‹ Le catéchiste en chaire, plans de sermons, conférences et instructions familières sur les principaux points de la doctrine chrétienneChapitre 49 sur 55 · DE LA PRÊTRISB OU DB L*ORDRB SACERDOTAL · texte numérisé non relu

DE LA PRÊTRISB OU DB L*ORDRB SACERDOTAL

Mes Frârbs,

it y a deux sacerdoces, mentionnés plusieurs fois Tun et l'autre dans la sainte Écriture. L'un est intérieur, lautre extérieur. Le premier sacerdoce comprend tous les fidèles, initiés et consacrés par le baptême. Tous les justes vivifiés par Tesprit de Dieu , devenus membres de Jésus-Christ, participent, en quelque sorte î à Tonclion de son sacerdoce royal. Saint Jean, dans son Apocalypse, dit que Jésus- Christ nous a faits le royaume et les prêtres de Dieu et de son Père : Et fecit nos regnum el sacerdotes Deo et Palri suo [^). Et saint Pierre, parlant aux fidèles, dit: a Vous êtes un peuple choisi, un sacerdoce royal.» Vos autem genus'electiim^ regale sacerdotium (2); et un peu plus haut: « Édifiez- vous, comme des pierres vivantes, pour former un édifice selon l'esprit el un sacerdoce saint, afin d'offrir à Dieu des hosties spirituelles. »

(1) Apoc. I.

(2) I. Petr. II.

BN CHAIBB. 8if

Toutefois, il y a UD aulre sacrifice et d*autres prêtres. Ce sacrifice, c*est le corps et le sang de Noire-Seigneur Jésus- Cbrisl, et ces prêtres, ce sont ceux qui ont été élevés et choisis, ordonnés et consacrés par l'imposition des mains 'ôes vrais et légitimes pasteurs, selon les saintes et soleo- «oelles cérémonies de TÉglise ; et c'est de ce sacerdoce que j'ai à vous entretenir aujourd'hui.

Je vous parlerai 4 "de l'ordre sacerdotal en général, des .prières et des cérémonies de l'ordination ;

2» Des différents degrés de puissance, de juridiction et ^e dignité de cet ordre.

4<^ Le prêlre par excellence de la loi nouvelle est véritablement Jésus-Christ, à qui TApôlreappIique ces paroles: Vous êtes prélre pour Véternité , selon Vordre de Melchisédech. Il a offert sur la croix le sacrifice qui a racbet^ le monde, et il renouvelle, d'une manière non sanglante, cette oblalion divine.par les mains du prêtre sur l'aulel. Ainsi son divin sacerdoce se perpétue dans l'exercice des fonctions sublimes du prêtre catholique. Le prêlre reçoit, avec le caractère sacerdotal, les pouvoirs exprimés par ces paroles que prononce Tévêque en l'élevant à sa banle dignité : Le prêtre doit offrir le sacrifice , bénir , présider et baptiser. Le droit d'offrir le sacrifice est inhérent au sacerdoce ; l'Apôtre le déclare par ces mots : «Tout prêtre est établi pour offrir à Dieu des dons et des victimes. » Omnis enim pontifex ad offerendum munei^a et hostias constiluitur. C'est lui qui doit bénir le peuple de Dieu; c'est pour cela que Tévèque fait une onction sainte sur les mains de celui qu'il ordonne , en disant : o Que (oui ce que ces mains béniront soit béni. » Le prêlre préside l'a.^sem- J>lée des fidèles et les dirige, en se soumellanl lui-même à l'autorité de l'évèque. Les paroles employées par celui ci .

