TEXTES TIRÉS DE ^'ÉCRITURE SAINTE
Deoscreavit de terra homiDem, et secundum imagiDem suarn fecit iilum... Gréa vit illis scientiam spirilus, sensu implevit cor illorum , et mala et bona osleodit eis , ut nomeo saDclificatioDiscollaudent... (Eccli. xvii. 4. etseq.) — a Dieu créa rbomme de la (erre, et il le fil à son image... n leur donna la sagesse de l'esprit^ il remplit de sens leur eceur, il leur mit sous les yeux le bien et le mal, el leur commanda de louer son saint nom. »
Sive manducalis, sive bibids, omnia in gloriam Dei facile. [Cor. xx. 34.] — < Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, faites (oui pour la gloirede Dieu. »
Non faciamus mala, ut eveniant bona. [Rom. m. 8. ) — c Ne faisons pas le mal pour qu*il en arrive un bien. »
358 L« €At^HIST£
TEXTES rmÈ^ DBS PARES.
Bonom 68t contiaenlia, malutn itnorîa , ioter utramqtie iodiffereos ambalare. (S. Jbrom. fpt^^. lxxxix. ) — « L'étal de cootinence est bon , la luxure est mauvaise , Tétat iotermédiaireest indifféreut. »
Necesse e^i omnem aclutn hominis a deliberativa ratiooe procedeotem , bonum esse vel maluoi. (S. Thomas , Sum. p. 4.2. q. 4 8. art. 9.) — « Un acle humain considéré en particulier, c'esl-a-dire dans son objet ,' dans la fin qu'on se propose et dans les circonslances qui s*y rattachent , ne peut être indifférent sous le rapport de la morale ; il est nécessairement bpn ou mauvais. »
Si objectum sit bonum , finis vero operantis sit malus, aclus humanns est totus malus et malltia finis quse destruit omnem bonitatem. (S.Thomas, Sum. part. 4, 2. q. 4 8. art. I. et6.)-^ «Une action bonne de sa nature devient mauvaise par rintenùon de celui qui la fait, lorsque cette intention est ré^leo^ent mauvaise , et qu'elle peut être regardée comme cause déterminante , ou comine principe de cette action. ».
EXOADS.
MbsEbères,
Pour que nos actes soient bons, il faut qu'ils soient faits avec connaisance et liberté, et en outre qu'ils soient conformes à la loi de Dieu dans leur objet, dans leur fin , dans leurs circonstances. J'exposerai 4* toutes ces conditions qui constituent ce que nous appelions la moralité des actes humains ; 2^ je parlerai du mérite de ces actes.
4<» Pour que nos actions soient bonnes , il faut qu'elles
jui (SAIHB. 359
soient faites avec coDDaissaoce. En eCGeii ^ o'est rinlantioD de faire bieo , d'aUeiodre uoe fin bonne qui fait la boaié d'une action \ or, celui qui agil sans savoir oe quïi fait, ne s^ propose aucune fin ; donc il ne peut faire une action bonne. Tels sont les petits enfants , les bommes endonnis ou tombés eu déinence.
Il faut encore qu*un acte soit fait librement, ic Dès (e commencement 9 esl-il dit au livre de rScclésiastique (i), Dieu a créé Tbomme libre et l'a placé dans la main de son conseil. » A la vérité, le pécbé originel a ineliné Tjiomroe vers le mal , mais il n'a pas détruit son libre arbitre. Nier la liberté serait nier la justice de la loi ; car comment la loi pourrait-elle punir ou récompenser celui qui n'aurait pas Agi libremenli volontairement? La conscience httcnaineetla rai3on philosophique sont ici d'accord avec l'enseignement de l'Église , laquelle a déclaré hérétiques tous ceux qui se sont élevés directement ou indirectement contre ie libre arbitre de l'homme*
Si cette liberté nous est ravie malgré nous, nous ne sommes plus responsables de nos actes. Je dis malgré nous, car l'homme qui s'eniyre volontairement se prive luimême de son libre arbitrei, et partant il est responsable nonseulement de l'ivresse à laquelle il s'est abandonné, mais encore des péchés qu'il commet pendant qu'il est dans cet état d'abf utilement où Tbomme perd aa dignité et devient semblable aux plus vil&animaux. Mais il n'en serait pas de même de celui qui, à la suite d'une maladie, deviendrait fou ; car la cause étant indépendante de sa volonté, il ne peut être responsable des effets de cette cause.
Donc, pour que nos aiQtions soient revêtues de moralité ,
(l) Eccii. iT.
360 tS GATÉGHI8TB
il faaiqu*eHed soieni faites librement. Je dis encore que, pour être bonnes , il faut qu'elles soient conformes à ta loi de Dieu , parce que Dieu est la régie souveraine des esprits , et tout ce qui s'éloignerait de cette régie s'éloignerait du vrai , du bon et du juste. Or, nos actions doivent être conformes à la loi de Dieu dans leur objets dans leur fin et dans leurs circonstances.
Dans leur objet, c'est-à-dire en elles-mêmes, dam leur nature : ainsi prier Dieu , visiter les pauvres , soigner les malades , sont des actions bonnes dans leur objet; au contraire , mentir, calomnier, faire tbrt au prochain, c'est faire des actions mauvaises dans leur objet.
Dans leur fin. La fin/c*est l'intention que Ton se propose en faisant une chose , c*est le but que l'on veut atteindre; ainsi^ donner aux pauvres pour Tamour de Dieu est une action bonne dans sa fin ; donner aux pauvres par un sentiment naturel de sympathie est une action moralement bonne; et donner aux pauvres par vanité est une action bonne dans son objets dans sa nature même, mais mauvaise dans sa fin. '
Ainsi l'on voit, par ce dernier exemple, que la fin peut rendre mauvaises des actions bonnes de leur nature, et l'on peut comprendre par là l'importance des motifs qui nous font agir.
Enfin , les aciions pour être conformes à la loi de Dieu, doivent être faites dans de bonnes circonstances , c'est-àdire en temps et lieux convenables.
Ainsi Pierre donne beaucoup aux pauvres, mais il a beaucoup de dettes; H ne s'inquiète pas de ses créanciers, et donne généreusement sans songer à s'acquitter ; il fait une bonne action dans son objet et dans sa fin , mais celte action n'est pas conforme à la volonté de Dieu dans ses
BN CHAmB. 361
circonstances , car elle viole la justice. Gomme souvent la conscience des fidèles se trompe sur ce dernier point, per* mettez-moi de vous citer quelques exemples utiles à Tins* truction des diverses classes de mes auditeurs : Un enfant » par amour de l'étude, emporte sa grammaire ou sa géographie à TÉglise; il apprend sa leçon pendant la messe ; il fait une action bonne dans son objet et dans sa fin , mais mauvaise à cause des circonstances et du lieu où il étudie.
Une femme , négligeant son ménage et ses enfants, passe ses journées à TÉglise dans diverses pratiques de piété ; certes, son action, bonne en soi, est mauvaise, puisque cette femme néglige les devoirs, sociaux que Dieu lui-même a imposés.
Nos actions sont dites méritoires» lorsqu'elles nous donnent droit ici-bas à de nouvelles grâces et à une récompense éternelle dans le ciel , par les mérites de Notre-rSei« gneur Jésus -Christ. Or^ pour être méritoires , il ne suffit pas que nos actions soient bonnes» il faut encore que nous les fassions par un motif surnaturel et en état de grâce : je dis par un motif surnaturel , c'est-à-dire par un motif que la foi nous fournit , et dont le Saint-Esprit est toujours le principe. En effets il s*agit d*une récompense surnaturelle, récompense qui dépasse tout ce que Thomme peut naturellement atteindre; or, pour que Faction soit proportionnée à cette récompense, il faut qu'elle ait un caractère surnaturel; si elle n'était faite que par un motif purement humain , elle ne serait pas en proportion avec le ciel qui nous est promis.
