‹ Le catéchiste en chaire, plans de sermons, conférences et instructions familières sur les principaux points de la doctrine chrétienneChapitre 5 sur 55 · TOB. IV · texte numérisé non relu

TOB. IV

« Faites Taoïoône de votre bien. »

\ Dans notre dernière instruction , mes frères , nous vous

avons exhorté à faire TaumÔDe en vous montrant les

avantages qu'elle nous procure devant Dieu et rexceilence

que lui attribuent Notre-Seigueur et les saints. Nous vous

avons dit aussi dans quelles dispositions d*âme et de

quelle manière , par rapport au prochain , vous deviez^

exercer ce devoir de charité. Nous allons vous parler

aujourd'hui :

DIVISION

!• Du précepte de l'aumdne; S*" des régies de cepré« cepte.

l« Précepte de V aumône. Il y a un précepte de faire l'aumône, et ce précepte est grave de sa nature ; ce précepte regarde plus particulièrement certaines personnes ; il atteint certains biens. Il dépend , dans son application ^ 11. ^ 3

de certaines circoDStaDces plus ou moins graves : expliquons ces difTéreots points « el t imitons ainsi du précepte de Taumône.

^ Notre-Seigneur fait à tous ceux qui sont dans fa possibilité de donner laumône un précepte formel de cet acte de charité. Ce précepte n'est point léger de sa nature ; il est grave. Écoutons encore une fois ces paroles du divia Maitre : fai eu faim , dira-t-il au dernier jour, et vous ne m'avez pas donné à manger; f ai eu soif 9 et vous ne m'avez pas]donné à boire..... Allez au feu étemel! Or, Dieu ne peut damner les hommes que pour une faute grave ; la transgression du précepte de faire Taumône est donc une faute! grave ; il y a donc un précepte grave de faire Taumône. Saint Thomas fait un autre raisonnement : a Le précepte d'aimer le prochain , dit-il , est grave de sa nature : celprécepte renferme nécessairement tout ce sans quoi nous n aimerions pas véritablement le prochain. Mais nous n'aimerions pas véritablement le prochain si nous nous contentions de lui vouloir du bien sans lui en faire quand nous le pouvons. Donc, le précepte d*aimer le prochain;,renferme le précepte de laumône (4). »

Mais il faut ici considérer deux choses » la première, que ce, précepte nest pas également obligatoire pour tous et Qu'il n'atteint pas tous les biens temporels ; îa seconde , qu'il i'n'obiige pas, dans tous les cas sans exception sous peine de péché mortel , mais que sa gravité dépend des nécessités diverses où peut se trouver le prochain.

(1) Ad hoc autem quod velimus et operemur bonum alicujas, reqairitar quod ejus necessitati subYeniamus , quod fit per eleemosynarum largitionem ; et ideo eleemosynarum lar^itio est in prsecepto. ( 1. 2. quiest s^ art. &. )

mr CHAiftB. tl

Bl^ÎBgQOiis tout dTabord, par conséquent, trois sortes de Ueos temporels, par rapport à l'aumdne, et trois éifféreotes nécessités où le procbain peut se trouver. Parmi les biens temporels relativement au devoir de fhire laumône , les uns sont nécessaires à la vie de œkii qui les possède ainsi qu'à la vie de ceux qui lui appartiennent. On ne doit pas 6lre raumône des biens de cette première espèpe, si co a^est dans certains cas très-rares qu'il est inutile de spécifier. — Les autres sont nécessaires , mais seulement pour soutenir Vétat.f la position de celui qui les possède, ainsi qoe fêtai et ta position des siens. Il s*agit ici, bien entendu, d'un état et d'une position acquis par des voies légitimes, d'nn état et d'une position qui ne peuvent être maintenus sans te secours de ces biens que , pour cette raison , nous appelons ici nécessaires. Or , faire l'aumône de ces biens nécessaires à Tétat et à la position , cela nW pas Coojours de précepte, mais seulement de conseil. Dehujusmodiergo àeemosynam dare est bonttm , et non cadit sub prœcepto , sed sub consilio (4).— Enfin, ily a des biens que Ion appelle superflus , parce qu'ils sont, en effet , superflus è la condition et à l'état où l'on est actuellement. Or, ce sont les biens superflus que le précepte de faire l'aumône atteint directement et sous peine de péché grave , Noire-Seigneur lui-même ayant dit: a Donnez en aumône le superflu. » QUûd superest date eleemosynam (2). Remarquez cependant que nous avons dit : Les biens qui sont superflus à la condition et à Vétat oU Von est actuellement; car il pourrait se faire que, sous prétexte d'amélbrer sa condition^ de parvenir è un étal plus prospère que celui où Ton se trouve.

(i) l.î.^usst. 82. art. 6.

(2) Luc. 11.11.

00 préleodU Q*avoir pat de superflu, et fou reodU ainsi Jtt «operflu quelque chose de chimérique. SouveooBS-aoïift; donc que le pape laoacent XI , pour prévenir ce détesta» ble abus, a justement condamné la proposition par laquelle. on avait prétendu qu'on pourrait à peine trouver quel* qu*onayant le superflu (4 ). Le superflu doit donc s'entendr#) Felalivement à Tétat présent , et non pas relativement à uo^ état possible dans l'avenir, et que pourrait nous fair^ désirer l'ambition , l'avarice ou toute autre passion immo-. itérée.

Maintenant, il faut savoir, mes frères, qu'il y a paur rapport au prochain trois sortes de nécessités, savoir - la néoessUé extrême , la nécessité grave, la nécessité com-^ nune. —* La nécessité extrême est celle dans laquelle il y 9 péril de perdre la vie, ou un bien d'aussi grande valeur ^e la vie, cesl-à-dire , d'après les théologiens les plu» autorisés , la réputation d*une manière irréparable, ou la liberté, ou la vue , ou un autre sens très-important. Or, toutle monde est soUdaireroent obligé de secourir, danscett». 6xlrème nécessité , le prochain, non^seulement par Tau r inône des biens superflus , mais encore par Tauipâne dea^ biens nécessaires à la décence et à r intégrité de Vétat et de. la condition, parce qu*en effet la décence. et rintégrilé de la condition et de Tétat sont quelque chose d'inférieur à la, ¥i6 méoie du prochain qui se trouve placé dans uqe nécea* jrité extrême. Cela est évident.

La nécessité grave est celle dans laquelle, sans qu'il y ait péril de perdre la vie , il y a cependant une triste diffieulté à la soutenir , où une presque impossibilité de ne pas déchoir d*un étal que Ton possède honorablemenl

(1) m Prop. XXXII.

