COMMANDEMENTS DE L'ÉGLISE
Hu Jeûne (1).
(Sur le deuxième CSommandement de rEglîse.— 1*' Sermon.)
EXPOSé SOMMAIRE.
Le jeÛDe est une image de la vie du ciel ; pratique constaute du jeûue dans l'aDcieDDe et daDS la nouvelle loi ; du jeûne guadragésimal ; du jeûne des quatre-temps ; efficacité du jeûne ; pouvoir qu ont le souverain pontife et les évoques d'ordonner des jeûnes dans leur sollicitude pour le salut des âmes; en quoi consiste le jeûne ; de la légitime dispense.
TEXTES TIRÉS IHS l'ÉGKITO&B SAINTE.
Jejunium quarti, et jejunium quinti, et jejunium septimi, et jejunium decimi erit dômui Juda in gaudium, et laetitiam, el in solemnitates prseclaras. (Zacb. vui.49. ) — « Le jeûne du quatrième , du cinquième , du septième et du dixième mois sera changé pour la maison de Juda en des jours de joie et d'allégresse , en des jours de solennité. »
(1) L'Église, par le premier commandement , nous oblige à entendre pieusement la messe , le dimanche et les jours de fêtes ; mais comme nous ayons parlé de cette obligation dans le discours sur le troisième précepte du Décalogue, lequel concerne la sanctification des fêtes, nous passons au deuxième commandement de TÉglise , qui prescrit le jeûne à certains temps de Tannée.
£N GBAIRE. 327
Tune jejuoaDtes et orâDtes, împonentesque eis manus, dimiseruDt îlios. {Act. xiinS.) — <y Alors jeûnant et priant, ils leur inaposèrent les mains et les laissèrent partir, d
TEXTES TIBÉS DES PÈRES
Nos unum quadragesimon) secunduna traditîonem apostolicam, toto anno, teropore nobis congruo, jejunamus. (S. Jebom. Ep. civ ad Marc.) — « Selon la Iradition apostolique, nous jeûnons quarante jours, et au temps convenable de l'année. »
Bene autem quod et episcopi universœ plebi mandari jejuDia assolent. (Tert. Lib. de Jej. ) — « C'est une bonne coutume, que les évêques ordonnent des jeûnes aux fidèles. 0
EXOEDB.
MbsFrèbes,
Le seul mot de jeûne excite une si grande répugnance dans notre nature corrompue , qu'il la force à chercher tous les moyens possibles pour s'y soustraire ; si bien que souvent il arrive que celui qui n'a aucun motif pour s^exempter delà loi du jeûne, la -viole audacieusement , comme funeste à sa santé. Cependant, d'après le sentiment de tous les médecins, il n'y a pas de remède plus efficace ou de meilleure hygiène que le jeûne. Et nous qui parlons en hommes éclairés de la lumière de la foi et nourris de la doctrine de l'Écriture et des saints Pères , nous tirerons de cette double source des raisons qui nous feront accepter avec reconnaissance le jeûne ; car si le jeûne est utile à la saule du corps , il est bien plus utile à la santé et à la vie de f'âme.
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DIYlSIOff.
^^ Antiquité de rinstitution du jeûne ; %"* en quoi consiste le jeune ; Z"" de l'efficacité du jeûne.
40 1 Qu'est-ce que le jeûne, dit saint Ambroise, sinon Timage de la vie du ciel ? » Quid estjejunium^ nisi stAbsiantia et imago cœlesHs (4). Le jeûne est la nourriture de rame, la racine delà grâce, le fondement de la charité. C'est dans ce sens qu'en parlent saint Basile , saint Jean Chrysoslome , saint Augustin , saint Jérôme , en un mot, tous les saints Pères.
