CHAPITRE II
Le centre des œuvres catholiques aux États-Unis.
Sommaire : Les Départements du National Catholic Welfare Council : Education. — Presse. — Législation. — Action sociale. — Organisation laïque. — Bureaux du N. C. W. C. : Émigration. — Apologétique. — L'Exécutif.
« Quand l'Amérique mobilisa, la nécessité de combiner les diverses organisations du pays apparut aussitôt. Deux jours après la déclaration des hostilités, les archevêques des États-Unis, en leur rencontre annuelle à Washington, avaient adopté les décisions fermes transmises au Président Wilson, engageant leurs subordonnés au service de la Nation « comme un seul homme ».
« Cette promesse fut tenue è la lettre. Que l'ensemble des catholiques fût préparé à la tenir, cela n'était pas en question. Néanmoins, le problème consistant à réunir les œuvres diverses, pour coordonner les forces permettant la coopération avec le gouvernement, demandait une solution. Certaines organisations très développées, comme les Chevaliers de Colomb et l'Union des jeunes gens, firent, immédiatement des plans pour le travail à entre-
prendre d'un point de vue national, parmi les soldats et les marins catholiques. Leur exemple inspira d'autres œuvres. Mais les réunir toutes restait la question difficile. Elle devint d'autant plus, complexe que le désir qu'avaient les sociétés particulières de rendre service, était plus vif. Ces efforts bien intentionnés embarrassaient souvent, au point d'entraver l'œuvre même des Chevaliers de Colomb, tout de suite reconnue par le gouvernement, comme l'organisation officielle des intérêts des catholiques d'Amérique.
« Au Père John J. Burke, de la congrégation de Saint-Paul apôtre, revient l'honneur d'avoir résolu le problème. Fondateur de l'Association des Aides- Aumôniers, il avait vite appris à estimer la valeur de l'organisation, en s'occupant de fournir les aumôniers capables, en nombre suffisant pour les besoins spirituels des soldats et marins catholiques. Il s'adressa donc aux cardinaux Gibbons, O'Connell et Farley. Il leur proposa une réunion générale des Associations et Œuvres catholiques, en vue d'unifier et de rendre plus efficace la contribution des catholiques aux besoins du pays.
« La proposition fut approuvée. Chaque évêque fut invité à envoyer un délégué ecclésiastique et un délégué laïque au « meeting », et chaque société reconnue dans l'Eglise fut priée de chçisir deux représentants à ce Congrès, tenu à l'université catholique de Washington, les 11 et 12 août 1917. La situation y fut complètement exposée et les ambitions individuelles subordonnées au but commun. A la fin d'un discours sensationnel du Père Burke,
le Comité de Guerre, national et catholique, était créé.
(c Six mois après, à la suggestion du cardinal Gibbons, une réorganisation du Conseil fut effectuée. Les quatorze archevêques d'Amérique prenaient la direction de l'œuvre par l'intermédiaire d'un Comité administratif de quatre évêques, travaillant en collaboration avec six membres^ des Comités des Chevaliers de Colomb aux œuvres de guerre, et six membres du Comité de guerre, comme exécutifs.
« Ainsi tous les problèmes étaient résolus. L'œuvre avançait, avec tant de facilité et d'e£&cacité qu'elle reçut l'encouragement du Président, les témoin gnages d'admiration des œuvres non catholiques, et l'approbation cordiale de la presse laïque.^/
« Si grands furent les avantages qu'en retira le pays en général et les catholiques en particulier, que la pensée de briser cette union de forces, après la Guerre, ne vint à personne. ^ »
Le Comité de guerre national catholique était né de problèmes de la guerre; de sproblèmes également pressants de la Paix et de la réadaptation, naquit l'œuvre remarquable centralisant et orga| nisant toutes les œuvres catholiques des États-^ Unis, sous le nom de Conseil du bien-être national catholique^. Elle était expliquée par l'épiscopat dans une lettre collective, en septembre 1919. Il y déclarait avoir répondu ainsi au désir de Benoît XV, exprimé dans sa lettre du 19 avril 1919
(1) D'un Mémoire publié en 1921 par le N. C. W. G.