BN CHAIBg. M

<afM*és ravoir aequîs par des moyens légitimes» La néoeB^

«té grave a lieu encore dans un cas de longue infirmité, de

fooiçae pénurie où Ton serait exposé à rester un temp»

ooQsidérable sans manger, ou sans manger suffisamment ;

en un mot , il y a nécessité grave pour le prochain looles

lès fois qu'il y a difficulté réeHe de continuer à vivre. Or,

dans cette nécessité grave du prochain , Ton est tenu sons

{leîoe de péché mortel de faire l'aumône de son superflu ;

c'est ce que nous disent tous les théologiens après sakH

Thomas. Écoutez les paroles du Docteur angélique : « Il y

a un temps , dit-il , dans lequel pèche mortellement etâtoâ

qui omet de faire l'aumône « c'est le temps où il apparat!

du côté du pauvre une nécessité évidente et pressaole

(le saint docteur, comme vous le voyez, ne parle pasici dto

la nécessité extrême , mais de la nécessité grave, qoH

appelle urgente), et qu'il n'y a personne qui le secoure,

et que celui qui s'aperçoit de cette nécessité a le superflu*

11 ne faut pas, ajoute le saint docteur, xx)nsidérer toos les

cas qui peuvent arriver, à Tinfini , mais il faut considérer

le soperflu et le nécessaire selon ce qui peut arriver pro*

bablement et ce qui arrivée communément (1). 0 Secondé*

ment. Ton est encore tenu , pour subvenir à la nécessM

grave du prochain , de donner une partie des bieiis qui

sont nécessaires à la conservation de l'intégrité de Tétatel

(l) Est aliquod tempos, in qao mortaliter péccat qui eleemofjiuus dare omittit ; et parte quidem accipientis , quum apparet etideos ti vrgeiis neceséitas , nec apparet in promptu qui ei subveniat : ex parte vero dantis quum habet superflua, quœ secundum àtatum pneseiitaa BDBfiint ei œoessaria. Nec oportet cpnsiderari omnet casus, qai paa-^

«at eontingere in infinitum s^ deb^ considerarisuperflttimeC.

ittenariam secnndoin ea qa» probabilitar et in ptnribus occumnit (i.B. quest. Si. art. S«ad 8.)

M LE.GATiCHlSTB

de la coodidoQ ; il faut alors dimiDuer le liaede sa maiisoOt réduire le nombre des serviteurs , des cbevaux , des voi^ lures pour secourir efficacement le prochain. Et conuBenl pourrait-on , sans cela , se flatter d'avoir la charité chré^ tienne? Comment , dit lapôtre saint Jean , la charité d# Dieu demeurerait-elle dans le cœur de celui qui ne se pri^ verait de rien en présence des souffrances du pauvret Qmmodo charitas'Dei manet in illo ? (0 ^ ^*^s^ lambitiioo ^ dit saint Thomas , qui nous suggère de ne rien retrancher ^ nos dépenses ; car notre état ne sera pas changé (>ar UD peu plus ou un peu moins de luxe (^). »

Enfin , la nécessité commune du. prochain est celle dans laquelle le prochain souffre quelque incommodité relative* ment aux choses nécessaires à la vie et à l'état, sans leependant porter atteinte à la vie elle-même ni à Tétat, ea égard à la condition de la personne qui ne déchoit pas da ce qu'elle possédait auparavant, soit parle travail, s(A% ' par la mendicité. Telle est la nécessité de côpx qui pour vivre sont obligés, de travailler beaucoup ou de demander fréqu^emment Taumône. Or, nous sommes obligés de venir en aide à cette nécessité commune du prochain par rau«mône de notre superflu, et cela sous peine de péché moriek « Ce qui est nécessaire à. une chose seulement superflue à la décence de l'étal doit être donné ^a aumône , et cela est de précepte , » dit saint Thomas (3). La raison qu'il

(1) I Jqakn. I.

(3) Talis decentia npa consistit in indi¥isibîli, 4|uia,.multi8 additif homo non excedit stataa sui conditioncm^ nultis etiam^ubstnciiji, &fmr ditiomstaiusd^centercoi|8dnratur.(lQ 4 distinct 16. qaaBstjS. art. 4«)

(^) Istud autewqnod necessariim^ repatatur 4id aliquid qiiod aijt tiUr4 decentiam status, ddbot in eleemosyuaia diipeasaffi ; et hoc cadit sub prsecepto. {hoc, cit.)

Slf GHAIW. - 55

eD donne est nianifesfe , e est que la division des biens {aile entre les hommes après leur muUiplioalion sur la terre, ne pouvait être juste et légitime qu autant que la part des pauvres serait mise de côté. Les secours réservés aux pauvres sont donc entrés comme condition même du partage des bieos, dans ce contrat primitif des hommes. Doà il suit que Taumâne , en général , an tant qu'elle retgarde la société , a pour fondement , nonseulemeut la charité , mais la justice , quoique Taumône ne soit due par bs individus qu*à titre de charité , mais en vertu d'un précepte gravede sa nature. Ce qui fait dire à saint Basile ces belles paroles : « Si les biens que vous possédez vien* oent de Dieu, direz -vous que Dieu e^t injuste d'avoir réparti inégalement les biens de la terre parmi les hommes ? Car pourquoi celui-ci est-il dans l'abondance et celui*là dans la pénurie? Âh I c'est évidemment pour que celai qui est ricbe ait le mérite de l'aumône y et celui qui est pauvre le mérite de la patience. Le pain qui abonde dans vo^ maisons , c'est le pain du pauvre. C'est sa tunique qui vieillit ilans vos armoires, c'est sa chaussure qui pourrit dans un coin de votre cabinet, c'est son pécule qui est contenu dans vos bourses. Tout ce que vous ne donnez pas au pauvre , pouvant le lui donner^ vous le lui volez (1). » «- « Oui^ ay'oute saii^ Augustin^ le superflu des riches ealr b nécessaire des pauvres. I^esséder du superflu, c'est

(1) Si feiterif et tibi diVniitiis temporalia bona provenisse, an injnsta» <it Dftoft iiuB^iialitâr res oobis distritmens ? Gur lu abnodas et itta mendicat , nisi ut tu bonœ dispensationis mérita consequaris , iUe vero patienUa decoretur?E8tpaDis famelici, quem tu tenes, nudi tunica, jBini io awckf i conserwas^ discâlceati caleeut, qui pênes te marcessit, indigentis argentom» qood possideB inhumaliàiB ; quoenrca toi. ; peribos injuriam facis quot dare valens es. ( Hom, deÀvmiL)

56 tS CATÉCHISTE

posséder le bien d'autrui (1). » Or, mes frères , s*il en est ainsi; si telle est Tobligation de faire l*aufnône , combien y a-t-il parmi vous de chrétiens qui aient sur ce point une conscience exempte de péché? Hélas I nous thésaurisons, nous nous préoccupons de l'avenir, nous plaçons notre argent , nous spéculons avec science sur les entreprises industrielles deJ*époque ; mais nous n'avons aucun souci .des pauvres I Cependant le précepte est là devanl nous, en face de notre conseîence. Les pauvres se présentent en foule, il y en a qai se font connaître , d'aiHres qui restent cachés, par honte de leur position, mais que nous pourrions découvrir : eh bien! il faut les assister, il faut les secourir maintenant. Le précepte est pour le temps de la vie. Ne dites pas : Je donnerai aprôs ma mort , je ferai des legs pieux ; non, car c'est pendant la vie qu'il faut exercer la charité. Après laqport vous laisserez vos biens? Belle résolution! Pourriez -vo^is donc les emporter? Âh I si vous le pouviez vous le feriez : vous les enseveliriez avec vous. Mais vous ne le pouyez pas. Vous les quittez sans retour : Dives , cum Merierit , non sumet omnia (2) . Donnez donc pendant votre vie , donnez afin d'exercer la charité, afin d'être chrétien et de sauver votre Ame de l'enfer. Alors, à l'heure de la mort, vous pourrez achever^ par de pieuses dispositions, les bonnes oeuvres de votre vie, et perpétaer ainsi après vous les bienfaits qtii auront .signalé votre courte existence.