Si le jeûne est si utile à l'âme, il ne faut pas s'étonner qu'il soit né, pour ainsi dire, avec la vraie religion, comme Tattestenl tant de passages de l'Histoire sainte. Moïse jeûna quarante jours et quarante nuits , pour se disposer à recevoir les tables de la loi (2). Dans le livre des Nombres (3), il est parlé du jeûne comme d*une institution déjà ancienne. Les Israélites jeûnèrent afin d'obtenir la victoire sur les Benjamiles , parce qu'ils avaient été vaincus plusieurs fois (4). Ils jeûnèrent encore pour vaincre les Philistins (5). Ils jeûnèrent durant sept jours, lorsque Saiil fut tué avec ses trois fils (6). David jeûna en expiation de son péché (7) Achab jeûna après les reproches que lui avait faits le prophète Elle (8). Les Israélites jeûnèrent pour
(1) Lib. de Jej. ic.
(2) Deut, IX.
(3) JYttiw. XXX.
(4) Judic, X.
(5) I. Reg. xvii.
(6) Ibid, XXXI.
(7) II. Ibid. XII.
(8) III. Ibid. XXI.
fiif CHAnK. 329
obtenir an heureux retour aprds la captivité de Babyloae. Dieu lui-même, par la bouche de ses prophètes, invitant les Isrélites à faire pénitence, leur prescrit le jeûne : Cmvertimini ad me in toto corde vestro , injejunio, etc.
Dans la nouvelle loi, nous avons lexemple de Notre -Seigneur Jésus-Christ lui-même qui, avant de commencer la prédication de son Évangile , jeûna quarante jours et quarante nuits (4). Noos trouvons la pratique du jeûne chez les Apôtres eux-mêmes ; car il est dit (2) que tandis qu'ils jeûnaient, le Saint-Esprit leur ordonna d'envoyer Paul et Barnabe prêcher la parole de Dieu.
Le jeûne de quarante jours est d'institution apostolique, et par conséquent il fut accompli à l'exemple du divin Hattre ; car saint Jérôme nous dit : a Nous jeûnons quarante jours , selon la tradition apostolique. » Nos unum quadragesimum secundum traditionem aposiolicam...j^ namus.
Le jeûne des quatre^temps est également de la plus haute antiquité dans TÉglise. Saint Léon le fait remonter au temps des apôtres, et il a été institué à cette fin que nous offrions à Dieu cette légère mortification au commenceoient de chaque saison.
Les souverains pontifes et les évoques, dès les premiers temps de l'Église, avaient coutume d'ordonner des jeûnes, soit pour apaiser la majesté offensée de Dieu, soit pour attirer sur les fidèles les grâces dont ils avaient besoin , soit pour les disposer à célébrer dignement les principales fêtes. C'est ce que nous apprend Terlullien, qui écrivait au 11* siècle : Beneaaiem quodet episcopiuniversœ plebi
(i) MaTTH. IV.
(2) Act. XIII.
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mandari jqimia assolent. « C*est «ne bonne eoolame qu'ont les évoques de prescrire des jeûnes au peuple des fidèlesn 2* Mais vous me demanderez peol-ètre en quoi consiste le jeûne. €eux qui connaissent l*histoîre ecdésiaslique savent que, dans les premiers temps du christianisme, le jedne était beaucoup plus austère qu'aujourd'hui ; mais sans entrer dans ces détails historiques, il nous suffit de savoir ce qui constitue le jeûne selon le précepte. Premiè*rement , l'abstinence des viandes partout, et rat>stinenc6 du laitage, à moins d'une dispense expresse ou d'un usage contraire. Secondement , il est'prescrit de faire un seul repas, avec la faculté pour chacun de manger dans ce repas ce qui est nécessaire à ses besoins ; de sorte qœ celui qui mangerait au delà de ce qui est nécessaire à sa réfection pécherait contre la vertu de. tempérance, et non contre le précepte du jeûne, à moins qu'il ne fit ainsi avec l'intention de le violer. Troisièmement, il est ordonné de prendre ce repas unique vers le milieu du jour ou après, et on ne pourrait guère le faire avant midi , sans violer le commandement, à moins qu'il n'y ait nécessité ou qu'une coutume approuvée n'y autorise. Voili en quoi consistait Tobservation du jeûne