Les païens ont pu faire des actions bonnes en ellesmêmes ; le nier est une erreur condamnable et condamnée ; mais ces actions, quoique bonnes, nesontpasproportionnées II. 46
3j62 le gatégbiste
à la récompense qui nous est promise ; il leur manque l!application des mériles de Notre -Seigneur Jésus-Ghrist, mérites qui donnent une valeur infinie à un soupir, à une parole, à une mortification.
Les actions bonnes de leur nature peuvent sur la terre mériter des récompenses, telles que les louanges, Tadmlration des hommes, la prospérité. Saint Augustin pensait que rempire romain était florissant en récompense des vertus morales des premiers citoyens de Rome , quoique ces vertus fussent inutiles pour le ciel , puisqu'elles n'avaient pas on motif surnaturel , comme la charité , Tespérance, le désir de mériter le ciel et de jouir de la vue
de Dieu.
Pour que nos actions aient un motif surnaturel, il faut donc que le Saint-Esprit les forme dans nos cœurs : toutes alors sont méritoires et nous ouvrent le séjour des bienheureux; maisraction la plus méritoire est celle qui se propose la gloire de Dieu. Toute action peut être animée de ce motif ; notre travail, notre repos , nos récréations , nos repas peuvent être faits en vue de plaire à Dieu , de contribuer à sa plus grande gloire ; et c'est une folie de négliger ces occasions , minimes en apparence , mais grandes en réalité, de sanctifier toutes nos œuvres.
Nous ferons ici une remarque importante : c'est qu'il n'est pas nécessaired'avoir cette intention constamment présente à Tesprit, d'une manière particulière et déterminée ; Dieu a égard à notre faiblesse et demande seulement de nous l'intentioa virtuelle, c'esl-à-dire ce bon désir qui, une fois formé dans notre cœur, y persévère et influe sur nos moindres actes , même sans que nous nous en rendions compte. Un pèlerin , qui va à Rome visiter le tombeau du prince des apôtres , peut sur la route s'occuper d'autre
€iiose que dé I objet de son voyage ; et cependaat , chaque pas qu'il fait lui est méritoire , car son but est saint et sanctifie tous ses pas, toutes ses paroles. Celui qui offre à Dieu le malin toutes les actions de sa journée, qui lui consacre ses joies et ses peines , mais ne renouvelle pas cette offrande , fait néanmoins des œuvras méritoires dans leur principe. Cependant il e^t bon de renouveler de temps a autre son intention première, comme il est bon d'exciter le feu de temps en temps, de pour qu'il ne s'éteigne.
J'ai dit en outre que nous devons être en état de grâce ^ pour que nps actes soient méritoires ; en effet, Notre-Seigneur par son sacrifice a mérité pour tous; mais pour que nous ayons part à ses mérites, il faut que nous soyons unis à lui; or, cette union a lieu par l'état de grâce; le péché nous le fait perdre ; le sacrement de pénitence nous le fait recouvrer.
Ceux qui ne sont pas en état de grAce sont incapables de profiter des mérites de Notre -Seigneur Jésus-Christ. Leurs actions, mêmes bonnes, même surnaturelles , peuvent les disposer à la conversion, leur obtenir le pardon de Dieu, mais elles ne peuvent pas leur mériter la récompense éternelle.
Une personne a beaucoup de vertus ; m.ais un jour il arrive qu'elle commet des fautes graves ; ses mérites sont comme morts; cependant, si elle se converlit , ses mérites passés revivent, parce que, à l'origine, ses actions étaient faites dans une intention surnaturelle et en état de grâce, en union avec Jésus-Christ, et que rien de ce qui est fait en union avec Jésus-Christ ne doit rester sans récompense. C'est ce que confirme saint Paul , lorsqu'il dit : a Ne nous lassons pas de faire le bien , puisque si nous ne
perdoos point courage , nous en recoeillerons le fruit e& son temps (4). b
Comment se fait- il que les actions faites en état de
- grâce soient seules méritoires ? C'est qu*il y a proportioD
entre Ces actions et la vie éternelle , comme entre la
semence et Tépi , entre la sève et le fruit. La gloire du ciel
n*est que Tépanouissement de la grâce.
Il y a aussi promesse de Dieu^ il s'est engagé gratuitement envers nous par Notre*Seigneur Jésus-Christ ; pourvu que nous soyons unis à notre divin Sauveur, nous avons droit à la céleste félicité, parce qu'il en est le principe daos tous les membres qu'il anime.
Père , donnez - nous donc à votre Fils, de cette manière intime et secrète, qui fait qu'il demeure en nousetnoas en lui ; en sorte que nous soyons unis à lui ici-bas dans la grâce, et au ciel dans l'éternelle gloire!
TRAIT HISTORIQUE
Tout ce discours se résume admirablement dans ces beUes paroles (ie Bossuet : a Songeons à porter du fruit , et à porter un fruit qoi demeure; mais demandons- en la grâce au nom du médiateur, eo croyant que c'est par sa grâce que nous commençons à porter du fruit, el par la continuation de la même grâce que nous en portons persévé* ramment; parce qu'ainsi qu'U nous a dit ,'nous ne pouvons porter da fruit qu'en lui seul , et qu'il faut qu^il demeure en nous afin que noos iniissions demeurer en lui; et c'est en cela que consiste la médiation de Jésus-Christ, et la vraie invocation de Dieu au nom du Sauveur. »
il) Gai, VI.
EN CHAUB. 36&
9e I» eoBfleieBee.
( Suite du précédent. )
EKORDE.
Mes Frères,
Dieu a révélé sa.loi aux hommes extérieurement, comme nous l'a vous vu; maiseocore il nous la révèle intérieurement, c'est-à-dire que la loi éternelle de justice et d*amour se manifeste à la conscience de chacun de nous. Il y a une lumière qui illumine intérieurement tout homme qui vient au monde ; i'œi^qui perçoit cetlelumière divine s'appelle la conscience. C'est la conscience qui règle et qui juge chacune .de nos actions vélontairës, d'après ce type éternel du juste qui est en elle. La conscience est donc la plus importante» la plus noble et la plus pratique des facultés de l'homme. Si l'homme était seul, Dieu lui manifesterait sa volonté par la conscience. C'est pourquoi, dans les tribunaux humains, on fait appel à la conscience ; au tri^bunai de la pénitehee-, c'est la conscience qui nous porte à faire l'humble aveu de nos fautes , afin d'en obtenir le pardon. Enfin la conscience servira encore au tribunal de Dieu, qui y lira nos actions el les manifestera à tous les hommes ; les damnés y verroni leur condamnation , et les justes le bonheur étemel.
DIVISION
J'ai dessein de vous montrer dans ce discours : ^'* comment nous devons obéir à la voix de notre conscience, el comment nous devons conserver et éclairer cette noble
366 LE GATÉClll$TE
faculté de notre âme; 2*» comment il faut remédier aux égarements d'une fausse conscience.
4* Nous avons dit que la conscience est la faculté de notre âme dans laquelle se manifeste la volonté de Dieu; nous devons donc lui obéir. Saint Paul nous dit : Tout ce qui est contre la conscience est un péché (4).
Il arrive quelquefois que par erreur, par distraction , on viole la loi de Dieu, sans pour cela pécher, parce qu'on n'agit pas contre sa conscience; tandis que, même en agissant dans les règles, on peut commettre une faute, si Ton ne suit pas sa conscience. En voici un exemple : a Une personne voyage, et après avoir passé la nuit en voiture, elle se trompe de jour, elle croit être au vendredi , alors qu'elle n*est qu'au jeudi , et mange de la viande ; elle a péché, car elle a agi contre sa conscience. Une autre au contraire, croyant être au jeudi, mange, gras le vendredi; elle ne pèche pas , parce qu'elle n'a pas l'intention de désobéir à la loi. »
La conscience étant la règtede nos actions, Toeil de notre âme, nous devons veiller à ce qu'il reçoive bien la lumière qui l'éclairé , de peur qu'il ne nous égare. Notre-Seîgneor a dit : <x Si un aveugle en conduit un autre, tous deux tomberont dans le précipice, d Ayons donc un grand soin de notre conscience ; évitons tout ce qui peut la troublefi non - seulement le manque de lumière , mais encore les mauvais désirs, et en générai tout ce qui trouble la paix de l'âme ; car c'est un miroirqui, pour bien refléter la lumière divine, ne doit pas être obscurci.
