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CHAPITRE III

Un Congrès-type des œuvres laïques.

Sommaire : L'École du service social. — La question nègre. — Les œuvres de jeunesse.

Les différentes œuvres organisées dans le N. C. W. C. ont de temps en temps des congrès. L'on y examine les résultats obtenus et l'on y étudie ce qui reste à faire.

Du 20 au 30 septembre 1921, je me trouvais à Washington et j'assistais aji congrès des sections laïques. Je vais en parler en témoia.

A l'ouverture, le 20, quarante évêques et plus de deux mille hommes étaient présents.

-L'archevêque de San Francisco, Mgr Hanna, Président du N. C. W. G., prit d'abord la parole. Après lui, le sénateur Walsh demanda aux catholiques d'appuyer l'initiative du Président Harding en faveur du désarmement. On choisit pour diriger les débats l'amiral Benson, dont la situation dans la marine américaine est considérable. Il trouve encore le temps de se dévouer à la section laïque du N. C. W. C. Le rapport intéressant fut celui du secrétaire de cette section, M. Slattery.

Il portait sur le travail de l'ajinée écoulée. Un aperçu des idées développées permet de se rendre compte des préoccupations du catholicisme, et d'entrevoir déjà les difficultés auxquelles il doit faire face et dont je parle plus loin. Le voici. La section a fondé une École de Service social qui fournit des travailleurs habiles à différentes œuvres et industries. Une somme de 50.000 dollars lui a été attribuée. Elle a institué des bureaux pour les immigrants, et la défense des catholiques aux Philippines contre le prosélytisme des protestants. Elle a pris des mesures qui contrebalanceront leur action, parmi les milliers d'ouvriers mexicains venant travailler aux États-Unis. Elle s'est occupée de la question des noirs ^.

1. Le clergé catholique araéricain a dans ses rangs quelques prêtres de couleur. L'un des meilleurs rapports au congrès fut lu par l'un d'eux. Il reste beaucoup à faire pour établir un contact avec la masse des noirs, près de onze millions.

La plupart appartiennent à la secte des baptistes. Beaucoup pourraient être catholiques, car leurs anciens maîtres, au Texas et dans la Louisiane, l'étaient. Pourquoi ne le sont-ils pas? Après la guerre de Sécession, les esclaves affranchis, en vertu du préjugé de race, furent abandonnés même des prêtres catholiques. On me l'a affirmé à la Nouvelle-Orléans. Les pasteurs baptistes en profitèrent pour les conduire à leur bercail. On rencontre souvent en Louisiane etvau Texas, des noirs dont les grands-pères et pères furent catholiques.

A cette heure, on n'en compte pas plus de 250 000 dans tous les États-Unis.

Les évêques insistent pour que les prêtres les acceptent dans leurs églises sur le même pied que les blancs. On leur ouvre les portes des grands séminaires, et plusieurs sont arrivés au sacerdoce. Il y a à la Nouvelle-Orléans un

Mais c'est la jeunesse qui a surtout fixé son attention.

Plusieurs œuvres s'y dévouent : celle des Boys scouts catholiques, dont 2.600 groupes ont été créés en 18 mois; celle de la Brigade des jeunes catholiques des États-Unis; celle des Cadets des Chevaliers de Saint- Georges. Elle les encourage et les soutient toutes.

Au témoignage du rapporteur, «jamais il n'y eut dans l'histoire de la République autant de littérature anticatholique imprimée qu'aujourd'hui. » — (Nous sommes en 1921 et depuis la situation ne s'est pas améliorée.) — Le sénateur Watson de Géorgie, me dit-il, a osé en plein Sénat, accuser l'évêque de Savannah de faire enlever tous les ans 60.000 jeunes filles, pour les réduire en esclavage

ordre de femmes, fondé exprès pour eux. Le cardinal Gibbons qui, en 1887, avait été à Mill-Hill, près de Londres, l'hôte des Pères joséphites qui y avaient un séminaire préparatoire aux missions nègres, gagné à l'idée, invita les religieux à établir leur œuvre dans son diocèse. Là existe aussi un institut qui porte son nom. Créé sous son impulsion par les catholiques, il se consacre à l'éducation et à l'instruction des nègres sans distinction de croyances.

Mais le préjugé contre eux, même chez les catholiques, est résistant. Un curé français delà Nouvelle-Orléans chez qui je prêchais, ayant reconstruit son église, des paroissiens vinrent le supplier d' a en exclure la négraille ». Il ne les écouta pas, mais dut se contenter de leur assigner des bancs derrière les autres fidèles, for coloured people, Me trouvant un jour chez un dentiste, auditeur assidu de mes sermons, nous sortîmes de son cabinet pour voir passer une société nègre qui célébrait une de ses fêtes : a N'est-ce pas un malheur, me dit ce brave homme, qu'on ait éduqué ce» gens-là! »