Mais il en est, grâce k Dieu, qui font l'aumône et qui la font largement. Nous devons à ces bons chrétiens une

(1) Saperflua <li?itam ndeessaria sunt panperain. Res aliène posti* dentor, qauin saperflua possidentar. [In Psal, czui. )

(2) Psai.xmu.

BM CBAIAE. 17

HistructîoD ; la voici : nous leur dirons prdnriérenient de donner d'abord i ceux qui leur toni unis par dei lient plus étroits, soit par le sang* soit par la religion ; qu'ils doiyenl de préférence assister leurs parents, leurs amis, leinv sapérieurs. C'est la doctrine de saint Augustin et de saiDt Thomas (4). Quant aux autres pauvres qui ne vous sool unis en aucune façon, préférez parmi eux les plus honnêtes , les plus chrétiens : c'est le précepte de Dieu loi-' même : « Faites du bien au juste, et votre técompeois sera grande. » Benefac justo , et invenies retributionem magnam (i). Telles sont ces veuves, ces jeunes filles pleines de foi , qui aiment mieux souffrir dans les angoisses de te pauvreté que de vivre dans un bien-être acheté au prix de leur {lonneur. 0 charité bénie! que Dieu vous aime, vous qui empêchez son nom > d'être blasphémé et sa loi d'être violée ! vous qui sauvez les âmes et qui honorez le Seigneur!... Mais il faut encore donner de préférence aux pauvres honteux, nous dit saint Ambroise : Prœsertim ei qui mendicare erubescit. « Soyez vigilants, nous dit encore saint Augustin , et allez au-devant,du pauvre qui se cache. » Tantum tibi magis vigilandum est , ut prœoC" cupes pettlurum. « Oui, dit saint Léon, il faut vetlier avec une charité inquiète pour découvrir celui que la

(i) Gum possU omnibus prodesse , his potissimum consulendam est qui pro locorum et temporum vel quarumlibet rerum opportunitatibot, coBstricthis tibi, qdasi qaadam sorte, junguntùr. (Au6., lib. Ide Doct. Christ,, c. I. ] — Parentes in recompensandis beneficiis sunt oinaflHns

tliis prsferendi In aliis autem est œstimatie habenda et conjun^

ctionis et beneficii suscepti ; quse similiter non potest communi régula

determinari Hoc requirit prudentis judicium. ( 2. 2. qneest. 91.

irt. S. adl.etadS.)

(i) Eccli, u.

<^ LB CÀ3:icHiairB

modestie cacbci et que retieot la honte« 11 est des pauvres , eu e£fel, qui rougissent de demauder ouvertefoent ce dont ils ont besoin , et qui aiment mieux souffrir dans leur misére ignpréâ, qqe d'être pour ainsi dire confondu^ par une démarche connue du public. Il faut donc avoir rkit^ ligence de ces pauvres pour les connattre et les secourir^ ^Su qu'ils aient d autant plus de joie d*ètre secourus que lanmône aura préservé leur bonoeur au lieu de ie trahir (I); p ■ ^

Mais combien faut -il donner? Quelle part de notre fortune doit être employée en aumônes? La réponse générale à celle question se trouve d^ dans ce que nous avons dit sur les biens que nous pouvons avoir et qui sont de trois sortes, et sur les trois nécessités dans lesquelles peut se trouver le proehaiô. Cependant, si vous voulez une r^e plus préc»e, la voici : h"* quant /à la noaniàre de vous mettre en état de faire l'aumône ^ prévoyez chaque année vos dépenses et vos revenus , et , d avance , faites la part des pauvres ; S® quant à la quotité réservée, qu'elle^ soit ladtme de vos biens, c'est-à-dire la dixième partie. Et parce que la dixième partie donnée en aumône ne surpasse pas, selon l'Écriture, la justice des pharisiens, donnez un peu plus. Voulez-vous un conseil plus large , moins précis et peut-être meilleur? Écoulez le saint

{!) Sollicita benignitaie vigilandum est, ut quem modestia tdgît, et verecundia prœpedit, invenire possimus. Sunt eDim qui palam poscere ea quibus indigent, erobescunt, et malupt .miseria iacit» egestatis aflligi, quam publica petitione confuudi. InteUigendi ergo isti sunt , at ab occulta necesntate subleYandi, ut hoc ipso amplius gaudeant, quum et paupertati eorum consultum fuerit et pudori. ( Serm. fin (k CollecU et Eleem.f c. m. )

homme Tobie : « Faites l'aurnôoe , dit-il , de votre abon* daDce autant que vous le pouvez, soyez miséricordieux. Si vous avez beaucoup , doDuez beaucoup; si vous avez peu, donnez fidétement le peâ que vous avez (!}. » — s Enfin i nous dit saint Âuguslin ,'si vous pouvez donner, donnez ; si vous ne le pouvez pas, soyez au moins affable et bon de cœur. Dieu couronne la volonté quand il ne peut pas couronner Tœuvre (î]. »

TRAIT HISTORIQUE

La Tocation des gentils à la foi commença par un homme qui faisait d'abondantes aumônes. « 11 y atait, lisotta^Bous dans les Actes des apôtres , il y ^Tait à Gésarée un homme nommé Corneille, centurion tfvnei^on nommée Ualk|ue, religieux et craignaat Diea, ainsi que toute sa famille 4 faisant beaucoup d^anmônes au peuple, et priant

Dieu sansc^sse Un ange de Dieu vint à lui, lui disant : «Corneille !»

et Corneille, le regardant, saisi de frayeur, lui dit : « Que voulez-vous. Seigneur?» Or, Tange reprit : « Tes prières et tes aumônes sont monte en présence de Dieu, et il s'est souveau de toi...»- (9) Oorneille fut kaptisé par ordre 4e «aist Pierre. Telle fut la récompense da charitable ceotorion. Mais remarquons que ses aumônes étaient vraiment pures et religieuses ; car elles étaient toujours accompagnées de la prière, mes montaient au ciel , portées dans le sein de Dieu, par la prière, et éOes redescendaient sous la forme de la grâce, dans le cœur de celui ^i les avait si généreusement et 8i pieusement distribuées ant iKiivre&

(1) Ex substantîa toa fbc eleemosynaui qnomodo potueris esto

nûsericors ; si multnm tibi fu^ it, abuodanter tribnere, si exiguum tibi foerit, etiam exiguum impertiri stude. ( Tob« ly. } ^

(2) Si potes dare, da; si non potes, a£fabilem te prsesta. Coronat Deus intus voluntatem, ubi non invenitfacultatem. ( In Psal, cm. }

WÂcUn.

00 tS CâTÉcaiSTB

VU

Terin de Rellsloai. (Suite du i«' Ck>miiiaiidement. )

DE LA PRiéRE. [i^ SermoD.)

EXPOSÉ SOMMAIRE

Ce que c*est que la prière. — Sa nécessité. — Il faut prier toujours. — Qu'est-ce que prier toujours?

TEXTES TIRÉS DB l'ÉCRITURB SAINTE.

Oportet semper orarè et non deficere. ( Luc. xviii. 4 . ) — a II faut toujours prier et oe jamais cesser de le faire. »

Sine intermissione orale. [Thess. v. 47. ) -^ « Priez sans relâche, p

Volo viros orare in omui loco similiter et mulieres.