(2) National Catholic Welfare Council. En abréviation : N.C.W.C.
aux évêques réunis à Washington, pour le Jubilé du cardinal Gibbons.
Le Conseil est un organisme administré par un comité d' évêques que délèguent leurs collègues. Ceux-ci à leur tour choisissent l'évêque président de chaque département.
Il y en a cinq qui forment autant de ministères avec leur secrétaire : l'Éducation, la Presse, la Législation, l'Action Sociale, les Organisations laïques, et les Bureaux de l'Émigration, de « Évidence », et, au-dessus d'eux, l'Exécutif. Le secrétaire général, désigné par le Comité épiscopal et sous sa dépendance, en relations avec tous les départements, est aujourd'hui, un pauliste. Deux importants édifices en briques rouges, leur ont été assignés à Washington au n° 1312 de la belle avenue des Massachussets. Là travaille un étatmajor de techniciens laïques et ecclésiastiques. Je les ai visités à quatre reprises. Il a fallu un efTort immense pour trouver un personnel qualifié, coordonner les forces éparsés en 104 diocèses, et venir à bout des résistances de la routine ou des particularismes. L'argent pour soutenir l'institution est fourni par les diocèses dont la quote-part est fixée par le comité épiscopal. Celui-ci par son président expose aux évêques, un mois avant leur réunion annuelle à Washington, le programme des questions à discuter. Les rapports sur la réunion, sont envoyés à la Congrégation consistoriale.
1° Le Département de V Éducation. — Organisé en février 1920, il s'occupe de tout ce qui concerne l'Éducation catholique : écoles, élèves, maîtres, rapports
avec les institutions non catholiques et avec le gouvernement qui le consulte parfois, comme il le fit pour le choix des professeurs dans les écoles des Philippines. Il a établi une documentation complète sur la législation fédérale, et celle des différents États en matière d'éducation. Elle est à la disposition des évêques et des directeurs d' œuvres scolaires. Il a réuni pour les intéressés, les renseignements nécessaires sur les titres des professeurs et instituteurs dans chaque État. Il a fait des campagnes pour éclairer le public, catholique ou non, sur le but et la nature de l'éducation catholique. Il a créé partout des associations chargées des questions scolaires. Elles sont en contact avec l'organisation centrale de Washington. En 1912, son secrétaire, le Rév. James Ryan, aujourd'hui Recteur de l'université, publiait Le Directoire des collèges et écoles catholiques en un volume de 1030 pages, et un étranger au N. C. W. C. le Rév. O'Brien, un travail sur les Étudiants catholiques dans les institutions non catholiques et un autre sur les professeurs catholiques dans les mêmes institutions. L'examen des différents systèmes d'éducation commença par la Hollande et l'Angleterre. Il fut continué au fur et à mesure pour les autres pays. Une bibliographie des ouvrages sur l'éducation fut entreprise et une bibliothèque de ces ouvrages fondée. Le même département a commencé l'échange d'étudiants avec les universités étrangères; il a placé des étudiants des Philippines dans les écoles et collèges américains, et envoyé des renseignements sur les institutions catholiques des
États-Unis aux Philippines, à Cuba et dans l'Amérique du Centre et du Sud. Il a fait visiter les organisations et écoles d'été et recueilli sur elles une documentation indispensable. Ce département aida le comité épiscopal du N. G, W. C. à faire repousser'la législation dé l'État d'Orégon contre les écoles paroissiales, rejetée en 1925 par la Cour Suprême des États-Unis comme contraire à la Constitution.
