JOANN.VI
BIf CHAIRE. 339
était permis de manger, afin qu'on pût feindre qu'il aVait mangé des Tiandes du sacrifice, selon le commandement du roi, et qu'il fût ainsi sauvé de la mort : leur ancienne amitié les remplissait de com^passion pour lui. Mais lui, considérant ce que demandait son âge et sa Tieillesse, la blancbéur de ses cheveux unie à cbtte noblesse d'âme qui lui était naturelle , une vie innocente et sans tache depuis son enfance , répondit aussitôt , selon les préceptes de la toi sainte donnée par Dieu , qu'il voulait mourir. « Feindre n'est pas digne de l'âgé où je suis , leur dit-il. Plusieurs jeunes gens s'imaginant qu'Éléazar à l'âge de quatre»vingt-dix ans , aurait passé de la vie des Juifs à celle daipÉieos, seraient eux-mêmes trompés par cette ruse, qui me con- «errerait un fail>le reste de cette vie corruptible , et j'attirerais une tache hoBteiise sur mol , et l'exécration des hommes sur ma vieillesse. Et quand j'échapperais maintenant au supplice des hommes , je ne pourrais fuir la main du Tout-Puissant , ni durant ma vie, ni après ma mort. Au lien <|ne, mourant courageusement , je paraîtrai digne de ma vieillesse, et je laisserai aux jeunes gens un exemple de fermeté, en souffrant avec omstance et avec joie une mort généreuse pour nos lois saintes et vénérables. x> Après ces paroles , on l'entraîna au supplice. Ceux quiie conduisaient et qui avaient été un peu auparavant pins doux envers lui , furent remplis de fureur à cause de son discours» qu'Us croyaient venir de l'orgueil* Mais lorsqu'il périssait sous les coups » il gémit) et dit : « Seigneur, qui avez une science infaillible, vous savez qu'ayant pu éviter le supplice , je souffre dans mon corps de cruelles douleurs ; mais que dans l'âme je souffre avec joie , à cause de votre crainte, d Et il mourut ainsi, laissant non -seulement anx jeunes gens , mais aussi à toute la nation ,, un grand exemple de vertu et de fermeté dans le souvenir de sa mort. ( II. Mach^. vu )
340 LB CATÉCB18TB
xxxm
me la eentemmïen aiuiiielle.
( Sur le troisième commaQdement de TÉglise. )
EILPOSÉ ;SO]iMAIBB.
Da précepte divin de la confession ; que l'accomplisse^ tuent de ce précepte ne doit pas être différé jusqu'à l'artich delà mort, parce que l'heure de la mort est incerlaioe; détermination de ce précepte par TÉglise; confession annuelle ; de Tâge auquel ce précepte oblige.
TEXTES TIRÉS DE l'ÉGRITURB 8A1NTB.
Accipite Spiritum Sanctum : quorum remiseritis peccala, remittuntur eis^ et quorum retinueritis , retenta suot. ( JoANN. XX. 24 . ] — « Recevez le Saint-Esprit : les péchés seront remis à qui vous les remettrez , et ils seront retenus h qui vous les retiendrez. »
Quœoumque alligaveritis super terram, erunt ligata et cœlo, et qusecumque solveritis super terram, erunt soluta fil in cœlo. (Matth. xvni. 4 8.) — « Tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans le ciel^ et tout ce que vous délierez sur la terre , sera délié dans le ciel. »
TEXTES TIRÉS DES PÈRES
Agite pœnitentiam, qualis agilur inËcclesia^ ut oret pro vobis Ëcclesia. Nemo sibi dicat : Occulte ago ^ apud Deum ago; novit Deus qui mihi ignoscat, quia in corde meo ago. Ërgo sine causa dictum est : Quœ solverilis
' EN CHAIAB. 3||r
iu terra, soluta erunt et in cœlo? Ergo sioe causa sont: iîlaves datse Ecclesise Deî? Frustramus Evangelîuin, rrii>- «trarous verba Christil Pronfittimus vobis quod ille negat! (S. AuG. Serm. cccxcii. ) — « Faites pénitence, codfermement à ce qui se pratique dans TÉglise , et rÉgltae priera pour vous. Que personne ne dise : Je fais pénitence eo secret aux yeux de Dieu ; c'est assez que le Seigneur, qui doit m'accorder le pardon , connaisse la pénitence que je fais au fond de mon cœur. G*est donc en vain que Jésus* Christ a dit : Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel ? c'est donc en vain que les clefs ont été confiées à l'Église? N'est-ce pas vouloir frustrer FÉvangile, frustrer les paroles de Jésus-Christ ? »
De pondère œstimando delictorum sacerdotis est judi^ care ut dttendat ad confessionem pœnitentis , et ^d fleto» atque lacrymas corrigentis, ac tune jubere dimitti, cun» viderit congruam satisfactionem. (Innog. h^, Episi. ad Deceniium.) — « Le prêtre doit faire attention à la gravité des péchés et aux dispositions du pénitebt qui se confesse, considérant ses larmes et ses gémissements » et le renvoyer absous, lorsqu'il voit une satisfaction coo* venable. »
BXOBDE.