%$% LB OATiCimTB

dans rordkialîon du prêtre, expHmenI le pouvoir dTanttoncer la parole sainte. D'iiill^urs, selon te langdge de rÉcrilure, les prêtres sont les déposilalres de la scrienc^, et c'est à eux que les fidèles doivent demander renseigneitt#nt de la vérité. Dans son ordination, le prêtre reçoit aussi le pouvoir radical de remettre les péctiés ; maïs il ne peut exercer ce pouvoir satîs avoir reçu de i'évèque une juridiction spéciale. Pour retïiplif un ministère accompagné de pouvoirs aussi extraordinaires, il fallait des bonmies choisis; aussi TÉglise est admirable dans le soin qu*elle prend de ne donner à Dieu que des ministres dignes. Quelques jours avant lord inatlon, les diacres qui doivent être ordonnés prêtres sont examinés pr Tévêque et par les prêtres les plus distingués de son Église ou diocèse. Au moment de lordination, l'évêqwe demande encore à l'archidiacre s'ils sont dign^ de Tordre, et se tournant vers le peuple , il Texhoi le à dire ce qu'il sait. Il met sous les yeux des ordinands la pureté , la sainteté de vie qu'exige d'eux le sacerdoce ; ensuite il a recours à la prière , et ii invile tout le peuple è s'unir è lui pour demander la grâce et le secours du ciel ; et l'esprit élevé vers Dieu , il procède aux cérémonies. Nous n'entrerons pas dans le détail de ces belles cérémonies de l'Église, dont sans doute W nous serait doux et édifiant, mais trop long d'approfondir le sens mystérieux. Qu'il me suffise de vous dire qu'après la solennelle prière, I'évèque procède à Tornement des prêtres, qu'il fait les onctions qui consacrent et sanctifient, et prononce les paroles sacramentelles par lesquelles les ordinands reçoivent pouvoir sur le corps mystique de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Avant même d'avoir reçu la dernière forme du caractère, les nouveaux prêtres exercent celte première puissance, et consacrent avec l'évêqoe

BN <»[A1BB. 56i

le para et le vin ; ensemble el d une même voix iîs prononcent les paroles de la consécration. Ainsi TÉglise leur fait rendre immédiatement à Dieu les prémices de leur sacerdoce, et après lacommunîoo, Tévêque leur donne le pouvoir de remettre les péchés, se servant des paroles dont Noire-Seigneur se servit pour conférer ce pouvoir à ses apfttres qui avaient déjà reçu celui d'offrir Je divin sacrifice. Alors l'ordination est terminée, et c'est pourquoi révèque fait tomber la partie de la chasuble que les nouveaux prêtres portaient repliée par derrière, et il dit : « Que ie Seigneur vous revête de la robe d'innoeeoce. » Sloia iBnocmiiœ indual le Dominus.

Ahl mes frères, demandons à Dieu de donner toujours à son Église de saints prêtres, parce que la grâoe du sacre* ment de l'ordre ne regarde pas seulement la sanctification de celui qui le reçoit , mais eocore le salut el la sanciifîca* tîon de tous les fidèles; et c'est pourquoi l'Église choisit , pour conférer ce sacrement, les jours universellement consacrés au jeûne et à la prière , comme les quatre-iemps de Tannée.

Quant au ministre de ce sacrement, il estV;ertain, bi\ est question des ordres sacrés, que l'évêque seul a le pouvoir de les conférer. La tradition des saints Pères, les décrets des conciles Qt l'usage de l'Église confirment cette vérité.

2** Bien que l'ordre sacré des prêtres soit un , il y a néanmoins divers degrés de puissance et de dignité dans l'unité de l'ordre. Au premier degré sont les simples prêtres ; leurs fonctions, vous les avez entendues. Au deuxième degré sont les évêqueà, établis pour le gouvernement des Églises on diocèses , afin de veiller et de pourvoir soigneusement au salut des âmes, et appelés pour cette raison les pasteurs