dans les couvents du Bon Pasteur. Le boycottag* proposé contre les catholiques par certaines associations secrètes, comme le Ku-Klux-Klan qui j ajoute les juifs et les nègres, obligent les laïques catholiques à être sur leurs gardes et à se défendre, Ils n'y ont pas manqué. Un projet de loi connu sous le nom de Smith Turner bill a été récemment déposé au Congrès, qui donnerait au gouvernement fédéral, une autorité sur toutes les écoles. Cette centralisation, enlevant aux États et aux autorités locales leurs attributions en matière scolaire, est une grave menace pour la liberté d'enseignement. Nous avons pu obtenir jusqu'ici que le bill resterait simple projet. On nous avait accusés d'agir pour des motifs confessionnels étrangers. Nous avons aidé à l'édition d'un Catéchisme civique, qui « prouvera, déclare le rapporteur, à nos concitoyens que les catholiques sont des constructeurs positifs et non d'éternels opposants. Ils acceptent les charges de la démocratie américaine en même temps que ses privilèges. » Par notre soin encore, un Catéchisme social a été publié pour les cercles d'études. Les laïques y trouveront un exposé des problèmes sociaux et de leur solution à la lumière de l'Évangile et de l'Église. On s'est occupé de l'assainissement du théâtre et du cinéma. Les congressistes ont pu assister à Washington à une pièce réalisant l'idéal désiré. On a étudié la question des journaux. « Un organe catholique dans chaque foyer, tel est le but à atteindre. » Il ne s'agit que d'un organe hebdomadaire, les catholiques n'ayant aucun quotidien important.

Eïifin la sectioji honora d'une cérémonie catholique toutes les tombes des soldats américains morts dans la grande guerre. Elle prépare un livre exposant le rôle des laïques dans les œuvres de bienfaisance, depuis les premiers temps de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours.

M. Slattery termina ainsi son rapport : « Nos possibilités d'action dans un prochain avenir, quand jiotre organisation fonctionnera en chaque diocèse, avec des catholiques bien entraînés, bien disciplinés pour répondre" à l'appel de nos chefs divinement choisis, sur n'importe quel terrain, est pleine de promesses. Dix-huit millions de nos coreligionnaires pensant, travaillant, dévoués comme un seul homme, voilà ce qu'il faut, avec l'aide de Dieu, arriver à réaliser. » Ce rapport fort discuté dans les divers comités, fut approuvé.

On aborda aussi dans ce congrès, la question des sans-travail. Il y en avait alors près de 6 millions, et le présidesàt Harding venait dé nommer une commission pour essayer de la résoudre.

On. émit le vœu que « dans l'accord final entre le gouvernement des États-Unis et celui du Mexique, les droits religieux et civils des catholiques soient respectés. » Un autre vœu demandait que « les leaders du peuple irlandais, dans les pourparlers diplomatiques engagés en ce moment, obtiennent la forme du gouvernement acceptable par lui, comme nation. »

L'atmosphère de ces réunions, écrivait The catholic repiew of Baltimore, favorisa un américanisme pratique. On y présenta un idéal que tous les hommes

dignes de ce nom,^catholiques, non catholiques et juifs, peuvent suivre. Cet idéal, Washington le montra à son armée en haillons, « ardente et invincible dans la lutte », et. où tous les credo se confondaient. »

Un télégramme de loyalisme )fut envoyé au Président, lui promettant appui et sympathie dans tout ce qu'il entreprendrait pour la prospérité et la grandeur des États-Unis. Le samedi 24, le chef de l'État reçut une nombreuse délégation. Je fus invité à m'y mêler. Cette réception marquait, me dit-on, une date dans l'histoire du catholicisme américain. Les précédents exécutifs l'avaient rarement traité avec autant de bienveillance.

Trois choses me frappèrent dans ce congrès :

un dévouement sans bornes et admirable des laïques catholiques à leur vieille mère l'Église; un désir plus vif que jamais après la guerre, de s'américaniser; l'acceptation franche de la démocratie, de ses postulats, de ses privilèges et de ses charges dans l'ordre politique.

Les femmes catholiques ont annuellement un congrès. Je me trouvais à Washington à la fin de septembre 1929, quand il se tenait. C'était le dixième depuis la fondation du N. C. W. C. et, m'assurat-on, le mieux réussi. La veille de son ouverture, j'entendis une splendide conférence de M. Thomas Woodlock, frère du jésuite anglais du même nom. Il occupe dans l'administration financière de la République un poste très élevé. Il parla avec compétence et sagesse de F « Église visible » et de l'action laïque dans le champ de l'apostolat. Cette

action réservée surtout à ceux qui sortent des collèges catholiques, exige qu'ils soient au courant des questions débattues en histoire, science, philosophie et même théologie, pour leur donner une réponse adéquate.

Dans les réunions privées, on discuta les graves problèmes du Birth cnotrol, du divorce, des missions pour étudiants, des cercles d'études, du travail parmi les immigrants.

Quelques semaines après, le congrès des hommes se tenait, cette fois, à Fort Wayne, à l'invitation expresse de l'ardent évêque de ce diocèse. On y aborda à nouveau, la question de l'apostolat laïque. On traça un plan pratique de réalisation. Le prélat insista sur l'utilisation du radio pour diffuser la pensée catholique. A leur réunion de novembre, les évêques américains permirent au N. G. W. C. de faire un appel de fonds de 75.000 dollars pour l'emploi du radio dans ce but. A ce congrès, M. JohnBoland de la Catholic Truth society d'Angleterre, parla de l'apostolat des laïques catholiques anglais, et en particulier du travail de la Catholic Evidence Guild ^.