Mes Frères^
L'âme chrétienne qui est coupable de péché mortel est ennemie de Dieu ; elle est privée de la grâce divine et ne peut mériter pour la vie éternelle ; elle n'est plus la fille adoptive de Dieu , Théritière du ciel ; et elle serait damnée éternellement si dans cet état elle sortait de cette vie. Telle est la doctrine contenue dans les saintes Écritures ^
proclamée par tous ^les saiols Pères , et eosétgnée par la tradilioD cooslanle de TÉglise*
Mais c est également une dodrine coDteDue dans lœ saintes JÈcriltires , proclamée par tous les saints Pères et enseignée constamment par TÉglise catholique, que la confession répare toutes ces pertes de Tânie; 4u*elle lui rend la grâce et son titre de fille adoptive de Dieu ; qu*eUe fait revivre les mérites qui étaient comme morts en elle; «t permet enfin à cette âme purifiée d acquérir de nou* veaux mérites et de rentrer un jour dans Iliéritage^ela gloire éternelle.
Mes frères , bien que d'un côté 1^ pertes et les dangers de rame qui est en état de f^ché mortel soient très-graves, et' que d*uû autre côté les avantages de la coofessioD soient très- grands, cependant tel est l'aveuglement des hommes , -que TÉglise a été forcée d'ordonner expressément que tout chrétien se confesserait au moins une fois l'an!
Souvent je me suis dit : Comment , alors que par ooe seule confession bien faite , nous pouvons nous soustraire à tous les malheurs, à tous les périls dont j'ai parlé, et acquérir tant d'avantages, comment pouvons -nous être si indifférents , si peu disposés à recevoir le sacrement de pénitence , que l'Église ait été forcée; dans sa sollicitude maternelle , de nous obliger à la confession par un commandement formel ? Si je ne me trompe , cette indifférence vient d'une foi languissante et comme morte; de l'aveuglement produit dans l'âme par une longue habitode du péché mortel ; de l'oubli des dangers dont j'ai parlé et aussi de l'oubli de la félicité dont jouissent ceux qui vivent en état de grâce. Je devrais donc vous paiiei^ de ces avantages d'uùe âme établie dans la grâoé de Dieu^ mais 9
comme j'ai parlé ailleurs de la félicité des âmes pures, je tratterai dans ce discours 4<* de Torigine et derinstitntkm du sacrement de Id pénilence selon la force du divin précepte de Notre-Seigneur ; et 2° selon le commandement de TÉgiise. Je résoudrai ensuile quelques questions relatives à ce commandement,
!• Notre-Seigneur Jésus-Ghrist a institué lui-même le sacrement de pénitence, lorsque, après sa résurrection, il dit à ses disciple?, et par eux à tous leurs successeurs : « Recevez le Saint-Esprit : ceux à qui vous Vemettrez les péchés, ils leur seront remis; et ceux à qui vous les retiendrez , ils seront retenus. » Aecipite Spiritum Sancfum : quorum j^emiseritis peccata , remitiuniur eis , et quorum retinueritis , retenta smU (l}. L'obligation de. se confesser se déduit évidemment de ces paroles de Notre- Seigneur. Car comment le ministre de Dieu pourrait -il discerner les pécèés qni doivent 6tre remis et ceux qui doivent être retenus, sans l'aveà fait par le pécheur? Il est donc nécessaire quHI soit doué do don de prophétie , qu'il lise dans le fond des cœurs ; ou bien il faut que les coupables lui fassent Tâveu de leurs fautes. Or, la deuxième hypothèse est la seule admissible. D'où il suit évidemment qu*en instituant le sacrement de pénitence, Notre-Seignear Jésus-Christ impose aox fidèles l'obligation de confesser leurs péchés ; et cette confession , d'après le commandement de Notre-Seigneur, est nécessaire à ceux qui sont tombés dans le péché mortel , après le baptême , toutes les fois qu'elle peut être faite. Ainsi le déclare le saint concile de Trente (î). « L'Église universelle a toujours
(f) JOÀNN. XX.
