‹ Le catéchiste en chaire, plans de sermons, conférences et instructions familières sur les principaux points de la doctrine chrétienneChapitre 32 sur 55 · TEXTES TIRÉS DE L*ÉGRITURE SAINTE · texte numérisé non relu

TEXTES TIRÉS DE L*ÉGRITURE SAINTE

Et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummationem sœculi. (Matth. xxviii.) — - « Et voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation du siècle. »

Pater meus dat vobis panem de cœlo verum. Panis enim Dei est qui de cœlo descendit, et dat vitam mundo. ( JoANN. VI. ) — « Mon Père vous donne le véritable pain du ciel. Car le pain de Dieu, c'est celui qui est descendu du ciel et qui donne la vie au monde, d

TEXTES TIRÉS DES PÈRES

Venisti ad altare, accepisti gratiam Christi. (S. Ambr. lib. V de Sacr., c. m.) — « Vous êtes venus à l'autel , et vous avez reçu la grâce de Jésus- Christ. »

Hannse alimentum non œternam vitam^ sed brève famis remedium adferebat. Non ergo erat cibus verus , id est , panis de cœlo. Sanctum vero Christi corpus , àd immortaîitatem et vitam œternam nutriens cibus est. (S. Ctrill.

Albx. lib. IV in Joann., c. xvi.) — a L'aliment de la maDDe ne donnait pas la vie éternelle , mais apaisait la faim pour peu de temps. Donc elle n'était pas la vraie nourriture, c'est-à-dire le pain du ciel. Mais le divin corps du Christ est la nourriture qui donne rimmortalité et la vie éternelle. »

EXORDE

Mes Frères,

Le sacren^ent de l'eucharistie est la fin de tous les autres sacrements, puisqu'il est la consommation de notre unioo avec le divin Sauveur ; c'est le mystère de l'Époux avec l'Épouse. Aussi, ai-je plus que jamais besoin du secours du Saint-Esprit; prions- le, mes frères, pour qu'il me donne de vous parler avec ferveur , avec intelligence et avec amour de ce divin sacrement , et que Dieu vous donne à vousmêmes d'écouter avec attention et recueillement, afin que de ce discours vous reliriez des fruits de piété et d'amour envers ce sacrement, qui est le sacrement de l'amour.

Nous verrons, 4** l'amour de Jésus-Christ dans ce sacrement; S!^ l'ingratitude des hommes.

Les Pères ont donné différents noms à ce sacrement : les uns l'ont appelé le sacrement de la divine bénédiction, de la sanctification, de la consécration; d'autres l'ont appelé le céleste banquet Ja table spirituelle du Seigneur; d'autres, le pain de vie, le pain des anges, le pain supersubstantiel, le viatique; d'autres encore, la sainte communion, le sacrement des sacrements , et enfin Veucharistie, c'est-à-dire bonne grâce, ou action de grâces. Tous ces noms augustes sont fondés sur l'Écriture sainte, ou sur l'action, ou sur les paroles, ou sur les promesses de Notre- Seigneur Jésus- Christ, ou bien sur les effets de ce sacrement. Mais le nom

le plus usité c*est TEuchabistie ^ comme on peut le voir dans les ouvrages des Pères les plus anciens, dans saint Justin, martyr ; saint Irénée, évêque et martyr ; dans saint Gyprien, et dans les actes du premier concile de Nycée.

Mais , parce que ce sacrement est le plus sublime de tous, et qu*il est tout ensemble un sacrement et un sacrifice, il fut préfiguré avant tous les autres dans Tancienne alliance, et Ton peut dire que tous les sacrifices antiques n'étaient que des figures de ce divin sacrifice. Nous trouvons d'abord dans les figures les plus célèbres de ce sacrement le sacrifice de Melcbisédech , et la manne qui le représente dans ses effets ; tous les sacrifices d*expiation et de propitialion, lesquels figuraient le corps et le sang de Jésus-Christ; le sacrifice de lagneau pascal, qui le figura tout à la fois comme sacrement et comme sacrifice.