( I Tim. II. 8.^9. ) — « Je veux que les hommes prient en tout lieu ainsi que les femmes. »

FidelisDeusestqui nonpatieturvos tentarisupraidquod polestis. (I Cor. x. 4 3.) — o Dieu est fidèle : il ne souffrira pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces. »

Invoca me in die tribulationis, eruamte, et honorificabts me. [Psal. xlix. 15.) — « Invoquez-moi au jour de la Iribulation, et je vous délivrerai, et vous m'honorerez. »

PropeestDominusomnibQsiovocantibuseum.(P£a{.GXLiv. 18. ) — « Le Seigneur est tout près de ceux qui l'invoquent. »

Petite et dabitur vobis ; quaerite, et invenietis ; pulsate, et aperielur vobis : omnisenim qui petit, accipit^ètquiquœrit, invenit, etpulsanti aperielur. (Luc. xi. 9. 4 0.}— et Demandez

Ur GfiAlBB. tl

et il vous sert doooé , cherchez eC vous troarerez, tnp^ pez, et il vous sera ouvert : car, quiconque demande, reçoit^ et quiconque cherche, trouve, et à quiconque frappe, on ouvre, a

TIXTBS TiaÉS OBS PÉABS.

Orandumestnesuccumbatinfirmitas. (S. Ane, Tract, un m Joann. ) — à II faut prier pour que Tinfirmité ne succombe pas. »

Non igitur Deus impossibilia jubet, sed jubéndo admonet et facere quod possis et petere qaod non possis. ( S. Auc, lîb. 111 de Nat, et Grat.^ c. xliii. ] — ^ « Dieu n'ordonne pas Timpossible, mais en ^ vous ordonnant quelque chose, il vous avertit par là mènie de faire ce que vous pouvez, et de demander ce que vous ne pouvez pas. »

Vis Deum esse memorem lui , quum rogas, quando tu ipse memor tui non sis ? hoc est, quando oras Deum, n)ajeslatem Dei negligentia orationis offendere. ( S. Cyprian. lib. Orat. Dom.) — a Vous voulez que Dieu se souvienne de vous quand vous le priez , et vous ne pensez pas même à vous souvenir de vous^ ce qui arrive toutes les fois que dans vos prières vous offensez Dieu par la négligence avec laquelle vous les faites. »

EXORDE

Quam invocarem, exaadivit me Deas justitiie meae. ( Psal. èxliv. )

« Le Dieu de ma jostice m'a exaacé quand j'ai élcTé vers lui ma prière. »• Mes FnèREs ,

Nous allons , dans ce discours et dans les suivants , vous entretenir du sujet important de la prière. Après avoir

Si LB CâTÉCBntB

iwié des vertos IbéoldgalM et des a<4es de ces vertus , nous devons maintenaDt parler de la vertu de religion qpâ se trouve reoferinée dans Je premier préesple, ainsi que la foi, respérance el la charité. La vertu «ie reiigiofn n*^t pas une vertu théologale , car elle n*a point pour objet immédiat Dieu lui-môme , mais te eoltede Dieu. Or, parce que le cuite de Dieu consiste principalement dans une prière bien faite, et que le sacrifice lui-même renferme une prière , nous allons , pour compléter Texplication du premier précepte du Décalogue /vous entretenir de la prière. Plus tard, nous vous parierons du sacrifice et des cérémo* nies du cuite catholique.

DIVISION

Aujourd'hui nous traiterons de la prière el nous vous dirQUS : 1*" sa nature , 2«>sâ nécessité ^ 3^ les dispositioQS dans lesquelles il faut prier.

4* Qu'est-ce que la prière?

« La prière, nous dit saint Basile, est la demande faite pieusement à Dieu, d*une ctiose bonne. » Oratio est boni cujuspiam petitio , qu(e ad Deum a piis effunditur (0. La prière est une élévation de notre esprit et de notre cœur vers Dieu , pour lui rendre nos devoirs , lui demander nos besoins el devenir meilleurs pour sa gloire. La prière, nous dit saint Thomas , est un acte de Tintelligence pratique , qui explique le désir de la volonté el demande à Dieu quelque chose. En effet , la prjère n*est pas une pure contemplation, elle appartient à Tordre pratique, elle tend à Teffet , elle veut obtenir ce qu'elle demande. Le cœur

\i) Hùm, ta mort* JuliUm.

désire, iavoioDié, éekiréepar TioteUigeiu», fbrmirte ledénr du cœur ei la iraduU eo Jirtére^ et cette prière raoato vers Dieu comme Uû beminage et comme une demaode , et da trône de Dieu etle desoeod vers rbomme sous la forme de la grftee. La prière , nous dit Gaariodore , est comme Vistlelligence des lèvres, orcitto quasi oris ralifk G*est la raison suprême d'une bouche sandifiée qui souvre pour louer Keu et lui demander les, besoios de l'homme. Les saints Pères appelteot la prière un entretien , un coiloqoe avec Dieu , une douœ conversation dans laquelle Tbomme, du Stiad de son néant, parle au Dieu créateur de la nature et de la grâce, taudis que ce Dieu se platià écouter la prière de l'homme, à la bénir et à l'exaucer quand elle est fidèle. La prière » alors roérae qu'elle- ne serait pas une loi de la grâce , serait une loi de la nature. Aussi , daus tous les temps et dans tous les lieux, dans toutes les religions et sous toutes les formes des différents cultes , trouvons* nous sur les lèvres de l'homme l'hymne de la prière «omme nous trouv<Hia dans son coeur la consolation de l'espérance.

2* Mais la prière est une loi de la grâce. Elle est nécessaire. Il est indispensable pour le chrétien de prier, s'U veut obtenir la vie éternelle et les biens qui la procurent. La prière est la condition do saluL Car, bien qu'il y ait des grâces que Dieu nous donne sans que nous les hii demandions^ cependant, il en est beaucoup qu'il n'accorde qu à la prière. De même qu*il a voulu que nous ne pussions nous sauver qu'en faisant les bonnes œuvres qu'il nous commande, ainsi a-t-il voulu que la grâce du salut dépen« dtt de la prière. Sans doute, mes frères , Dieu a prévu nos besoins , et, en père tendre , de toute éternité^ il a voulu les soulager. Hais, en Dieu juste et sage, il a voulu aussi

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^le sobvenir è ces besoins qu'autant que là pridre de rfaomme iulerviendraît pour en obtenir le soulagement. El certes, quel besoin n*avons -nous pas de Dieu? Nous ne sommes rien, nous n'avons rien, nous ne pouvons rien par iious*mémes. Nous sommes soos la main de Dieu qui nous a tirés du néant et qui nous gouverne. Toute notre force est en Dieu : c'est donc è Dieu qu'il faut demander les biens du temps et les biens de Tétemité. Saint Augustin appelle l'homme le mendiant 4e Dieu; avant saint Augustin , David avait dit en parlant de l'homme : a Seigneur, ce pauvre a crié vers vous, et vous Tavez exaucé I » Uie pauper cla^ fijotnt, et Dominus exatidivit eum.