Non-seulement la conscience règle et juge nos actions, mais encore elle nous reproche celles qui sont mauvaises;
(î) Rom, xiv. u.
BN CHAIRE.- 467
elle poursuit et tourmente le coupable. Une bonne con^ science est le témoignage intime des bonnes actions ; elle procure une joie céleste et nous fait de la terre un paradis anticipé. Une action mauvaise fait naître le remords , châtiment intérieur tellement grand qu'on a vu des criminels venir se livrer d'eux* mêmes à la justice des hommes» après s'y être soustraits pendant de longues années, et cela pour échapper aux remords qui les déchiraient. L'Écriture sainte nous en offre des exemples: Adam et Eve, après leur péché, n'osèrent plus paraître devant leur Créateur ; et ils se cachèrent parmi les arbres pour éviter la présence deDieu. Caïnerra sur la terre pour fuir le théâtre de son crime » et Judas lui-même rejeta dans le temple les trente deniers, prix de ia mort du divin Sauveur.
2*» La loi de Dieu est la règle infaillible des actions des hommes, elle est leur règle intérieure ; mais cependant la conscience où se manifeste cette loi n'est pasjnfaillible » car elle ne reflète pas toujours purement la lumière divine^ lapensée de Dieu ; comme un miroir terni, obscurci, souillé, ne reflète pas parfaitement la lumière du soleil. Or, l'homme peut altérer même sa conscience; celle*ci , étant placée entre l'intelligence et la volonté, tout ce qui est vicié dans ces deux facultés porte atteinte à la pureté de la conscience. L'intelligence ne lit plus dans un livre exact; elle ne connaît plus toute la loi de Dieu; elle ne trouve plus une saine doctrine et n'a plus dans la volonté an serviteur docile.
Les principales causes des égarement3 de la conscience sont l'indifférence, les passions et l'ignorance. Donc les remèdes sont l'amour de la vérité , l'étude de la religion et la lutte contre ses passions.
Les fausses consciences peuvent se classer ainsi : la
conscience erronée, la conscience perplexe, la conscience douteuse , la conscience relâchée et la conscience timorée.
La conscience erronée est celle qui est mal instruite, qui pense , par exemple , que l'on peut mentir pour se procurer un avantage.
La conscience perplexe est celle qui hésite entre deux devoirs, comme celui de soigner un malade ou de le quitter pour assister à la messe du dimanche. Dans ce cas , il est sage de consulter son confesseur et de suivre ses conseils.
La conscience douteuse est celle qui n*est pas assez instruite sur certains points : telle est celle d*un médecin qui n'est pas sftr de l'efficacité des remèdes qu'il emploie.
La conscience relâchée est celle qui> sans juste motif, se détermine à une chose plus facile, mais dangereuse ou même coupable. Exemple : une personne se dit : je n'irai pas ^ la messe parce que cela ne m'est pas commode ; mais j'irai aux vêpres ; il y aura compensation.
La conscience timorée ou scrupuleuse est celle qui croit toujours mal faire , qui nous fait vivre dans une crainte servile. Le scrupule est quelquefois une épreuve , mais quelquefois aussi il est l'effet d'un amour-propre déréglé; il fatigue l'esprit^ dessèche le cœur^ nous expose a tomber dans le péril. La conscience scrupuleuse est opposée à la conscience relâchée : toutes deux sont excessives. Les remèdes à employer contre le scrupule sont la simplicité, Thumilité , l'obéissance à son directeur.
Enfin si , malgré tous nos efforts , nous avons le malheur de tomber dans le péché, ne nous décourageons pas, et rappelons- nous cette parole de TÉvangile : Le juste pèche sept fois par jour.
En lerminant^ mes frères, remercions Dieu de nous avoir donné dans notre conscience un guide intérieur, ua
ami fidèle, qui nous avertît de nos devoirs et nous reprend de toutes nos faiblesses ; mais craignons que cet ami ne soit un jour notre accusateur au tribunal de Dieu ; car rinstruction religieuse nous ayant été donnée , le Seigneur nous ayant mis entre les mains tous les moyens de faire notre salut, nous serons d'autant plus coupables devant Dieu et d'autant moins dignes de pardon.
TRAIT HISTORIQUE
La gloire de Vhomme de bien est le témoignage de sa cons^ cience (1). Ayez la conscience pure, et tous posséderez toujours la joie. La bonne conscience peut supporter beaucoup de choses , et elle est pleine de joie dans les adversités. La mauvaise conscience est toujours inquiète et troublée. Vous jouirez d'un repos ravissant , si votre cœur ne vous reproche rien. Ne vous réjouissez que d^avoir fait le bien. {De Imitât. Christi. lib. IL c. yi. )
Sur le péché*
EXPOSÉ SOMMAIBE.
Définition du péché; le péché est une révolte et une ingratitude ; causes et effets du péché ; des diverses espèces de péchés.
TEXTES TIRÉS DE l'ÉCRITURE SAINTE.
Duo haec mala fecit populus meus : me dereliqtierunt fonlem aquœ vivae , et foderunl sibi cislernas , cislernas
(1) I. Reg. vu. 25.
370 LB GATéCHWTB
dissipatas, ^lue coDlinere dod valent aquas. (Jbrbm. n. f S.) •^ a Mon peuple a commis ces deux crimes : il m*a abandonné, moi la fontaine d*eau vive, et ils*esi creusé des citernes, des citernes perdues qui ne peuvent ccMitenir l'eau. »
Qui facit peccatum, servus est peocati. ( Joann. i. 34. ) — a Celui qui commet le péché , est esclave du péché, s
TBXTBS TIBiS 1>B8 ràSBS.
Peccatum est aversio voluntatis ab incommutabili boDo, et indebita conversio ad commutabile bonum. (S. Avg. lîb. XVI de Lib. arb.^ c. ii.) — «Le péché est une aversion de la volonté loin du bien immuable qui est Dieu, et une conversion désordonnée de la volonté au bien périssable. »
Ut sit homo aliquid , convertat se ad illum a quo créatus est : recedendo enim frigescit, accedendo fervescit; a quo enim habet ut sit , apud illum habet ut bene sit. (S. AuG. m Psal. lxx. ) — - « Si Thomme veut être quelque chose y qu'il se convertisse à celui qui Va créé. Ed s*éloignant de Dieu l'homme est froid , en s'approcbant de Dieu il est fervent. C'est en celui de qui il tire l'être qu'il trouve le bonheur. »
BXOBDB.
Mes Frèbes,
Pour traiter d'une manière complète les principes généraux de la morale, il ne faut pas seulement voir ce qu'il faut faire , mais encore ce qu'il faut éviter, et il est certain que l'on doit éviter avec le plus grand soin le péché par lequel l'homme offense Dieu et attire sur lui-même des punitions et des châtiments,
DIVISION
- Noas parlerons donc : r de la nature du péché ; 2*" des causes , des efTels et des diverses espèces de péchés.
4« le péché est Vacte par lequel la créature raisonnable désobéit sciemment et librement à la loi de Dieu.
Expliquons chaque terme de cette définition : Vacte. Nous prenons ce mot dans le sens le plus général, comprenant non-seulement les actions extérieures , mais aussi les actes internes, comme les désirs, les pensées, tout acte de la volontéf toute omission volontaire.
