LUI
me rintégrllé de la eontemmîem el de« autres qualité* qu^elle doit aveir.
EXPOSÉ SOMMAIRE
Confesser le nombre et Tespéce des péchés et les circonstances qui changent Tespèce ; des circonstances simplement aggravantes ; des interrogations du confesseur; obligation grave d*y répondre en certains cas; des. péchés douteux ; comment les accuser; des motifs qui exemptent de l'intégrité de la confession : l'oubli involontaire , Timpuissance physique ou morale ; de ceux qui sont sourds et de ceux qui ignorent la langue du pays où ils se confessent ; des moribonds ; autres cas ; autres qualités que doit avoir la confession ; elle doit être simple, humble, sincère et faite de vive voix.
La confession doit être entière. Or, on, distingue deux sortes d'intégrilés : Tintégrité matérielle et Fintégrité morale. La première consiste dans Taccusation matériellement exacte de tous les péchés graves que Ton a commis. Elle est souvent impossible , la mémoire humaine ne suggérant pas ordinairement au pécheur une telle accusation , même avec la meilleure volonté de ne rien omettre. Elle n'est
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donc pas oécessairemeDt requise. La seconde , Tintégrlté -oioraie, consiste dans Taccusation de tous les péchés gra* "ves dont on se souvient après un examen sérieux. Elle est -possible, elle est requise, elle est nécessaire. Cette accusation comprend , sous le rapport de Tiotégrité , le nombre ^t Tespèce des péchés, les circonstances qui changent «l'espèce. Parlons d*abord de ces (rois poinls essentiels ; nous parlerons ensuite des causes qui peuvent exempter de cette rigoureuse intégrité morale, après quoi nous dirons x|uelques mots des autres qualités que doit avoir la con- 'léssion.
La confession, disons- nous, doit être intégre moralement. Le pécheur qui s'accuse doit confesser tous les péchés graves dont il se soùvieni après un examen sérieux. Se confesser sans examen, c'est s'exposer à n'être pas exact dans l'aveu et à faire une mauvaise confession. Les fautes graves oubliées en confession parce que l'examen n'a pas été suffisant, rendent la confession nulle et sacrilège. Les fautes graves simplement oubliées par défaut de mémoire après un bon examen, sont remises et ne nuisent en rien à l'effet du sacrement de pénitence. Il faut donc , avant de se confesser, se bien examiner; et pouroela , il faut prier, il faut se recueillir, il faut prendre un certain temps convenable, repasser dans sa mémoire les fautes que l'on a commises par pensées, paroles , actions ou omissions , les commandements de Dieu et ceux de l'Église , les devoirs de son état, les péchés capitaux; songer aux personnes avec lesquelles on a pu se trouver, aux lieux que Too a fréquentés, enfin à tout ce qui peut servir de moyen pour nous faire découvrir, sans produire une trop grande anxiété de l'âme, les fautes commises en matière grave. Donc attention avant loate chose à l'examen de conscience. Cet examea
une fois fait, la confession aura lieu ^ elle sera intègre. liais rinlégrité requiert Taccusation du nombre et de Tespèce des péchés conomis y ainsi que des circonstances qui changent l'espèce : parlons ici avec quelque détail de cette importante matière.
Le saint concile de Trente, session XtV, canon vu , déclare qu'il est nécessaire de droit divin , pour la rémission des péchés , de confesser dans le sacrement de péoîleDce tous les péchés mortels et chacun de ces péchés dont on se souvient après un mûr examen » même les péchés cachés, ainsi que ceux qui sont contre les deux derniers préceptes duDécalogue, et les circonstances qui changent l'espèce. Cette décision est formelle.
On doit donc 40 exprimer l'espèce des péchés qu'on accuse. En effet, sans cela le confesseur ne connattrart pas la faute ; ne la connaissant pas, il ne pourrait pas laguénr; car, ainsi que le dit le concile de Trente, la médecine ne guérit pas ce qu'elle ignore : Quod ignorât, me^idna non curât. D'ailleurs les péchés diffèrent les uns des autres, principalement par l'espèce : le vol n'est pas le blasphème, le blasphème n'est pas la fornication. Il ne suffirait donc pas de dire, en se confessant : « Mon père, j'ai péché mor* tellement; » il ne suffirait pas même, en général, de dire le genre du péché commis ; par exemple : a Mon père , j'ai péché contre la justice ou contre la chasteté ; » il faudrait spécifier de £|uel péché i'on s'est rendu coupable , et dire de quelle manière l'on a violé la justice ou la chasteté : s'il s'agit d'un vol, d'une fornication, d'un adultère, etc.
2** On doit exprimer autant que possible le nombre des péchés commis ; sans cela le confesseur ne connaîtrait pas l'état du pénitent, ni l'habitude où le pénitent peut se
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trouver par la répélUion numérique des péchi^s. Mais parce qu'il est souvent difficile et même inipossible de préciser le nombre des péchés commis, le pénitent devra se servir d'une formule approximative, et dire : a Mon père, j*ai commis tel péché, tant de fois a peu près^ environ; ou encore^ pour les péchés plus fréquente , tant de fois par semaine, par mois; 0 ce nombre approximatif suffira. Si pourtant Ton s'apercevait plus tard que le nombre que l*on avait cru approximatif ne l'est points et que le souvenir du nombre précis des péchés revint à l'esprit, il faudrait dans la prochaine confession exprimer ce nombre exact.
30 11 faut faire connaître les circonstances qui changent Tespèce du péché ^ les circonstances qui ajoutent à la malice propre du péché une nouvelle malice d'un autre genre. Par exemple , le. vol d'un objet sacré n'est pas seulement un vol, il est un sacrilège. Mais, pour être obligé d'exprimer les circonstances qui changent l'espèce, il est nécessaire que la milice distincte qu'elles ajoutent à l'acte principal soit mortelle. Enfin, il est seulement utile d'accuser les circonstances qui, sans changer l'espèce du péché, aggravent simplement le péché dans sa propre
Maintenant souvenons-nous, mes frères, que le pénitent est obligé en conscience , comme il résulte de la condamnation faite par le pape Innocent XI d'une proposition contraire à la vraie doctrine; souvenons-nous, dis-je, que le pénitent est obligé de répondre selon la vérité au confesseur qui l'interroge sur l'habitude d'un péché , et pratiquement soyons fidèles à répondre selon la vérité aux interrogations d'un confesseur sage et prudent. Ces questions auront toujours pour but de connaître l'état de notre
âme , de protéger la dignité du sacrement de pénitence , et d'en assurer Tefficacité.
Un mol maintenant sur les péchés douteux.
Nous n'entrerons pas ici dans les discussions Ihéologiques que fournit ce sujet ; nous nous bornerons a exhorter >es pénitents et à leur dire : « Mes frères, voulez-vous trouver dans le sacrement de pénitence la paix de Tâme , la consolation du Saint-Esprit , Tespérance du ciel ? N'omettez rien de ce qui peut être nécessaire ou même utile dans l'accusation ; confessez donc les péchés douteux , comme douteux. N'augmentez rien, ne diminuez rien, ne dites que la vérité, mais dites toute la vérité ; en un mot, que votre confession soit intègre. »En effet, vous l'avez vu, cette intégrité est requise de droit divin. Toutefois il y a des causes qui peuvent exempter de cette intégrité; quelles sont ces causes? C'est ce que nous allons voir maintenant.
Quels sont les motifs qui peuvent exempter de l'intégrité de la confession ? 4*» L'oubli involontaire. Dieu ne demande pas l'impossible, il suf6t de s'accuser des fautes dont on se souvient après un bon examen. Mais cet examen est requis. Si on le néglige, Toubli n'est pas involontaire, el les fautes ne sont pas remises. En outre, si Ton vient à se rappeler plus tard des fautes graves omises en confession par un oubli même involontaire , il est nécessaire de les accuser dans une prochaine confession. Ces fautes, quoique remises avec les autres, doivent cependant être soumises au pouvoir des clefs. 11 n'y a donc pas sur ce point d'illusion à se faire. Celui qui chercherait h oublier ses fautes, aggraverait sa conscience au lieu de la soulager, et augmenterait son mal au lieu de le guérir. 2" L'impuissance physique ou morale est encore un motif
qui exempte ) tant que cette impuissance dure, de rioté* grité de la confession. Les sourds-muets, par exemple, les moribonds , les étrangers qui ne savent pas la langue du pays où ils se confessent, sont, à proportion de la difficulté qu'ils éprouvent, dispensés de dire toutes leurs fautes en détail. Mais, dans tous les cas, lorsque Timpuissance physique ou morale vient à cesser, les pénitents sont obligés de compléter leur confession^ quoique Tabsolution qu'ils ont reçue ait remis tous les péchés. D'ailleurs , il est important^ dans ces circonstances difOciles, de consulter le confesseur, et de s*en remettre à sa décision.