(«) Sesf. XIV. c r.
844 LE GATÂGHISTE
compris que la confession entière des péchés a été iostituée par Notre - Seigneur Jésus -Christ, et quelle est nécessaire à tous ceux qui sont tombés dans le péché après le baptême. Car il est bien évident que les prêtres ne pourraient prononcer le jugement sans connaître la cause, et ne pourraient garder Téquité dans les peines prononcées^ si le pécheur ne faisait pas l*aveu détaillé de toutes les fautes dont il s'est rendu coupable.
Puisque la confession a été instituée par Notre- Seigneur pour noi/s faire recouvrer la grâce perdue après le baptême, il suit que celui à qui sa conscience ne reprocha aucun péché mortel depuis le baptême est seul exempt de cette obligation. Mais le pécheur doit-il pour se confesser attendre qu'il soit à l'article de la mort? Ah ! mes frères, si le Christ avait réduit le précepte au seul cas de la mort prochaine^ eût-il prouvé en cela la paternelle sollicitude dont il s'est toujours montré animé pour le salut de nos âmes? N'est-ce pas un dogme de la foi, que le Christ a institué ce sacrement pour que les fidèles recouvrent par ce sacrement la grâce perdue par le péché commis après le baptême? N'est-ce pas encore un dogme de la foi que l'homme coupable de péché mortel est exposé à la damnation éternelle? N'est-il pas démontré par la lumière naturelle et par l'expérience de chaque jour, que chaque homme peut être surpris par une mort soudaine? Dooc, puisque Jésus- Christ a institué le sacrement de la coofession pour que les fidèles recouvrent la grâce perdue, il faut dire qu^il a voulu qn^ils ne restassent pas longtetnps en état de péché mortel , de peur qu'un retard imprudent ne les exposât au péril de la damnation éternelle; donc il désobéit à Notre- Seigneur Jésus -Christ celui qui , étant coupable de péché mortel , diffère un temps notable de
m CHAIBB. ti^
rentrer en grflce avec Diea par la confession ^ et il péch^ toutes les fois que^ averti par la voix secrète de la cooh science de se confesser, il ne le fait pas, ou qu'il n'en a pas du moins le désir uni à Tacie parfait de la contrition. Ainsi renseigne saint Thomas (4), suivi de beaucoup d'autres saints docteurs et théologiens , tels que saint Antoine , saint Bonaventure, Suarez, Gajetan, etc. Donc le précepte divin de Notre- Seigneur Jésus -Christ oblige les fidèles ^ qui s6nt en état de péché mortel , à ne pas trop différer la confession. '
1^ Passons maintenant à l'explication du précepte de l'Église , qui veut que nous nous confessions au moins une fois l'an. Ce commandement doit être entendu en ce sens qu'il ne doit pas s'écouler plus d'un an d'une confession à une autre. Le temps de la confession n'est pas déterminé par le commandement, comme est déterminé le temps de la communion; de sorte que celui qui se confesserait au milieu du carême pourrait, sans nouvelle confession, com* rounier à Pâques, s'il était certain de n'être coupable d'aucun péché mortel ; mais s'il était coupable de péché mortel , il serait tenu à la confession , non pas pour satis* faire au commandement , puisque , dans l'hypothèse , il y aurait déjà satisfait , mais d'après le précepte qui défend de recevoir la communion en état de péché mortel, comme nous le dirons dans le discours suivant.
