CHAPITRE IV
Une assemblée générale type des évêques .
à Washington.
Sommaire : La question irlandaise. — La Propagation de la Foi. — D'abord dissous^ le N.C. W, C. est ensuite approuvé par le pape.
Chaque aji»ée, tous les évêques des États-Unis se réunissejit à Washington pour discuter les questions d'intérêt général concernant leur Église. En 1921, leur réunion coïncidant avec le Congrès des œuvres laïques, je fus au courant de quelques manifestations et de quelques résultats de leur activité. Ils méritent d'être connus et permettent de comprendre le caractère, la portée et l'utilité de ces «conciles annuels».
Les trois quarts des membres de la hiérarchie catholique aux États-Unis, sont d'origine irlandaise. Il est donc très compréhensible qu'avant d'aborder les questions d'intérêt généralpour leurÉglise, à l'occasion des tractations alors en cours entre l'Angleterre et l'Irlande, les prélats américains, réunis à Washington, en septembre 1921, aient envoyé au cardinal Logue, une longue lettre dont je traduis ces lignes vibrantes d'amour et d'espoir :
« Il n'est pas dans jiotre intentioïi, Émijiencè, de rendre plus . difficile par nos paroles le succès des négociations dont le monde attend l'issue, la poitrine haletante. Mais dans le véritable esprit de notre sainte Foi, unis avec nos peuples de toute race et de toute condition, nos prières montent de chaque autel en ce pays, pour que Dieu, dans sa sagesse, mette un terme aux sept siècles de douleur de l'Irlande, pour que cette race apostolique entre toutes les races des peuples de Dieu, puisse recevoir la récompense de tout ce qu'elle a fait pour l'Église d'Amérique et d'ailleurs, en obtenant la satisfaction de ses aspirations nationales. »
Le vœu à propos du désarmement avait été un des plus chaudement discutés au congrès des laïques. Il le vota avec cette clause que « le gouvernement des États-Unis, en prenant en mains le projet de limitation des armements, devait avoir l'œil à ce que, toujours, des moyens , suffisants de protection soient maintenus pour faire face à n'importe quels dessins, de n'importe quel gouvernement, cherchant à intimider ou neutraliser le nôtre dans la protection de ses intérêts. » Cette clause, dans ce milieu, visait à ce moment, surtout, l'Angleterre et le Japon.
Sur le même objet, les évêques émirent un vœu moins belliqueux. Ils approuvaient d'enthousiasme le projet du président Harding," initiateur de la conférence sur le désarmement, réalisation de la pensée de Benoît XV. Ils demandaient avec les catholiques des États-Unis, «de faire du 11 novembre jour de l'armistice et de l'ouverture de la Conférence,.
un jour de prières spéciales, afin que la bénédiction de Dieu se répandît sur elle et que le Saint-Esprit aidât ses délibérations, pour bâter cette ère de paix et de bonne volonté, vers laquelle les peuples éprouvés de la terre aspirent, prient et travaillent. »
Entre les -questions discutées par les évêques américains en cette assemblée annuelle de 1921, fut celle de la Propagation de la Foi. Des résolutions graves auraient été prises. Puisque l'occasion se présente, je dirai quelques mots sur ce sujet particulièrement intéressant pour les Français.
La Propagation de la Foi, fondée à Lyon en 1822, avait son centre administratif en France avec deux sièges, l'un à Paris et l'autre dans la ville où vécut . la fondatrice. La distribution de fonds, qui de 20.000 francs en 1822, atteignait en 1922 une moyenne de 18.000.000 de francs, avait lieu à des intervalles réguliers par les bureaux, après un examen comparatif des demandes des chefs de missions envoyées tous les ans. La division était faite d'un commun accord, entre le bureau de Lyon et celui de Paris. La liste des allocations, une fois décidée, était soumise à la Sacrée Congrégation de la Propagande, qui la revoyait. Quand la liste dressée était de retour de Rome avec ses modifications, les paiements se faisaient.
Bien que l'œuvre eût pris toutes les précautions pour assurer une parfaite impartialité dans la distribution, elle devait éveiller les susceptibilités nationales. Déjà avant la guerre, l'Allemagne avait des organisations catholiques indépendantes des centre de Paris et de Lyon.
La hiérarchie épiscopale des États-Unis, qui, depuis 1918, se réunit tous les ans à Washington, avait demandé à Rome que l'administration de ïa « Propagation de la Foi », pour la part qui les intéressait, soit remise entre les mains des Américains et détachée de l'administration française. En février 1921, la presse catholique obéissant à un mot d'ordre, publiait le plan arrêté par les évêques sur cette question. J'en traduis la partie essentielle:.
« Cette organisation sera appelée le centre américain des missions catholiques. Son objet sera charitable, religieux et éducatif. Il se proposera, d'aider et de promouvoir le travail des missionnaires catholiques dans toutes les parties du monde; de distribuer les fonds recueillis ou donnés, d'assister les Églises et les écoles des missions, de pourvoir à l'enseignement de la doctrine chrétienne et de répandre la littérature de propagande religieuse, »
Suivait la description des détails de l'admi- ^stration.
Par « mission » l'épiscopat américain entendait non seulement celles qui se trouvent hors des États- Unis, mais celles qui existent ou pourraient être créées dans ce pays.
Ce plan, connu sous le nom de « plan américain » fut envoyé au Saint-Siège qui le soumit à la Propagande. Celle-ci approuva et le Pape Benoît XV, le 12 décembre 1921, le sanctionna.