En un mot, il est indispensable d*accuser^ autant qu*on le peut , lous les péchés graves dont on se souvient après un bon examen , post diligentem suî discussionem , dit le concile de Trente. Voyons maintenant, en peu de mots , quelles sont les autres qualités que la confession doit avoir. Je dis, mes frères, qu'elle doit être simple^ humble y sincère, et ordinairement faite de vive voix. r Elle doit être simple. Le pénitent ne doit dire que ce qui a rapport à ses péchés, et ne pas se perdre dans d'inutiles et fatigantes digressions. 2* Humble, Gomment le pécheur qui s'accuse pourrait -il s'enorgueillir, s'excuser? D'ailleurs , c'est aux humbles que Dieu donne la grâce ^ tandis qu'il la refuseaux superbes : Deus superbis resistit, humilibus autem dat gratiam. Dans cette pensée , le roî David s'humiliait et disait : « Seigneur, vous ne mépriserez pas un cœur contrit et humilié. » Cor conlritum et humiHaturrij Deus, non despicies. Il faut donc qu'au saint tribunal, tout, soit dans la pensée, soit dans les paroles, soit dans l'attitude du pénitent, respire la plus profonde humînté. 3» La confession doit être sincère. Le pénitent doit dire toute la vérité et rien que la vérité, et quand il s'accuse et
1(46 LE CATÉCHISTB
quâod OD rioterroge. Si, dans certains cas, de faibles dé^ guisements qui ne proviemient que d^une grande lîmidilé ou qui ne portent que sur des points peu importants, ne nuisent pas à la validité du sacrement, il est des cas où le manque de sincérité aurait les plus funestes résultats. Disons, à ce propos, que celui qui confesse une partie de ses péchés à un confesseur, et une autre partie à un autre confesseur, s'abuse étrangement , et comn^et un sacrilège. Que si Ton a commis des j)échés mortels , il faut les dire tous au même confesseur ; et que si Ton a commis des péchés véniels et des péchés mortels^ il faut d abord que les péchés mortels soient remis^ et partant qu'ils soient fous accusés au même prêtre ; que les péchés véniels , dans ce cas , ne peuvent pas être remis seuls indépendamment des autres^ ou qu'alors, il faut dire tout à la fois les yénielset les mortels au même confesseur , ou n'accuser à part les véniels qu'après avoir reçu l'absolutipn des péchés mortels accusés au même prêtre. Et encore, dans ce cas, prenons garde de cacher notre âme à celui qui devrait la connaître tout entière pour nous bien diriger I
Enfin, 4" je dis que la confession, ordinairement, doit être faite de vive voix. C'est la pratique générale de rÉglise, qui ne souffre d'exception que dans les cas de nécessité. C'est par la parole et non par écrit ou par signe qu'il faut se confesser. Nous n'insisterons pas sur ce point.
Une confession fahte avec les dispositions et les qualités que nous venons de décrire, sera bonne , agréable à Dieu, et disposera le pénitent à recevoir fructueusement Tabsolulion. Efforçons-nous donc, mes frères, d'être sincères; humbles et simples. Disons tout, ne cachons rien. Ne nous trompons pas nous-mêmes en voulant tromper îe prêtre.
Bll CHAnB. 547
D'ailleurs nous ne pouvc^s tromper Dieu. Souvenons^nous que si la confusion d'un moment est pénible , la confusion éternelle le sera bien davantage, et que la paix du cœur ici-bas et le repos sans fin^ans le ciel seront la récompense de cette épreuve de la confession courageusement et loyalement acceptée.
TRAIT HISTORIQUE
Un des Pères du d*ésert (1) vit un jour le malin esprit qui guettait chacun de ceux qui s'approchaient du confessionnal. — Que fais-tu là? loi dit-il. — Rien de mau^rais^ répondit le tentateur, je rends à chacun de ces pénitents ce que je lui avais pris. — Et quelle est donc cette étrange restitution? répliqua le moine. — J'avais enlevé à chacun d^eux , dit Satan , la pudeur et la boute au moment où ils commettaient le péché , afin qu'ils le commissent plus librement , et maintenant je les leur rends, pour les empêcher de faire une confession franehe et entière. Ce n^est donc pas sans raison que saint Gbrysostome a dit : « Dieu avait attaché au péché la honte , à la confession la confiance ; mais le démon vient bouleverser cet ordre divin , et il inspire au péché la confiance , à la confession la crainte et la honte. »
Se la eonfesMlon fréquente el Ûem confeMlons générales.
BXPOSé SOMMAIBE.
Utilité de la confession fréquente : elle nous fait bien connaître nos défauts, notre faiblesse ; elle augmente la
(1) Vies des Pères de Cassieo.
618 LB CATÉCSISTI
grâce en D0U8 ; elle renouvelle nos forces , nous prémunit contre la rechule^ abolit peu à peu les peines temporelles, sinon tout à fait, au moins en grande partie, et nous assure le salut; la conre.ssion générale souvent utile, néces* saire dans certains cas , dangereuse quelquefois; manière de la faire.
Après avoir parlé , mes frères , de la confession au point de vue du droit divin et au point de vue du droit ecclésiastique , j*ai dessein de vous en parler aujourd'hui d'après Texpérience de la piété chrétienne , c*est*à-dire de vous montrer que rien n'est plus utile que la confessîoa fréquente. J'ajouterai quelques mots sur les confessions générales. Sans autre préambule, entrons en matière.
J'appelle confession fréquente la confession qui a lieui peu près tous les mois, à plus forte raison celle qui se fait tous les quinze jours ou même tous les huit jours. Ici , je parle surtout de la confession de tous les mois. Cette confession est utile à tous soit pour ne pas nous laisser dans le triste état du péché mortel y si nous avions eu le mal* heur d'y tomber, soit pour nous faire avancer dans la pratique des vertus. Afin d'établir quelque ordre dans cet iraporlant sujet , je dis, mes frères , que la confession fréquente l<^nous délivre du péché et de ses suites; 2^ nous forlifie dans le bien , l'augmente dans notre âme et assure notre salut.
Et d'abord , mes frères , la confession fréquente nous délivre du péché et de ses suites. En effet, elle nous rend plus humbles, plus éclairés sur notre véritable valeur morale ; par là , elle combat en nous l'orgueil, et , en combattant l'orgueil , nous préserve de l'un de nos plus
redoutables ennemis. Celui qui examine sa conscience « qui en sonde les profondeurs , qui en visite les plis et les replis, découvre tant de misères, il y voit tant de mal commis , tant de bien mal fait , tant de bien négligé ou compléfement omis, tant de grâces reçues sans profit, tant de responsabilité assumée devant Dieu pour Téternité, un si grand abus de la miséricorde, de si redoutables menaces de la justice de Dieu, qu'il ne peut que se confondre , s'humilier et demander grâce. Or, une (elle confusion platt à Dieu, cr Dieu, nous dit la sainte Écriture , résiste aux superbes, mais il donne sa grâce aux humbles.» — « Vous ne rejetterez pas, Seigneur, s*écriait David ^ un cœur contrit et humilié. » En outre, voyez, mes frères, quelle force la confession nous donne contre nous-mêmes: elle nous arrache des aveux pénibles, mais salutaires. Quand les aveux sont faits, nous sommes forts contre' nous-mêmes, c'est-à-dire vraiment puissants, puisque nous n'avons pas déplus redoutable ennemi que notre orgueil. Par cette victoire nous devenons plus aptes au bien. Dieu nous regarde avec complaisance; il nous donne plus de grâces; ces grâces sont plus fructueuses ; c'est ainsi que, par la confession, nous avançons notre progrés spirituel. Mais quel bien ne reçoivent donc pas de la confession fréquente ceux qui sont déjà en état de grâce! La grâce sanctifiante est augmentée dans leur âme. Leur mérite s'accroît , leur force contre le mal est plus active, ils vont o de vertu en vertu , » de virtute in virtutem ; ils arriveront au ciel plus sûrement , ils verront Dieu et le posséderont à jamais : Videbitur Deus deorum in Sion.