autrefois ; mais la faiblesse humaine fit qu'on ajouta, dans les derniers siècles , au repas dont nous avons parlé , une petite collation le soir. Peu à peu cet usage a prévalu , et il est aujour* d'hui à peu près universel dans l'Église. A présent, je vous le demande, est-ce là une austérité excessive, et ne devrionsnous pas rougir de nous plaindre? Quoi I ne faut-il pas que nous fassions quelque pénitence pour tant d'offenses faites à Dieu ? N'avons-nous plus besoin des grâces du ciel? Ab! mes frères , nous avons à combattre trois ennemis redoutables de notre salut : le monde , la chair et le démon ; mais
EH GttAliB* 334
de ce$ trois ODoemisla obair^st plus 1# redoutable, car la chair est un enoenù sans le secours duquel le monde et le démon seraient Impuissants. La cbair est le siège de toutes les passions désordonnées , S9DS lesqueHes les suggestions duldéfflon seraient inutiles, et vains tous les enchantements du monde. La chair est Tennemi qui ne nous laisse aucun repos , qui combat contre nous jour et nuit ; cet ennemi nous ne pouvons l'éloigner de nous, et il nous force à avoir toujours le glaive en main pour défendre notre âme contre ses attaques continuelles.
30 Or, pour combattre la chair, est-il, excepté la prière, une arme plus puissante que le jeûne?
Comment pouvons*iXMis la dompter mieux que par le jeûne et la réduire en servitude (4) ? Saint Âuguslin dit i a Si, foisantun voyage, vous étiez monté sur un cheval rétif, indocile, qui pourrait vous précifriter à terre, ne pouvant le dompter par le frein, ne le dompteriez^vous pas par la foim, afin de poursuivre votre route en sûreté? » Si jumenio forte insideres, qui te gestondo posset prcecipitare i nonne^ uti securus iter ogeres, cibaria ferocienti subirahères , et famé domares , quem freno non passes (2) ? Or, poursuit le saint docteur, a ma chair est ce coursier indocile; je vais à Jérusalem , et souvent elle m entratne et tente de me jeter hors de ma voie ; ma voie c*est Jésus* Christ, et je ne dompterai pas par le jeûne cette cbair ret>elle I » Mais pourquoi insister sur cette comparaison que fait saint Augustin? Ne connaissez- vous pas, par votre propre expérience, Torgueil et la révolte de la cbair? U^las! combien de fois nVt-ellepas voulu nous jeter hors
(f) 9erm, d€util. J^\ 1.
W Ibid.
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de la droite voie, hors de la voie qui conduit au ciel 111 faut donc la dompter, la punir en la privant de nourriture. Donc le jeûne est efficace ; donc il manque d'întelligeooe autant qu'il manque de vertu celui qui se plaint de ce salutaire commandement de TÉglise , celte mère pleine de sol» licîtude pour le salut des âmes i
Oui, dira quelqu'un, celui qui peut jeftner a tort de se plaindre de celte prévoyante disposition de TÉglise. Mais moi , ma mauvaise santé me dispensera du jeûne. Vous dites bien, si la dispense est obtenue légitimement. Or, que faut-il pour cela? Il faut l'attestation du médecin ratifiée par le curé ; mais il faut que vous n*ayez point cherché à tromper le médecin ou à vous tromper vous-même. En effet, appelez -vous dispense légitime celle qui est obtenue par la force d'une exposition qui n'est pas l'expression de la vérité , mais qui est dictée par une délicatesse toute sensuelle ou par la crainte de perdre la fraîcheur ou lembonpoint dont on jouit, ou pour tout autre motif semblable? Devant Dieu et au tribunal de la conscience, une dispense ainsi obtenue, ne serait pas légitime. Devonsnous appeler légitime la permission qui est obtenue à raison des maladies ou des indispositions contractées par nous dans les plaisirs du monde? Saint Thomas répond à cette question : oc Celui qui vit dans le désordre, sachant par expérience que sa conduite le mettra dans Timpossibilité de se soumettre à la loi du jeûne, celui-là se rend coupable de la violation du précepte, parce que, sans aucune nécessité, mais seulement pour satisfaire ses mauvaises passions, il a voulu la cause qui le force è la violation du commandement; de sorte que, bien qu'il ne pèche pas actuellement en mangeant de la viande , cependant il a péché contre ce précepte , lorsqu*il a voula