Vacte par lequel la créature raisonnablb : ces mots excluent les animaux , qui n'ont pas fusage de la raison , les enfants qui n'ont pas atteint Tâge où Ton est en état de distinguer clairement le bien du mal ; ils excluent encore les anges et les saints , qui sont à présent dans le ciel ; je dis qui sont à présent dans le ciel y parce que s'ils ont pu pécher autrefois ^ ils ne le peuvent plus à présent qn^îls sont confirmés dans la gloire.
Désobéit. Tout péché est une désobéissance, puisqu'il viole la loi de Dieu.
Sciemment. Avec connaissance : la connaissance est nécessaire; car, là où elle n'existe pas, où il y a ignorance, inadvertance invincible , il n'y & pss péché.
Librement. La liberté est également nécessaire ; ainsi, dans les temps de la perséeuticm , lorsque les bourreaux saisissaient la main des martyrs et les contraignaient à jeter de Tencens dans le feo allumé eu l'honneur des idoles, les martyrs ne péchaient pas , parce qu'ils étaient eoBiraints; ils n'agissaient pas suivant leur propre volonté.
A la loij et non pas aux conseils. Ne pas accomplir les conseils évangéliques , ne pas suivre un bon mouvement
de la grâce , celui , par exemple , qui nous porterait à entrer dans TÉglise un jour de la semaine pour y adorer le saint sacrement : c'est une imperfection, mais non pas un péché. Pour qu'il y ait péché , il faut qu'il y ait violation de la loi , désobéissance à un précepte obligatoire. Un religieux qui ne pratique pas la pauvreté , la chasteté ou lobéissance , commet un péché ^ non parce qu'il viole le conseil évaogélique , mais parce qu'il viole son voeu, c'est-à-dire la promesse faite à Dieu.
Nous disons à la loi de Dieu, et non pas, à la loi des hommes ; cependant la loi des hommes oblige aussi , si elle est conformée la justice. éternelle, et si elle émane d'uue autorité légitime, \)arce qu'elle est alors loi de Dieu.
Concluons donc que le péché est une récolte et une ingratitude* Je dis une ret;o{(e^car sortis des mains de Dieu, nous lui sommes soumis par notre origine et par notre dépendance continuelle. Une ingratitude , car nous avons tout reçu du Créateur : raison^ volonté, intelligeoce , et le pécheur se sert des dons mêmes de Dieu pour Toffeuser.
V Quelle est la cause véritable et efficiente du péché? C'est la volonté de l'homme ; nul ne pèche si ce n'est celui qui le veut; c'est pourquoi il est essentiel de mainleDir notre volonté dans le bien. La paix, c'est-à-dire réternelle félicité, est promise aux hommes de bonne volonté.
Mais les causes impulsives ^ ,6xciton^es , c'est-à-dire les causes sous l'influeoce desquelles la volonté se porte aa mal, sont de deux sortes : intérieures et extérieures. Les causes intérieures sont l'ignorance, la concupiscence et la malice.
^ignorance nous porte au mal non pas d'une manière directe, positive, mais d'une manière négative ; saint Thomas dit : « Quiconque pèche est dans l'ignorance, car
EN GHAIBE. 373
rhomme aimant son bonheur comme il Taime ^ éclairé sur le péché , ne le commettrait pas. x>
La concupiscence : on entend par ce mot le dérèglement de DOS penchants, suite funeste du péché originel, qui nous porte à faire des choses défendues et à abuser des biens permis.
La malice : c'est-à-dire le dérèglement de la volonté qui se porte au mal sans être ni égarée par Fignorance , ni affaiblie par la coâcupiscence ; tel fut le péché des anges et celui de nos premiers parents , qui désobéirent à Dieu par pure malice.
Les causes extérieures du péché sont les objets sensibles^ les autres hommes et le démon.
Les objets sensibles peuvent par leur nature nous exciter au mal ; dans un repas , labondance des mets peut porter à faire quelque excès contraire à la sobriété, à la chasteté; la vuedeTor tente le voleur.
Les autres hommes^ par leurs mauvais exemples^ par leurs mauvais conseils , nous entraînent au mal ; cela prouve Timportance de fuir les mauvaises compagnies^ et le soin que Ton doit mettre à choisir les personnes que Ton fréquente.
Le démon. Comment savons- nous que le démon peut nous tenter? Nous lQ.savons par TÉcriture sainte, qui nous le dit en maint endroit. Dans la première éptlre de saint Pierre ( c. v ) ^ l'Apôtre, s'adressent à tous les fidèles, dit : « Soyez sobres et veillez ; car le démon votre ,ennemî tourne autour de vous comme un lion rugissant, toujours prêt à vous dévorer. » D ailleurs la raison elle-même nous dit que si les hommes peuvent être pour nous une cause de péché, à plu$ forte raison le démon, qui a plus de malice, de puissance et de sagacité, peut aussi nous faire offenser
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31^4 LB GA^HIBTB
Dieu ; toutef(MS il ne peat contraindre notre ▼olonti , nous pouvons toujours lui résister , comme saint Pierre nous y exhorte : « Résistez-lui donc , demeurant fermes dane la foi , et sachant que vos frères , répandus dans le monde, souffreot les mèines afflictions que vous. » Mais il nous fait tomber en no^s suggérant Fidée du mal , en excitant oos passions^ en nous offrant les occasions de péeher. Comment peut-il nous suggérer l'idée du mal? C'est un mystère qui tient à la communication des intelligences entre elles, et que, par conséquent, nous ne pofcivons pas expliquer.
Le démon peut-il connaître nos pensées et savoir si noùS acceptons Tidée du mal? Il a plus de moyens de le coonattre que les hommes ; car il peut le savoir par nos actions, par notre physionomie et par la vue de Torganisation intérieare de notre corps qu'il peut entièrement découvrir ; mais les saints Pères disent, d*après la sainte Écriture, que le secret des cœurs est réservé à Dieu seul.
Dieu peut-il être la cause du péché? Cette proposilioo absurde et impie a été soutenue par Luther et Calvin, et elle a été condamnée par le saint concile de Trente. Dieu ne peut être la cause du péché, il dit dans rÉcritore sainte: Je déteste riniquité. Cela répugne à sa sainteté, à sa justice; car il ne pourrait punir ce dont il serait lui-même l'auteur. Hais il le souffre pour laisser l'homme libre ; seulement quelquefois il nous retire une partie des grâces qui nous empêcheraient de pécher, afin de nous rendre plus humbles, comme saint Pierre, qui se défia toujours de lui-mèine après qu'il eut renié son divin maître. C'est aussi parfois un dessein de sa justice, afin de punir de longues infidélités. Celui qui pèche ne doit l'imputer qu'à soi-même. Saint Thomas dit : « Dieu n'en est cause en aucune façon, o
Quels sont les effets du péché? Par le péché , Tâme est
en GHAms. 375
privée de sa beaoté , de sa pureté aux yeux de Dieu ; c'est uo miroir terui qui réfléchit moins purement la lumière divine. Sa pureté est plus ou moins altérée, suivant la gravité du péché.
Le péché d'ailleurs nous attire des peines, les unes éter^ nélleSf dans l'enfer si le péché est mortel ; les autres tempO' relies, sur la terre ou dans le purgatoire si le péché n'est que véniel.
H nous reste encore à parier des différentes espèces de péché. La première division du péché est celle qui distingue le péché originel et le péché actuel. Nous avons parlé ailleurs du péchéoriginel, nous nous occuperons aujourd'hui du péché actuel, qui se divise en péché mortel et en péché véniel.
Le péché mortel est le péché le plus grave, c'est celui qui donne la mort à Vifùe. Le péché véniel est une faute plus légère qui ne nous prive pas entièrement de l'amitié de Dieu, et que Dieu pardonne plus facilement. Cette distinction est fondée ; en effet, nous lisons dans l'Écriture sainte que certains péchés nous excluent du royaume des deux. Il y a donc des péchés mortels. Et ailleurs il est dit que le juste pèche sept fois le jour, et que la vérité n'est pas en celui qui croit être sans péché. Il y a donc des péchés véniels.