D'ailleurs, si le péché mérite une peine, si celte peine que le pécheur doit payer ordinairement, même sa faute remise, soit ici -bas, soit dans le purgatoire, peut retarder
520 LR CÂTiCHlSTB
l'enlrée de Tâme pénileiile dans le ciel, la oonfessîoD fréquente par la pénitence imposée diminue gradueliemenl la peine du péchés el h&le ainsi peu à peu le jour de la par» faite délivrance. Comment donc, mes frères , ne nous empresserions-nous pas de mettre à profit de tels moyens de salut que Dieu nous donne et que TÉglise nous offre chaque jour? Ah I chrétiens, a ne différez pas de vous convertir à Dieu, dit le Sage (4], et ûe remettez pas votre pénitence d*un jour à Tautre, car 1$ colère divine viendra tout à coup fondre sur vous. » — « Mon fils , dit - il encore (2), avez-vous péché , ne péchez pas davantage^ mais priez Dieu qu*il vous pardonne les fautes passées. » — a Et pourquoi, ajoute saint PauU méprisez-vous les richesses de la miséricorde, de la longue patience de ce Dieu? Ne savez-vous pas que sa longue bonté nous invite à la pénilence ? Mais vous^ par votre dureté inflexible, et par Timpénilence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère pour le jour de la vengeance (S). »
Ayez donc recours, mes frères, à la confession fréquente. Elle est comme un bain salutaire où vous vous purifierez des souillures de ce monde, où vous réparerez vos forces, où vous trouverez le calme, la beauté de Tâme, ]*dmour de Dieu, Tespérance de l'éternelle vie. Ne rejetez pas un si grand moyen de salut, et ne méprisez pas les richesses que Dieu vous offre pour votre propre avantage. Mais, me direz- vous peut-être, avant de commencer par la confession fréquente une vie plus chrétienne , il faudrait peut - être pour moi une confession générale. Je la
(1) Eccli. IX. 8.
(2) Ibid, XXI. 1.
(3) Rom. XI. 4.
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redoute , et d'aillewrs je ne sauraia peui-èlré pas la biea faire. Je réponds à cette question, et je dis, mes frères: 4® que la confession générale n'est pas toujours nécessaire ; 2^ qu'il est aisé de la bien faire quand le confesseur la demande.
La confeasion générale est une confession des fautes de toute la vie , ou d'une partie considérable de toule la vie. Cette confession ne peut être nécessaire que lorsque les confessions précédentes ont été mauvaises, sacrilèges^ ou simplement nulles. Elle peut être utile, souvent, sans être nécessaire. Quelquefois elle serait dangereuse, pour des personnes, par exemple, portées au scrupule. 11 faut, sur ce point, s'en rapporter à un sage directeur. Mais à parler pour les cas ordinaires, la confession générale, une fois dans la vie, et de temps en temps , une revue de toute une époque, sont autant de pratiques vraiment salu* laires. En effet, la confession générale , ou la revue de notre âme pour toute une époque, considérée en soi, sup* pléeaux manq^uements qui auraient pu se glisser, même à notre insu , dans les confessions précédentes; car il peut arriver que les confessions aient été nulles par défaut de contrition, ou de ferme propos, ou de sincérité dans le pénitent. La confession générale réparera ces défauts. Mais, alors même que les confessions générales auraient été bonnes , de quelle utilité la confession générale ne seraitelle pas pour nous! Saint François de Sales énumère avec raison les avantages de cette confession (i) : « Elle nous donne, dit^il, une* connaissance plus parfaite de nousmêmes. Elle nous remplit d'une contrition salutaire à la vue de nos imperfections et de nos misères. Elle nous fait
(1) Vie dévote f c. vi.
6lt LB GATicmSTB
»dmirer la divine miséricorde qm Dons a si longtemps soufferls avec tant de patience et de longanimité. BUe apaise le trouble de notre cœur et nous met l'esprit en repos. Elle nous fait concevoir dô saintes résolutions pour Tavenir. Elle fournit à notre directeur l'occasion de nous donner les avis et les instructions les mteox appropriés à rétat présent de notre flme. Enfin , elle ouvre si bien notre cœur, qu'elle nous rend faciles toutes corn* muDJcalions que nous avons à faire dans les confessions suivantes.
11 faut donc, mes frères, se déterminer avec sagesse à faire pour notre âme cette sorte d'inventaire général et de nettoyage universel. D'ailleurs, celte importante opération est moins difficile qu'on ne le croit dans le monde.
4<* Il faut prendre sur ce poipt l'avis de notre con* fesseur. 2<> A moins qu'il ne noua impose une règle particulière , il est bon de diviser sa vie en époques , et de l'examiner dans ces différentes époques, sur les commandements de Dieu et de l'Église, sqr les péchés capitaux, sur les devoirs d'état et sur les circonstances particulières où l'on a pu se trouver. Cette confession faite avec réflexion, avec calme et patience, sans précipitatiod, 3'aceomplit sans peine et produit les fruits dont nous avons parlé. Si Je travail qu'elle demande nous effrayait encore^ que les^ récompenses attachées à ce travail nous déterminent à l'en* treprendre : Si labor tenet, merces invitet.
TRAIT HISTORIQUE
Comment il faut faire la confession générale.
Quand vous serez arrivée devant votre père spiritael, îmaginec-vons •d'être en la montagne du Calvaire, sous les pledë de Jésus -Christ
EN GHAUB. 52 S
crucifié^ duquel le sang précieux dittiUe de toutes parts pour vous laver de vos iniquités ; car bien que ce ne soit pas le propre sang répandu du Sauveur , c*est néanmoins le mérite de son sang répandu qui arrose abondamment les pénitents autour des confessionnaux. Ouvrez donc Totre cœur pour en faire sortir les péchés par la confession; car à mesure qu*ils en sortiront, le précieux mérite de la passion divine y entrera pour le remplir de bénédictions.
Mais dites bien tout simplement et naïvement , contentez bien votre conscience en ce)a pour une bonne fois, et, cela fait, écoutez Tavertissement et les ordonnances du «erviteur de Dieu , et dites en votre cœur : « Parlez, Seigneur, car votre servante vous écoute. Oui , c*est Dieu, Philotée, que vous écoutez , puisqu'il a dit à ses vicaires : « Qui « vous écoute, m*écoute. • ( Vie dévote^ c. xix. )
meM fruit* d'âne bonne eonf espion.
EXPOSÉ SOMUAIRB.
Des fruits excellents d'une bonne confession : les fruits sont le pardon de tous les péchés , la rémission des peines éternelles qui sont dues au péché , le don de la grâce sanc* tifiante qui nous fait enfants de Dieu et nous donne droit à l^érilage du ciel ; de la consolation et de la paix d'une flme qui rentre dans l'état de la grâce ; parabole de Ten* faut prodigue ; avantage de la confession fréquente.
BXORDB.
Mes FaèRBS,
Le sacrement de la pénitence, outre les effets qui sont communs i tous les sacrements, produit aussi des effets
594 LB CATÉCBItTB
particuliers dans Tâme qal le reçoit dignement* Je vous ai déjà dil que ce sacrement est appelé le sacrement des morts, parce qu*il a été institué par Notre - Seigneur Jésus-Christ, pour rappeler à la vie de la grâce les âmes qui soot mortes spirituellement à cause de leurs péchés mortels; je vous le rappelle, poor que vous compreniez mieux la doctrine que je vous expose.
Le premier effet du sacrement de la pénitence , c*est le pardon que Dieu accorde au pécheur, et la rémission des peines éternelles encourues par lui ; je dis le pardon, nonseulement des péchés quMl a confessés, mais encore de ceux dont il n'a pas la connaissance ou le souvenir. Que vous semble , mes frères, de ce premier effet de ce sacrement? Pour mieux en comprendre lexcellence, représentez-vous un homme qui aurait commis de graves offenses contre la personne du prince, et qui, pour avoir mérité la mort, ne saurait trouver ni paix ni sécurité dans aucune partie du royaume. Or, mes frères, combien cet homme ne s'estimerait-11 pas heureux, si le prince gravement offensé déclarait qu*il remet toutes offenses commises contre lui, à la seule condition que le coupable , prosterné aux piedsdiiministredusouverain, confesserait humblement ses offenses, regrettant de les avoir commises et promettant de ne plus offenser son prince à Taveuir? Or, mes frères^ les pécheurs sont coupables envers le roi du cid et de la terre ; ils ont commis envers sa majesté suprême des offenses graves et, nombreuses , de sorte qu'ils sont dignes de la mort éternelle. Or, comme le domaine de Dieu s*étend jusqu'aux extrémités du monde, ils ne sauraient nulle part se soustraire à sa justice; mais Dieu a institué ce sacrement pour que le coupable trouve le pardon aux conditions que nous avons exposées daùs l'hypothèse
EN GHAia£. 525
da sajei coupable envers le prince. Et c'est là , mes frères, un dogme de la foi. 0 fruit inestimable de la confession sacramentelle! d miséricorde infinie de mon Dieu I
Écoutez encore I cette rémission des péchés, Thomme la reçoit avec l'effusion de la grâce divine. Mais ici laissez-moi irous dire quelques mots sur ce don ineffable de la grâce, que tous les théologiens appellent avec saint Thomas une participation formellede la nature divine : Gratia est formalis partieipatio divines naiurœ. D abord il faut distinguer deux sortes de grâces: l'une est la grâce sanctifiante habituelle; «t c'est elle qui remet les péchés, justifie l'âme et la conserve dans la justice, tant que l'âme «lle-mème conserve la grâce sancti^ante en s'abstenanl de tout péché mortel. L'autre est la grâce actuelle, qui dispose l'âme à la grâce sanctifiante, et qui ne demeure pas dans Tâme^ mais qui passe en l'excitant aux actes bonSj comme par exemple aux^actes de la pénitence ou de la prière; et celte grâce est vulgairement appelée secours de Dieu. Or, vous voyez par cette explication combien la grâce sanctifiante, habitoelle, surpasse en perfection la grâce actuelle. 11 faut aussi que vous sachiez que sans la grâce sanctifiante ou habitoelle, bous oe pouvons rien faire de méritoire ni obtenir le moindre secours de Dieu. Vous comprenez par là le prix de la grâce sanctifiante ; et cette grâce , comme nous l'avons dit ^ est le premier effet de ta confession sacramentelle.
