TEXTES TIRÉS DE L*ÉCE1TURE SAINTE
Qui maDducat me, et ipse vivet propler ine. ( Joann. yi.) — a Celui qui me mange vivra par moi. »
Hic est panis de cœlo descendens , ui si quis ex ipso maDducaveritnoamorialur... Qui manducal meam carnem^ et bibit meum saoguiaem , habet vitam œternam, et ego resuscitabo eum in*novissimo die. (Joann. vi.) — «C'est moi le pain descendu du ciel, afin que si queIqu*uD mange de ce pain , il ne meure pas... Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier joar. »
TEXTES TIRÉS DES PÈRES
Nonaliud agit participai io corporis et sanguinis Cbrîstii quam ut id quod sumimus , transeamus. ( S. Léon , Serm.' xiv de Pass. Dom. ) — « La participation au corps et au sang du Christ a pour effet de nous transformer en celui que nous recevons. »
Cresce et manducabis me ; nec ego mutabor in te, sicat cibus carnîs tuœ , sed tu mulaberis in me. ( Aug. ) — «Grandis et nourris-loi de moi ; je ne serai pas changé en toi, comme là nourriture terrestre qui fait vivre ton corps, mais tu seras changé en moi. »
Ut leones flammam spiranles, sic ab illa mensa discedîmus, lerribiles effecti diabolo. (Chrtsost. HomiU lxv.} — «Nous quittons la table eucharistique comme des lions enflammés de courage , et ce feu de Tardeur céleste nous rend terribles au diable.
Pignus fulurœ gloriae. [V Église, Offic. SS, Sacr»)'^ « L'eucharistie est le gage de la gloire future, o
ES GHAIEK. i6S
BXOEDK.
Qui pourrait s*étonner, mes frères, de ce que disent commuoément les Pères el les docleurs de TÉglise, savoir, que reucharistie« quand on la reçoit dignement, surpasse par les grâces qu'elle confère tous les autres sacreroqnls en richesse et en suavité I Car les autres sacrçments contiennent la vertu que la personne de Jésus Christ a voulu y attacher; mais Teucharistie contient Jésus -Christ luimême dans sa propre personne , Jésus -Christ source de toute grâce ; d où vient qu'il disait un jour, en parlant de leucharistie : « Celui qui me mange , vivra par moi. » Qui manduçat me, et ipse vivet propter me. Voyons donc, mes frères^ dans ce discours^ ^"^ la manière très-excellente dont Teucharistie surpasse les autres sacrements , et 2<> les effets particuliers qu'elle produit dans tous ceux qui la reçoivent avec les dispositions requises.
4<* Ainsi que nous venons de le dire , Teucharistie ne renferme pas seulement la grâce ^ mais fauteur mêmn de la grâce, Jésus-Christ a plein de grâce et de vérité (4). » Ensuite ^ tandis que les autres sacrements ont été institués pour nous faire obtenir un effet particulier de la passion de Notre - Seigneur , en tant que le mérite de la passioa iuflue sur les sacrements, et que, d'une certaine manière ,^ ils en renouvellent la mémoire , Teucharistie, toutes les fois qu'elle est célébrée au saint sacrifice de la messe représente en vérité, et renouvelle même, d'une manière non sanglante, le sacrifice sanglant du Calvaire. Ce qui fait qu'elle contient très -pleinement l'effet de la
(i) JoAim. I.
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passion et de la mort du Christ, d*au(ant qu'elle contieot le Christ lui-même comme victime, d'où Tapôtre saiot Paul nous dit : a Toutes les fois que vous mangerez ce paio et que vous, boirez ce calice , vous annoncerez fa mort du Seigneur (4). » Les autres sacrements opèrent en nofis p&r Tapplication extérieure de la matière et de la forme : par deS/Signes, des onctions, des paroles, etc. L'eucharistie agit dans notre propre coeur, où noos la recevons en qualité de nourriture spirituelle. Ce pain sacré de la vie céleste que noos mangeons opère en nous, conime le remarque, après saint Thomas , le concile de Trente, des effefs analogues , dans l'ordre spirituel , aux efîets que produit , dans Tordre physique, la nourriture corporelle. En effet, la nourriture matérielle conserve la vie de notre corps, l'aog* mente, la répare , et produit en nous une certaine délectation honnête que la Providence a voulu attacher à l'usage des aliments. Il en est de même de l'eucharistie: elle entretient dans notre âme la vie de la grâce; elle augmente cette vie , elle en répare les pertes quotidiennes, causées par notre fragilité , et nous fait éprouver ici - bas" une telle suavité, une telle consolation, un tel sentiment de bonheur divin, que celui-là seul qui l'a éprouvé peut s'en faire une idée. C'est pourquoi Notre^ Seigneur disait d'une manière expresse : « Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage (2). » Enfin , tandis que les autres sacrements ne dous unissent à Notre-Seîgneur que par sa grâce , dans l'eucfaaristie noas sommes unis à lïotre-SeIgneur dans sa p^opre personne, car nous le recevons alors a véritablement, réellement et'
(1) L Cor. II.