664 LE GÀTÂCHI8TB

du troupeau , pastores ovium. Ils soDt aussi appelés pontifeSt mot qui signifie prince des prêtres, parce qu'ils onlla puissance d'ordonner les prêtres, et de confirmer ceux qui ont élé baptisés. Les apôtres furent les premiers évêques institués et consacrés par Jésus-Christ. A leur tour, ils en instituèrent d'autres auxquels ils transmirent la féeondilé de Tépiscopat, pour gouverner les nouvelles églises qu'ils avaient fondées. Les évêques sont donc les successeurs des apôtres, les prenoiiers pasteurs de l'Église; ils ont hérité des pouvoirs, des fonctions, des privilèges du corps apostolique; ils possèdent la plénitude du sacerdoce et ont de droit divin la prééminence sur les simples prêtres; mais ils sont inférieurs au sou veraîu pontife et lui sont soumis, à cause de sa primauté d'honneur et de juridiction sur toute l'Église. Cette subordination est essentielle à la forme du gouvernement établi par Jésus-Christ; car, sans cela, il ne saurait y avoir de véritable unité.

Au troisième degré sont les archevêques ; ils ont ua pouvoir de juridiction plus grand que celui des évêques, qui sont leurs égaux quant à Tordre.

Au qualrième degré sont les patriarches, c'est-à-dire les pères souverains. Anciennement, dans toute l'Église, il n'y en avait que quatre: le premier, le patriarche de Consfantinople; cette Église reçut cet honneur après les autres, et la prééminence tout ensemble, à raison de la majesté impériale dont Consfantinople était le siège ; le deuxième, le patriarche d'Alexandrie, cette église ayant élé fondée par saint Marc, envoyé par saint Pierre; le troisième, celui d'Anlioche, où saint Pierre tint le saintsiège avant de le transporter à Rome; le quatrième, celui de l'église de Jérusalem, que saint Marc occupa et illustra de son sang. Enfin, le degré souverain c'est le pontifical

romain, que tient noire saint -père le pape, le père et le patriarche du monde catholique, reconnu par toute TÉglise comme assis dans la chaire du prince des apôtres. Cette chaire souveraine fut occupée par saint Pierre jusqu^à la fin de sa vie, et consacrée par Teffusion de son sang glorieux ; et après tant de siècles elle n'a pu être enlevée, bien que battue par d*horribIes tempêtes. Celui qui occupe ce siège est le chef souverain ; il a pleine juridiction sur tout le corps de TÉglise , et il tient cette souveraine puissance , non des conciles ou d'aucune constitution humaine, mais de Noire-Seigneur Jésus-Christ; c'est pourquoi il est appelé avec raison Vévêque des évêques, le souverain pontife, Tunique pasteur de tous les pasteurs, unus omnium pastor; car ceux-là ont leurs troupeaux assign(!;s, mais vous, ô pontife de Rome, vous êtes le seul pasteur de tous les troupeaux et des pasteurs eux-mêmes; tous ensemble sous votre houlette ne font qu'un troupeau , parce qu'il n'y a qu'une Église que nous appelons l'Église catholique, apostolique et romaine. ,

TRAIT HISTORIQUE

Le prophète Milachie donne aux prêtres le nom d'anges : La bouche du prêtre est comme un trésor de science, parce qu^il est l'ange du Dieu des armées (1). Bien plus, l'Écriture appeUe les prêtres des dieux : Vous ne parierez point mal des dieux (2) , c'est-à-dire des prêtres, selon rinterprétation de saint Grégoire , de saint Cyrille, de Thcodorct et des autres Pères. C'est pour cela que Notre-Seigneur dit : Qui vous écoute i(n*écoute, qui vous méprise me méprise (3). Il veut nous montrer qu'il prend pour lui-même l'honneur ou l'affront qu'on leur fait, et qu'il n'en est pas moins touché que s'il s'agissait de sa propre personne.

(1) Malach. n.

(2) Eccli. xxnu e ci

(3) Luc. x. »^«^^ ^ ' parce

•£6 LE cATicHiaerB

Ha sacreHieiit de niArlase.