Chaque fidèle est tenu d'accomplir ce précepte aussitôl qu'il est parvenu à l'âge de raison, c'est-à-dire vers Tâge de sept ans (2).
(i) 2. 2. quasst 62.
X2) On comprend qn'il faut moins tenir compte du nombre de* années que de TinteUigeace, de Téducation, du discernement du
Biais celui qat» ^dans le cours d'un ao, n*aarait eoB* science dTaucuo péché mortel , éelui^à secaii-ii tenu de se <;onfesser? Ava&l de répcMsdrie à cette queslioD^ perinetleir IDOÎ de vous dire qu'il serait difficile de Irouver une ftmè aussi étrangère au sacrement de pénitence que vous le supposez, el qui cependant serait non^seulemeni exempte de tout péché mortel ou do moins de toute eraînte deranl Dieu. Toutefois , le prodige étant supposé , il y à deun opi* nions exposées l*une et Tautre par saint Thomas. La pre* niière enseigne que cet homme , bien qu'il ne soit pas lenn de se confesser des péchés véniels en vertu de ce commandement du Christ qui, <:omme nous Pavons dit, a institué ce sacrement pour que les âmes ressuscitent à la grâce qu'elles ont perdues après le baptême , serait tenu de se confesser en vertu dii commandement de TÉglise qui veut que ce sacrement soit reçu au moins une fois par an. Celte opinion est souteoue par les théologiens les plus graves, par Alexandre de fialôs, saint Bonaventure , Sylvestre, el après eux par Noël Alexandre qui , à ce sujet, cite ces paroles de saint Tboipas : Dicendum quod ex vi sacramenti non tenetur aliquis venialia confiteri, sedex in^ti' Mione Ecclesiœ, quand(y mm habei alia quœ confiteatur. ^a II faut dire que lonjnest pas tenu de se confesser de ses péchés véniels en 'vertu du sacrement , mais bien en vertu du commandement de rÉglise , si Ton n'a pas d'autres péchés à confesser (4 }# »
L'afutre opinion est que celui qui n'a conscience d'aucun péché mortel n'est tenu à la confession ni en vertu da
bien et du ntal. Certains enfants sont plus capables do péché mortel à ré^e de Mx ans , que d*aatres à haiU (1) Suppl, q. 6.
m GBAiEi. 347
sacrement, ni en vertu du commandement de l'Église , et cette opinioB est plus géniale et me parait la plus vraisemblable; et saint Thomas, qui rapporte l'une et l'autre, favorise cette dernière , car il ajoute aux paroles rapportées ci - dessus : « On peut dire que , d'après le commandement, ceux qui ont des péchés mortels sont seuls tenus de se confesser ; car on doit dire tous ses péchés, /ce qui ne peut s'entendre des péchés véniels, puisque personne ne pourrait les confesser tous ; et partant celui qui n'a pas de péché mortel n'est pas tenu à la confession des péchés véniels, mais il lui suffira, pour accomplir le commandement de FÉglise, de se présenter au prêtre pour recevoir sa bénédiction, déclarant qu'il n'a conscience d'aucun péché mortel ; cela tiendra lieu de confession. » Qui non habet mortalia, non tenetur ad confessionem ventalium , sed sufficit ad prœceptum Ecclcsiœ implendum , ut se sacerdoti reprœsentet et se ostendat absque conscientia mortalis e$S0, elhocproconfessione repulaturi^).
J'ajoute , mes frères , que ceux qui se confessent une seule fois par an parviendront difficilement à la perfection chrétienne ; que facilement ils retomberont dans les mêmes fautes. J'en appelle à leur propre témoignage : combien d'années successives ne s'accusent- ils pas des mêmes fautes, des mêmes habitudes criminelles? Quel fruit de sainteté retirent- ils de cette confession annuelle? N'est-il pas permis de croire que ces confessions si rares sont dépourvues de la douleur nécessaire au vrai pénitent et du ferme propos de ne plus pécher mortellement? Mes frères , souvenez vous que le sacrement de pénitence a une
(i) SuppL q. 6.
3ia LE CATiCUMTE
grande force , une grande efficacité pour fortifier Tâme el Tempêcher de tomber dans le péché morlel ; je vous le dis encore en terminant : celui qui ne s*approche qu'une fois par an du sacrement de pénitence^ fera difficilement son salut.