(2) JOINN. YI.
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substantiellemeot. » Il est en nous, el nous sommes en lui ; nous pouvons dire : « Je vis , non plus moi , mais Jésus* Christ vit en moi (l). » Alors encore s'accomplissent ces paroles de saint Paul : « Celui qui s'attache à Dieu , devient avec lui un même esprit (2); » et : « Nous sommes les membres du corps de Jésus , nous sommes de sa chair et de ses 08 (3).» Toutefois^ remarquons, mes frères, que tandis que la nourriture corporelle se change en celui qui la reçoit, reactiaristie transforme en Notre-Seigneur celui qui communie, a Oui^ s'écrie saint Léon, la participation au corps et au sang du Christ a pour effet de nous transformer en celui que nous recevons. » Non aliud agit parlicipatio corporis et sanguinis Christi, quam ut id, quod sumimus , transeamus (4). C'est ce que le Seigneur lui «-même fait entendre à saint Augustin » lorsque, dans un des ravissements contemplatifs de ce grand docteur, il lui dit ces douces paroles : a Grandis , et tu te nourriras de moi, et je œ serai pas changé en toi, mais tu seras changé en moi. » Cresce^ tt manducabis me;nec ego mutaborin /e, sicuicibus camis tuœ^ sed tu mutaberis tante.
VoilÀ, mes tràs^chers frères, ce qu après saint Thomas ei les autres docteurs nous avions à dire d'une manière générale des frutts très-eicellentsde la divine eucharistie. Mais voyons maintenant, en détail, les effets de cet auguste sacrement dans les flmes bien disposées.
8* Le premier effet de l'eucharistie, c'est la grâce, mais une grâce d'autant plus excellente que leucharistie est le
(1) Gai, II.
(ï) L Cor. VI.
(S) ibid,
(4) S. Lio. Serm. xrr dePass. Dom,
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plus excellent de tous les sacremeols. Nous allons suivre ici, el dans toute la suite de ce discours, saint Thomas, le Docteur augêlique , celui qui a si bien parlé de l'eucharistie, celui qui mérita cet éloge de Notre - Seigneur : « Thomas, (u as bien écrit de moi. » Bene scripsisti de me Thoma.
Nous disons donc que l'eucharistie produit la grâce ; c'est ce qui lui est commun avec tous les sacrements. Mais remarquons ici qu'il ne s'agit pas dé la grâce première, de la grâce qui de pécheurs nous rend justes : non^ il ne s'agit ici que de la grâce seconde, de celle qui suppose déjà l'étal de grâce; car Teucharistie est un sacrement des vivants , el il y aurait un grand sacrilège a s*approcher sciemment de la sainte table avec une conscience souillée d'un seul péché mortel. Toutefois , il peut arriver accidentellement x]ue l'eucharistie produise la première grâce , lorsque, par exemple, on la reçoit sans avoir conscience d'un péché mortel, quoique l'on ne soit pas cependant en état de grâce. Alors l'eucharistie peut exciter en nous une charité assez parfaite pour nous JAistifier. Mais nous n*insistons pas sur ce point ; nous disons qu'elle confère la grâce seconde, et d'une manière plus excellente que tous les autres sacrements. Or, il y a deux manières dont un sacrement produit la grâce, savoir : 4<» en vertu même du sacrement {ex opère operato)^ par la seule application de la matière et de la forme au sujet qui ne met point d obstacle à Tefret propre du sacrenient ; 2« en vertu des dispositions plus ou moins parfaites de celui qui le reçoit ( ex opère operantis ). 11 en est de môme de l'eucharistie ; elle produit la grâce de ces deux manières. La grâce qu'elle opère par elle - même ne diffère pas en ceux qui sont exempts de péché mortel ; et cette grâce est d'un
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prix inestimable ; la grâce qu'elle produit en veria des dispositloDS particulières des communiants est proportionnée à leur ferveur. De là , mes frères, deux recommandations que nous devons vous faire : la première, qui est indispensable dans son objet , c'est que pour communier dignement et avec fruit, il faut l'état de grâce ; la seconde, c'est que pour retirer de la communion des fruits trèsabondants, il faut de très - saintes dispositions. Mais qui donc voudrait demeurer tiède en présence des avantages incalculables qu'il peut se procurer par la ferveur de Tâme à la table eucharistique? Qui donc voudrait rester attaché au péché véniel, manquer d'humilité, de douceur, de tendre piété, d'activé charité, de zèle pour là mortiGca» tlon, en pensant qiTe la grâce eucharistique sera d'autant plus abondante que les dispositions pour la recevoir auront été plus parfaites! Voulez -vous grandir dans la vie spirituelle, voulez- vous devenir parfaits, efforcez - vous de communier parfaitement et souvent, a Par ce sacrement, nous dit saint Thomas , la grâce est augmentée , la vie spirituelle est perfectionnée , en ce sens que Thorome arrive à une telle union avec Dieu qu'il devient en lui-même parfait. » Per hoc sacramentum gratia qugetur, et perfidtur spiritualis vita ad hoc quod homo in seipso perfectm existât per conjunctionem ad èum (4).