 cet effet s'ajoute qn autre effet : par la grâce sanctifiante qui nous fait participants de la nature divine, oous devenons fils adoptibde Dieu. C'est pourquoi l'apôtre saint Jean, saisi d'admiration, s'écrie : « Considérez quel amour le Père a eu pour nous, appelés enfants de Dieu , et qui le
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sommes en effet, b Videte quakm charitaiem dedUnobù Pater, ut filii Dei nominemur, et simus (4)/
Celte adoplîoD divine, mes frères, n'est pas un valo litrei mais elle apporte avec soi tout ce qu'apportent les adoplioDs qui ont lieu parmi les hommes. Or, les adoptioDS humaines donnent le droit d'héritage sur les biens de celui qui a adopté, et c'est pourquoi l'adoption est définie par les jurisconsultes l'élévation légale d'une personne à la qualité de fils et d'héritier / Assumptio legalis personœm filitim et hœredem; de même l'adoption divine nous donne droit à rbéritage du Père étemel, et cet héritage, c'est rélernelle béatitude. C'est pourquoi TApfttre disait avee confiance : <i Si vous êtes fils^ vous êtes aussi héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers de Jésus-Christ. » Si filii, et hœredes ; hœredes quidem Dei, cohœredes auiem Christi.
Que ne font pas les hommes pour obtenir quelque riche héritage temporel^ pour peu qu'ils puissent y prétendre? Que ne souffrent-ils pas de la part de celui qui peut en disposer à son gré? L'espérance de parvenir à la possession de l'héritage leur rend tout facile, encore que leur espérance soit toujours incertaine ; car il peut arriver ce qui arrive souvent en effet, que l'héritier meure avant le testateur, ou que celui-ci change ses dispositions e( transmette à celui-ci les biens convoités par celui-là. L^héritage du ciel est plus sûr et exige moins de peines de la part de celui qui y aspire : une confession bien faite suffit pour nous donner un droit assuré à l'éternelle félicité.
11 est un autre fruit qui doit apporter une grande oonsolation aux âmes qui sont retombées dans le péché après avoir longtemps vécu en état de grâce ; ce fruit, c'est la
(i) I. JoAim. VI.
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récupéralÎQO, par la confession sacramentelle, des mériles acquis avant le péché mortel , et le retour à cet état de grâce dans lequel peuvent être acquis de nouveaux mériles. Rien n*est plua capable de vous faire comprendre le boidieur de Tétai d'une flme ainsi revenue à Dieu, ressuscliée à la vie de la grâce ^ que la belle parabole de Tenfant prodigue revenant à la maison de son père ; en vain je ^chercherais une image plus juste et plus touchante. Permettez-moi de la rappeler brièvement à votre esprit. Vous savez que ce fils, pour satisfaire ses passions, voulut s'émanciper de la douce et sainte autorité de son père, et qu*après avoir demandé et reçu la part qui lui revenait de son héritage, il partit avec la ferme résolution de ne plus revenir. Bientôt il eut dissipé dans la débauche sa fortune, sa réputation et sa vie même; c'est pourquoi il fut réduit à se nourrir des siliques qui étaient données aux pourceaux dont il avait la garde. Pour ne pas mourir de faim» il résolut de revenir vers son père, reconnaissant, dans un esprit d'humilité, de sincérité et de componction , qu'il n'était pas digne d'èire appelé le fils d'un si bon père, et ne demundant rien autre chose que d'être admis au nombre des plus humbles serviteurs. « Je me lèverai et j'irai vers mon père , et je lui dirai : Mon père , j'ai péché contre le ciel et contre vous^ je ne suis plus digne d'être appelé votre fils; traitez -moi comme l'un de vos mercenaires Et, se levant, il vint vers son père; et, comme il était encore loin, son père le vit et fut touché de compassion ; et, courant à lui, il se jeta à son cou et l'embrassa. Et son fils lui dit : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous, je ne suis plus digne d'être appelé votre fils. Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez promptemenl la robe première^ et l'en revêtez. Mettez-lui
Stt LB càitêsmmE
uo anneau au doigt et une chaussure aux pieét* Amenés h ▼eau gras et tuez-' le, et livrons -nous è la joie do festin, parce que mon fils, que vous voyez, était mori, «i il est ressuscité. » C*est avec la même bonté que le Bire céleste reçoit ceux qui reviennent à lui ; car celte perabele de renfant prodigue n*est pas une fiction poétique, une hypo« thèse imaginée par nous, mais elle est sortie de la boo<dM divine de Notre-Seigneur Jésus-Christ , qui savait et von* lait nous faire comprendre avec quelle joie et quelle tendra miséricorde sont reçus par son Père céleste et par loi Jes pécheurs, les enfants prodigues de ta grâce. Ils retrouvent , en revenant k Dieu , la robe première, c'est-^-dire les mérites perdus; et l'anneau et la chaussure, c*est-à« dire des grâces nouvelles.
Mais le dernier effet d^une bonne confession, c'est la paix de l'âme. Il n'est personne au monde, dit saint Augustin, qui ne cherche cette paix ; mais parce qu'on -la dierebe où elle ne peut jamais être trouvée^ on ne la trouve pas: Nemo est qui non vtdt paeem (1). Ainsi parce que les pécheurs la cherchent dans la satisfaction des passÎMis, ils ne la trouvent pas: bien plus, ils s'éloignent délie; j'en appelle à votre expérience. Dites, de queltrouble n*ètesvous pas agités, quand vous êtes en état de péché mortel? Mais au contraire, quand avez- vous goûté la paix? N'estce pas après une confession bien faite? n'est-ce pas après avoir déposé, avec un cœur contrit et humilié, le fardeau de vos péchés aux pieds d'un ministre du Dieu de miaéri-* corde? Ahl c'est alors seulement qoe vous avez pu dire avec le Prophète, que vous avez créé la paix dans votre cœur, la paix fruit des paroles de vos lôvres : Et cruni
(1) In Psal. vm.
firucUim UMênémpacem (4). Que si de vos eoofessions voua D*avez pas recijeilU ce divin fruit, je serai forcé de vous dire que vob coDfessioos maoqualeoi des coodition» oéces* «aires ; parée qu'il estaiaralemeut impossible qu uue bonoe eMfessioa ne produise pas la paix dans Tâme du péuiteot. Pourquoi? parce que, par la coofessioo sacrameolelle bieo foite, le péuitent passe de Télat de péché morXel à Télat de justice, et que la justice est inséparable de la paix intérieure: Justitia et pax osculatœ sunt, dit le Psaimiste ; et le Saiol-Bsprit dit encore par la bouche du prophète Isaïe : c La paix sera l'ouvrage de la justice. » Et erit opusjustitiœ pax [2).
Mais pour bien conserver ce fruit de la paix dans notre ime, il est bien difficile qu'une confession annuelle suffise. L9 faiblesse humaine est exposée à trop de dangers , tant intérieurs qu'extérieurs, dans lesquels l'âme avec l'état de justice perd ce bien de la paix. Que celui donc qui veut persévérer dans cet état fasse un usage fréquent de la cou» fessioQ, et qu'il n'attende pas de l'avoir perdu. Par l'usage fréquent de la confession, Tftme est affermie dans l'état de justice et de grâce; elle revient plus forte pour vaincre les tentations « pour éviter les occasions dangereuses, et pour déjouer les ruses ou vaincre les efforts de l'ennemi » qui travaille a nous faire perdre cet état de grflce. Vous savez , mes frères bien-aimés , que vous avez été d'autant plus forts et d'autant plus en paix avec votre conscience que vous vous êtes plus souVent approchés de la confession sacramentelle, et que vos chutes au contraire ont été d'autant plus fréquentes que vous vous êtes approchés
(1) ISAI. LYU.