On commet un pédié mortel quand on viole la loi de Dieu en matière grave avec un parfait consentement.
On commet un péché véniel quand on la viole en matière légère ou en matière grave avec un ^consentement imparfait. Le premier nous fait perdre l'amitié de Dieu ; le second la refroidit.
Il y a certains péchés dont on peut dire aussitôt : voilà un péché mortel ou véniel. Hais il en est d'autres qu'il est
376 LC gatAghistb
très-difficile de distioguer , même pour les théologiens oa les confesseurs. Saint Augustin disait qu*il ne savait pas toujours distinguer si un péché était mortel ou véniel. C'est pourquoi il est très-important de les confesser tous et surtout de les éviter tous.
Le péché mortel exclut de Fâme la charité ; il y laisse une souillure, et enfin il détruit le mérite des bonnes œuvres précédentes ( qui cependant peuvent revivre quand rame, par le sacrement de la pénitence , revient à la vie de la grâce). Enfin le péché mortel nous rend ennemis de Dieu.
Le péché mortel ne peut être remis que par le sacrement de pénitence, ou parla contrition parfaite avec le désir du sacrement.
Le péché véniel ne détruit pas en nous la charité; mais il altère la pureté de Tâme , mérite des peines temporelles et nous expose au danger de tomber dans le péché mortel^ «n nous privant des grâces divines et en alimentant nos passions. Il peut être remis sans le sacrement de pénitence, par la contrition et les bonnes oeuvre^.
Prenons donc, mes frères, la ferme résolution de fuir le péché iBomme un serpent venimeux ; d'observer les commandements de Dieu et de TÉglise le pluâ fidèlement qu'il nous sera possible , et de fuir avec soin toutes les occasions qui peuvent nous porter à offenser Dieu. Demandons à Dieu de nous secourir dans les tentations , qu'il nous donne la force de résister à la chair, au monde et au démon, ces trois ennemis de notre salut. Divin Jésus, failes qu*à votre exemple nous répondions toujours au tentateur: Retire- toi , Satan , car il est écrit : Vous adorerez U Seigneur votre^ Dieu, et vous ne servirez que lui. Enfin , divin Jésus, soyez toujours la règle de notre conduite, et daignet
BN GHAtftE. 377
BOUS donner une place pour réternité parmi les saia^ et les anges I Ainsi soit-il.
TRAIT HISTORIQUE
Saint Edmond ayait pour le péché mortel une telle horreur, que, de son propre ayeu, il eût mieux aimé se jeter dans une fournaise ardente que d'en commettre un seul. Saint Anselme allait plus loin : il assurait qu'il se précipiterait en enfer plutôt que de consentir à aucua péché mortel.
Quant aux péchés yéniels, ils ont toujours étéTohjet de la détestation des yrais serviteurs de Dieu. Dieu lui - même a quelquefois puni sur U terre le péché véniel d'une manière terrible. N'oublions jamais cette pensée que le péché qui n'est en soi que véniel doit être mortel pour un cœur qui aime Dieu.
0ar les Tertae.
BXP08Â SOMUAIRB.
De la vertu en général; des vertus humaines ; des vertus surnaturelles; des principales vertus; acquisition et perle des vertus.
TEXTES TIRÉS DE L*éCRITURE SAINTE^.
Ne forte elidatur virtus tua per slultitiam. ( Eccle. vi. 2*) <— ' « Que ta force ne soit pas brisée par la folie.
Anima enîro nequaro disperdet qui se habet , et in gaudiura inimicis dat illum et deducet in sortem impiorum. (Ecde. VI. 4.) — «Car Tâme corrompue perdra celui en qui
elle réside ; elle le rendra la joie de ses ennemis, el lui attirera le sort des impies. »
In omnibus te ipsum prœbe exemplum bonorum operum, in doclrina, in inlegrilate, in gravitale. {Epist. S. Paul ad TU. lu) — a Montrez-vous un modèle de bonnes œuvres en tout, dans la manière d'instruire « dans ia pureté des mœurs ^ dans la gravité de la conduite.
TEXTE Tiaé DES PÈRES.
Comparatur virtus paradiso coelesti in quatuor, est enim paradisus cœlestis habilatio Dei , loous gaudii, locus lucis, et locus ordinati amoris. (S. Bomav. de VirL) -^ « La vertu est comparée au paradis céleste sous quatre rapports : le paradis céleste est la demeure de Dieu , le séjour de la joie, de la lumière et de l'amour bien ordonné.
BXORDB.
Mes Frères ,
Nous avons vu comment l'homme, eo se servant bien de son intelligence , en suivant sa conscience, en obéissant aux lois de Dieu, fait des actions bonnes, et même méritoire^, s'il les accomplit étant en état de grâce. Nous avons vu , au contraire , qu'en abusant de son intelligence et de sa volonté, en n'écoutant pas la voix de sa conscieuce, en n'observant pas les lois de Dieu , il commet le péché. Mais nos actions bonnes ou mauvaises sont des actes qui se répètent, qui laissent dans l'âme une empreinte, ^1 déterminent une habitude , une manière d'être bonne ou mauvaise : de là vient qu'on* dit d'un homme qu'il est boO; vertueux ou méchant. Dans ce discours nous traiterons
BIf CHAIBB* 379
donc 4<> de la vertu coDsidérée en géDéral, de* la verUi considérée comme habitude ; 2"* des différentes sortes de vertus ; 3<* de Tacquisition et de la perle des vertus.
H"* La vertu. (Nous prenons ce mot dans le sens le plus étendu. ) La vbrtu est une habitude de l'amb qui la porte AUX bonnes actions.
Je dis une habitude , c'est-à-dire une qualité , une disposition constante, un état permanent de l'intelligence et de la volonté.
L'habitude diffère des passions ; car le mot passion indique un mouvement spontané^ irréfléchi, une impulsion peu durable.
Je dis de Vôme, c'est-à-dire de l'homme en tant qu'il est doué d'intelligence et de volonté. Les animaux ont des inclinations , c'est leur instindt qui les pousse à agir ; les végétaux ont des propriétés , ils n'ont pas d'habitudes.
Qui ^ la porte j c'est-à-dire qui l'incline, qui la porte vers les actions bonnes et les lui rend douces et faciles.
Nous entendons ici par actions bonnes tous les actes conformes à la raison , à la fin naturelle de l'homme, et conseillés par la conscience qui en est la lumière.
Le caractère de la vertu ainsi définie , c^est la modération. On a dit dé la vertu qu'elle reste au milieu et fuit les extrêmes. ( De ce qui précède , il suit évidemment que le vioe^ qui est le contraire de la vertu , peut se déQnir : une habitude de l'âme qui la porte aux mauvaises actions. )
Il y a deux ordres de vertus : les vertus humaines et les vertus surnaturelles, infuses et chrétiennes/
Les vertus humaines peuvent se trouver dans tous les hommes, à quelque temps, à quelque religion qu'ils appartiennent.
Le»- vertus humaines supposent toujours un secours
général de Dieu ; car le péché originel a obscorcî en nous ia lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde , mais il ne l'a pas éteinte. Elles procèdent d'une bonne disposition naturelle, de l'éducation et surtout de la pratique, de l'exercice ; car , dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique, Texercice fortifie.
Les vertus naturelles sont bonnes, elles préparent , elles disposent Tâme à recevoir la lumière surnaturelle de la grâce, mais elles ne sauraient suffire pour conduire l'homme à sa fin surnaturelle^ ni même pour lui faire accomplir tous ses devoirs ; car , comme le dit le concile de Trente : le péché originel a blessé Thomme dans ses facultés, et celles-ci ne suffisent plus pour lui enseigner ce qa*il doit faire.
Les vertus surnaturelles dont les habitudes de Vâme régénérée qui la f orient à faire ses actions en vue de sa fin dernière; en d'autres termes, d faire des actes surnaturels.