EN CHÂliB. 333
persévérer dans le désordre doDt il était tenu de prévoir les suites. »
Vous me deooanderez encore si un homme soumis à OD pénible travail est tenu de jeûner. 11 faut dialinguer : le travail ne dispense du jeûne qu'aotanl que ce travail nous est imposé par la nécessité de pourvoir à nos besoins ou à ceux de notre Tamille; mais il ne nous dispense pas s*il est l'effet d'un amour excessif du lucre ; telle est la doc* trine de saint Thomas et de presque tous les théologiens : Inlenlio majoris lucri non necessarii eos a peccato non excusot. Celui qui a obtenu la permission de manger de la viande n*est pas pour cela dispensé des autres prescriptions relatives au jeûne ; ainsi l'a défini Beno)t XIV. a Ceux qui ont obtenu la permission de manger de la viande doivent ne prendre que la quantité de nourriture accordée à ceux qui jeûnent avec une scrupuleuse conscience. » Dispensatos uU debere eodem cibigenere, et eadem quantitate qua utuntur jejunantes reclœ et meticulosœ conscientiœ (4). Or quelle quantité de nourriture est-il permis de prendre dans la collation du soir? Généralement on admet huit onces; mais, selon la doctrine de quelques théologiens, six onces doivent suffire. Toutefois chacun doit a cet égard, pour le repos de sa conscience, consulter un docte et pieux confesseur.
Voilà, mes frères, ce que j'ai cru bon de vous expliquer relativement au jeûne ; mais si ces choses suffisent au chrétien pour satisfaire au commandement de l^Église, cependant elles ne suffisent pas pour plaire pleinement à Dieu. Il v^ut qu'à ce jeûne du corps s'ajoute le jeûne de l'âme elle-même. 11 veut que nous nous abstenions de toutes
(1) Sx lut sub die 80 mart. 1741 .
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les aetioDs illicites que nous faisons habiturflement ; que notre âme s'éloigne des plaisirs qu'elle recberehait auparavant; qu^elle se garde mieux des fautes par lesquelles elle avait coutume d'offenser Dieu. Ainsi le déclare Diea lui-même par la bouche du prophète Isaïe qui, après avoir dit que Dieu fait peu de cas du jeûne du corps , s'il n*est uni à celui de Time, ajoute : « N*y a-t-il pas i^n jeAoe de mon choix. Rompez les liens de Tiniquité, portez les fardeaux de ceux qui sont accablés, donnez des consolations aux affligés, brisez les Kens des captifs. Partages votre pain avec celui qui a faim et recevez sous votre toit ceux qui n'ont pas d'asile (4). » Et saîpt Bernard dit : « Si la bouche seule a péché, que la bouche jeûne seule, cela suffit ; mais si les autres membres ont péché, pourquoi ne jeûnent-ils pas aussi ? Donc que l'œil , qui a corrompu l'âme, que l'oreille, que la langue, que les mains jeûnent; que l'âme elle-même jeûne, que l'œil s'abstienne des regards curieux ; que l'oreille soit fermée aux médisances, aux paroles oiseuses ; que la langue s abstienne de murmures, de calomnies, d'entretiens vains, de paroles obscènes; que les mains s'abstiennent de toutes les actions qui ne sont pas commandées (2). » J'ajoute : % Que lès pieds s'abstiennent d'aller dans les lieux où Dieu est si souvent offensé, où se passent des choses indignes d'une âm& chrétienne. Que l'âme s'abstienne du vice et de sa propre volonté. C'est ainsi que le jeûne plaira à Dieu ; sans ce jeûne de l'âme , le jeûne do corps est réprouvé. » Ainsi l'atteste Dieu lui - même par la bouche d'Isaïe : a Nous avons jeûné, disent les Israélites; pourquoi, Seigneur,
(1) ISAI. LVIII.