TRAIT HISTORIQUE
En Orient , Tusage du bain était très -fréquent, et après qa*oo s'était laYé le matin , et pendant le jour , le soir on se lavait encore les pieds pour se nettoyer des ordures qu'on amassait allant et venant. Cest le sens de cette parole de TÉpouse : Tai lavé mes pieds ^ pourquoi voulez-vous que je me lève pour les salir (!) ? Jésus-Christ se sert de cette similitude , pour faire entendre à ses fidèles qu'ils doivent fréquemment se purifier de leurs péchés.
Be la eommiiBloflL paseale.
(Sur le quatrième commandement de l'Église. )
EXPOSÉ SOMMAIBE.
Les fidèles, dans les premiers siècles,. communiaient presque tous les jours; historiqqe du commandement de la communion pascale ; à quel âge on doit faire la première communion; de l'obligation des parents et des pasteurs; ce qu'il faut entendre par temps pascai; chaque fidèle doit faire la communion pascale dans sa paroisse.
(l) Cant. V. 3.
IN CHAIBE. SI9
TBXTfiS TIRÉS lus L'iCEITUBE^SAlNTE,
Qui mandacat hancpaDem vivet in œterDum. (JoAim. vi.) «^ « Si quelqu'un mange de ce pain, H vivra éternellement. B
Nisî manducaveritis camem Filii hominis et biberilis ejus sanguinem , non habebîtîs vitam in vobis. ( Joann. vi.) — «Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang , vous n'aurez point la vie en .vous. »
TEXTES TIRÉS DES PÈRES
Huno panem dari nobis quotidie postulamus. (Gtpr. Ub. de \Orat. Dom.) — * c Demandons que ce pain nous soit donné chaque jour. »
Singulis certe diebus communicare, et participem esse sanctl corporis et sanguinis Christi , bonum et frucluosum. (S. Bas. Efist, cculxxix ad C(bs. Patr.) — « Communier chaque jour et participer au corps et au saog du Christ, est chose bonne et fructueuse. »
Si quotidianus est panis, cur post annum illum sumis? (S. Amer. lib. V de Sacram.^ c. vi.) — a Si ce pain est le painquotidien,{>ourquoi restez- vous unan sans le prendre?»
EXORDE
Mes Frères 9
Celui qui a quelque connaissance de Thistoire ecclésiastique ne peut s'empêcher de s'élonner lorsqu'il compare l'espril des chrétiens des premiers siècles à celui des chrétiens de nos jours à l'égard de lusage et de la réception du très -auguste sacrement de l'eucharistie. Au temps dçs
aSft LB. OAtACBIgTB
apôtres , et même jusque dans le iv« siècle , où fleurirent saint Gyprien , saint Basife le Grand , saint Jérôme , saint Ambroise, saint Augustin, la plupart des fidèles communiaient chaque jour , ou plusieurs fois par semaine , aa témoignage de ces Pères. Saint Gyprien dit : a Nous demandons que ce pain nous soit donné chaque jour, o H%mc panem dari nobis quotidie posiiJamus (4). Saint Basile le Grand dit : a Gommunier chaque jour, participer au corps et au sang de Jésus-Christ, est bon et fructueux... G'esl pourquoi nous communions quatre fois par semaine : le dimanche, le mercredi , le vendredi et le samedi. vStngulis certe diebus communicare et participem esse sancti corporis et sanguinis Christi, bonum et fructuosum est .. Ouater igitur nos singulif septimanis comnmnicamus : dominico die, feria quarta^ in parasceve, et in sabbato. Uaisencore d'autres jours, si TÉgiise célèbre la mémoire de quelque martyr : Séd et per dies eUam alios, si martyris alicujus memoria celebratur (s). Et saint Jérôme : <t Plût à Dieu que nous pussions jeûner toute Tannée et recevoir dignement l'eucharistie. » Utinam omni tempore jejunare possimus, eucharistiam quoque y absque condemnatiom nqstrf et pungente conscientia semper accipere (3). Et saint Ambroise : « Recevez chaque jour ce dont vous avez besoin chaque jour, b Accipe quotidie qtwd quotidie tibi prosit (4).