Nous disons : les habitudes de l'âme régénérée^ c'est-àdire de l'âme régénérée en Jésus-Christ; possédant la grâce . sanctifiante , ou au moins la foi. Cette grâce donne à ces bonnes habitudes un nouveau caractère; elle les vivifie et les élève , et en fait des actions surnaturelles.
Nous ajoutons : en vue de sa fin dernière , parce que les vertus surnaturelles (nous en exceptons les Vertus théologales), ne diffèrent pas des vertus humaines dans lear objet extérieur, mais dans Tintention, dans le mobile qui fait agir , motif qui n^est autre que la grâce. Un infidèle, par e.\emple, peut être compatissant, bienfaisant, s'il porte des secours à ses semblables , s'il distribue des aumânes : ee sont là des vertus humaines. Mais s'il ouvre les yeux à la lumière de la foi, s'il se laisse toucher par la grâce, ses bonnes habitudes auront un autre mobile : il deviendra
EN CHA1RB. 381
charitable, car il fera ses boDDes oeuvres ^oor Tamour de Dieu , en vue de Notre-Seigneur Jésus^hrist. ^o Quelles sont les vertus principales?
De même que Dieu nous a donné divers organes, divers sens ; de même qu'il a orné noire esprit de diverses facultés, il a enrichi l'âme régénérée de vertus surnaturelles qui nous facilitent nos devoirs ; envers Dieu : la foi , T^s* pérance, la charité; envers le prochain : la justice, la prudence; envers nous-mêmes: la force, la tempérance. La foi, l'espérance et la charité sont des habitudes infuses qui nous reportent à Dieu , notre fin surnaturelle , par des actes de foi, d'espérance et d'amour. Ce sont les vertus les plus nobles, parce qu'elles ont Dieu pour objet immédiat; Dieu en est le motif, la fin et le principe ; c'est pourquoi elles ne peuvent être que surnaturelles , infuses et chrétiennes.
Par la foi , nous connaissons la fin pour laquelle nous avons été créés ; nous soumettons notre raison à Dieu, et nous croyons tout ce qu'il a révélé.
Par l'ESPéRANGB , nous désirons Dieu comme notre dernière fin, comme la récompense infinie promise à nos vertus. Par lacHABiTÉ, nous aimons Dieu à cause de lui-même et DOS semblables pour l'amour de lui; nous nous unissons étroitement à lui par notre volonté , et cette union est la même que ùelle qui unira dans le ciel la créature au Créateur. Mes frères, demandons à Dieu de nous donner cette charité sans laquelle la foi elle-même ne servirait de rien, et qui de toutes les vertus est la plus excellente.
Après les vertus théologales viennent les vertus cardU naleSy ainsi appelées parce qu'elles sont la base des autres. CSes vertus sont la justice^ la frvdmce, la force et la ^empérance. Elles ne diffèrent point des vertus humaines ,
362 \. LB CAT1ÉCHISTE
quant k leur objet înlérieur. il y a la prudence du siècle^ qui dirige nos actions dans le monde ; la tempérance humaine^ (jui nous fait éviter les excès ; la justice humaine, qui nous porte à rendre à chacun ce qui lui est dû ; la force humaine ou énergie de caractère, qui surmonte Tadversite ; mais les vertus cardinales, comme vertus chrétiennes, sont surnaturelles, c'est-à-dire qu'elles considèrent Dieu comme leur fin. Cependant elles sont inférieures aux vertus théologales, parce qu'elles sont les moyens d'arriver à Dieu et n'ont pas Dieu pour objet unique.
Parmi les quatre vertus cardinales, les deux qui règlent notre conduite envers le procbarti sont la prudence et fa justice.
La prudence disceriie les actions qui mènent à Dieu de celles qui ne sont point utiles pour le salât. Les sainfs avant d agir'disaienl : a A quoi cela me servira-t-il pour l'éternité I »Et nous lisons que saint Ignace^ avant de prendre une résolution, se demandait toujours : He servira-t-elle pour le ciel?
La justice règle nos rapports avec le prochain, non-seulëmenten nous rappelant cette maxime: Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit ; mais encore en vue des promesses futures; Noire-Seigneur a dit : a Bienheureux ceux qui souffrent pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux. »
Les deux vertus cardinales qui règlent noire conduite envers.nous mêmes sont la force et la tempérance.
Par la force, l'homme supporte l'adversité, triomphe de tous les obstacles. Saint Paul dit : <k Les peines de ce monde ne sont rien en comparaison de la couronne réser* vée à ceux qui ont combattu un bon combat. »
Par la tempérance^ l'homme se fortifie contre les attaques
BIf CHAIBB. 383
<iu démoD , résiste à la tenlatioD , se détache des créatures, afin de posséder Dieu plus librement , et évite ainsi les périls souvent dangereux de la prospérité.
Relisons , mes frères, relisons souvent, et toujours avec attention, Le magdifique Sermon sur la montagne y qui contient en abrégé toute la doctrine de Jésus-Christ. Méditons souvent ces paroles du divin mattre, afin qu'elles soient la règle de notre vie: « Aimez vos ennemis ; faites du bien^ ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent, etc.
Aimez, acquérez la vertu , car il est dit de Thomme vertueux : « Mes fleurs deviendront des fruits de gloire et d'abondance (1)^. » Mais comment acquérir et accroître en nous ce trésor de vertu?
3* Dieu est La cause première des vertus ; car c'est lui qui, par Finfusion gratuite de sa grâce, prévient l'homme en lui donnant ce secours , don de sa miséricorde et de sa bonté. Mais , quoique Dieu soit la cause première des vertus, l'homme peut, en écarlanl les dangers, en surmontant les obstacles, acquérir des vertus. Quant à Taccroissement des vertus. Dieu en est toujours Tauleur et le principe; mais ici le concours de Thomme est encore plus nécessaire ; il faut qu'il y ait effort de notre part et effort constant. Saint Paul nous exhorte à acquérir chaque jour des vertus plus grandes, en faisant des efforts continuels. Les païens , les anciens philosophes , remportaient sur eux-mêmes de grandes victoires; d'autres entrepren?ienl ' de longs et pénibles voyages pour trouver la sagesse ou découvrir la vérité, et les chrétiens ne chercheraient pas à triompher de leurs passions, à dompter
(1) EccH, XXIV.
384 LR CÂTÉGHI8TB
leurs mauvais peDchants, afiu d'obteoir la récompense étemelle ?
Dieu nous prèle son secours; dans la confirmation, les sept dons du Saint-Esprit nous communiquent la sagesse , la force, la science, la piété, etc., les vertus infuses reçoivent un accroissement considérable; mais cet accroissement est surtout la récompense ^t le fruit de l'exercice ; plus nous pratiquons la vertu, plus nous marchons en avant dans les sentiers de la perfection.
11 y a trois moyens principaux d'accrottre nos vertus: la prière ^t la méditation , la pratique d^ vertus et des devoirs de notre état, et enfin les œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles.
Quand les vertus diminuent en nous , c*est nous seuls qui sommes coupables : car les dons du Créateur ne nous sont pas refusés. Les vertus s'affaiblissent par la négligence dans le service de Dieu , l'éloignement des sacrements , l'inattention dans les prières ; et il est dit dans rÉcriture sainte : Celui qui néglige les petites fautes, tombera peu à peu dans les grandes. Celui qui néglige d*examiner sa conscience ^ tombera de plus en plus dans le péché. Use trouvera dans la situation d'un négociant qui, n'écrivant pas chaque jout ses recettes et ses dépenses, oa ne vérifiant pas chaque soir les comptes de la journée, trouverait à la fin du mois des erreurs considérables et la ruine enfin.