(2) Serm. m in quadrag.
fi'avez- vous pas daigné regarder oos jeftoes?... Parce que vous suivez votre propre voloolé dans les jours de jeûne. » Ecce in die jejumi vesiri irwenitur volontas ve^tra (i).
THAIT HISTORIQUE.
Joditti, femme de Manassès, nous dit rÉcritinre sainte, était restée vettTe depuis trois ans et teois mois. Et elle avait au plus haut de la maison une chambre secrète pour elle , où elle demeurait enfermée avec ses servantes , et portant sur ses reins un ciliée , elle jeûnait tous les jours de sa vie , excepté les sabbats et les nouveUes lunes , et les fêtes de la maison dlsraël. G*est le jeûne qui attira sur elle la bénédiction de Dieu et Isi donna la gloire d'être choisie pour délivrer le peuple d*IsraëL ( Judith, ym. 6« }
9e r«fc«flBeaee.
( Suite du deux^ième comniandement de TÉglise. — 3« Sermon. )
L'Église nous astreint au jeûne pendant tout le carême, aux quatre-temps de I*année , et aux veilles de certaines fêles ; c*est ce que nous avons vu dans le discours précédent; Mais , de plos.^lle nous oblige à nous abstenir d^aliments gras ^ et à n'user que d'aliments maigres, le vendredi et le samedi : c'est sur ce point de la loi ecclésiastique que nous allons parler dans cette conférence.
40 L'Église, autrefois, jofgnait à l'abstinence du vendredi et du samedi l'observation du jeûne. Plus tard, à mesure que la ferveur diminua , elle adoucit sur ce point sa discipline , et ne retint que l'abstinence des viandes
(1) ISAI. LYIII.
336 LB GATiCBISTK
pour le vendredi et le samedi de chaque seroakie. Cette abstinence est une mortification de la chair. Elle est donc utile ; elle fait donc partie de ce régime saint que TÉglise emploie pour guérir la maladie du péché qui sévit contre nous ; elle entre donc dans celte hygiène du salut qui mérite nos soins beaucoup plus que Thygiène dont la médecine s'occupe pour guérir ou préserver les corps. Cependant les chrétiens de nos jours ont si peu Tes^^rit de la foi, ils comprennent si mal leurs véritables intérêts, que cette discipline , pourtant si modérée, de Tabslinepce leur parait rigoureuse, et qu'ils la négligent sans scrupule , lorsqu'ils ne la méprisent pas ouvertement. Plusieurs même ne comprennent pas comment TÉglise a pu interdire à certains jours l'usage des aliments gras. Qu'ils se souviennent donc que l'usage de la chair ne fut accordé è rhomme qu'après le déluge (l); que la chair, comme aliment , suppose dans l'homme moins de simplicité , moins de forces , moins de pureté , et que , par conséquent , il n'est pas étonnant que l'Église^ dont le but est de reformer en nous l'homme pur, Thomme saint, c*est-èdire Jésus-Christ le nouvel Adam, nous ramène par l'abstinence à cette frugale nourriture du paradis terrestre , où la simplicité de la vie était l'image de Tinnocence de l'âme , comme l'innocence de l'âme était le gage de ramilié de Dieu.
