis par les flatteurs qui cherchent ia faveur des grands. S<Hivent ils louent la vengeance ei l'oppression comme des actes dignes de l'autorité et de la puissance; les paroles superbes et arrogantes, comme Uexpressîoa du sentiment de^rhonneur ; les paroles hardies el téméraires contre les dogmes de la religion , comme la preuve d'qn grand génie ; les sarcasmes impies, comme des traits d'esprit ; que sais-^je?

Chez lés femmes, les flatteurs appellent grâce^ amabilité, ce qui n'est que scandale. Ils donnent à chaque vice le nom d'une vertu ; c'est de ces vils adulateurs que parle saint Gésaire d'Arks, lorsqu'il dit : « On appelle aimable et enjoué celui qui est dissolu ; économe, celui qui est avare; celui qui se venge d'un ennemi est appelé un homme courageux ; pour tous les {vices, les flatteurs ont des paroles trompeuses, des mots de louange, i» Aliquis diffluit, Isetus vocatur ; avarus est , et de eo dicitur quia servat rem suam ; vindicat de inimico, et fortis vocatur; sic considéra caetera quemadmodum adulatores habeant verba fallacia , nomina laudis(l). C'est à ces langues flatteuses que les prophètes crient : « Malheur ! malheur à vous qui appelez bien ce qui est mal et mal ce qui est bien...; qui changez les ténèbres en lumi^Ve... et l'amertume endouoeur ()l »

a Malheur, dit Ézéchiel, malheur à ceux qui préparent des tapis pour tous les bras et font des oreillers pour repo* ser toutes les tètes, afin de surprendre lésâmes* » Vœ qui consuuntpulvillos subomni cubiio manus, et façiuni cervicalia

(1) Serm. lui.

(2) ISAI. V.

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sub capite univence œlatis ad capiendas animas {4). Or, ceux qui louent le mal , dit saiot Grégoire le Grand, sont ceux qui font des oreillers pour que les pécheurs reposent tranquillement et s'endorment dans le péché et loubli criminel de leurs égarements passés.

Mais la flatlerie la plus criminelle , parce qu'elle est la plus dangereuse , c'est celle qui trompe les malades qui sont en danger de mort. Que de fois les parents, les amis les plus intimes trompent un malade sur la gravité de son mal, et s'efforcent de le détourner 'de la pensée salutaire de la mort I

C'est à ces dangereux flatteurs qu'on peut appliquer ces paroles du Psalmiste : « Le frère parle le mensonge à son frère , mais le Seigneur confondra la bouche qui trompe. > 0 cruelle adulation I que d'âmes vous avez perdues et que d'âmes vous perdez chaque jour I Ces flatteurs qui trompent les malades ressemblent à ces faux prophètes qui, pour flatter le roi Achab , lui prédisaient la victoire, tandis que Michée le vrai prophète de Dieu lui prédisait la défaite. Ce n'est rien, disent -ils à celui que la mort va bientôt surprendre ; n'attristez pas votre âme par des pensées funestes ; et cependant à chaque instant le mal aug* mente, et bientôt il occupe l'âme, trouble la mémoire, et on appelle un confesseur alors seulement que le malade est aux prises avec les angoisses de la mort. Voilà, mes frères, les suites de la flatterie. Isaïe dit donc bien vrai, lorsqu'il s'écrie : Meliora sunt vulnera diligentis qiuim fraudulerUa odientis : « Les blessures d'un ami sincère valent mieus que les baisers envenimés d'un flatteur. »

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