Pour que nos vertus ne s'affaiblissent pas , participons souvent au banquet de la sainte eucharistie^ et rappelonsnous ces paroles : « Ils sont tombés de faiblesse , parce qu'ils n'ont pas mangé leur pain. »
TRAIT HISTORIQUE
On lit dans Sénèque qu'un philosophe païen , dont la femme et les eafiuits aivaient été pris et qui avait échappé seul , répondit à un tfMM ^i lid dtmandaH ce qu'il avait peixlu : h iCai rien pcrrfii, tat tçuÊwmsèûmimmi^veùmoLCtui que tosbi«islot4neiirs,0MBaB iM varias m ks |;rtos, ii*«Bt riu à craiiidre : nuLm |ieat ato» leira^.
011 r le* d«Bi;eni 4ii monde.
BXPOSé SOJIIIAIBB.
Ce que c'est que le monde ; ses lois, ses xzKSurs; coqdaiie du vrai chrétien au milieu du monde ; moyens d'évi- . fat tes dangers du inonde ; mortification des sens ; pratique daa âdcremenls.
TBXTBS TIRiS DR l'ÊGRITORB SAINTE.
LassaUaumusin via loiquitatis et perditionis, et amtm* lavimus vias difficiles , viam autem Domini ignoravimus» [Sap^ V. 7.) •— ci Nous nous sommes lassés dans la vole d'iniqoité et de perdition , et nous ^avons marché par des ofaemlns difficiles. »
Ubî sapiens? ubi scriba? ubi oonquisitor hujus sœouH T nonne stullam fecit Deus sapieniiam hujus mundi ? (I. Cor. I. 20. ] — «Que sont devenus les sages? que sont devenus les docteurs de la loi, les savants du siècle?. Dieu n*a-4-il pas çoavaineu de folie la sagesse de ce monde ? » II. 17
ZM LE CATÉCHISTE
TEXTES TIRÉS DBS PÉBES.
Gerle si diligeoler, o anima, et prudenter periculum tuum, (]uod de mundo incurris adverteres , procui dobio aoiiDum a sœculi vaDitatibus cohiberes. (S. Bonav. Solil.^ c. II.) — « 0 mon âme, si tu considérais atteotivement et prudemment le péril auquel tu t*exposes dans le àionde, tu détournerais sans doute ton esprit des vanités do siècle. »
Âdhuc in mundo positi extra mundum surgunt. (S. Grsg. ài Ezech.) — - « Quoique vivant encore dans le monde, ils (les vrais chrétiens) s'élèvent au delà des limites da monde. »
BXOBDB*
Mes Frères,
Dans le dernier entrelien, je vous ai parlé de la vertu, cette habitude d*une âme bien instituée ; de la vertu, qui est comparée à un arbre portant des fruits excellents dont se réjouissent et Dieu et les anges de Dieu. €el arbre béni ne fleurit pas au milieu du monde ; le monde , dit saint Grégoire { in Moral,) , prend le mal pour le bien, et il triomphe dans son aveuglement , comme s*il était dans les splendeurs de la lumière. Or, qu'est-ce que le|monde,^oDt il est question dans la langue des saints , et quels en sont les caractères? Quelle doit être dans le monde la conduite d*un vrai chrétien? Quels sont les moyens d*en éviter les dangers? Tel est le sujet et telle est la division de ce dis* eours.
4<* Le monde, c'est la cité des méchants^ c'est une cité qui a son organisation, 1^a politique, sa sagesse, son prinoei
EN GHÂIRB. 38T
ses sujets, ses lois, ses mœurs ; son prince qui la gouverne, ses sujels qui la peuplent , ses lois qui la régissent , ses mœurs qui forment son caractère.
Connaître un pays, c'est avoir étudié le caractère de celui qui le gouverne , de ceux qui le peuplent ^ des lois qui le régissent. C'est avoir examiné ses mœurs. Voyons donc quel est le prince du monde; quels sont ses sujets,^ quelles sont et ses lois et ses mœurs. ,
Celui que Notre-Seigneur appelle le prince du monde, c'eét Satan ; Satan I que saint Paul appelle le prince des ténèbres. Satan inspire le mal à ses sectateurs, il est appelé à juste titre le prince des ténèbres, parce quenon^ seulement il cherche la ntiit physique pour opérer ses œuvres , mais encore et surtout parce qu'il se complaît dans la nuit morale, dans la nuit des âmes.
Satan est encore appelé le Dieu de ce siècle ; il a doncr dans le monde comme un pouvoir royal ; il a une influence, une domination.
Mais quels sont les sujets de ce roi? Notre-Seigneur nous le dit lui-même, car il appelle les méchants les enfants du démon qui est leur père.
Satan est encore appelé le père du mensonge. Tous ceux qui n'aiment pas la vérité sont fils de Satan ; par l'amour déréglé des plaisirs du monde, ils montrent qu'ils sont fils du démon.
Quelles sont les lois de ce prince des ténèbres , de ce père du mensonge? Nous pouvons pressentir qu'elles sont dignes de celui de qui elles émanent: Végotsme, voilà ta grande loi, la seule loi du monde, pour ainsi dire. L'égoïsme de l'esprit , dans Tamour exclusif de la raison humaine , amour qui, séparé de Dieu^ est une puissance adverse de la vérité et enfante toutes les erreurs. L'égojisme.da cœur
3tê LE CUkléCBlBf B
M rameur exdusif àû soa propre bieft^ qoi coDdwt k I'^béurciasecMOi le plus complet ; si biea tjM le nMri snipè, mot par lequel on désigne les eotâBti du déinoQ, sigmis fKd na pas une âme compatissante. L*égoïsfne des sens oa aflioor des plaisirs pour le plaisir lui-mèaie , sans auon lapport avec la fia dernière que Dieu a assignée à rhomaiei elqui ii*est autre que Dieu lui-même.. Le plaisir est quelquefois permis; c*est quand il est réglé par une saga mesure , et qu*il est considéré eomœe un délassement et Ma comme un abus. Hais le monde considère ie plaisir oemme sa fin dernière ; et ee désir immodéré des jouisaaoœs terrestres constitue ce grand égoïsme qui , comme BOUS le disions, tôt la loi du monde , d*où émanent toutes IflS erreurs, toutes les haines, toutes les oorruptîens.
Toutes les erreurs: Î^otre-Seigneur a dit: «Les hommes ont aimé les ténèbres plus que la lumière. )> Touks tes hmnes:ti Le démon est homicide dès le commenc^nent, » dit encore Notre-Seigneur. Tous les sectateurs du monde font marqués de ce signe qui les fait reconnaître pour enfants de Sa(an« De là les querelles, les révoltes, les guerres injustes qui ensanglantent la terre depuis Cala. Toules les corruj^ions : « Ceux qui en ont leipérience, dit saint fionavenlure(4] , pourraient dire beiaucoup de choses sur ce sujet; mais moi qui me reconnais peu expérimenté, je rougis d*en parler. » De hac materia multum posset did ab experUs^ sed quia inexpertum me esse recognoscOyeUam pauca me dicere erubesco.
Quelles sont les moeurs du'^siècle? Les mœurs sont la physionomie extérieure d'une soctétô , elles résultent de la législation ; or, Notre-Seigneur a dit : is monde erUier eU
(i) Sofa. €. II.
ûaldi dam U mal. Diaprés eetle parole, Bossuel s-éem: c Le iDoade tout eDtîer est sof» la paîssanoe du mauTim* > T0tti ce qm e^t dans le trumde, dit saiot ^n , est concis piscence de la chair , convoilise de Kesprit , et m^gtÊcit de fa oie.
Yoîlà dcme le monde I Toilà cette eité au mUieii de laquelle nous vivoDS I
S" Qœlle doH être la condaîte d*an Trai dirétim an milieu do monde ?