Nous voyons par le récit des évangélistes que Notre- Seigneur Jésus -Christ institua le sacrement de Teucbdristie dans la dernière cène qu'il célébra avec ses apôlres ; car, après avoir promis qu'il donnerait sa chair à manger et son sang à boire, comme le raconte saint Jean (i), il accomplit cette promesse lorsque, rompant le pain, il le donna à ses disciples , disant : a Ceci est mon corps , » Hoc EST CORPUS MEUM , ct qu'ensuitc , prenant le calice, il dit : « Buvez , ceci est mon sang , b Hic est sanguis meus. Par ces toutes-puissantes paroles , le pain fut changé en son corps, et le vin en son sang; ainsi la foi nous l'enseigne. De là il faut conclure que le pain de froment et le vin de la vigne sont la matière de ce sacrement. Je dis le pain de froment, parce que seul il est absolument et véritablement pain, comme lorsque nous disons Vhuile. nous entendons

(1) JoAinr. Ti.

430 LB G4TÉCHISTB

rbuile d'olive, qui est Thuile véritable ; de même lorsque Dous lisons dans TÉvaDgile que le viu fut consacré par Jésus-Christ, il faut entendre le vin de la vigne, qui seul est absolument et véritablement le vin.

Le prêtre verse un peu d'eau dans le vin , avant la consécration. C*est un usage qui nous vient du temps des apôtres. Saint Thomas donne plusieurs raisons de ce rite. Premièrement, dit -il, parce qu'il est probable que dans le vin que consacra Notre - Seigneur, il y avait un peu d'eau, selon Tusage des convives; secondement, parce que cela convient à la représentation de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ , puisqu'il est dit que de son côté il coula de l'eau et du vin ; troisièmement , parce que ce mélange de l'eau et de vi^ figure très-bien l'union des fidèles avec Jésus-Christ et Ventrée de l'âme pure dans la vie éternelle.

Quant à la forme de cet auguste sacrement, elle consiste dans les paroles de la consécration. Les paroles par lesquelles la matière du corps est consacrée sont : Hoc bst ENiM CORPUS MEUM ; ct celIcs par lesquelles est consacrée la matière du sang sont : a Voici le calice de moû sang , » Hic

EST GALIX SANGUINIS MEI, CtC.

Nogs sommes tenus de croire d'une foi ferme que les paroles de la consécration étant prononcées sur l'hostie, la substance du pain est changée réellement, par un miracle de la toute-puissance de Dieu , en la substance du corps tout entier de Notre- Seigneur Jésus- Christ, et parce que le corps divin de Jésus - Christ est uni avec son sang, son âme et sa divinité, nous trouvons le sang, Tâme et la divinité consacrées dans l'hostie par concomitance, c'est-àdire que le corps est consacré par la vertu des paroles proférées par le prêtre, et le sang, Tâmeet la divinité le

EN GHAIBB. 431

dont à cause de l'union qu'ils ont avec le corps. De même, les paroles de la consécration étant proférées sur le calice, la substance du vin est changée en la substance du sang de Jésus-Christ, d'où il suit que le corps, l'âme et la divinité sont là réellement et véritablement, le sang par la vertu des paroles de la consécration, mais le corps^ l'âme et la divinité, à cause de l'union qu'ils ont avec ce sang divin ; mais où est la divinité sont les trois personnes divines, donc la très-sainte Trinité est réellement dans l'hoslie et dans le calice, après la consécration. Nous sommes également tenus de croire que Jésus - Christ vivant el glorieux , Dieu et homme, est réellement dans chaque parcelle de la divine hostie^ et dans chaque goutte de l'espèce du vin consacré, parce que ni le corps, ni le sang ne sont divisés, mais que les espèces seules sont fractionnées, Jésus-Christ subsistant tout entier dans chaque partie de la fraction. Il suit de là que Notre-Seigneur Jésus-Christ Dieu-Homme réside sous ces espèces tant qu'elles existent dans leur état naturel, c'est-à-dire tant qu'elles ne sont pas corrompues ; telle est la foi de notre sainte Église catholique. Delà vient que nous le gardons daus les saints ciboires et dans les tabernacles pour l'administrer aux fidèles, et que, nous avons recours à lui dans nos peines.