Mgr Me Nicholas, archevêque de Cincinnati à

1. Il ne sera pas inutile de dire un. mot ici de cette œuvre originale. Voici ce que j'écrivais dans plusieurs organes européens, en décembre 1929, à sonsujet, après l'avoir visitée:

« G'est-vers la fin de l'année 1918 que fut fondée dans le diocèse de Westminster, à Londres, la première Catholic Evidence Guild. Depuis longtemps, les différentes confessions religieuses, si nombreuses en Angleterre, avaient leur plaiforrn'ou tribune, à Hy de Parle, et même à des coins de rue. Tous les dimanches, chacune y expliquait . à la foule qui

la messe d'ouverture du Congrès, avait exposé le rôle et la place des laïques dans l'apostolat des prêtres. « Conscient de là responsabilité qui pèse" sur moi, dit-il, comme évêque de tous les laïques de mon diocèse, je sais que le désir formel du vicaire actuel du Christ, est de restaurer cet apostolat delà

s'assemblait autour de son speaker son credo spécial. Les catholiques', en raison sans doute des préjugés tenaces entretenus contre eux et de la haine dont ils étaient poursuivis par les protestants, n'avaient .pas osé entrer dans la lice. Cette fin d'année 1918, vit se dresser à Hyde-Pàrk, une large platform surmontée d'un grand crucifix qui la distinguait entre toutes les autres.

« J'ai plusieurs fois assisté à ces exposés religieux en plein air, devant des foules nombreuses, attentives et respectueuses. J'y ai entendu une jeune demoiselle expliquer clairement le scapulaire. J'ai encore dans l'oreille la réflexion d'un auditeur qui s'écriait : « Mais ces choses-là, il n'y a que les Irlandais qui les portent.» A la fin de son exposé, « la théologienne » répondit fort bien aux observations et aux critiques qu'on lui fit.

« A une trentaine de pas de la platform catholique, adossé à un arbre, un homme qui me parut un maniaque, devant six ou sept a.uditeurs, expliquait pourquoi, à son avis, il ne pouvait y avoir de Dieu.

« Quand les catholiques se mirent à parler à Hyde-Park, on alla un peu au petit bonheur. Y montèrent en leur chaire ceux ou celles qui en manifestaient le désir. On s'aperçut vite que des amateurs n'étaient pas toujours des gens qualifiés pour une aussi difficile besogne. Ils trébuchaient souvent devant les difiicultés ou ne savaient pas répondre pertinemment. On se décida à organiser' des cours préparatoires. Depuis lors, nul n'est autorisé à monter sur la platform à Hyde-Park ou à parler dans les rues, qui n'a pas eu de formation nécessaire et ne possède pas une sorte de diplôme.

« Cette discipline et ces exigences auront sans doute, pensez-vous, écarté les « speakers » apologistes du catholi-

primitive Église, où les laïques hommes et femmes avaient leur part des travaux de la hiérarchie. J'espère ardemment que bientôt on trouvera dans quelque diocèse, la forme approuvée d'organisation qui permettra à cet apostolat laïque de fonctionner.» Un des congressistes, M. Patrick Ward, demanda qu'il eût un caractère international, pour travailler avec les catholiques laïques des autres pays « à faire des principes chrétiens, la norme de la vie et de 'la pensée de tous les peuples. »

cisme. Il n'en est rien. A cette heure, il n'y en a pas moins de 120 (80 hommes et 40 femmes) dans le diocèse de Westminster et ils ne reçoivent "aucun salaire. De Londres, la Guild a essaimé dans toute l'Angleterre. On en compte une trentaine. Elle- fonctionne aussi en Hollande et en Australie. a Et les résultats obtenus? Je laisse la parole à M. Sheed- Ward, l'un des grands debaters avec sa femme (Mlle Ward), de la Guild :

« Nous bâtissons pour l'avenir. Nous ne comptons pas sur des résultats immédiats. Mais ce que nous avons déjà obtenu, est assez important pour montrer que la Guild est dans la bonne voie. Les convertis nous arrivent tous les jours plus nombreux. Mieux encore, des catholiques, nous ayant abandonnés, reviennent à la foi à la suite de notre travail, en grand nombre. Pour l'instant, nous ne visons pas à la conversion des individus, mais à l'instruction de toute la masse du peuple anglais. Dans ce sens, il y a des résultats que chacun de nous peut voir : des foules se pressant autour de nos platforms une semaine après l'autre, imperturbables sous la neige et la pluie, n,ous abordant férocement hostiles et arrivant peu à peu à une réelle cordialité; une conviction de plus en plus forte, au moins de l'honnêteté des orateurs catholiques, de vieux mensonges affublés de nouvelles défroques, en un mois, tués quand l'Église est enfin connue sous son vrai jour... »

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