Poor répondre à cette q^iestieo, posons xm prinripe tneonteslable tiré de la parole de D^, Saint Panl dcms dit: « Usez de ce monde comme n^en usant pas... » Or, cette parole signifie trots choses: l<* qu'il Tant user des cboses indispensables de ce monde sans y attacher aeo eœur ; S* qu*il faut user avec {Nrécaotion des choses qui sans être mauvaises absolument , sont pourtant dangereuses ; d'^qo*}! faut fuir et délester les choses mauvaises, eo«pables en elles-mêmes , ou qui le sont par rapport à ne«s; les fuir comme on fuit un serpent venimeux.
4 * De ee prineipe de saint Paul : Usez de ce fnonde comme n'en usant pas, nous concluons qu'il faut user desdioass indispensables et penni3es sans y attacher son oœur ; pasee qêe ta figure de ce monde passe, dit encore VApÔtre ; « parce que, dit Tauleur de Vlmitation, celui qui s attache à la cr^tore fragile, en tant qu'elle est créature, s'attache à quelque chose qui va tomber et rentrotnera dans sa chute;)» parce qu'il faut nous faire un trésor qui ne soit exposi ni aux vers ni à la rouille.
%"" De ce prineipe de ^int Paul : Usez de ce monde comme n'en ^tsant pas, nous concluons qu'il faut user avea précaution des choses qui, sansélre mauvaises absolument, sont pourtant dangereuses, comme les diverlissemei^
39tt) LE CATÉCHISTE
moDclaios, les réuoions faites parliculièremeot pour le plaisir, où ie luxe parait dans tout son éclat ^ où les sens sont séduits, où d'iDgénieuses fictions enchantent le cœur «t Tesprit pour les corrompre.
Ces plaisirs ne sont pas toujours défendus, il faut quelquefois les accepter comme délassements; cependant, ces réuoions sont généralement dangereuses ; c*esl par elles que Satan établit et propage son règne. Usons donc avec la plus grande précaution de ces divertissements qui sont dangereux; songeons que nous sommes chrétiens , que Dieu est offensé daus le monde; que c'est par là que le démon remporte le plus de victoires , affermit son empire , et que là aussi se perd le plus grand nombre d*âmes. Rappelons* nous aussi que Téleclion se fait dès ici-bas, et que si nous observons les lois du Seigneur, si nous fuyons le monde, nous appartiendrons à la droite de Dieu ; tandis que si dous^ prenons le drapeau de Satan , si nous choisissons pour notre roi le prince des ténèbres , nous serons repoussés à la gauche du Tout- Puissant, qui nous dira : Allez^ matdits^ au feu étemeL Ayons donc une grande répugnance pour ces plaisirs dangereux» usons-en avec la plus grande précaution ; que la pensée de la foi nous soutienne en nous animant , et nous fasse en user seule^ient par bienséance et pour remplir les devoirs de notre étal.
3° De ce même principe de saint Paul nous concluons enfin qu'il faut fuir les choses mauvaises , les fuir absolument, sans céder à de vains prétextes. Il faut fuir les mauvaises compagnies dont les exemples pourraient facilement nous entraîner au mal. Afin d'éviter cet écueil, il faut bien choisir ceux que l'on fréquente, consulter sur ce choix nos parents , notre directeur, qui est le véritable ami de notre âme.
EN GHÂIBB. 391
Il faut aussi fuir les mauvaises lectures ; ear il y a encore moins de raison pour lire un mauvais livre. Il y a des o^* vrages que personne ne peut lire ; il serait donc dangereux d'eu prendre un au hasard , comme il serait dangereux de prendre sans discernement telle ou telle fiole dans une pharmacie. D'ailleurs, il y a une immense quantité de livres, et la vie humaine est si courte que nous n'aurons pas même le temps de lire les très-excellents ; ne perdons pas les heures dont nous pouvons disposer à lire les médiocres, el encore moins les mauvais. Choisissons avec soin la nourriture de notre esprit, a Un bon livre, dit un ancien, est ud ami de tous les instants. »
Voilà quelle doit être la conduite d'un vrai chrétien dans le monde ; il doit en user comme n'en usant pas , c'est- àdire ne pas attacher son cœur aux plaisirs permis ; user avec précaution des choses dangereuses^ et enfin fuir absolument les choses mauvaises.
'3<» Mais quels sont les moyens d'éviter les dangers da monde? Gesmoyenssont au nombre de trois, parceque nous les opposons aux trois convoitises dont parle saint Jean»
La convoitise des sens a pour remède la mortification des sens. Tous les ordres religieux admettent comme base fondamentale de leur règle la mortification des sens, et il dY a pas un saint qui n'ait pratiqué à un degré héroïque celle mortification des sens.
La convoitise des yeux a pour remède la mortification des yeux , qui est opposée au luxe , au faste , et qui aime , non ce qui parait, non ce qui brille, mais ce qui possède la simplicité chrétienne. Pour pratiquer celte mortification, il faut visiter les pauvres. En habituant nos)yeux au spectacle des misères humaines^ nous ne pourrons plus voir sans rougir le faste dont s'entourent les mondains. Tournons
392 LB cATicmeTB
souvent nos regards vers le Calvaire , oootempIoDS Jjsus sur la croix : quel démùmeot I quel abandon F quelle pauvreté I Voîlè le spectacle qui convient aux yeux du cbréCîeil.
L'orgueil de la vie a pour renoède Tesprit àe foi, îapralicjoe des sacrements , les bonnes lectures et la prière.
L'esprit de foi se puise dans lefficacilé pratique des sacromentsetdans les bonnes lectures, dans Taudition de la parole de Dieu et dans la prière.
PÉftOUkISQN.
Si nous agissons aîusi , mes frères , Dîea se plaira dans notre âme ; il y fera sa demeure, et sera lui-même notre récompense. Disons donc à Dieu : Seigneur, Je veux user des biens du monde comme n'en usant pas ; je ne veux pas attacher mon cœur aux joies trompeuses , aux choses qui passent; je veux n'aimer, ne posséder que vous! Cependant, Seigneur, sans votre grâce, je suis incapable détenir la moindre résolution ; daignez donc me secourir, me fortifier ; préservez-moi des écueils de ce monde au milieu duquel je vis , et, après m'avoir guidé dans celte vie, donnez-moi une place au milieu de vos élusî Ainsi soî(-il.
TRAIT HISTCmiQlIB.
Que peut se permettre la vertu la plus pure et la plus irréprébensîble de Tinjustice du monde , puisqu'il a pu trmiTer att^lbis, divla sainteté même de Jésus-Christ „ des sviets de scandale et et censure? S'il opère aux yeux des Jnits des prodiges éclatantSy s?il rend la ¥iieà «n aveugle-né ^ ils Taccusent d'être violateur du sabbat , d'opérer des miracles au nom de Beizébub , plutôt qu'au nom du Seigneur, et de ne vouloir par ces prestiges qu'anéantir et détruire la loi de Uoîise: JNon est hw homo a Deo, qui sabàatum non custodit (f). Cest-ànfife
(1) JOAMir. IX. 1^.
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3ta
qu'ails attaquent ses intentions , pour rendre ses œuvres suspectes et criminelles. S*il honore de sa présence la table des pharisiens , pour prendre de là occasion de les rappeler et de les instruire, ils le regaiv dent comme un pécheur et comme un homme de bonne chère : Ecce homo voraXf etpotator vini(\.); c'est-à-dire qu'ils lui font un crime de ses œuvres, lorsqu'il leur importe de ne pas examiner la droiture de ses intentions. Esfin, 8*fl paraît dans le temple armé de zèle et de sévérité, p9ur venger les proftmatioBs qui déshoB«rent ce saint lieu, la gloire de son Père qui le dévore n'est plus dans leur bouche qu'une usurpation injuste d'une autorité qui ne lui appartient pas, c'est-à-dire qu^'ils se jettent sur les reproches vagues et sans fondement , quand ils n^ont rîen à dire contre ses intentions et contre ses œuvres (2). C'est «iiraî que le monde, toujours injuste, persécute non-seulement les saints, mais Jésus-Chnst tan-même,, le saint des saints*