Mes frères, nous avons donc toujours avec nous notre Sauveur tendre et miséricordieux ; il est avec nous person> nellement/véritablement, réellement et substantiellement, comme lui-même le promit dans ces douces paroles , avant de monter au ciel : a Voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation du siècle. » Et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummationem scBCuli. Afin de vous montrer l'ardent amour de Jésus- Christ pour nous , qu'il me soit permis de m'arrèter un

moment sur ces paroles, que lous les Pères ont entendues dans le sens de la demeure de Notre- Seigneur dans cet auguste sacrement. Mais premièrement nous devons remarquer que Notre - Seigneur, voulant demeurer avec nous réellement et personnellement dans ce sacrement , il était juste et parfaitement convenable que lui-même prescrivit le mode par lequel les espèces sous lesquelles il réside seraient conservées, et lui-même serait adoré ; car quelque honneur qu*il eût exigé , Thommage eût toujours été infiniment au-dessous du mérite de sa divine personne. Il aurait donc pu ordonner , s*il Teût voulu , que dans les villes capitales on lui érigeât un temple magnifique des marbres les plus précieux^ tout resplendissant à l'intérieur d*or et d'argent ; que dans ce temple fût élevé un seul autel tout orné de pierres précieuses, où jour et nuit brûleraient mille lampes ardentes ; que des prêtres nombreux se succédant sans cesse, se tiendraient en adoration devant lui^ <et que de l'autel où il devait résider, les fidèles ne pourraient s approcher pour l'adorer qu'après de longs jeûnes, des aumônes abondantes^ enfin après une longue et laborieuse préparation , et encore à quelque jour solennel seulement. Or, mes frères, je vous le demande, si Jésus- Christ, notre Seigneur et notre Rédempteur , restant avec nous par pur amour, eût posé ces conditions, neles aurionsnous pas acceptées avec joie, avec des transports de reconnaissance? Ces conditions ne nous auraient-elles pas paru bien douces, et n'aurions-nous pas accepté à ce faible prix le bonheur de jouir de sa divine présence? N'aurions-nous pas dû nous écrier avec Salomou (4), après la construction du temple : a Ësl-il croyable que Dieu habite avec les

(1) Parai, ii. 6.

BN CHAIRE. 433

hommes sur la terre? Car si le ciel et les cieux des cieux ne peuvent vous cpnlenir, combien moins cette maison que j'ai bâtie I » Ergone credibile estant habitet Deus cum hominibus super terram? Si cœlum, et cœli cœlorum non te capiunt , qucmlo mayi^ domus ista , quafn œdificavi ? En effet, ô mou Dieu, tout est peu, ou plutôt tout n est rien , comparé à votre divine majesté et à un si auguste don!

Et cependant, pour demeurer avec nous jusqu'à la consommation du siècle, vous n*avez rien exigé de semblable. Souventvousbabitezdans de pauvres chapelles dépourvues de tout ornement , sur des autels de bois prés desquels brille à peine la flamme d*une petite lampe, et les pauvres et les petits peuvent venir à vous, vous n'exigez d'eux qu*un cœur pgr? « 0 amour de Jésus eu vers nous! ô divin Sauveur I Mon âme, bénis le S^igueur, et que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom. Mon âme , bénis le Seigneur, et n'oublie pas ses bienfaits. » Mais hélas I voyons si les hommes correspondent à cet amour deNotre- Seigneur Jésus-Christ.

2? Autour du taberoacle où il réside , combien voyonsnous d'adorateurs? Hélas I les rois mages vinrent d'Orient à Bethléem, pour visiter Tenfant-roi , conduits par une étoile, selon la prophétie de Balaam;ils necraignirentni la rigueur delà saison, ni la longueur de la roule, et cependant ils ne savaient pas encore que cet enfant était Dieu, puisqu'ilsnel'apprirent qu'après leur arrivée. Neseraientils pas venus avec une ardeur plus grande encore , s'ils avaient connu que cet enfant était Dieu?