D'ailleurs, il y a pour l'homme un précepte formel de prier. Écoutons^ le divin Mettre : c H faut prier, dit-il, el tie jamais cesser de le faire. Demandez et vous recevrez , cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira, s Lui-même priait pour nous donner l'exemple. Il passait les nuits en prière, nous dit l'Évangile. Dans la nuit de son agonie , au jardin des Oliviers , il priait sans relâche : il répéta jusqu'à trois fois la même prière, pour marquer sa ferveur, son zèle, son insistance auprès de Dieu. Les apôtres, à l'exemple de leur mettre, priaient continuellement : ils nous recommandent la prière dans tous leurs écrits. Tous les saints ont été des hommes de prière, et l'Église prie le jour et la nuit , par la bouche de ses ministres qui récitent le saint office. Les saints Pères sont unaùimes pour proclamer l'obligation où nous Sommes de prier. « Nous sommes faibles, dit saint Augustin ; nous devons donc prier pour que notre infirmité ne succombe pas. » Orandum est ne succumbat infirmitas. En effet, comment, sans la prière, triompher des tentations, des épreuves , surmonter les obstacles , supporter les peines

delà vie? C'est poarquoi le divin Sauveur nous a dit : « Il but toujours prier, et ne jamais cesser de le faire ; » et saint

Paul : « Je veux que les hommes prient en tous lieux

ainsi que les femmes. » Direz-vous, mes frères, que, *malgré toutes ces précautions, la faiblesse humaine est si grande , les occasions sont si nombreuses , les tentations si fortes , les pièges si fréquents et si perfides , qu*il vous sera pour ainsi dire impossible de ne pas tomber? Ahl loin de vous un pareil langage, si vous êtes chrétiens? Sans doute , à ne considérer que les seules forces de la nature, le combat est souvent inégal entre la volonté de l'homme et la tentation; mais devant les forces de la grâce toute force ennemie est paralysée et comme réduite à néant. « Le Seigneur est ma force , disait le Psalmiste , qui pourrais-je craindre? » Dominus fortitudo mea et salus mea : quem timebo ? «Dieu est fidèle , s'écriait saint Paul ; il ne souffrira pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces. » Fidélisât Deus, qtH nonpatieturvos tentari supra id quod potestis. Hais sachez-le bien , cette force divine qui nous est promise, et par laquelle nous triomphons dans la lultf contqe les séductions du mal , cette force de la grâce nous la trouvons dans la prière ; et qui ne prie pas ne l'a pas. « Invoquez-moi au jour de la trîbulation, dit le Seigneur, invoquez-moi, et je vous délivrerai. » Invoca me m die Mbulationis , et eruam te. Vous lentendcz : invoquez-moi, c'est-à-dire priez-moi, faites monter jusqu'au trône de ma grâce le cri de votre supplication. Alors j'entendrai ce cri , je sauriai votre faiblesse et je serai votre force : je vous couvrirai de mon bras protecteur, je combattrai en vous et pour vous, et, soyez-en sOrs, nous ferons vainqueurs! Prions donc« mes frères, et oe crai'^ gooDS rien. Dieu sera notre aippui dans les difficultés de la

6$ LE CATÂCHI9TB

vie. Toutefois, ne recherchons pas les ieoletîoos, ne soyons pas assez téméraires pour nous jeter de nous-mêmes dans les occasions du péché; carriers Dieu, au lieu de nous secourir, nous punirait peut-être de notre témérité. Il est écrit, en effet, que « celui qui aime le danger, périra dans le danger, » et même dans ce seul amour du danger. Qui amat periculum, inillo peribiL Au cootraire, si le danger ne vient pas de nous, mais de la Providence qui le pero^t, et que notre prière monte vers Dieu, la grâce nous aidera et nous fera triompher. « Dès que les amis de Dieu , dit saiui Augustin, se trouvent au milieu des difficultés^ que par de très-fidèles prières et de bonnes œuvres ils invoquent le Seigneur (4). » Pourquoi ? parce que, ainsi que nous le dit rÉcriture (nous ne saurions trop répéter cette paroleji, « Dieu ne souffrira pas que nous soyons tentés au-dessue de nos forces. » ,

Hais comment , direz* vous , prier san9 cesse, selon le précepte de saint Paul et celui deNotre-Seigneur lui-même? Cette continuité de la prière est -elle donc possible à l'homme, si faible, si inconstant? Saint Augustin v^ répondre à cette question. Celui-là, vous dit-il, prie toujours , qui désire toujours plaire à Dieu , le glorifier et se sauver, et qui, dans ce désir, nourrit une prière intérieure vraiment continuelle. Ipsum desideriûm >tuwmi çratiotuaest : « Votre désir, ditle saint docteur, est votre prière, d Et si conttnuum desideriûm^ continua qralio; fli Si votre désir est continuel^ votre prière est oooti* DueUe » Sinon vis intermittere orare^ noUhUermiUere

(I) Ubi dfffiicnltatem aliqnam sentîùnt, fidetissimis et perseverantissimis precibus, et misMicorditt prbmptis operibas, facnltatem a JkiBiioo impotrare penistattt,i (& Av^fdéIM.et^hrùt.fC. Livni. )

BM CËUklBB* 67

êttiderare t « Voolez^Yovs prier sans cesse? désirez sans cesse. D Continuum desiderium tuum, canimuavox tua : t Votre désir coDthiuel , c*est la voix de votre coDti^oelle prière (4). » Ainsi doQC, mes frères, quoique vous deviez assurémeot vaquer à vos travaux de chaque jour, veiller au soio de votre famille , vous récréer même de temps i aotre^, vous pouvez néanmoins toujours prier. Saint Augustin vient de vous Rapprendre. Faites vos prières habituelles au tem|>s voulu , entretenez ensuite dans votre àine le saiiH désir de plaire à Dieu , de Thonorer, de vous sauver ei de gagner le ciel : par là , votre prière durera toujours d*uDe manière virtuelle , et vous accomplirez le précepte du Sauveur. Une pratique très- excellente pour entretenir en soi la prière « c'est la pratique des oraisons jaculatoires. Ces oraisons sont de courtes prières que le cbrélien lanco au ciel de temps à autre comme des traits enflammés du divin amour et qui vont droit au cœur de Dieu. Les solitaires de l'Egypte pratiquaient beaucoup ces sortes de prières , et, par 1à^ entretenant pour ainsi dire les longues oraisons qu'ils avaient faites aux heures présentes, ils priaient, en effet, sans cesse. Imitons ces parfaits chrétiens; sachons prier toujours. Que toutes nos pensées , nos paroles , nos actions procèdent de Tesprit de prière ; que la prière soit f:(our ainsi dire la respiration de notre âme ; alors nous vivrons de la vie de la grâce , de lesprit de Dieu, ^ de cet esprit que le prophète appelle € un esprit de grâoe et de prière, d Spiritum gndia et pretum, et alors, mes frères, nous verrons les choses changer de face autour de nous : les mœurs devenir plus pures, les familles mieux réglées, les sociétés plus heureuses, et

(i) S. Aw., JShorrei^ mPM/. ixxtn.

6S LB CÂTÉCHISTB

le royaatne des deux s'élablir td-*ba« avec la beauté et la suavité qui lui sont propres.