Tel était Tesprit qui animait les fidèles des quatre ou ciDq premiers siècles. Quelles qu'en soient les causes, ce zèle des fidèles s'affaiblit peu à peu ; et c'est pourquoi le concile
(1) Gtpr. lib. de Oral. Dom.
(2) S. Bas. Kpist, cclxxxix ad Cm. Patr,
(3) Epist i.
(4) Lib. V de Sacram,, c. iv.
JRf CVA»E. 35t
général de Lartrao, tenu sous le pape Innocent IH, en 4 24 5, ordonne q«ie tons les fidèles parvenus à Tftge de discrétion, dMDniuiMeiit au moins une fois Tan , dans le temps pas* cal, à moins que y par le conseil du confesseur ou pour tout ankce motif légitime , il deisoit expédient de différer ta communion. Yoîià l'oHgtfw du oommandéme&l de l*Église. Le concile de Trente, eonfirmant cette loi, prononce l'ana-^ thème contre celui qui oserait dire qu'on n'est pas tenu de communier au moins une fois Tan , au temps pascal : Siquis negawrU, amnes et singuihs fidèles tUriusque seocuSy qimm ad annot diitf'etionis jtervenermt teneri singulis ùfmis, scUtemmpcuKhale, ad communicandum juxta prœ^ ùeptum sanctœ Mattis Ecdmœ, anatfiema sit.
Lorsque rÉglise ordonne que celui qui est parvenu à l'âge de discrétion accompHsèe ce commandement, quel est le nombre d'années qu^it faut entendre? On entend géoéralement de dix à douze ans , selon que l'enfant est plus ou moins capable de comprendre la grandeur de ce mystère et la manière de le recevoir dignement. De sorte que l'enfant qui , se trouvant dans les conditions dont je parle , diffère de recevoir ce sacrement , pèche mortellement. Mais si un enfant arrivé à l'âge de discrétion est tenu de se préparer à recevoir dtgnement ce sacrement, les parents sont tenus de veiller à ce qu'il s'acquitte de cette obligation. Que dire donc de ceux qui ne tiennent aucun compte de cette obligation, et permettent que leurs fils et leurs filles sùient longtemps privés de ce divin secours ? On trouve quelquefois des enfants de seize ans, de dix* huit ans, de vingt ans, qui n'ont pas fait encore leur première communion. Ces enfants sont coupables dépêché mortel, comme violateurs du précepte ; mais leurs parents sont coupables d'une grave omission. Bt il ne leur suffit
352 LB CATéOHIOTE
pas pour se justifier de dire : « Je n'y ai pas pensé, eela ne m*est jamais venu è l'esprit. »QuoiI cette obligation ne vous est pas venue à l'esprit I Cependant vous n'avez pas oublié désintérêts bien moins importants; vous avez bien songé à leur donner un état, k leut procurer quelque avantage matériel? Et jamais II ne vous e^ venu à l'esprit d'obéir au commandement de TÉglise , è l'ordre même de Notre- Seigneur Jésus-Christ I Vous avez songé au pain du corps, et vous avez oublié le pain tie l'âme I Tel est quelquefois le funeste aveuglement des parents ; et ils osent parler de leur tendresse, de leur amour pour leurs enfants , et ils n'ont aucun souci de leur procurer le salut éternel, sans compter que par cette négligence ils se perdent eux-mêmes ; car ils ont reçu de Dieu la gàvde des âmes de leurs enfants, et ils doivent lui en rendre compte un jour. S'occuper du salut de leurs enfants est le premier de leors devoirs; toute autre sollicitude ne doit venir qu'après. Cependant les parents ne sont pas seuls chargés de ce soin, et seuls coupables de cette omission.
Les pasteurs sont tenus de répondre à Dieu pour les âmes confiées à leurs soins. U est dit au livre des Proverbes : Diligenler agnosce vultum pecoristui, iuosque grèges considéra (4) : a Examine avec soin ton troupeau, et eoosidère tes brebis; o et dans Jérémie: Ubi estgrex^ gtft daim est Ubi, pecus inçlytum tuum (2)? « Où est ce troupeau qui t'avait été donné, ce troupeau qui faisait ta gloire?» Écoutez ce célèbre passage du prophète Ézéchiei, dans lequel Dieu s'adresse à tous ceux qui ont charge d*ftmes,à quelque litre que ce soit : a Fils de l'homme , je t'ai établi
(1) Pr.ov. XXVII.