L'épiscopat américain n'obtint pas la faculté de distribuer lui-même les ressources qu'il recueillait. Quand le 18 janvier 1922, VOsservatore Romano annonça que les bureaux de Lyon et de Paris
seraient mis sous la juridiction directe de la Propagande et portés à Rome, il sous^entendait que des bureaux équivalents ne seraient pas créés à Washington ou à New- York.
Je crois, pour ma part, et je m'appuie sur le témoignage de Français s'occupant de l'œuvre au dehors, qu'elle aurait pu depuis longtemps, si les Lyonnais avaient été plus souples, trouver un biais pour s'internationaliser et éviter des froissements très compréhensibles. Mais, d'un autre côté, l'on a peut-être oublié en Amérique, l'aide désintéressée que jusqu'en ces dernières années lui a apportée, pour ses missions, la France catholique; l'on a oublié que ce fut précisément pour secourir la mission catholique de la Nouvelle-Orléans, que l'évêque français, Mgr Dubourg, vint à Lyon en 1815 et y provoqua la fondation de l'Œuvre de la Propagation de la Foi.. -
Hâtons-nous de dire que, depuis que ses bureaux, aux États-Unis, sont aux mains des Américains, il y a eu dans leur largesse une véritable émulation. kEn 1924, ils remettaient au bureau central à Rome ^la somme de 680.483 dollars ; en 1927, ils lui remettaient 1.126.807 dollars, soit 20.629.181 lires. La contribution de la France, la deuxième après les États-Unis, était de 4.350.779 lires, cette année-là.
La question de la Propagation de la Foi ne fut pas la seule abordée en 1921. A cette réunion plénière des évêques, quelques-uns élevèrent des critiques contre l'organisation centrale du N, C. W. C. Ils se plaignirent surtout de voir leur autorité compromise par les directives de cette organisation.
Leurs plaintes motivées allèrent jusqu'à Rome La Congrégation consistoriale, avec l'approbatioj de S. S. Pie XI récemment élu et- encore peu ai courant, crut devoir la dissoudre au début d l'année 1922. Mais elle devait son origine à h grande majorité des évêques. Ceux-ci se hâtèren de déléguer trois d'entre eux, pour expliquer ai pape le dommage moral et matériel fait à l'Êglis américaine par cette suppression. Après examen le pape consentit à retirer le décret de la Congre gation consistoriale. Il demanda seulement i l'œuvre de ne. plus s'appeler Council mais Confe renée. La juridiction épiscopale dans chaqu diocèse devait aussi être scrupuleusement respectée L'œuvre a si bien su s'imposer par ses services que Pie XI, pour enlever les petites opposition qui subsistaient encore dans certaines sphère élevées, écrivit aux cardinaux ' archevêques e évêques réunis à Washington, en septembre 192'3 une longue lettre où, approuvant solennellement 1 N. C. W. C, il disait : « Une fois de plus, nous vou félicitons d'avoir amené à bonne fin des entreprise du plus grand intérêt pour notre sainte religiof Il ressort de là avec évidence, combien oppoi tune et avantageuse fut l'organisation d N. C. W. C. Elle ne vous est pas seulement utile, mai nécessaire. Vous vous trouvez dans des villes éloi gnées les unes des autres et certaines matière très importantes exigent des délibérations côni mujies, telles celles ayant rapport à la famil] chrétienne, à l'éducation de la jeunesse, à Ta morî lité publique et privée, au soin des nombreu
immigrants et d'autres problèmes du même genre.'- II est absolument indispensable qu'en délibérant ensemble, vous vous trouviez d'accord sur un but commun, et que votre volonté unie tende à sa réalisation en employant, comme vous faites, les moyens adéquats et adaptés aux conditions actuelles...
«En unissant encore plus intimement les forces à votre disposition, vous donnez à la vie chrétienne de votre pays, une vigueur renouvelée dans l'esprit de justice et de charité. Ainsi régnera parmi vous le Seigneur Jésus, Prince de la Paix; il s'imposera et vous abonderez en bénédictions de tout ordre. »
Le 14 octobre 1927, au nom du pape qui avait investi de ses pouvoirs la Sacrée Congrégation des Séminaires et Universités, le Délégué apostolique, Mgr Pietro Fumasoni-Biondi, conférait au R. Pâ Burke, pauliste, secrétaire et âme du N. C. W. C, le titre de Docteur en Théologie, honoris causa, distinction accordée rarement aux services extraordinaires rendus à l'Église, et après examen des 1 ouvrages de l'élu. Ce doctorat, autant qu'un hon- ) neur, était une indication.
A l'occasion de la réunion des évêques au début de novembre 1929, après les avoir félicités, le cardinal Perpsi, Préfet de la Consistoriale, exprimait à nouveau le souhait que « les activités de N. C. W. C. se manifestent de plus en plus pour le grand bien de l'Église et de ses fidèles. »
L'Association catholique de la Presse avait demandé que le service des nouvelles ne fût plus sous le contrôle exclusif du N. C. W. C. Les évêques
n'agréèrent pas la suggestion et laissèrent les choses en leur état. Par ailleurs, ils décidèrent la fondation d'un nouveau bureau pour établir un contact avec l'Amérique latine, la nomination d'une commission qui s'occuperait du difficile problème des mariages mixtes, la collaboration des catholiques dans le Comité national de l'hygiène enfantine créé par le Président Hoover, l'emploi d'une station nationale radiographique au service de la propagande catholique, enfin le don au pape, à l'occasion de son Jubilé sacerdotal, de 50.000 dollars à employer pour l'aménagement d'une salle dans la bibliothèque du Vatican, ou pour des bourses en faveur de prêtres missionnaires.