Mais combien peu de chrétiens savent prier aujourd'hui, hélas I Beaucoup ne prient que des lèvres , un plus grand nombre encore ne prient pas du tout, quelques-uns seule* ment prient avec ferveur, en esprit et en vérité. De là viescent , sans aucun doute , les désordres et les malheurs do monde 1

Toutefois , mes frères , il est certain qu'il ne suffit pas de beaucoup prier. Il faut, pour qpe la prière soit bien faite , d autres conditions encore. Mais ces condîtiohs , nous les examinerons dans une seconde instruction.

PÉRORAISON

Prenons aujourd'hui la résolution d^ètre fidèles à noire prière du matin et du soir ; de produire de temps à autre, pendant la journée , des oraisons jaculatoires , et de nous former ainsi à Tesprit de prière. Par là y nous nous disposerons aux conditions de la prière , non pas de la prière inutile , mais de la prière efficace qui glorifie Dieu et qui sauve le monde.

TRAIT HISTORIQUE

La prière dans les ordres religieux,

L'Église est réponse de Jésas-Ghrist.'Elle^ait fidèlement les ensei- Snements et les exemples de son époux. EUe prie donc toiyours. €*eit pourquoi elle est comparée à la colombe gémissante , qui remplit les bois de son roucoulement continuel. Sept fois le jour , comme le Psalmiste, rÉglise fait monter vei^ Dieu la voix d^une ardente prière. Cette prière, contenue dans Toffice canonial , est récitée par les clercs dans les ordres sacrés, et par les personiMs rsUgiènses de i*ttii et de Taiitre

BN CHA1BB. 69r

soe. Qui n*a sontent éprouvé uoe profonde et donce émotion en «tendant chanter dans nos églises les prières du saint office ! Mais qie cette prière est sublime dans les monastères, au milieu de la nuit! A la Gbartreuse ou à la Trappe, par exemple, quelle émotion ne fait pis éprouver à Tâme le chant de l'office nocturne ! Lorsque tout est calme dans la nature et que la nuit étend ses voiles sur le monde, les rdigieux se lèvent au son de la cloche. Ils viennent au chœur. Ils se lecoeilient. Tout à coup le silence est interrompu par la voix grave du sopérieur qui chante les paroles de David pour commencer la prière ecclésiastique : « Seigneur', vous ouvrirez mes lèvres; » le cha*ur lépond : a £t ma bouche annoncera votre louange. » Bientôt cette louange se poursuit ; elle dure quelquefois de longues heures, et Dieu» touché par ces supplications, au lieu d'appesantir sur les hommes coupables la main redoutable de sa colère, laisse tomber sur eux ses bénédictions. Comment donc le monde subsisterait-il s'il n'y avait , ptor le préserver de la justice vengeresse de Dieu, de constantes supplications dans l'Église? Les religieux prient pour nous, ils offrent continuellement à Dieu le sacrifice d'une prière humble et pure : ils ■ras sont nécessaires comme des médiateurs de paix ; leur prière est le contre-poids de nos crimes; l'encens de leurs oraisons est l'arôme qui empêche la corruption du monde de détruire ici - bas l'œuvre de Dieu.

Terta 4e Religion. ( Suite du !«' Commandement. )

DB LÀ PRiÂRE. (2«S«nimi.)

' EXPOSÉ SOMMAIRE

Cooditiofîs que requiert )a prière dans celui qui prie. — Pour qui but-il prier ? -r- Que faut-il demander daos la prière ? -*- Commeut {aul^il le denotauder ?

70 LE GâTtolIdTB

EXORDS.

Petitis » et non accipitis . eo qnod mtlè petaùs. (Jac. IV. 5.}

<i Yoos demandez et tous ne recevez pas , ptree que voos deminéez mal. »

Mes FrAebs,

Après avoir vu , dans la précédente iuatruetion , ce que C*est que la prière , et quelle est sa nécessité , nous allons vous dire aujourd'hui quelles sont les condiUions que doit avoir la prière pour que Dieu Tait pour agréable et Texauce en temps opportun. Celle instruction n*est pas moins utile qae la précédente : appliquez*vou8 donc à en suivre avee attention le développement.

DIVISION

Les conditions que doit avoir la prière se rapportent , les unes, à celui qiii prie ; les autres , aux choses que Toq demande ; les troisièmes,^ enfin , à la manière dont on les demande. Examinons donc successivement les conditions de la prière sous ces trois différents rapports.

<*» Quel est celui qui prie? Cest un homme pécheur , coupable de nombreuses fautes, qui, saps aucun égard pour les fautes qu'il a commises et sans aucun sentiment de pénitence , ose s appi^ocher de Dieu pour lui demander ses biens ; et quels biens ? des biens purement temporels : Je succès d'une affaire, la santé, la prospérité d'une famille I Ce pécheur, tandis qu'avant tout il devrait demander sa conversion et le pardon de ses fautes , demande les biens temporels* Que pensez -vous, mes frères, de celte demande? Croyez^ vous que Dieu t'exaucera.

1^ GHAIRE. 7<

Écoutée ce que tfît la sainte Écriture : c Celui , dit-elle, qui éloigne soù oreille pour ne pas entendre la loi de Dieu, sa prière est exécrable, t» Qui déclinât aures suas, ne Qudiat legem, oratioejus erit execrabilis («). L'Ësprit- Saint ne dit pas seulement, comme vous le voyez, que h prière de cet homme ne sera pas exaucée ; il dit qu'elle sera exécrable devant Dieu. Quoi de plus juste, en effet? Supposons qu'un sujet vienne trouver son roi et lui demande une grftce ; que ce sujet se soit rendu coupable de la plus noire trahison^ et qu'en se présentant devant son roi, au lieu de commencer par s'humilier, se confondre et implorer son par iton, il n'ouvre la bouche que pour demander une faveur' personnelle : le roi, quelque bonté qu'il ait dans son âme , dira certainement à ce sujet infidèle : c Misérable I retirez- vous I Comment, vous n'avez pas honte de vous présenter devant moi I Et quoi I vous me demandez une faveur I Demandez - moi plutôt votre grâce I... » Assurément, mes frères, ce roi ne pourrait être accusé de sévérité. Eh bien! le pécheur qui se présente devant Dieu pour demander des biens temporels avant d'avoir fait pénitence, est semblable à ce sujet audacieux , et Dieu , certainement , traitera le pécheur comme , dans notre eicemple , nous supposons qu'un roi juste et sage Iraîlerail un sujet plein de, folie et d'orgueil. «Oui, nous du saint Augustin, de quel front celui qui n'est digne que de haine , cherche-t-il à trouver faveur? » Quumqms odio dignus sit, qua fronte graiiam requirit ? a Comment celui qui mérite une peine demandel-il témérairement une récompense ? » Cui pœna deb^tury qua iemeritate gratiam deposcil? « 11 fatigue son juge,

(1) Prov. xxvui.

celai qui , sans aucube péoiteoce pour soq crime, (^lerche l*hoDQ«iir d'uqe gratification, j» l^acessit judicem qui^ poslposita saiisfactione delicti, quœrit prœmiis hono^ rari (4). G*est que a le pécheur et le péché soot odieux à Dieu. » Odio sunt Deo impius et impietas eju$ (2). Ck)m* ment donc le pécheur oserc^-i-il demander à Dieu des bienfaits? Dieu ne lui doit que des châtiments.