(2) Id. zxxu.
moins souvent. Il est donc vrai de dire que la confessioD €St non - seulement un remède qui guérit, mais ODcore un remède qui préserve; et c'est dans ce sens que TEspril-SaiBl nous dit encore : Ante languorem adhibe remedium; avant la maladie employez le remède, et vous posséderez et vous garderez toujours en vous la paix intérieure et avec elle tous les autres fruits dont nous avons parlé. C'est la grâce que je vous souhaite.
TRAIT HISTORIQUE
Nous trouvons dans la vie de saint François Xavier de nombreux exemples du zèle que déployait ce grand apôtre des Indes pour réconcUier les pécheurs avec Dieu dans le tribunal de la pénitence, et des heureux fruits de salut quMl produisait. Ordinairement, il parcourait les villes en criant : « Mes frères, priex pour les paarres âme» qui sont en état de péché mortel. » Un jour, poussé par Tesprit de Dieu, il s'adresse à un pécheur et lui dit : a Senor Marino, vous voilà à Cochin ! Je suis charmé de vous voir! Gonmient«vous poHez- \ous? — A merveille, mon père; et... — A merveille? OU ! non... — Gomment! non? Mais je vous assure que si, mon père. — Parce que vous pensez à la santé du corps seulement ; mais je suis bien plus occupé de ceUe de votre âme, et je la sais en bien triste état! Maintenant même vous méditez une très-mauvaise action ; je vous veux trop de bien, je porte à votre salut un intérêt trop grand pour vous donner le temps de la commettre. Venez vous confesser. — Mon père!... Je ne suis pas prêt ; j'étais loin d'y penser ; je ne puis pas me confesser sans m'être préparé. — J'en fais mon affaire, je vous préparerai; venez avec moi. Marino aurait bien.voulu échapper au filet du saint pére^ mais il était trop tard. L'impression produite sur lui par la révélation que venait de lui faire notre saint était aussi forte que sa répugnance pour la confession, et, ne sachant ce qu'il faisait, il se laissa entraîner. Une fois aux pieds de l'irrésistible apôtre , il fut bientôt vaincu et sie* cèrement repentant (1). » Pourquoi ce zèle des saints, sinon parce qu'ils savent par expérience que la bonne et prompte confession est le meilleur remède de l'âme malade.
(i) Vie de naint François Xavier^ par Daurignac, t.ll, p. S5p
EN GBAIBB. &$l
De 1» «atlMffaetlon et de rabsolntlon.
EXPOSÉ SOHMAIBE.
Nécessité de la saliâfacUon; pénitence sacramenlelle; ses effets; manière de l'accomplir; Tabsolution; ce que «*est ; les effets qu*eile produit : comment il faut la recevoir»
La satisfaction n*est autre chose que ia réparation de Tibjure faite à Dieu par le péché. Cette satisfaction est nécessaire, en général; Dieu Texige. En effet, il a voulu que son Fils Jésus * Christ satisfit pour le monde entier et offrit à la majesté souveraine lésée par le péché une réparation proportionnée à Toffense. Jésus-Christ a donc satisfait pour nos péchés. Il les a expiés et lavés dans son sang^. Mais cette satisfaction générale doit encore être appliquée. Nous en recevons le prix dans les sacrements. Toutefoisnous devons, par nos satisfactions personnelles, nous rendre utiles les satisfactions de Notre-Seigneur; et si^ dans le baptèmC; cette satisfaction n*esl pas imposée, dans le sacrement de pénitence elle est nécessaire. La satisfaction esti une des parties du sacrement de pénitence. Elle est requise pour ce sacrement; il faut, pour recevoir le pardoir de ses péchés, avoir au moins le désir de satisfaire, et^ à moins d'impossibilité réelle, accompli* la satisfaction imposée par le confesseur.
En effets qudque la peine éternelle due au péché mortel
t|l LB CiTÉCHMTB
soit remise par Tabsolution sacramentelle , il reste presque toujours, il reste ordiDai rement une peine temporelle à subir, soit dans cette vie, soit daus l'autre vie, dans le purgatoire : dans cette vie , par des œuvres expiatoires; dans Vautre vie, par des peines que Dieu inflige et qui satisfont à sa justice en nous purifiant pour nous rendre dignes d'entrer dans le ciel. Telle est la doctrine de l'Église catholique. Le saint concile de Trente a justement condamné les novateurs du xvi« siècle qui osaieut enseigner, pour la perte des âmes, Tlnulilité de la satisfaction. Ce concile a donc prononcé Tanathéme contre ceux qui s'opposent à l'efficacité et à ta nécessité de la satisraction accomplie par les pénitents dans la vertu des mérites de Jésus-Christ. Il faut donc faire pénitence, mes frères, il iaut donc satisfaire a Dieu par les œuvres d'expiation. Eo recevant l'absolution sacramentelle, il faut d'abord avw tu fond du cœur le ferme désir, le vœu sincère d'accomplir la pénitence imposée. Sans ce désir^ la pénitence serait vaine et l'absolution nulle. Il faut ensuite accomplir au plus tôt, et de la manière prescrite, la pénitence imposée par le confesseur. Et d'ailleurs, qu'est-ce donc que cette pénitence ? est - elle bien lourde, bien pénible ? Non , assurément. Pour l'ordinaire elle est très-légère et sans aucun rapport avec la gravité de nos offenses. Cependant beaucoup la négligent , faisant ainsi injure au sacrement qu'ils ont reçu, manquant à leur promesse, lésant la justice de Dieu, perdant la grâce de la pénitence, et se liant imprudemment de nouvelles peines. Ceux, au contraire, qui accomplissent fidèlement leur pénitence, paient certainement à Dieu une partie au moins de la dette temporelle coq* tractée envers sa justice et se libèrent d'autant des peines du ^purgatoire. En allégeant leur dette ils augmentent en
EN CHAIRE. 53t
eux la grâce, et acquièrent de nouvelles forces pour ne plus pécher. Accomplissons donc, mes frères, notre péni* fence avec une scrupuleuse fidélité. Ce serait ici le lieu de vous parler des peines du purgatoire, et des œuvres par lesquelles nous pouvons ici -bas satisfaire à la justice de Dieu ; mais nous l'avons déjà fait, et nous ne reviendrons pas sur ce sujet (4). Disons seulement que si la pénitence imposée par le confesseur est nécessaire comme faisant partie du sacrement de pénitence, d'autant plus efficace qu'elle est sacramentelle, nous devons néanmoins, sa* gement, en dehors du sacrement de f>énilence, satisfaire à Dieu par les peines qu'il nous envoie dans ce monde, et par d'autres peines que nous nous imposerons volontairement. Aht si nous voulions ne pas négliger tant d'occasions que la Providence nous offre d'expier nos fautes, comme noue serions bientôt délivrés I Mais hélas I quand les peines arri* vent nous murmurons, nous repoussons la main qui nous frappe pour nous sauver, nous refusons le reroèdeen refusant la peine , et le salut en refusant le remède.^ Ayons une autre sagesse, chrétiens, voyons dans les maux de cette vie une juste punition de nos fautes. Acceptons*^ en le fardeau; disons à Dieu : « Vous êtes juste Seigneur, votre jugement. est droit. Justus es Domine, et rectum jtidicium tuum. Nous avons péché, et nous méritons de souffrir ; les peines que vous nous envoyez ne sont rien comparées à nos offenses ; si vous vouliez en mesurer toute la grandeur, nous ne pourrions jamais soutenir le poids de votre colère : Si iniquitates observaveris Domine^ Domine quis sustinebit ? Nous acceptons donc avec résignation, avec courage, avec patience, avec amour les
(i; Voir 1. 1, p. 670 et sniv.
631 LE CATÉCB18TB
épreuves que vous daignez nous envoyer pour votre gloire et pour notre salut; et persuadés que nous méritons dé plus grands châtiments, nous voulons donner à votre justice des témoignages non équivoques d'une soumission libre et volontaire. » Telles doivent être, mes frères» les dispositions d'un vrai chrétien pénitent; non -seulement il doit accepter avec soumission les peines que Dieu lui envoie, et offrir ces peines pour expier ses fautes» il doit encore être assez industrieux pour se créer des occasions de satisfaction volontaire. Telle a toujours été la prudence dc3 saints; non-seulement ceux qui dans une première époque de leur vie avaient péché ont été des modèles de pénitence héroïque <, mais encore ceux dont la vie était restée immaculée ont voulu marcher dans la voie de la croix. C*est ainsi par exemple que saint Louis de Gonzague réunissait en lui une pénitence égale à son aogé- Itque pureté, et que, par ce touchant contraste d'un cœur sans lâche et d*un corps tout humilié sous le poids de la croix^ il invitait les pécheurs insensibles à se punir euxmêmes dès ici-bas de tant de fautes qu'ils devront expier dans le purgatoire, même après en avoir reçu l'absolution. D*ai1ieurs, cette absolution sera d'autant plus fructueuse en nous qu'elle y trouvera un plus grand esprit de pénitence; c'est par là que nous allons terminer ce discours.