<2) Jeremw XII r.
BM CHAUME. 353,
sentîDelle daos la maison d'Ira^I : si , quand je dis à l'impie : Ta mourras de mort, tu ne le lui annonces pas, et ne lu| parles pas pour qu'il se retire de sa voie impie et qu'il vive, l'impie mourra dans son iniquité, et je redemanderai son sang à ta main. Hais , si tu l'annonces à l'impie , et qu'il ne se convertisse pas de son impiété et de sa voie crimiaelle, il mourra dans son iniquité; mais toi tu as sauvé ^on âme. x»
Par le tempspascal dans lequel doit se faire la communion , d'après le commandement de l'Église , on entend les quinze jours qui sont compris entre le dimanche des Rameaux et le dimanche de l'octave de Pâques ( Cependant le confesseur peut différer la communion pascale pour sou pénitent, et la remettre à un autre temps^ selon les besoins du pénilent. )
Il suit de là que celui qui recevrait la communion le samedi qui précède immédiatement le dimanche des Rameaux, môme dans sa paroisse, ne satisferait pasao précepte, s'il ne s'approchait encore de la sainte table dans cette quinzaine ; car la loi prescrit non-seulement la communion, mais encore elle a réglé et déterminé le temps dans lequel elle doit être faite ; or, ce temps , comme nous l'avons dit, va du jour des Rameaux au jour de Toctavede Pâques inclusivement.
Chaque fidèle doit faire la communion pascale dans l'Église de sa propre paroisse ;H)e sorte que celui qui, ^ns en avoir obtenu la permission de son curé , reçoit ailleurs la sainte communion , ne remplit pas le précepte. Je dis sans en avoir obtenu la permission ; et à dessein je me sers de ce mot obtenu , parce qu'il iie suffit pas de demander la permission au curé , mais qu'il faut encore l'obtenir , et il faut qu'il l'accorde librement. Une fois cette permission
361 LE CATéCHISTB
accordée, le Adèle satisfait en commmiiaQt dans quelqae É^ise que ce soit, si une Église particnlldre li'a pas été désignée par le caré. Telles sont les prescriptions du concile de Latran déjà cité.
Vous me demandprez peut-être ce que doit faire celui qui doit s'embarquer pour un Toyage de long cours avant le temps pascal, s*ll a la cerUlode qo*tl ne pourra pas débarquer avant la fin de ce même temps? Sera-l-rl tenu de devancer le temps prescrit et de commobler avant de se mettre en ronte, ou bien poorra-t^il attendre d*être arrivé à sa destination ? Je réponds que celui - là est tena d'aller trouver son curé ^ de lui demander la permi^îon de recevoir la oommtolOD pascale avant ou après le temps prescrit , t*et^h'à\re avant sén départ ou à son arrivée, mais toujours le plus près possiUedu tempspreseril par la bi. Si le voyage avait Keu par terre etdans;nn pays caftbolique , il demanderait à son curé la {permission de oomraunlerdàDS le Heu où il ee trouverait m temps pescaL
Que doit faire celui qui n'a pas voulu ou qui n'a pas po communier dans le temps pasoal? Je répotids d'abord que celui qui n*a pas voulu s'approcher de ce sacremeal au temps prescrit a péché mortellement ; mais que celai qui a été dans Timpossibilité de s'approeher^e la sainte table n'est coupable d'aucun péché ; toutefois ils sont tenus l'un et l'autre de recevoir la communion le plus têt possible , et cela dans leur pn)pre paroisse.
Hélas , mes frères I je ne puis m'empécber de le redire : n'est-ce pas une chose honteuse que cette négligence, cette lâche indifférence des chrétiens à s'approcher de fa sainte table, où se consomme notre union avec le Sauveur, ou nous sommes faits participcmis de la natutedwine (<)?