Ah ! mes frères, si vous lisiez qu'un astre nouveau manifesta aux mages d'Orient la naissance, non pas seulement d'un enfant roi, mais d'un Dieu fait homme, rédempteur «• 49

du monde, et qu^ils négligèrent de venir Tadorer, Dédiriez* vous pas que ces hommes étaient des insensés et des ingrats, pour avoir négligé roccasion bienheureuse et désirable de voir et d'adorer leur Dieu ? Eh bien I mes frères, tournez contre vous-mêmes ce légitime reproche, cette juste indignation, comme vous y exhorte saint Jean Chrysostome , dont j'emprunte ici les paroles : a Quelle sera notre excuse, dit-il, si, alors que Jésus est descendu du ciel pour nous, nous ne daignons pas même sortir du seuil de nos demeures pour aller vers lui, tandis que les mages , des princes de la gentilité, des rois barbares accoururent de la Perse pour le voir couché dans la crèche de Bethléem (4). » Ainsi donc, mes frères, quelle excuse pourrons- nous alléguer d'une si grande négligence, si, nous qui sommes chrétiens, nous ne venons jamais, ou presque jamais, Tadorer, le prier, tandis que le temple où il réside est à deux pas de oos demeures? Car le souverain du ciel, le juge suprême de toutes les créatures , après qu'il était déjà entré dans sa gloire, a voulu rester réellement parmi nous, dans le sacrement de l'eucharistie; que dis -je? il a voulu se faire l'aliment de DOS âmes. Ah ! si dans tous les mystères de notre foi brille, d'une manière admirable, l'amour de Dieu pour nous ^ cependant nulle part la grandeur de ce divin amour n'éclate autant que dans cet auguste sacrement qui est appelé par excellence le sacrement de l'amour. Mais je veux consacrer un discours tout entier à vous parler de cet amour incomparable ; il me suffit à présent de vous dire comment doit iie manifester notre reconnaissance pour un si grand bienfait. Écoulez: Jacob se dirigeait un jour, par l'prdre de son père, vers la Mésopotamie de Syrie, et comme au milieu

(1) Hom. XLYi in Joann*

EN GHAIBB. 435

des lieux déserts qu'il traversait il manquait de nourriture, il 6l un vœu, disant : « Si le Seigneur est avec moi, et me préserve en cette route dans laquelle je marôhe, et me donne du pain pour me nourrir, et que je retourne en paix.dans la maison de mon père, le Seigneur sera toujours mon Dieu , c^est-à'dire, je le servirai tous les jours de ma vie.» Vovit etiam votum dicens: Sifuerit Deus mecum^ etcustodierit me in via^ per qiAam ego ambulo , et dederit mihi panem ad vescenduniy et vesiimentum ad induendum, reversusque fmro prospère ad domum patris mei : erit mihi Dominus in Deum (4). Or , mes frères, nous aussi nous sommes des voyageurs , qui nous dirigeons vers la céleste patrie par une route difficile et périlleuse. Dans ce pénible chemin de la vie, Jésus a bien voulu être avec nous, non- seulement par son divin secours , mais encore par sa présence réelle dans Teucbaristie; non-seulement il nous fournil des aliments, mais encore il se donne lui-même à nous en nourriture ; et c'est lui qui nous ramènera dans la maison de notre père céleste. Ne devons -nous donc pas nous écrier avec Jacob: a Le Seigneur sera mon Dieu? » Erit mihi Dominus in Deum. Ne devons-nous pas dire : Oui, je veux fermement laimer, 1 adorer, le servir comme mon Dieu ?

O notre bien-aimé Sauveur! puisque vous vous êtes fait notre pain , la nourriture de nos âmes dans le pèleriuage de cette vie , nous prenons la ferme résolution de ne jamais plus vous offenser, de vous visiter souvent, de vous adorer devant les saints tabernacles où vous résidez pour nous; nous viendrons plus souvent et plus pieusement vous recevoir dans nos cœurs ; nous viendrons pour être

(1) Gen, XXVIII.

i36 LB OAliCHISTE

soutenus, fortifiés , nourris par vous , qui êtes le pain de vie ; et ainsi vous nous ferez parvenir à la maison de notre Père, dans fa patrie des élus, où nous aurons le bonheur de vous bénir, de vous aimer, de vous louer éternellement. Ainsi soit-il.