î*" Mais il est encore d'autres raisons pour lesquelles l'Église a institué l'abstinence du vendredi et du samedi. Par celte institution , elle a voulu honorer la mort et la sépulture de Noire -Seigneur Jésus - Christ , et nous préparer a la célébration du dimanche, ce jour de notre repos
(1) Gen. II.
relîgieuic , où le Sauveur est ressuscité pour nous ressusciter un jour avec lui^ Le souvenir de ces douloureux mystères de la iftort et de la sépulture de notre Rédeo^pteur ne doit^il pas nous remplir dé tristesse ? N'est-ce pas dans ces jours lugubres que nous il vons perdu « l'époux de nos âmes ? » Or, comment pourrions-nous être joyeux dans le sentiment de cette perte ? Ah I le deuil nous convient seul ; nous devons donc affliger notre âme par la pénitence in*lérîeure, et nos sens, sinon par le jeûne, au moins par Tabstinence I
3^ D'ailleurs TÉglise use d'indulgence sur ce point à regard de certaines personnes et dans certaines circonstances. Ainsi , il est permis de faire usage des aliments gras le jour de Noël , quel que soit le jour auquel arrive celle fête. Dans plusieurs diocèses , le gras est permis tous les samedis , par une coutume ancienne et légitime , depuis Noël jusqu'à la Purification ( 2 février). En outre, dans ces derniers temps, le souverain pontife, juge suprême des besoins des temps et des difficultés où peuvent se trouver les fidèles, a accordé l'usage des aliments gras par manière de dispense, et à certaines conditions qu'il faut nécessairement remplir pour profiter légitimement de la dispense. L'Église est une bonne mère; elle ne veut point la mort^' mais le salut de ses enfants ; que ses enfants aiment leur mère comme ils en sont aimés !
i« C'est aux parents et aux maîtres qu'il est surtout commandé de veiller dans l'intérieur de leur maison à l'observation dû précepte de l'abstinence. Ils doivent sur ce point donner l'exemple et retrancher les abus. Il leur appartient encore de se pourvoir de dispenses légitimes, s'ils en ont besoin , et d'éviter le scandale. Mais, hélas! il arrive que par la faute des parents et des maîtres, les enfants et les n. 4 5
«erviteurs appreonent à mépriser l'Église et i a^ jf»rire par oe mépris souvent irrémédiable! Dieu redemandera aux supérieurs ces âmes de leurs subordonnés qu'ils perdent sans pilié, et, selon la parole de la sainte Écriture, « un jugement plus rigoureux se fera sur ceux qui ont l'autorité. » Durissimum judicium , his quiprœsunt fiel.
Ne trouvez donc point, mesjfrères^ le précepte de Tabsti* oence trop rigoureux : aimes à l'observer ; adoptez ee régime de pénitence pour votre bie^ spirituel ; servez Dieu dans Taffliction de Tesprit et de la cbair,et augmentez chaque jour vos mérites avee vos bonues œuvres. S'il TOUS faut des dispenses, adressez-vous, en toute soumission , à vos supérieurs ; témoignez par là de votre déférence à regard de l'Église. Dans vos infirmités, dans votre pauvreté^ n agissez pas de vous-mêmes : consuUez; et vous aurez ainsi le double mérite de l'abstinence que vous voudriez observer et de lobéissance que vous pratiquerez. Ne perdez pas votre âme pour une nourriture qui périt; mais, selon Texhortation du Sauveur : « Opérez far vos vertus la nourriture qui demeure éternellement (\), »
TRAIT HISTORIQUE
Éiéazar , Tun des premiers d'entre les doctenrs de la loi , homne ar&ncé en &ge , d*an visage vénérable , fut pres«é de manger de la chair de pourceau, et on lui ouvrait la bouche par force. Maisiiii, préférant une mort glorieuse à une vie criminelle , marchait volontairement au supplice. Considérant ce qu'il faudrait souffrir, et ferme dans sa patience, il résolut de ne rien faire contre la loi par amour pour la vie. Ceux qui étaient présents, touchés d'une compassion eriasineile , à cause de l'ancienne amitié qu*ils avaient pour lui , le prirent à part, et le supplièrent de^ laisser apf^orter dea viandes dont il