(i) Petb. XI. 1.
a» CBAiAB. ^ 355
N*est-il pas honteux pour nous qu'il ait été nécessaire que rÉgiise nous fil un commandétnent pour nous obliger à recevoir au moins une fois l'an la sainte eucharistie, qui est la vie de Tâme et la source abondante de toutes les grâces? Ne devrions-nous pas, sans qu*il soit besoin d'un commandement exprès, nous approcher avec amour et reconnaissanôe , non pas chaque année^ mais chaque jour de notre vie, pour puiser dans celte divine nourriture les forces qui nous sont nécessaires ici-bas elles consolations dont nous avons besoin ?
Mais» dira quelqu*ua, je m'approcherais bien de la sainte communion , sinon tous les jours , du moins plusieurs fois par an , ou par mois , même par semaine , mais mon confesseur ne noe le permet pas. Or, au fidèle qui parle ainsi , je réponds : Mon frère , si un confesseur pieux et docte ne vous permet pas de recevoir Jésus-Christ, o'esi une preuve que vous voulez le recevoir comme il ne con-^ vient pas ; que vous n'aves pas préparé dans votre cœur une demeure digne de ce to\ du ciel et de la terre , qui désire venir en vous uniquement par amour, pour vous combler de toutes ses grâces. Préparez- vous donc à le recevoir dignement ; entrez dans des dispositions convena* blesatix siennes ; et les confeiseurs vous permettront alors avec une sainte joie dé le recevoir. La communion doit être plus ou moins fréquente , selon les fruits qu'on en recueille ; j'ai déjà parlé de ces divins fruits qui se résument d'ailleurs daqs ces belles paroles de l'apôtre : Celui qui ^t imiaû Seigneur, qui lui demeure attaché, est un même esprit avec lui (i). ïl n*a qu'une même volonté , un même désir, une même félicité , une seule et même vie.
(1) I. Cer.vt.
PÉEOEAISON.
Purifions donc noire corps et notre esprit, s'écrie Bossuet, puisque nous devons être unis à Jésus-Christ selon Tun et selon Tautre. Rendons-nous dignes de recevoir ce corps virginal. Purifiez votre bouche où il doit entrer. La pureté de la bouche , c'est qu1I n*en sorte que des paroles de bénédiction ; la pureté de la bouche, c'est de modérer sa langue, de se tenir le plus qu'on peut dans le silence ; la pureté de la bouche , c'est de désirer le chaste baiser de l'Époux et de renoncer à toute autre joie que celle de le posséder.
TRAIT HISTORIQUE
Un saint religieux raconte qu'il a connu une personne en qui 'rbabitude d'un grave péché de sensualité était tellement invétérée, qu'on n'espérait plus qu'il s'en corrigeât jamais. Les remèdes prescrits par les ministres de Dieu avaient été constamment impuissants : absolntions différées , prières , aumônes , pénitences conditionnelles en cas de rechute , tout était inutile. Le malheureux pécheur pleurait aux pieds de son confesseur, se soumettait à tout , accomplissait fidèlement ce qui lui était ordonné, et néanmoins il succombait bientôt à la force de la tentation. Dieu inspira au confesseur de demander à ce malheureux pénitent si, dans les jours où il s'était approché de la sainte table, la rechute avait eu lieu. Celui-ci répondit sans hésitation 'qu'il avaft résisté dans ces jours de bénédiction. Que fit donc le pieux confesseur? Ce jour-là il lui donna l'absolution , à cause des signes manifestes de la douleur du pénitent, et lui ordonna de communier ce jour même, de communier encore le lendemain matin , et de revenir ensuite an tribunal delà pénitence; ce que le pénitent fit en effet. Il communia ce jour-là , le lendemain matin encore , et le surlendemain il revint trouver son confesseur qui, apprenant qu'il n'y avait pas eu de rechute, le réconcilia pour quelques légères fautes , excita en lui la douleur des péchés passés et lui prescrivit encore^les mêmes choses; le pénitent obéit fidèlement; et le confesseur continua ainsi plusieurs semaines,
EN GHAIEB4 357
ptusieurs mois , sans que le pénitent succombât une seule fois. Ainsi donc, par la vertu admirable du sacrement de Feucbaristie, fut enfin déracinée une criminelle habitude , et bien que le pénitent ne fiit plus «n danger prochain de succomber, il continua cependant à communier très-fréquemment , et ainsi il vécut et mourut saintement.