EXPOSÉ SOMMAIRE

Deux biens du mariage communs à (ous; un troisième spécial au mariage des fidèles ; le mariage recoDDu comme un des sacrements de TÉglise ; Tunion de Jésus-Christ représentée par le sacrement du mariage ; leseffels de la grâee de ce sacrement.

TEXTES TIRÉS DE L*ÉCRITfJRB SAINTE.

Relinquel homo patrem suum, et matrem, et adhaerebit uxori siiae; et erunl duo in carne una. (Gen, ii. ). — c L'bomme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme ; et ils seront deux dans une même cbair. »

Sacramentum hoc magnum est, ego autem dico in Christo et in Ecclesia. ( Eph. v. ) — « Ce sacrement est grand , je dis en Jésus Christ et en TÉglise. »

Ut sciât unusquisque veslrum vas suum possidere in sanclifîcalione et honore. ( Thess. iv. ) — « Que chacun de vous sache posséder le vase de son corps dans la sanctification et Thonnêtelé. »

TEXTES TIRÉS DES PÈRES

Nuptialia bona tria sunt : proies, fides, sacrameuLum.

( IsiD , lib. II , c. XIX. ] — « Les avantages du mariage sont

fKnombre de trois : les enfants , la fidélité, le sacrement, d

de âicta sunt christianorum coojugia, quia et coDJugalis

Etf (àiAimE. 567

ibî casfltaâ custodttur in corpore , et puritas fidei servatui: in coFde. ( Fdlg. Ep. ii ad GalL ) — « Le mariage des chrétiens est saint, parce qo« la chasteté conjugale est gardée dans le corps, ei la pureté de la foi dans le cœur. »

EXORfiS.

Mes Frères,

Le sacrement du mariage est grand , sacramentum hoc tnagnum est; il est grand et riche à raison de Téducatioû des enfants, de la fidélité des époux , à raison du mystère oy du sacrement , et plus riche encore dans celle loi de grftce , en tant que non-seulement il représente Tunion de Jésus-Christ avec son Église, mais encore à raison de la grâce qu'il confère. Doù il suit que le chrétien ne peut ignorer ce que i*Église croit et enseigne touchant le sacrement du m&riage. L'ignorance de la sainteté de ce sacrement est cause des plus grands maux parmi les fidèles. Soyez donc attentifs à cette instruction.

4° Qu'est-ce que le mariage? Le mariage est la société légitime de Thomme et de la femme. C'est Dieu lui - même qui est Tauteur du mariage; il Ta institué dès le commencement du monde. Nous lisons, en effet, dans le livre de la Genèse que Dieu, après avoir créé l'homme, se dit à luimême : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul, faisons-lui donc une compagne qui lui soit semblable; » et qu'alors, ayant envoyé au premier homme un sommeil mystérieux, Dlen prit à Adam une des côtes qui couvraient son cœur et qu'il forma de cette côte la femme; qu'Adam, voyant, à son réveil , cette compagne que Dieu lui donnait , s'écria : « Voici l'os de mes os, et la chair de ma chair; celle ci s'appellera d'un nom pris du nom de l'homme, parce

S68 LE CATÉGHISTB

qu'elle a été tirée de l'homme. C'est poarqooi lliomnie quittera sou père et sa mère^ et s'attachera à sa femmf, et ils seront deux dans une seule chair (l). » Telle est l'histoire de l'institution du mariage : nous y voyons de grands mystères. D*abord Dieu ne tire pas la première femme d'une partie quelconque de Tbomme, mais de son côté, pour montrer que la femme devait être la compagne inséparable de Thomme. Le sommeil d'Adam représente la mort de Jésus -Christ sur la Croix. De même que du côté d'Adam endormi fut formée la femme, ainsi du côté de Jésus-Christ ouvert par la lance du soldat sortirent, sous la figure xle l'eau et du sang, les sacrements qui forment l'épouse do Fils de Dieu, c'est-à-dire TÉgiise; et de même que l'Église est une comme le Christ est un, ainsi dès l'oriLMoe le mariage est établi dans l'unité. C'est ce qui fait dire à Tapôire saint Paul , parlant du mariage, a Ce sacrement esl grand; or, je dis qu'il est grand en Jésus- Christ et dans l'Église. » Sacramentum hoc magnum est^ dico ego m Christo el in Ecclesia (2).