Qu'est-ce que i absolution? Quels en sont les effets? Comtnenl faut-il la recevoir ?
L'absolution sacramentelle est une sentence par laquelle le prêtre, ministre du sacrement de pénitence, remet les péchés. Le confesseur ne déclare pas seulement que les péchés sont remis; la sentence qu'il porte est un jugement, un acte d'autorité qui absout le coupable, en opérant de lui-même, ex opère operato , la rémission des péchés. C'est
ce qui résulte des paroles mômes de Notre- Seigneur a se» «pôtres: « Les péchés seront remis à qui vous les remettrez , ils seront 'retenus h qui vous les reliendrez. » Au moment où le pénilenl bien disposé reçoit Tabsolullon, son âme est vraiment déliée des chaînes du péché. La tache Immonde, la souillure honteuse du péché disparaît; la grâce habile ce sanctuaire où Dieu se platt ; la peine éternelle qu'elle avait méritée par des fautes mortelles est abolie. Le démon s'enfuit, les bons anges se réjouissent, 4e ciel s'ouvre, la couronne des saints, préparée par la pétnitence, est réservée pour le jour de la rétribution. Le •mérite accompagne les œuvres de ce pécheur maintenant céconcilié, et la paix, la douce paix du cœur n'abandonne plus une âme que la justice décore. Quel moment solennel que celui de l'absolution! Quelle religieuse attention ne requiert-il pas de la part du pénitent ! Quelles douces larmes ne doit- il pas faire couler? A ce moment sacré, le chrétien doit incliner la tète avec respect, se recueillir» s'animer de confiance et tout à la fois de crainte, d'amour pour Dieu et de bon propos relativement à l'avenir, et prononcer l'acte de contrition. C'est alors que le prêtre termine et qu'il renvoie par ces consolantes paroles le pénitent qu'il a rendu à la vie : « Allez en paix et ne péchez plus! » Heureux ceux qui entendent cette parole et qui la gardent 1 elle sera pour eux le présage de ta paix future»
TRAIT HISTORIQUE
TertuUiea raconte en détail les pénitences qu*on avait coutume cl*infliger dans la primitive Église, et qui sont incomparablement plus sévères que les nôtres. On obligeait donc les pénitents, d'abord à se tenir hors da l'Église en habits de deuil , revêtus d'an sac et d*an cilice , la ièu couverte de cendres. Le premier jour du carême, on rasait
•M LB CAT^CBIStB
anx hommes la (été ; ils ne devaient assister à ancnn festin^ s^abstenir do bain, des noces, des spectacles pnblics, ne point monter à cheral, en un mot, ne prendre aucun plaisir, même des plus permis. Pendant toute la durée de leur pénitence, ils étaient privés des sacrements, si oe n'est à Pâques et à l'article de la mort. Or, cette pénitence devait quelquefois durer plusieurs années, quelquefois même, pour certains crimes, presque toute la vie. (Tertull. LiBr, de Pcenif&nt, )
Du •aerement de rextréme-OBetloB*
EXPOSÉ SOMMAIRE
Matière, forme, roinislre et sujet du sacrement de lextrême-oDclloD ; ses effets; ignorance des parents ; défauts de piété ou amour aveugle qui leur fait différer l'adminis* tration de ce sacrement.
TEXTES TiaÉS DE L*ÉGBITURB SAINTE.
Ungebant oleo muTtos segrotos, et sanabaDt. (Marc, yi.) ^-(( lis faisaient des onctions d*huile sur plusieurs malades, et les guérissaient. »
Infirmatur quis in vobis? inducat presbyteros Bcclesise, et orenl super eum, unguentes eum oleo in nomine Domini : et oratio fîdei salvabit infirmum, et si inpeccatissit remillenlur ei. (Jacob, c. v. ) — « Si Tun de vous est malade, qu'il appelle les prêtres de l'Église, et qu'ils prient sur lui en Toignant d'huile au nom du Seigneur; et la prière de la foi sauvera le malade, et s'il a des péchés, ils lai seront remis. ^
BN OHAIIB. 117
TEXTES TIRÉS DES PÈRES
Quoliesaliquâ infirmilas superveneril, corpus elsanguinem Cbristi ille qui œgrolat, accipiat, et deinde corpusculum suum ungal. (S. Aug. Serm. ccxv. de Temp.) — « Toutes les fois qu'une maladie sera survenue, que le malade reçoive le corps et le sang de Jésus-Christ, et ensuite qu'il reçoive Tooclion sur son corps. »
Est oleum ad labores utile, et lucis fomentum, et hilaritatîs effectivum , sîgnificatque misericordiam Dei, et gratiam Spiritus, per quam a labore liberamur, et lucem , ac gaudium bîlaritalemque spirîlualem accipimus. (Théo- PHiL., in cap. \iMarc.) — « L'huile est ulile aux travaux ;, elle alimente la lumière et produit la Joie ; elle est le symbole de la miséricorde de Dieu et de la grâce du Saint-Esprit, par laquelle nous sommes délivrés du labeur, et nous recevons la lumière et la joie. »
EXORDE
Mes FtièRES ,
Dieu est admirable dans ses soins et dans son amour pour nous. Pour toutes les situations de notre vie, il a voulu que son Église nous ouvrit des trésors de grâces. Aussi n'abandonne-t-elle pas les Gdèles dans leur dernier combat ; et comme elle a les grâces du baptême pour celui qui entre dans ce monde, elle a les grâces de l'extrêmeonction pour celui qui en sort. C'est de ce sacrement des mourants que j'ai à vous entretenir aujourd'hui.
Si s LE CATÉCHISTE
DIVISION
Je VOUS parlerai : 4*de rinstitutioQ, de la matière, de U forme; 'i'* des effets admirables de ce sacreroenC
4** L'extrème-onction estuD sacrement iostituépar Notre- Seigneur Jésus-Cbrislpour le soulagement spirituel et corporel des malades; c'est-à-dire pour leur conférer les grâces particulières dont ils ont besoin dans leur état, et leur rendre non-seulement la santé de rame, en effaçant leurs péchés, s*il leur en reste à expier, mais aussi la santé du corps, si cela peut être utile pour leur salut. Ces effets se trouvent clairement expliqués dans Tépître canonique de saint Jacques, où il est dit : Quelqu'un de vous estil malade , quil appelle les prêtres de l'Église , et qu'ils prient sur lui en répandant sur son corps Ihuile au nom du Seigneur; et la prière de la foi sauvera le malade, le Seigneur le soulagera ; et s'il a commis des péchés, ils lui seront remis. Par ces paroles de Tapôtre nous voyons, comme le remarque le saint concile de Trente, que rextréme-onclion a toutes les conditions requises pour être un véritable sacrement. En effet, nous y trouvons le signe sensible qui est Tonction sainte faite avec de Thuile, la promesse de la grâce dans ces paroles : s'il a commis des péchés, ils lui seront remis, ce qui n*a lieu que par Teffusiôn de la grâce; et enfin rinstilulion faite par Notre-Seigneur Jésus-Christ^ qui seul peut instituer des sacrements. Aussi la tradition constante de TÉglise reconnaît que rextrème- onction est un sacrement; c'est le sentiment unanime des Pères et des théologiens, et celle croyance a été définie comme dogme par le saint concile de Trente (4).
La matière éloignée de ce sacrement c'est l'huile, et la
(1) Scss. XIV.
■K CflAliE. 539
malîâre prochaine c^est l'onclion ; car Tonction avec l'huile représente très -bien la grâce du Saint-Esprit, dont Fâme du naaiade reçoit l'onction invisible.
L'huile doit être bénile, non de nécessité du sacrement, mais seulement du commandement de TÉglise ; et, selon Tusage de l'Église d'Occident, elle doit être bénite non par cin simple prêtre , mais par l'évêque, selon le rite approuvé par Clément VIIL
L'onction dans notre Église d'Occident se fait sur les organes des cinq sens. La forme employée dans i'oDctioD de chaque sens est celle-ci : Per tstam sanclam undùmem et suam piissimam misericordiam indulgeat tibi Deus quidquid per visum deliquisti; et ainsi pour chacun des cinq sens , quidquid per visum, odoratum, audilum, etc.; c*està-dire « que Dieu, par cette sainte onction, et sa très-pieuse miséricorde, vous pardonne les péchés que vous avez commis, par la vue, Touïe, l'odorat, » et ainsi des autres sens.