TRAIT HISTORIQUE-

L*abbé Rnpert (1) raconte que, la nuit qui suivit sa promotion au sacerdoce , il eut une vision qui lui rendit manifeste Tunion dans laquelle il allait vivre désormais avec Jésus-Christ. Le Sauveur lai apparut la tête voilée , s*approcha de lui , le pressa sur son cœur ; puis pénétra toute son âme de son âme, tout son être du sien plus suavement, plus profondément que le sceau ne sUmprime sur la cire molle ; et , dans cette délicieuse étreinte , il se sentit inondé d'un tel torrent de délices saintes , que si Dieu n*eût fait un miracle pour lui conserver la vie , il fût mort dans Tivresse de sa joie. Ainsi dans la communion le Fils de Dieu fait homme, bien que voilé sous les espèces eucharistiques , se répand et sMnsinue tout entier dans Tâme de celui qui le reçoit, et lui imprime sa forme, et la remplit d*an contentement et d*une joie ineffables.

De reueharifliie eonsidérée eomme saeriflee 9 ei 'e l'amour de Hotre- Seigneur Jlésus-Chriai manifesté jpar ee sacrifiée.

(««Sermon.)

EXPOSÉ SOHHAIAE.

Du sacrifice en général ; sacrifice de la messe. CommeDi a lieu rimmolaliûD de la divine victime sur l*aulei.

(1) Lib. II in Matth,

TEXTES TIRÉS DE L*éCRITURB SAINTE.

Galix benedictionis, cui beoedicimus , nonne communicatio sanguinis Chrisli est ? el panis quem frangîmus, nonne partîcîpalio corporis Domini est? (I. Cor. x.] — a N'eslil pas vrai que la coupe de bénédiction que nous bénissons est la communion du sang de Jésus-Christ , et que le pain que nous ro^npons est la communion du corps de Noire-Seigneur? »

Ab orlu solis usque ad occasum, magnum est nomen meum in genlibus , et in omni loco sacrifîcalur, et offertur nomini meo oblatio munda : quia magnum est nomen meum in genlibus. (Malach. i.)— -« Depuis le lever du soleil jusqu*à son coucher, mon nom est grand parmi les nations^ et Ton sacriGe, et l'on offre en tout lieu une oblation pure à mon nom , parce que mon nom est grand parmi les nations. »

TEXTES TIRÉS DES PÈRES

Hsec est oblatio, quse per varias sacrificiorum nalurse et legis tempore similitudines figurabatur. (àug. lib. X de Civit.j c. XX.) — a C'est Toblation qui était figurée par les divers sacrifices au temps de la loi naturelle et de la loi écrite. »

In sacerdole Melchisedech sacrificii Dominici sacramentum prœfigufiatum videmus. (Ctpb. lib. II, epist^ m.] — « Bans le prêtre Melchisedech nous voyons la figure du mystère qui s'accomplit dans le sacrifice eucharistique du Seigneur, p

BXOBDE.

Mes FààRfis,

Je continue à vous entretenir de reucbarîstie, car il semble que plus on parle de cet auguste sacrement, plus il reste de choses à dire. Mais avant de traiter des avantages et des effets de l'eucharistie, de la préparation et de l'action de grâces y permettez-moi de vous montrer ce mystère comme le sacrifice unique institué par Notre- Seigneur Jésus-Christ, prédit par les prophètes et figuré dans tous les sacrifices de l'ancienne loi ; mais pour mieux vous faire comprendre l'amour que Notre-Seigneur Jésus-Christ manifeste pour nous dans ce grand mystère, je veux vous expliquer d'abord en quoi consiste principalement et esseotiellemenl le sacrifice considéré en général.