Or, s'il en eslaiusi , mes frères, il est certain qu'il doit y avoir pour les époux des devoirs analogues aux actions de Noire- Seigneur relativement à l'Église. De même donc que Jésus- Christ a quitté son père pour s'uoir à l'Église, de même l époux doit tout quitter pour son épousr ; de même que l'Église et Jésus-Christ ne sont qu'un, et que Jésus-Christ étant le chef, l'Église esl son corps mystique, ainsi les époux ne doivent être qu'un seul être, dans une parfaite unité d'esprit et de cœur, co^mme ils ne sont qu'une chair ; el de même encore que l'union de Notre- Seigneur ei

(1) Gen. II.

(«) Ephes. III.

EN CHAIBB. 569

de son Église est inséparable et indissoluble, de même les époux sont-ils liés pour la vie entière. Enfin, comme i*union de Jésus -Christ et de l'Église procure la gloire de Dieu , forme sans cesse des saints qui après avoir illustré le monde vont peupler le ciel« ainsi Tunion des époux doit-elle être sainte et fructueuse, sanctifier Thomme et la femme et les conduire au salut avec leurs enfants.

V Mais une telle excellence dans cette union devait, pour être complète, résulter d*une grâce éminente. C'est pourquoi Notre-Seigneur a élevé le mariage, c'est-à-dire Tunion légitime de l'homme et de la femme, à la dignité de sacrement. Dans la loi nouvelle^ le mariage est un vrai sacrement. L'Église en effet a toujours professé cette croyance^ les Pères l'ont toujours enseignée, et le concile de Trente Ta expressément définie.

Or, le mariage, en tant qu'il est sacrement, est un sacre* ment qui sanctifie la société légitime de l'homme et de la femme. 11 est un sacrement, c'est-à-dire un signe visible d'une grâce invisible, opérant cette grâce par la seule application de la matière et de la forme ^ ex opère operato , aux époux bien disposés. Celte grâce sanctifie les époux ; elle augmente en eux la grâce habituelle ou sanctifiante; car c'est un sacrement des vivants, et leur donne un droit à recevoir en temps opportun des grâces actuelles proportionnées aux besoins qu'ils peuvent avoir dans leur état.

3* Mais il est bien évident que la grâce du sacrement de mariage suppose la société légitime de l'homme et de la femme. Quelles sont donc les conditions requises pour que cette société soit légitime? Ces conditions sont toutes celles qui la rendent conforme aux lois de l'Église ; or ces lois ordonnent 4o que les époux aient l'âge voulu pour contracter mariage, douze ans pour la femme, quatorze ans pour

rhomme. Bo outre, la société civile, biea qu*elle ne puisse mettre au mariage aucun empêchement qui le rende nul , ordonne sagement, et pour le bon ordre des familles, qu'au* cun mineur ne contracte mariage sans le consentement des père, mère» tuteur ou curateur. 2o L'Église ordonne que le mariage , avant d*è(re contracté , soit publié par trois fois, et qu'il soit célébré en présence du pasteur ou curé de Tune des deux parties et de plusieurs témoins. Deux témoins suffisent à l*Église ; TÉlat en demande quatre. En un mot, pour que le mariage soit valide et licite tout à la fois^ il ne doit être empêché par aucune loi dont la viola* lion le rendrait nul ou simplement illicite; et, comme la question des empêchements de mariage est difficile et grave, il faut toujours exposer avec sincérité la cause matrimoniale dont on forme le projet, et consulter, sur les difficultés qui pourraient s'y rencontrer, son curé otf un prêtre instruit dans ces matières.- Sans cela on s'exposerait quelquefois à faire un mariage nul ou illicite.

io Ces précautions étant prises, les futurs époux doivent se préparer à la célébration du mariage 40 par la médita* tion des devoirs de cet état, 2° par la prière et les bonnes œuvres, 3» par la confession et la communion.