Il est donc bien évident , mes frères , que le pécheur, avant la prière, doit, seloale précepte même de TEsprit- Saint, préparer soigneusement son âme, et ne pas ôlre semblable à un homme qui vient tenter Dieu. » Ante^ orationem prœpara animam tuam, et noH esse quasi homo qui tentât Deum (3). Certes , si ces paroles conviennent à tous les hommes, même aux plus justes, à. plus forte raison conviennent - elles aux pécheurs! Ils ont besoin de pré*, parer leur âme par la pénitence, s*ils ne ventent pas tenter Dieu dans la prière, c*est-à-dire mettre Dieu en contra* diction avec lui-même , opposer en lui sa justice et sa bonté I...

Par conséquent, si vous avez, mes frères , le malheur d^ètreenétai de péché mortel , avant de prier, détestez votre péché, proposez-vous d*une manière actuelle et effir caced'en sorlir, et puis, avec une humble conûance, présentez à Dieu votre requête. Alors, et seulement alors, Dieu pourra vous écouter favorablement ; car il est écrit: « Voua ne rejetterez pas, Seigneur, un cœur contrit et humilié. » Cor contritum et humiliatum, Deus, non despicies (4).

(1) s. AuG.

(2) Sap, xiT.

(3) Eccli, xvni. 28.

(4) PsvL L.

EIC CHAIRE. 7?

Hais^ sans cette précaution nécessaire^ votre prière, quelque multipliée qu'elle soit , sera rejetée. Cum ntultipHcaverts orationem non eœaudiam (4). Parce que, dit te Seigneur , <c vos mains , » c'est-à-dire vos oeuvres, « sont pleines de sang, d dluiquité, de crime. Manus enim vestrœ tanguine plenœ sunt (2]. Or, celui-là , en effet, se présente devant Dieu les mains pleines de sang, qui n'aime pas ses frères , qui veut se venger , qui possédé le bien d*autrai , qui vit dans le mai^ dans la honte des péchés les plus abominables , qui blasphème , qui travaille le saint jour du dimanche , qui ne tient aucun compte des com^ mandements de Dieu et de ceux de l'Église. Celui-là aura beau prier Dieu et lui dire : a Seigneur, Seigneur, exaucez-moi ! » Dieu lui répondra : a Non , je n'exaucera! pas la prière. y> Non exaudiam , manus enim tuœ sanguine pleruB sunt. — Voulez-vous , mes frères , vous mettre ea état de bien prier? faites pénitence, repentez- vous de vos fautes : c'est l'indispensable condition que Dieu exige , de la part du pécheur , pour une digne prière.

Pour bien comprendre ce point, et se faire de ce que nous vcmlons dire une Idée exempte de toute erreur , il faut savoir , mes frères , qu'il y a dans la prière une double valeur, Tune de mérite , l'autre d'impétration. La valeur de mérite est fondée sur l'état de grâce. De sorte que celui qui prie en état de péché mortel ne mérite rien devant Dieu , d'un mérite proprement dit , (kns Tordre du salut. Il mérite néanmoins d'un mérite improprement dit , ou de convenance , de congruo , comme disent les théologiens, 6'est-à-dire d'un mérite fondé , non sur la justice

(!) ISAI. T, 15.

74 LE GATÉCBI8TB

«t la promesse de Dieu , mais sur sa bonté. » La valeur d'impétratiop est fondée au contraire sur la miséricorde divine. Le pécheur peut donc , tout en étant dans le péché mortel, obtenir de la part de Dieu certains biens, parce que Dieu est bon ; mais dans cette prière , même exaucée^ s'il n*est pas en état de grâce , il ne méritera pas d'un mérite proprement dit. D'ailleurs^ le plus sûr moyen de rendre la prière impétratoire, c'est de la rendre méritoire, ^c'està-dire de la faire avec un cœur pur et une âme agréable à Dieu. Q'est ce que nous voulions établir dans ce premier point, conformément à la doctrine des théologiens ^ et en particulier , de saint Thomas.

2* Que faut-il demander en priant ? En d'autres termes , d'où vient que si souvent nous n'obtenons pas ce que nous demandons ? Gela vient de ce que nous ne demandons pas ce qu'il faut demander. En effet , que demandent , d'ordidinaire, les pécheurs? Us demandent ordinairement les biens temporels, la santé, les richesses^ les honneurs, ^ans se préoccuper autrement de leur salut. C'est comme s'ils voulaient , non pas que Dieu subvienne à leurs véritables nécessités , mais qu'il prête la main à leurs convoitises et s'associe à leurs passions. <( Si vous invoquez Dieu, dit saint Augustin, pour avoir de l'argent, un héritage, une dignité mondaine , vous demandez ce qui vous 'plaît; vous faites de Dieu le coopérateur de votre cupidité , vous ne lui demandez pas d'exaucer votre prière (4). » Le même saint dit encore dans un autre endroit : « Beaucoup s'adressent" à' Dieu pour obtenir des richesses, éviter des malheurs , pour le bien de leur famille , pour la stabilité de leur maison, pour leur fëlicité temporelle, pour les

(1) Emr9\ in Psal,

X BIf GHAIRB. 75

honneurs du siècle , pour leur corps et les biens du corps qui sont le patrimoine des pauvres ; oui, beauconp demandent ces choses et d'autres semblables ; presque personne ne prie pour Dieu même (h). » Eh bien 1 mes frères, voilà la raison pour laquelle nous ne sommes pas exaucés. Nous avons besoin de la grâce de Dieu. Nous sommes de pauvres pécheurs , il nous faut obtenir miséricorde : que notre première demande soit une demande de salut. Alors Dieu nous exaucera. <c II prêtera l'oreille à votre prière, dit encore saint Augustin, si vous le cherchez lui-même, mais non si par lui vous cherchez autre chose que lui. » Vere Urne iibi attendit, quando ipsum quœris, non quandoper ^)Stim alitid quœris (2). Ainsi donc , voilà , mes frères , ce que le pécheur doit premièrement demander : sa conversioD. Cette demande regarde le juste lui-même, qui doit' demander à Dieu le progrès dans les vertus et la persévérance. Uoe telle prière , parce qu'elle est pleine de foi, de piété, de religion, platt à Dieu, et Dieu Técoate favorablement. Toutefois , nous ne voulons point dire ici , mes frères , qu'il soit dangereux toujours ou même inutile de demander à Dieu les biens temporels. Loin de nous une pareille erreur I Nous ne voulons dire qu'une chose , c'est que les biens spirituels doivent être demandés avant tout et sans condition , et que les biens temporels ne doivent venir qu'en seconde ligne ^ et sous cette condition qu'ils seront utiles à notre salut. « 0 mon Dieu , devons-nous dire, accordez-nous la grâce de vous connaître, de vous aimer, de vous servir et de nous sauver ! Accordez-nous les choses que vous savez nous être nécessaires ou utiles ici-bas , et

(1) Enarr. in Psal, Lxxvii.

(î) Loc. cit.