4^ Le sacrifice, lorsqu'il procède de la vertu de religion, est un acte par lequel l'homme reconnaît le souverain domaine de Dieu sur toutes les créatures» D'où il suit qae si la victime offerte est douée de la vie , elle doit être mise à mort , en témoignage de la domination absolue de Dieu sur la vie et sur la mort de tous les êtres vivants. Aussi voyons-nous le sang des boucs et des génisses couler dans les sacrifices de la loi mosaïque. Dieu pouvait^ordonner que des hommes lui fussent sacrifiés, mais dans son amour pour nous il n'a pas voulu que des victimes humaines lui fussent offertes en sacrifice , si bien que la voix d'un ange arrêta le bras d'Abraham dont Dieu avait' voulu seulement éprouver la foi , en lui demandant de lui immoler Isaac. Cependant il a accepté le sacrifice du Christ, son Fils unique, qu'il aimait d'un amour infini. Le Christ s'est offert pour nous sur la croix. Si donner sa vie pour ceux qu*oo

EN GHAIBE. 439

«aime est le plus grand amour, selon Texpression de sainl Jean, que dirons-nous donc de lamour de Noire-Seigneur Jésus-Christ , qui a trouvé le moyen de s'offrir pour nous chaque jour, à toute heure, dans un sacrifice qui , quoique xion sanglant , est, comme sur le Calvaire, l*ob1ation de la divine victime et a la même valeur? Qu'est-ce donc que le sacrifice de la messe? C'est une oblation faite' à la trèssainte Trinité ; par qui? par Notre-Seigneur Jésus-Christ^ qui est véritablement ia victime de ce sacrifîce. Par^quel instrument est- il immolé? par le glaive des paroles delà consécration. Comment est -il immolé? comme toutes les autres victimes, et comme il fut immolé sur le Calvaire ; car toute victime est immolée, lorsque son sang est séparé de son corps ; or, c'est ce qui a lieu dans le sacrifice de la messe |>ar la force des paroles de la consécration. Dans le sacrifice de la croix et dans celui de l'autel, la même victime est donc offerte, au même Dieu, dans les mêmes intentions et par le aiême prêtre; car Jésus-Christ , éternellement prêtre selon Tordre de Melchisédech , s'offre encore à l'autel par les mains de ses ministres.

Hais ce qui distingue accidentellement le sacrifice da Calvaire et celui de la messe , c'est que le premier a été visible, sanglant, offert une seule fois ; tandis que celui de l'autel est une immolation invisible, non sanglante, réitérée sur tous les points du globe à chaque instant de la ^durée des siècles; le sacrifice de la croix opère notre rédemption , celui de la messe nous remet en mémoire et nous fait toucher réellement le prix de ce rachat , et applique en particulier les mérites et les satisfactions dont la mort du Sauveur est la source intarissable.

0 très -doux Jésus, qui aimez nos âmes d'un amour infini I ô Jésus qui, à cause de l'excès de votre amour pour

nous, avez trouvé le moyen de mourir des milliers de fois chaque jour I Ah ! nous pouvons avec raison dire comme David : MuHa fecisti tu Domine Deus meus mirabilia tua, et cogitationibus tuis non est qui similis sit tibi (4) : <c Seigneur mon Dieu, vous avez opéré des merveilles innombrables; et vos pensées sur nous , qui peut les sonder en votre présence ? comment les publier et en parler? »

Et cependant, comment répondons-nous à tant d'amour, Seigneur I Disons - le avec un cœur contrit et humilié , disons- le avec larmes : Nous osons faire contre Nolre-Seigdeur Jésus-Christ, qui s'immole chaque jour pour nous, ce que nous n'oserions faire contre aucun homme dont nous aurions reçu le moindre bienfait. Nous répondons à son amour par des offenses et des outrages : a 0 cîeux, s'écrie Jérémie, dans votre stupeur , vous avez frémi, vous êtes inconsolables. Mon peuple a fait deux choses mauvaises, dit le Seigneur : il m'a abandonné^ moi la source d*eaa vive, et il s est creusé des citernes perdues qui ne peuvent contenir leau. » Obstupescite cœli super hoc, duo enim mala fecit populus meus : Me dereliquerunt fontem aquœ vivœ, et foderunt sibi cistemas , cistemas dissipataSy quœ continere non valent aquas (2). Mais pourquoi Jésus-Christ s'offre-t- il lui-même? quels sont les effets ou les fruits du sacrifice de l'autel? Le premier, c'est que par ce sacrifice non sanglant nous rendons è Dieu le culte ineffable qui est dû à sa divine majesté, en lui offrant son Verbe, son Fils incarné, sacrifice prédit dans ces paroles du prophète Malachie : Munus non suscipiam de mam vestra, abortu enim solis mque ad occasum^ magnum est

(1) Psal, XXXIX.