2° Le Département juridique. — Il centralise tous les renseignements utiles concernant les lois de l'État Fédéral et des divers États, et les passe à ceux qui en ont besoin. Il suit les débats législatifs et se renseigne auprès de l'administration centrale. Il n'a pas comme les autres groupes religieux ce qu'on appelle à Washington les Zofeèies (vestibules), agences de zélateurs qui continuellement harcèlent de cajoleries ou de menacés, les députés, les sénateurs et les autorités, pour les suggestionner et les amener à ses fins. Il se contente de leur envoyer les instructions officielles des autorités ecclésiastiques ou des brochures qui leur permettent de connaître le point de vue catholique, sur les lois et questions pendantes. Cette méthode discrète et sans tapage a valu à l'organisation catholique, l'estime et la considération de l'exécutif et du législatif, et une influence certaine. Le département ^juridique à obtenu que l'approvisionnement en vin de messe ne fût pas rendu trop difficile par certaines mesures, visant le renforcement de la loi de prohibition. Il aida le bureau des « Souvenirs historiques» pour que les tombes des soldats catholiques morts
sur le champ de bataille en France soient marquées d'un signe spécial, A la suite de^es représentations, le secrétaire du Trésor a fait distribuer des allocations pour subsistance, logement, blanchissage aux aumôniers des hôpitaux publics isolés.
Il poussa le bureau historique à poser ce que les catholiques ont réalisé dans les services de guerre, soit aux États-Unis, soit en Europe. On dressa une liste complète de plus de vingt ihille noms catholiques victimes de la guerre. Par son intervention directe, il a obtenu une diminution des frais de douanes sur l'importation du mobilier d'Église, de sculptures, etc., et la protection des missionnaires catholiques américains à l'étranger.
3° Le Département d^ action sociale. — Il a attiré l'attention du public sur les efforts réalisés par la N. C. W. C. pour répandre l'enseignement soc'al de l'Évangile et des papes. Il a cinq champs d'action bien limités : les rapports industriels, les problèmes ruraux, la formation civique, la question de la paix internationale et les œuvres de bienfaisance. A sa tête, se trouve le D'^ Ryan, un sociologue éminent dont l'autorité s'impose aux États-Unis dans tous les milieux. Il est assisté par le Rév. Me Gowan, esprit ouvert, pratique et entreprenant. Ils ont publié ensemble un catéchisme sur la question sociale qui a été répandu à des milliers d'exemplaireg. Ils suivent les congrès nationaux où l'on étudie la vie sociale, urbaine et rurale. Devant des auditoires catholiques ou non, ils multiplient les conférences. Ils ont fait des enquêtes dans plusieurs États sur les conditions locales, sur la situation
des immigrés, surtout des immiigrés mexicains qui on a essayé de procurer du travail à domicile, la tête des œuvres rurales se trouve le Rév. O'Har dont l'âme ardente éclairée -et généreus cherche les moyens de grouper les paysans cathi liques abandonnés jusqu'ici et perdus parmi 1< protestants. Aux États- Ujiis, les catholiques s sont surtout groupés dans les grands centres, est urgent de s'occuper des campagnes, si l'on vei conserver ceux qui y sont dispersés. Là surtou le déchet semble avoir été impressionnant.
travaille donc à y rendre le foyer domestique pli attrayant pour les fermiers^ on y fonde des hop taux, des centres de culture appropriés aux paysan des œuvres sociales rurales et récréatives.
D'abord établi à Eugène (Orégon), en 1921, pj le Rév. O'Hara, le Bureau de la çie rurale est depu 1929, au N. C. W, C, annexé à la section sociale. U Comité de 10 directeurs, répandus dans différeni États, l'administre. Ils se réunissent tous les ai pour coordonner leur action. En octobre 192!
un grand Congrès rural s'est tenu à Des Moine: sous les auspices du Bureau de Washington. Tï catholic rural life est son organe depuis 1924. L Rév. O'Hara le dirige. Celui-ci a été l'initiateu en 1929, dans plus de 70 diocèses du Sud et d Sud-Ouest, des écoles religieuses de vacances. Quatr.f vingt-cinq de ces écoles avec 5.600 enfants, pi fonctionné sous la surveillance des séminariste en vacances qui se chargeaient de leur instructio -religieuse. Cette initiative eut le plus grand succè) et reçut de grands éloges des évêques des, diocèse
i -■ où elle fut établie. Cette même année 1929, le
^ Bureau rural fonda un Comité du Crédit paroissial pour pousser à la formation de Coopératives et de
' Sociétés de Prêts à travers le pays.
* L'occasion se présentant, je vais dire un mot de l'activité proprement sociale et pacifiste des catholiques a l'intérieur ou hors du N. C. W. C.