Et d*âbord, par la méditation des devoirs de cet état. Le matiage, en effet, impose à ceux qui le contractent de grands devoirs ; il les unit dans les liens d'une société indissoluble, pour présider à l'éducation d'une famille et travailler d'un commun accord, non-seulement à leur salut, mais a leurs affaires temporelles , dont le but est Dieu. Qui ne voit combien <;es devoirs sont graves? Que les futurs époux réfléchissent donc à leurs charges ; qu^ils étudient le caractère l'un de l'autre; qu'ils considèrent l'avenir, et qu'ils ne s'engagent pas à la légère. Pour cela, qu*ils fassent

Blf CHAIRE. 57f

aux pauvres l'aumône, s1ls le peuvent, el surtout qu'ils prient et fassent prier pour eux , se souvenant de cette parole de nos saints livres» a que ceux-là édifient en vain une maison qui ne la confient pas è Dieu , le seul ouvrier des constructions durables. » Nisi Dominus œdificaverit domum, in vanum laboraverttntqui œdificant eam. Si de nos jours nous voyons un si grand nombre d'unions malheureuses, cela vient de ce que la bénédiction de Dieu ne lésa pas formées. Ces unions ont été plutôt l'effet d'une passion aveugle, ou d'un arrangement de famille^ ou même d'un marché conclu dans des vues de fortune, qu'une alliance chrétienne fondée d'une part sur une affection pure, et de l'autre sur l'attrait de la grâce et de la vocation. Ne nous y trompons pas, mes frères, bien que le mariage soit la vocation commune, cependant il ne peut se faire sans vocation ; elr de même que celui-là se perd qui entre dans Tétai religieux ou dans les ordres sacrés sans y être appelé» ainsi celui-là se met en état <]e damnation qui m marie contre l'appel de la Providence. U faut donc prier pour connatlre la volonté de Dieu et agir en conséquence des lumières fournies par l'oraison. Enfin, je dis que les futurs époux doivent se préparer au sacrement de mariage par la confession et la communion. La confession leur sera toujours utile; de plus, s'ils sont en état de péché mortel, elle sera pour eux le meilleur moyen de rentrer en grâce et de ne pas commettre un sacrilège en recevant le sacrement de mariage. Mais, sur ce point, mes frères, quels déplorables abus se sont glissés dans notre société actuelle ! On vient se confesser pour le mariage; mais quand et comment? Où se présente au saint tribunal la veille et même le jour du mariage, quelques heures avant sa célébration ; on s'y présente sans préparation aucune et pour la forme ; on s'y

présente après de longues anni^es d*oubli de Dieu et de tous les devoirs qu'impose la religion; on s'y présente avec une conscience chargée de mille fautes mortelles et sans le moindre regret de les avoir commises. Quelle Insfe disposition! quel malheur pour les époux I quelle ruine pour les familles! Ah! malheureux jeunes gens, vous allez vous unir ; mais taudis que vos liens se formeront et que le prêtre vous bénira, Dieu jellera sur vous lanathème et la malédiction! Vous appartiendrez d*avance à la haine qui dévore les âmes dans l'enfer, tandis que vous paraîtrez vous aimer sur la terre, et votre séparation pour l'élernité viendra un jour donner un démenti aux promesses d'union constante, généreuse, sincère, que vous vous ferez dans le temps. Privés des sentiments que la foi seule peut inspirer» vous souffrirez sans remède au milieu des peines de la vie, et, si quelque jofe éphémère vient adoucir parfois la tristesse de votre condition, cette joie ne pourra satisfaire votre eœur. Vous élèverez des enfants, mais pour leur iDalheuret pour le vôtre. En multipliant votre famille, vous multiplierez votre responsabilité, et au lieu d'être défendus au jugement dernier par autant d'avocats que vous aures eu d'enfants, vous trouverez en eux autant d'accusateurs. Tel est en effet, mes frères, le triste sort, telle est la destinée lamentable des chrétiens qui se marient indignement, IMaîs, au contraire, Dieu bénit les saintes unions; il répand sa grâce sur les futurs épmix qui, par Taveu sincère de leurs péchés, se purifient avant leur mariage, et qui, pour mieux être unis entre eux par le cœur. s*unissent mutuellemenl à Jésus -r Christ dans l'eucharistie, a La piété est utile à tout, dit saint Paul ; elle a les promesses de la vie présente et celles de la vie future. » Donc si la piété préside à leur union, les époux prospéreront ici -bas,