{%) JeBEM. II.

fiN CHAIRB* 114

nomen meum in gentibus, et in omtd loco sacrificatur, et offertur nomini meo oblatio munda; quia magnum est ^ nomen meum in genlibus, dicit Dominus exercituum (4 ) : « Je ne recevrai pas de présents de votre main, car depuis le lever du soleil jusqu'à sod coucher ^ mon nom est grand parmi les Dations, et len sacrifie et Ton offre en tous lieux une oblation pure à moD oom^ parce que mou nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur Dieu des années. ^

Le deuxième effet de ce sacrifice, c'est de rendre à Dieu des actions de grâces pour tous les bienfaits que nous avons reçus de lui et qu'il nous confère chaque jour , et c'est pourquoi il est appelé le sacrifice eucharistique ; c'est pour cela aussi que le prêtre , avant de commencer la Préface, dit : Rendons grâces, etc. : Gratias agamus^ etc.; et que le peuple répond : C'est une chose digne et juste, etc.: Dignum et jusium est^ etc.

Le troisième effet de ce sacrifice , c'est d'être propitiatotrùt c'esC-à-dire qu'il a la vertu d'apaiser Dieu juslement^ irrité contre nous, et d'obtenir de Dieu les secours qui nous sont nécessaires pour produire des actes de contri* tioD, nous disposer à confesser nos péchés, et former la ûonstante résolution de ne plus offenser Dieu à l'avenir. En effet, qui pourrait dire la vertu de ce sacrifice pour produire cet effet , alors que la victime est la même que la victime offerte sur la croix , Jésus -Christ Homme- Dieu , que saint Jean (2) appelle la victime de propitiation pour Do^ péchés , et non-seulement pour les nôtres , mais aussi pour ceux du monde entier : Ipse est propUiaiio pro peccatis

(1) Malach. I.

(2) I. JOANlf . II. A

i42 LB CATÉCHISTE

nostris , non pro nostris autem tantum^ sed etiam pra toim mundi?

Le quatrième effet de ce sacrifice, c*est d*étre satisfactorre^ c'est-à-dire qu'il a la force de satisfaire pour les peines dues au péché remis ^ peines qu'il nous faut payer dans cette vie ou dans la vie future. C'est ce qu'enseigne le concile de Trente , lorsqu'il dit que ce sacrifice est offert pour les péchés^ pour les peines et la satisfaction des fidèles vivants. Toutefois, il faut dire que ceux qui font célébrer des messes pour eux-mêmes, c'est-à-dire pour satisfaire pour les peines dues par eux, doivent être en étal de grâce , pour obtenir ce fruit du saint sacrifice, parce que, s'ils sont en état de péché mortel, de même qu'ils ne peuvent rien mériter par leurs bonnes actions, de même ils ne peuvent pas satisfaire par le sacrifice de la messe pour les peines dues par eux ; car pour que quelqu'un satisfasse à Dieu, il faut qu'il soit agréable à Dieu ; or, celui-là seul qui est en état de grâce est agréable à Dieu. Et c'est pour cette raison que le sacrifice de la messe satisfait pour les âmes du purgatoire; comme elles» sont en état de grâce et agréables à Dieu, les oblations, les prières, les aumônes, les autres bonnes œuvres offertes pour la rémission de leurs peines et surtout le saint sacrifice de la messe, obtiennent leur effet.

Le sacrifice de la messe est encore impétratoire^ c'est-àdire que par lui ngus pouvons obtenir tous les biens da corps et de l'âme qui ne sont pas nuisibles à notre salut. Ainsi renseigne le saint concile de Trente , lorsqu'il dit: Pro aliis necessitatibus fidelium : « Pour les autres besoins des fidèles. » C'est pourquoi le sacrifice de la messe peut être offert pour obtenir de Dieu la force contre les tentations, pour obtenir les secours nécessaires pour l'acquisitioD

£N GHAIBB. il3

des verlas, comme la santé du corps, les biens temporels convenables à notre étal, etc.