76 LE CàTiCHieTE

faîtes que nous n'en usioos jamais que pour votre gloire , votre amour el notre salut éternel I »Écoutez , n^s frère% oes paroles de saint Augustin qui viennent parfaitemeni à notre sujet : « Dieu , dit-it, est noUre sauveur ^ non*seu« lement quand il fait ce quie nous lui deo^ndoos , mais encore quand il ne le fait pas. Car , s'il ne noua exauce pas quand il voit que la chose que nous lui demandons nous serait nuisible » alors il est évidemment notre sauveur. De même qu'un médecin , sachant ce qu'il faut au malade, ne lui donne pas toujours ce qu'il demande , mais ce qu'il devrait demander^ ainsi Dieu nousdoûne ce qui nous est utile ; il ne bit pas notre volonté, mais il fait notre

bien a Puis le saint docteur conclut et dit : a Dans le

temps de la vie présente , ne demandez pas , mes frères, d'une manière absolue; demandez oonditionoellemeot. Demandez ce que Dieu sait vous être vraiment utile ; car, pour vous, vous ignorez ce dont vous avez besoin. Sou* vent ce que vous voulez vous serait nuisible ; ce que vous ne vouiez pas voua serait profitable. Vous êtes des malades ; ne dictez pas à votre médecin ses ordonnances ; conôex-vousà ses^soîns.....»Âinsi donc, mes frères^ confor« mémeni à cette doctrine de saint Augustin , répétée par saint Thomas et les autres théologiens, nous ne devons domander les biens temporels qu*en seconde ligne , condt* tionnellement et relativement au salut. Nous devons, comme nous le dit le Seigneur lui-même, « chercher premièrement le royaume de Dieu et sa justice , et espérer fermement que le reste nous sera donné par surcroit. » Quœrite primum regnum Jki et justitiam y us, et hase omnia adjtcientur vobis (4 ).

(1) MaTTH. VI.

EN CBklÈlEê 77

3* VoyoBS mainleiiant^ mes frères, eommeot il CaiK pri^. Et d'abord , mes frères , il faut prier airec dévotîoD et persévérance. — La dévotion comprend ici i'altentioa religieiise de l*Ame et le respect extérieur du corps. Si la prière est une ^onversatîoa avec Dieu , elle exige qtie eeloi qui !a fait s'efforce d'honorer Dieu et de lui rendre ks devoirs de la plus sérieuse piété. La foi doit donc animer notre esprit dans la prière ; l'espérance, le soute- Bîr ; la charité, l'embraser. Le corps , organe de l'âme, doit en suivre les dispositions. Il doit prier à sa manière, par sa posture, son impression visible, son recueillement. Si , malgré nos efforts , des distractions surviennent dans la prière; si même elles nous fatiguent, nous tourmentent et nous accablent , cbassons-les doucement, sans nous troU'^ Uer : c» distractions n'étant pas volontaires, ne peuvent paralyser l'effort et le mérite de nos deoaandes ; elles ne peuvent qu'ajouter à leur valeur par le prix qui s'attache Uxqom's à une lutte généreuse. Hais/ pour éviter ces distraetîons et pour en éloigner toute culpabilité , prenons le KHQ d'y renoncer , dès le début de la prière. Préparons notre âme, et vivons dans un saint recueillement. Les âmes habituellement légères , dissipées et mondaines , ne sauront jamais ni se recueillir ni prier. Il faut , en second lieu , prier avec persévérance. C'est au signe de la persévérance que Dieu reconnaît notre foi. Il veut que notre prière soit souvent répétée. Il veut que nous revenions à la charge. Il nous exaucera à son heure , à son moment. Prions donc toujours , jusqu'à ce que cette heure et le moment que nous ne connaissons pas soient venus. C'est ce que Notre-Seigneur nous apprend lui-même en plusieurs endroits de TÉvangile. Par exemple , dans la parabole de cette pauvre veuve qui , à force de sollicitations ,

obtienC jasticedela part d'un juge inique qui d'abord ne la voulait pas eulendre (^);ei dans la parabole de cet homme qui , pendant la nuit, demande à son ami de lui prêter trois pains (2). C'est encore, mes frères , ce que Notre-Seigneur nous dit expressément dans son Évangile par ces paroles : «c 11 faut toujours prier ! » et par ces autres paroles : « Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. » Pourquoi donc nous lasser si vite? Pourquoi penser que Dieu nous abandonne quand il ne nous exauce pas aussitôt que nous le voudrions ? Certes , il ne nous abandonne pas , il nous éprouve. Prions , prions encore , prions toujours : la persévérance dans la prière triomphe de tout el mérite de chanter les victoires qu'elle remporte. Mais je ne terminerai pas, mes frères, ce discours sans vous dire encore que la prière bien faite doit renfermer trois autres conditions. Elle doit 4** rendre grâce à Dieu pour les bienfaits reçus. Gratias agamus Domino Deo nostro , dil tous les jours l'Église au sacrifice de la messe. La reconnaissance est la meilleure disposition du cœur pour obtenir de nouvelles grâces. 2° Il faut , dans la prière , demander à Dieu p^r Notre-Seigneur Jésus— Christ : Pzr Christum Dominum nostrum : C'est ce que l'Église fait dans toutes ses oraisons. Jésus-Christ est notre médiateur auprès de Dieu; nous n'avons accès que par lui auprès du Père: c'est donc en lui, avec lui et par lui que nous devons prier. 3® Il faut, dans la prière, avoir recours à Tintercession de la très-sainte Vierge, de notre ange gardien, de notre saint patron et des autres saints. La mère de Dieu est appelée la mère de la grâce , la douce mère de la

(1) Luc. ivin.

(2) Id. XI.

démence : Maria mater gratiœ, dulcis j>arens dementiœ ;^ les saints sont les amis de Dieu ; ils nous aiment , ils nous veulent du bien. Il faut donc les honorer, en les priant de présenter à Dieu et d'appuyer auprès de lui nos requêtes*

PÉRORAISON

Telles sont les conditions que la prière doit avoir pour être agréable à Dieu , méritoire et impétratoire. Ne les oublions pas , chrétiens. Qu'elles accompagnent toujours DOS demandes y et nos demandes , bien loin d'être stériles, produiront les plus merveilleux effets de grâce dans le temps ^ et nous procureront par là la gloire dans réternité.

TRAIT HISTORIQUE

(Testa la prière que saint François de Sales, jeune étudiant et congréganiste de la sainte Vierge , dut la délivrance d'une tentation aussi cruelle que dangereuse ; et Toici comme la chose se passa. Il avait GODça le dessein de faire le vœu de chasteté perpétuelle , et il Pexécuta en rÉglise de Saint-Étienne-des-Grès, à Paris. Bientôt, pour éprouver h fidélité de son serviteur, et le disposer d*avancè à devenir un jour un directeur éclairé dans les voies du salut , le Seigneur permit au démon de lui faire éprouver la plus furieuse des tentations. L'esprit infernal commença par répandre dans son âme d'épaisses ténèbres. Dans cet état d'obscurité , le trouble s'empara de son cœur , une agitation violente succéda tout à coup à cette paix profonde doùt il avait joui jusqu'alors. Les sécheresses se joignirent aux dégoûts , et le rendirent insensible à tout ce qu'il pouvait lire ou entendre de plus touchant. Diea qui s'était retiré au fond de son cœur, en avait abandonné , pour ainsi dire , tous les dehors à la tentation. L'ennemi de notre salut profita de cette situation pour lui persuader que tout ce qu'il faisait pour Dieu itait inutile , et que sa perte éternelle était résolue. Le jeune Fran» çois fut saisi de toute la frayeur que peut inspirer à une âme qui cnint Dieu et qui l'aime , la persuasion qu'elle sera du nombre d<a réprouvés. U mourait de douleur à la pensée qu'il était destiné

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