£If CHAIBE. 573

«i, après s*èlre aimés chrétiennement sur la terre, ils se retrouveront dans le ciel au milieu de leurs enfants^ et la société qu'ils formeront dans la gloire sera d'autant plus parfaite qu elle aura été mieux cimentée ici - bas par la grâce. Ainsi soit il I

TRAIT HISTORIQUE

Ce que fait Èliézer pour choisir une épouse au fils de son maître. (Gen. XXIV.)

« Or, Abraham était Tieux et pleia de jours ; et le Seigneur rayait béni en toutes choses. £t il dit au serviteur le plus ancien de sa mai» son , qui présidait sur tout ce qu*il possédait : Pose ta main sous ma cuisse, afin que tu me jures par le Seigneur, le Dieu du ciel et de la terre, de ne pas recevoir comme épouse pour mon fils une des filles des Chananéens, parmi lesquels j^habite, mais. de partir pour la terre oi^ sont mes parents, et de recevoir là une épouse pour mon fils Isaac... Le serviteur... jura d'accomplir les ordres d*Abraham. Et il prit dix chameaux du troupeau de son maître, et s'en alla portant avec lui les présents les plus précieux ; et il se dirigea en Mésopotamie, vers la ville de Nachor. Et comme il faisait reposer ses chameaux hors de la ville, près d*un puits, sur le soir, temps où les jeunes filles ont coutume de sortir pour puiser de Feau, il dit : Seigneur, Dieu de mon Seigneur Abrabam, secondez-moi, je vous prie, aujourd'hui, et usez de miséricorde envers mon Seigneur Abraham. Me voici près de cette fontaine, et les filles des habitants de cette ville sortiront pour puiser de Peau. La fille donc à qui je dirai : Inclinez votre vase, afin que je boive, et qui répondra : Buvez et je donnerai encore à boire à vos chameaux, sera celle que vous avez préparée à Isaac votre serviteur; et je connaîtrai par là que vous avez fait miséricorde à mon maître. 11 n'avait pus encore achevé ces mots en lui-même, et voilà que Rébecca sortait, la fille de Ba— ihucl... ayant un vase sur son épaule; jeune fille pleine de pudeur, vierge très-belle, inconnue à fout homme : or, elle était descendue vers la fontaine, avait rempli son vase et s'en retournait. Et le serviteur se présenta à elle et dit : Donnez-moi un peu d'eau à boire de votre vase. Elle répondit : Buvez, mon Seigneur. Et elle posa prompt lement son vase sur son bras et lui donna à boire. Et lorsqa*il eut bu,

974 LE QâTéCHISTB

elle ajoata : Je puiserai encore de Teau pour vos chameaux jusqu^à ee que tous aient bu. Et, répandant son vase dans les canaux, elle coamt au puits pour puiser de Tcau, et la présenta à tous les chameaux.^r, le serviteur la contemplait en silence, voulant savoir si le Seigneur «tait rendu son voyage heureux ou non... Ëliézer lui présenta des pen* dants d*oreille qui pesaient deux demi-sicles, et deux bracelets dg poids de dix sicics... Éliézer s'inclina et adora le Seigneur disant : Béni soit le Seigneur, Dieu de mou Seigneur Abraham, qui n'a point privé mon Seigneur de sa miséricorde et de sa vérité, et qui m*a conduit par iwe Yoie droite dans la maison du frère de mon Seigneur. »

LXUI Be la TlrslBité.