Nous lisons dans Thisloire de l'Église plusieurs faits qui montrent les bienfaits obtenus par la célébration du saint sacriGce de la messe. En voici un qui est raconté par saint Augustin (0 : « Le tribun Hespérius , dit-il , possédait un domaine da.ns un lieu appelé Zubebo; ayant connu que ce lieu était infesté par les démons, il vint trouver mes prêtres en mon absence, et pria un d*entreeux de se transporter en ce lieu, afin d*en chasser les démons par ses prières. En effet, un de mes prêtres y alla, y célébra le sacrifice de la messe, priant que ce lieu fût délivré de la présence des démons; et Dieu, par sa miséricorde, exauça cette prière» et les démons cessèrent d*infester la maison des champs d'Hespérius. i»

Saint Grégoire le Grand raconte cet autre fait arrivé de son temps : « Un homme fut réduit en servitude par les ennemis et envoyé , chargé de chatpes , dans des contrées lointaines ; or, sa femme, ne le voyant pas revenir, et n6 recevant pas de ses nouvelles, crutqu*il était mort, et chaque semaine elle eut soin que le sacrifice de la messe fftt offert pour lui.

«Quoique vivant, le captif reçut de ces sacrifices un grand soulagement à ses maux, car toutes les fois que les prêtres célébraient la messe pour lui^ il se sentait délivré de ses chaînes; enfin il sortit de la captivité, et de retour dans sa pairie, il apprit de sa femme ce qui avait été fait, et il reconnut qu'il avait dû au divin sacrifice offert pour lui les adoucissements à sa peine et enfin sa délivrance. Concluez de là, s*écrie le saint docteur, combien la sainte hostie a de

{i\ Ub. U de Civit Dei^ c. mu y

puissance pour briser les iieos de noire propre cœur, puisqu'elle peut briser ainsi les liens du corps. Cependant, mes frères bien-aimés^ avec quel respect la plupart des fidèles assistent-ils à ce divin mystère si utile, si fructueux? Hélas ! combien de femmes chrétiennes se parent comme des idoles et semblent vouloir ravir à Dieu dans son propre temple le culte et Tadoration qui sont dus à lui seul. Malheureux que nous sommes! tandis que Jésus-Christ sur Tautel renouvelle son sacrifice, souvent notre esprit est occupé des ^nffaires du monde, de ses plaisirs, de mille pensées frivoles ou impies peut-être ! Ah I si Dieu frappa cinquante mille Bethsamites (4)4)our avoir seulement osé regarder TArche du Seigneur, laquelle n'était cependant que Tombre et la figure de cet auguste mystère , quelle punition ne mériterions-nous pas pour tant d'irrévérences? a Pendant le sacrifice , dit saint Jean Chrysostome , les anges assistent le prêtre, toutes les puissances célestes remplissent le temple des louanges divines, Tautel est environné d*anges qui rendent honneur à la divine victime. Que cette pensée nous inspire le respect et le recueillement dus a Jésus qui s'immole pour nous !

TRAIT HISTORIQUE

Ud prince du Japon , nouvellement converti au christianisme, entendait la messe avec une grande dévotion , mais tout à coup sa piété est troublée par la conversation de quelques officiers qui causent et folâtrent à rentrée de la chapelle. Indigné de cet outrage fait à Jésus- Christ sacrifié sur Tautel , il commande sur Theure qu'on fasse mourir tous les coupables; et cet ordre eût été exécuté, si les missionnaires n'eussent intercédé pour les gentUsbommes et obtenu leur grâce.

(1) I. Reg. VK

yGOOgk

XN CBAIKS. 44S

Sar les dlTeraes dispositions requises pour faire une beane eemmunlon.

( 3e Sermon. )

BXPOSÉ SOMMAIRE.

Des dispositions nécessaires qui regardent le corps ; des dispositions nécessaires de i*âme. Des dispositions convenables, positives ou négatives.

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