Le ministre du sacrement de Textrème - onction, c est le prêtre, comme l'enseigne clairement saint Jacques dans son épUre; mais, d'après les décrets de l'Église, ce sacrement n'est administré licitement que par le pasteur ou par un autre prêtre désigné par lui; et bien qu*il soit bon et louable que plusieurs prêtres fassent les onctions saintes au malade , chacun sur un seul sens, cependant cela n'est pas requis pour l'administration valide ou licite du sacrement; un seul prêtre suffit^ puisqu'il agit dans ta vertu de l'Église qu'il représente.
Le sujet à qui l'extrême -onction est conférée, c'est le fidèle, voyageur sur la terre^ gravement malade et en danger de mort. C'est pourquoi, dit le saint concile de Trente, ce sacrement est appelé le sacrement des mourants, sacramentum exeuntium.
B40 LB OATiCHISTE
2* Il neas fdul h présent vous parier des effets de ce sacrement. Selon le catéchisme da concile de Trente, les effets du sacremenIderextrême-ODCtion sont au nombre de cinq. Le premier effet, c'esi la rémission des péchés véniels : In primis quidem leviora, et, ut commtminomine appellantur, venialia remittit. Saint Bernard (l) dit: (cL'exlrême-onctîon remet les péchés que le malade n'a pas expiés par le remède de la pénitence, de sorte que Tâme du malade est soulagée en premier lieu du mal et du poids de ses péchés. »
Le deuxième effet de ce sacrement, c'est de délivrer l'âme de sa langueur spirituelle. Car, comme il n'y a rien que l'homme craigne autant que la mort, et que ce sacrement est conféré lorsque ta mort est imminente et prochaine, il suit que Pâme est contristée et troublée à cause du souvenir de ses péchés , sentant qu'elle est sur le point de paraîlre devant le souverain juge. Or, ce sacrement calme ses vaines terreurs, et la remplit d^une sainte conGance en la miséricorde de Dieu. C'est ce que Dieu nous promet par la bouche de son apôtre lOratto fidei salvabit infirmum, et alleviabit eum DominuSm
Un troisième effet de ce sacrement, c*estde donner à l'âme la force et le courage de supporter les souffrances du corps avec une sainte joie, selon l'expression deThéophylacle : Gaudium hilaritatetnqm accipimus.
Le quatrième effet , c'est de fortifier l'âme contre les pièges de Tennemi et contre les tentations par Fespérance en la divine bonté. Delà vient que les Pères appellent l'extrêmeonction le sacrement de l'espérance, sacramentum spei.
Le cinquième effet, c'est de donner quelquefois la santé du corps, lorsque cela peut être utile au salut de l'âme :
(l) In Vita S. Malach,, episc,
EN GBAIBB. 511
Sanitatem corporis interdum, ubi saluti animœ expédient^ consequitur.
Après cela, je dois m'élever contre cet amour aveugle de quelques parents ou amis qui, craignant d*at(ris(er ou d effrayer le malade, font tout ce qu'ils peuvent pour retarder l'administration de ce sacrement ; d'où il arrive que beaucoup de malades meurent sans le divin secours de ce sacrement de la consolation et de l'espérance, alors que tout fidèle à l'article de la mort est tenu de le recevoir.
Cette conduite de la part des parents ou des amis vient d'un manque de connaissance, de piété et de véritable amour pour les mourants. Je dis du manque de connaissance ; car ils ignorent qu'un des effets de ce sacrement est justement de rendre au malade la santé du corps . si le bien de l'âme ne s'y oppose point : Oratio fidei salvabit infirfnum;\\ dissipe la tristesse du malade, bien loin qu'il l'augmente : Et alleviabit eum Dominus. Je ne dis pas qu'on doive conférer ce sacrement au malade qui n'est pas évidemment en danger de mort ; mais je dis qu'il ne faut pas attendre au point qu'on puisse craindre que le malade ne meure privé de ce sacrement. Je dis encore que Ton trouve quelques parents si éloignés de la piété qu'ils dissuadent le malade qui demande lui-même ce dernier secours de l'Église; ils le dissuadent en lui persuadant que sa maladie n'a rien de grave. Mais, me direz- vous peut-être, c'est par amour qu'on fait ainsi. Quel est donc cet amour, mes frères , qui ravit à l'âme les grâces de Dieu ! Celui qui aime véritablement, s'efforce de procurer à son ami les biens de l'âme avant tout. Ayez donc soin , mes frères , que le malade reçoive le sacrement de l'extrême -onction, tandis qu'il a toute sa connaissance, afin que pendant l'administration de l'onction sainte, il demande pardon à
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Dieu des fautes qu'il a commises par ses sens ; car si le malade est administré alors qu'il a perdu connaissance, bien qu'il reçoive reffet du sacrement , s'il est en état de grâce, cependant il ne le reçoit pas avec autant de fruit que s'il accompagne de sa prière mentale les onctions sacrées. Ainsi le recommandent plusieurs conciles provin* ciaux, et saint Charles Borromée^ dans ses instructions, dit : « Que le malade soit administré tandis que ses sens sont intégres. » Ministrabii autem dum œger integri^ «ensibus est. Agissez ainsi à Tégard des malades qui vous sont chers , et vous leur aurez donné la plus grande preuve d'un véritable amour.
TRAIT HISTORIQUE
Un Boldat tomba malade ; c*était un homme pieux et craignant Dieo. Après avoir reçu avec une grande dévotion le sacrement de pénitence et celui de Teucharistie, il s'était préparé à recevoir Textrême- onction; mais sa femme , de peur de lui causer une trop grande douleur, ▼oulut qu*on différât do lui apporter ce sacrement; et en effet le malade fut administré à la dernière heure, alors qu*il n'avait déjà plus Tusage de ses sens. Après cela, durant Tespace de six heures, le malade resta comme mort ; mais après ce temps, il reprit Tusage de ses sens, et, appelant sa femme, il lui dit : « Malheureuse, tu m*as causé un grand dommage , en m'empêchant de recevoir Tonction sacrée , alors que je jouissais encore de l'entier usa^e de mes sens; car si j*avais reçu alors ce sacrement, je n*aurais eu, grâce aux actes de piété que j'aurais faits, que trente jours de purgatoire; mais parce que je Tai reçu sans le savoir, je dois rester sept ans dans ce lieu d'expiation ; bien plus, sans les suffrages de ces bons religieux qui m'assistaient de leurs prières , je serais condamné à y rester trente ans ; mais toi, en punition de ce retard dont tu es cause, tu seras paralytique le reste de tes jours. » Après avoir ainsi parlé, le malade expira. Peu après, sa lémrae devint paralytique, et resta dans cet état tant qu'elle vécut; et enfin elle mourut dans les plus grands sentiments de piété. (Nigol. Dknys, Gemma Prœdicantium^ tract, ii. ) •
KN CHAIRE. 513
Du mmerewaeni de Tordre.
EXPOSÉ SOMMAIRE
L'ordre est un sacrement ; noalière , forme , vertu de ce sacrement ; sacerdoce extérieur et visible du Nouveau Testament ; hiérarchie ecclésiastique.
TEXTES TIRÉS DB l'ÉGRITURE SAINTE.
Labia enim sacerdotis custodient scientiam, et iegem requirent ex ore ejus : quia angélus Domini exerciluum est. (Malagh. 11.) — a Les lèvres du prêtre garderont la science , et Ton recherchera la loi de sa bouche, parce qu'il est range du Seigneur Dieu des armées. »
Sic nos existimel homo ut ministres Ghristi^ etdispensatores mysteriorum Dei. (L Cor. iv.) — « Que les hommes nous regardent comme les ministres de Jésus -Christ^ et comme les dispensateurs des mystères de Dieu, d
TEXTES TIRÉS DES PERES
Homo imponil manus, Deus largilur gratiam. (S. Amr , deDignit. sacerd.) — « L*homme impose les mains, Dieu donne la giclco. »
Omnes in Chrislo regeneratos crucis signum efficit reges ; Sancli vero Spirilus unctio consecrat saceniotes » «t praeler Î8tam specialem noslri minislerii servitutem, universi spiriliiales et rafionabiles chrisliani agnoscant, se regii generis etsacerdotalisofficiiesseconsortes. [S. Léo, pap,, Serm. m.