BXPOSÉ SOMMAIEB.

De la virgiDÎté comme état ; des veuves ; excelleoce de la virginité; que Notre • Seigneur recommande cet état; qu*il aime d*un amour de prédilection les âmes vierges ; troiâ avantages principaux de la virginité; récompense des vierges dans le Ciel.

TKXTB8 TIRÉS DE L*ÉiCElTUBE SAINTE.

Non orones capiunt verbum istud , sed quibus datum esi... Qui polesl capere, capiat. [Matth. xix. 4 4.) — * Tous ne comprennent pas cette parole , mais seulement ceux à qui il a été donné de la comprendre... Que celui qui peut compreoire, entende bien ce que je dis. »

Qui malrimonio jungil virginem suam , bene facit : et qui non jungit, melius facit. [l. Cor. vu. 38.) — « Celui qui

EN GHAUB. 575

marie sa fille , fait bien ; el celui qui ne la marie pas , fait mieux. »

TEXTES TIRÉS BBS PARES

Quis igîlur negel banc vitam fluxisse de cœlo, quam ooa facile iavenimusin terris, uisi poslquam Deusio hsec terreni corporis membra desceDdit? (S. Ambr., lib. Ide Virg.) — « Qui oserait nier que la vie des vierges est uoe vie descendue du ciel, puisque nous ne la trouvons guère dans le monde qu'après Tincarnation du Fils de Dieu ? »

Flos est ille ecclesiastici germinis, decus alque ornamentum gratiœ spirilalis Jaeta indoles, laudiset bonuris opusintegrum atque incorruplum , Dei imago respondens ad sanctimoniam Domini, illuslrior portio gregis Ghrisli. (S. Ctpr.» de DiscipL et Habit, virg , c. ii.) — « Les vierges sont la fleur de TÉglise ; elles sont la beauté et rornement de la grâce spirituelle; elles en sont la joie, elles en sont la louange etThonneur sans tache; les vierges sont Timage de Dieu, formée sur, le modèle de la sainteté du Seigneur; elles sont la portion la plus illustre du troupeau de Jésus* Christ. »

EXORDB ET DIVISION.

Après VOUS avoir parlé , mes bien chers frères, de Tétat du mariage dans lequel Dieu fait entrer les chrétiens par UD sacrement, je dois vous entretenir d*UD état plus saint, que peu embrassent, mais qui fait les délices et la gloire de ceux qui , par vocation , y vivent et y persévèrent : c'est l'état de virginité.

La virginité s'entend ici de tous ceux qui ne contractent jamais mariage , et qui vivent , dans une chair mortelle , comme les anges immortels. A cet état Ton peut aussi

576 LB CATÉCHI9TB

rapporter, quoique d'une maDiàre iorérieure, l'état des veuves, qui demeurent dans leur viduité sans convoler à d*dutres noces, et qui s'exercent à la plus parfaite purelé, à Texemple des vierges elles mêmes.

Or, je dis^ mes frères, que la virginité est un étal plus parfait que le mariage^ non pas en tant que vous opposeriez le sacrement du mariage aux simples grâces de la virginité, mais en tant que Tétat de mariage serait comparé à l'éiai des vierges ou de ceux qui reslept dans le veuvage. Ce point est certain , et le concile de Trente l'élablit contre les novateurs dans sa session XXiV«.

Je vous dirai donc aujourd'hui, l^ quels sont les avantages de la virginité ; l^ quelles en doivent être les récompenses.

Page 1