Le second effet de leucharistie , c'est d'effacer les péchés véniels. « Leucharistie, nous dit saint Thomas (2), est une nourriture ; et le propre de la nourriture c'est de rép9rer les forces ; donc l'eucharistie répare en nous les pertes quotidiennes que nous fait éprouver chaque jour.
<«) X^. «/. art. 4.
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parles fau les légères, Tardeur de notre coocupisceDce. 9 — « Ce paio de chaque |oar, dit saÎDt Ambrotse, est le remède de DOS iofirmilés dé chaque Jour. » Isie panis quoti^ dianus sumilur in remedium infirmitaik quoUdianœ. a En outre, ajoute saiot Thomas, la saiote eucharistie nous donne une augmentation de grâce sanctifiante, et non» i fait produire des actes de charité; or» la charité détruit les fautes légères; donc l'eucharistie a pour effet de nous purifier de ces fautes. Mais il faut pour cela , mes frères « ne conserver aucune attache volontaire au péché véniel; il faut le détester, ei s'efforcer, en le combattant chaque jonr^ de le mettre en fuite, afin de vivre dans une sainteté plua entière et dans une plus étroite union avec Notre- Seigneur. Ah I si les âmes savaient apprécier toutes les grâces que Dieu leur a préparées au banquet de son Fils, comme elles y viendraient plus souvent , et surtout comme elles s*y présenteraient avec de saintes dispositions. Bientôt on les verrait briller de Téclat des vertus dans le ciel de rÉglise , comme des astres destinés à proclamer la gloire de Dieu et louvrage merveilleux de ses mains,;selon qu'il est écrit dans le Psalmiste : « Les cieux annoncent la « gloire de Dieu. » Cœli enarrant gloriam Dei I Mais poursuivons notre étude, et voyons les autres richesses conternues au trésor du très- saint sacrement.
Le troisième effet de l'eucharistie, c'est la rémission des peines temporelles dues au péché. C'est ici un effet indirect de ce sacrementi nous dit encore saint Thomas. Vous savez, mes frères, que le péché mérite, s'il est mortel, une peine éternelle dans l'enfer, et s'il est véniel, une peine temporelle ici - bas ou dans le purgatoire. Vous savez aussi que le sacrement de pénitence, quoiqu'il détruise la peine éternelle due au péché , laisse ordinairement subsister
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TobligatioD de satisfaire à la justice de Diea par des peines souffertes sur la terre on dans le purgatoire, et que même, pour les péchés véoiels , il peut se faire que le sa* crement de pénitence n'en détruise pas toujours toute la peine. Eh bieni l'eucharistie^ par la charité qu'elle excite en notre âme, détruit, d'une manière proportionnée à cette charité , ces peines du temps que méritent nos péchés ; de telle sorte qu'il peut se faire que par la communion nous arrivions à nous acquitter peu à peu, envers Dieu, de tout ce que nous devons payer à sa justice. Quel trésor de richesses spirituelles, quel inestimable avantage! 0 amour de Dieu, que vous êtes grand I ô sagesse de Dieu , comme vous savez accorder à notre égard les droits imprescriptibles de la justice et de la miséricorde ! Dans la communion, c'est l'amour qui paie les dettes des péchés. L'amour fait la victime, mais la victime n'est heureuse que par l'amour. 0 Jésus I quel mystère de grâce et de suavité 1
£q quatrième lieu» l'eucharbtie nous préserve de la rechute dans le péché mortel, a C'est un antidote , dit le concile de Trente^ qui nous préserve des péchés mortels. » Antidotum quo a p&xatis mortalibus prœservamur. D*où vient cet effet si précieux? de la vie même de Notre - Sei* gneur qui, par la communion, est notre propre vie. € Celui qui me mange vivra par moi ; » et encore : « Je suis le pain de vie , je suis le pain descendu du ciel , afin que si quelqu'un mange ce pain, il ne meure pas (4). » Or, comment, avec une telle vie en nous, ne aérions -nous pas plus forts contre le péché? a En sortant de la table sainte, iHHis dit saint Jean Cbrysostome, nous sommes semblables