541 LB CÂTÉCBISTB
m die AssumpL) — « Le signe de la croix faîl rois tous ceux qui sont régénérés en Jésus-Christ; mais Fonction du Saiat- Esprfl consacre les prêtres, pour que tous les chrétiens spirituels reconnaissent qu'ils sont participants de la race royale et du devoir sacerdotal , à Texceplion de cette servitude spéciale de notre minisiére. »
EXORDB. HeS FRàRBS,
Encore que les degrés du sacrement de l'ordre semblent se rapporter comme a leur fin principale au saint sacrifice du corps et du sang de Notre- Seigneur Jésus-Christ, . il est certain néanmoins que son corps mystique , c'està-dire l'Église, ne vit et ne subsiste que des fonctions sacrées du saint ministère. Elle ne tire son lustre que des cérémonies et des mystérieux exercices du culte divin, qui proviennent de cette variété des degrés hiérarchiques du sacrement de Tordre. Otez les évoques, les prêtres, les diacres , et tout le reste qui regarde la hiérarchie ecclésiastique, de quelles mains espérerez- vous les dons et les grâces de Dieu ? Soyez donc attentifs à entendre les choses qu'il plaira à Dieu de me suggérer sur cet auguste sacrement^ afin que vous honoriez comme il convient ceux qui ont eu la gloire d'y participer.
DIVISION
Hais avant de parler des différents degrés du sacrement de Tordre , je veux vous entretenir 4* de la dignité et de la grandeur du sacerdoce , et vous dire quels sont ceux qui y sont appelés ; 2® vous expliquer pourquoi le sacrement de Tordre est ainsi nommé.
Bif CBAtBB. 515
I" Que dirons-DOOS de la dignité et de la grandeur do sacerdoce? Que sont les évèqueset les prêtres /sinon les nnédiaieurs , les Interprètes et les messagers de Dieu , en* voyés à son peuple pour renseigner et lui interpréter la loi, lui donner les préceptes de vie, tenir enfin la place de Dieu même? Legatione fungimur pro ChristOy reconciliamini Deo (4) , dit TApôlre. Quelles fonctions de prince et de roi plus excellentes et plus nobles? « Les lèvres du prêtre gardent la science, dit le prophète Malachie, et de leur bouche on attendra la loi; car, ajoute t-il, il est fange du Seigneur des armées, d Angélus enim Domini eœerciluum est (2). Que peut-on dire de plus honorable, si ce n'est que Dieu honore le prêtre de son propre nom? En effet, afin que nous sachions que ses fonctions sont en quelque sorte plus élevées et plus excellentes que celles des anges, non-seulement l'Écriture les honore du nom d*anges, mais encore du nom de Dieu même. A qui d'entre les anges a-t-il été dit ce que Notre-Seigneur dit à sesapôtres, qui furent les premiers prêtres : a Faites ceci en mémoire de moi. » Hoc facile in meam commemoratùmem. Ou bien : c Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. » Quorum remiser itis peccata remit" tuntur eis. Les anges se réjouissent de la réconciliation des pécheurs , mais toute l'affaire de la réconciliation est confiée aux prêtres. Les anges environnent l'autel , et le front incliné et voiié de leurs ailes, ils y adorent Jésus-Christ^ l'hostie sacrée ; mais c'est le prêtre qui , en vertu de la puissance qui lui a été communiquée par le sacrement de l'ordre « immole, reçoit et distribue aux fidèles l'agneau de Dieu immaculé. « Comme mon Père m'a envoyé , je vous
(1) L Cor. V.
(2) Malach. II.
60 voie. » Sicut misit me Pater et ego nùtlo vos {^). Où les envoie-t-il ? Il les envoie par tout Tuoivers « afin qu'ils travaillent à la perfectioD des saints, aux fonctions de leur ministère , à TédiGcation du corps de Jésus-Christ , jusqu'à ce que nous parvenions tous à l'unité d*uoe même foi (S). » 11 les envoie évangéliser les pauvres, guérir les contrits de cœur, prêcher aux captifs l'heureux avènement du Sauveur du monde , et le jour de la rétribution.
Or, mes frères, la grandeur de ces fonctions vous montre quels doivent être ceux à qui elles sont confiées : hommes de sainte vie , doctes et pleins de foi , d'espérance et de charité , armés de zèle et de prudence et accomplis ea vertus ; tels enfin qu'on puisse dire d'eux : « Vous êtes la lu« mière du monde , le sel de la terre. » Vos estis lux mundi, vos estis sal terrœ (3). Que personne donc ne s'attribue rjionneur sacerdotal, qu'il n'y soit premièrement appelé de Dieu , comme Âaron. Or , ceux-4à seuls sont appelés de Dieu , que l'Église , par le ministère des vrais et légitimes pasteurs et. évêques, ordonne après les avoir reconnus capables et dignes. Mais malheur aux hérétiques qui , repoussés de Dieu , se sont assis dans les trônes d'honneur , osant faire les fonctions apostoliques et sacerdotales ; mai* heur aussi à tous ceux qui ne s'approchent pas du sacrement de l'ordre dans Tunique désir de procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes I Malheur aussi aux parents qui , par des motifs purement humains , poussent leurs fils , et les forcent d'entrer dans ce saint ministère auquel il est évident que Dieu ne les appelle pas. L'avarice ou la vanité
(1) Luc. IV.
(S) Ephes. IV.
(3) Matth. V.
BN CHAIRE. 547
n'est pas la porte qui doit conduire au sanctuaire où se ce* lèbre la divine ordination I Ceux qui entreraient par cette porte ne pourraient qu'obscurcir la gloire et la splendeur de l'ordre sacerdotal. Il faut donc chercher celle que trou* vent ceux qui sont appelés de Dieu , comme Aaron , comme le souverain pontife Jésus-Christ , lequel , comme dit TÂpôtre , na point pris de lui-même la glorieuse qualité de pontife, mais l*a reçue de celui qui lui a dit : Vous êtes mon Fils^ comme il lui dit encore : Vous êtes le prêtre étemel , selon l'prdre de Melchisédech {^) .
V* A présent, pour procéder avec ordre dans la tradition des choses que croit et enseigne la sainte Église touchant le sacrement de Tordre , parlons d'abord du nom que porte ce sacrement. V ordre , c'est la disposition des choses inférieures et des choses supérieures ^ lesquelles sont tellement imies entre elles, que Vune se rapporte à Tatt^rc. Suivant celte définition , nous disons que les choses mises hors de leur place ne sont plus en ordre , et sont par conséquent confuses et en désordre. L'ordre est donc la forme , l'harmonie, la beauté de toutes choses, et Job parlant de l'enfer nous le dépeint suivant l'analogie des choses dans lesquelles il n'y a point d'ordre : Dimitte me ut plangam paululum dolorem meum , antequam vadam ad terram tenebrosam... ubi umbr^ mortiSf et nullus ordo : « Laissez -moi que je pleure un peu ma douleur, avant que je descende dans cette terre ténébreuse... où est l'ombre de la mort, où il n'y a aucun ordre. » Et au contraire , ce qui excite l'admiration de la reine de Saba , c'est l'ordre qui règne parmi les serviteurs du sage Salomon (2).
(i) Hebr. V.
(«) m. Reg. X.
C'est de celle disUactioo et aeceplioa do mol ordre que le sacreroeoi doDl nous parlons tire son nom , parca que la fin de ce sacrement est (Tardenner ceux qui sont appelés ao saint ministère^ d'établir entre eux une hiérarchie de pouvoirs et de fonctions, comme il y a dans le ciel une sacrée hiérarchie parmi les esprits bienheureux ; car TÉglise militante est construite à Timage et à la ressemblance de rÉglise triomphante, de la Jérusalem céleste où nous voyons les chérubins, les séraphins, et les autres esprits, recevoir le rayonnement de la lumière divine et la transoaettre des supérieurs aux inférieurs, depuis \e premier jusqu*aa dernier anneau de la chaîne immortelle et sacrée.
Ayez donc en grand honneur et respect cette hiérarchie ecclésiastique dont Dieu est l'auteur et qui a son exemplaire dans le ciel, comme l'écrjt saint Bernard au pape Eugène III : Non vilem repiUes formam hane quia in terra est ; exempUer habet in cœlo et de cœlo ducH originem. Saint Grégoire donne la raison de cette hiérarchie, en disant que la divine provl^ dence a voulu qu'il y eût distinction des degrés et des ordres, afin que les inférieurs révèrent et honorent les sopériears, et que ceux-ci rendent à ceux - là un devoir de charité et d'amour, et que de cc^tle diversité de devoirs résuite on admirable accord, une parfaite harmonie. Et en vérité il était bien convenable que le plus bel ordre se trouvât dans l'administration de TÉglise, qui est la société la plus sainte et la plus parfaite qu'il y ait sur la terre.
tif CBAIEB. 519
Du flaereateat de l'ordre.
(î« Sermon.]
!• DES SEPT DEGEBS DU SACRBM EMT DE L*OftDRE ,
G0HSIDÉBÉ8 EN GENERAL ,