^ L'activité sociale des catholiques aux États-Unis - est dirigée par l'Encyclique de Léon XIII, Rerum Noçarum, expliquée et commentée par deux docuj^f.ments importants : le Programme de reconstruction sociale rédigé peu après l'armistice par les quatre jévêques du Comité administratif duN. C. W. C. et la f Lettre pastorale de la hiérarchie américaine sur les questions sociales publiée en 1919. Ces deux documents sont eh tout conformes auxprincipes de l'école ' des catholiques sociaux, adaptés aux contingences L américaines. On a aussi traduit et adopté le Code r social de Malines, édité par l'organisation interi nationale des chefs du mouvement catholique social, ^ en Europe -sous l'inspiration du cardinal Mercier. Le caractère distinctif de l'activité du catholicisme social américain, est d'être à peu prè scomplètement théorique et éducateur. Il n'a pas, comme >eh Europe, d'organisations à part, syndicats, coopératives, boerenbonds, où il puisse expliquer ses idées en toute indépendance. Cela tient, d'une part aux divisions raciales entre catholiques qui empêchent leur fusion dans des organisations
homogènes, et, d'autre part, à la prospérité relative du pays qui émousse le désir de s'unir^^pour réaliser plus de mieux-être. Les tentatives de^syndicalisme d'ailleurs sont combattues de plusieurs manières par les capitalistes, qui s'arrangent pour chloroformer ou effrayer leurs ouvriers. Le législateur est aussi très opposé au principe d'obligation en matière sociale cher aux catholiques sociaux.
Je crois cependant que, dansNjun avenir quin'est pas éloigné, les mêmes problèmes se poseront aux États-Unis qu'en Europe. Des plaintes s'élèvent de plusieurs côtés contre les trusts financiers. Les travailleurs demandent des salaires mieux équilibrés, leur part de bénéfices dans les entreprises, une protection plus efficace contre les accidents du travail, les aléas de la vieillesse et du chômage. En temps ordinaire, il y a trois millions de chômeurs aux États-Unis.
Les catholiques se préparent à affronter ces difficultés à la lumière de leur doctrine sociale. Diverses organisations sont plus spécialement dévouées à ce travail. La Conférence catholique sur 'les problèmes sociaux est une annexe du bureau social du N. G. W. G. Elle a pour objet des congrès nationaux, régionaux ou locaux, pour discuter sans plus ces problèmes. Les femmes catholiques ont une organisation de ce genre pour l'étude des questions qui les intéressent directement.
The central Verein est l'organisation sociale des catholiques allemands des États-Unis. Il publie un organe : la Justice sociale.. Les autres organes, s'occupant spécialement des questions sociales,
sont •: The Catholic Charités à Washington, The Bufjah Echo.
Dans plusieurs collèges et universités existent des cours pour la formation sociale des jeunes gens et des jeunes filles. Citons : Loyola University de Chicago, Fordham University de New- York, l'une et l'autre dirigées^par les jésuites.
Parmi les personnalités catholiques américaines qui s'intéressent le plus aux problèmes sociaux, il faut citer ^^les D^s^ Ryan et^ Me Gowan du N. G. W. C. déjà nommés. Le D^ Ryan est le maître et le chef des catholiques' sociaux américains. Il a un prestige^national et est écouté dans tous les milieux. Son assistant le D^ Me Gowan ^^est son digne émule. Le P. Husselein, S. J., hier rédacteur à! America et aujourd'hui professeur à Chicago, s'est spécialisé dans la question des Guilds; les Rév. Maguire et Haas se sont intéressés aux démêlés des ouvriers avec les Cours de Justice; le D^ Lapp étudie la législation sociale; le P. Reiner, S. J., le mouvement coopératif; M. Me Cabe, professeur à l'université de Princeton, l'organisation et la lé^slation du travail; Mlle Bresette est l'organisatrice des conférences sur les problèmes industriels ; le P. Muench a élaboré un. plan de Comité National pour l'Industrie; le D'^ Me Lean s'occupe des grèves; le prof. Haggerty, des salaires et du standard of living aux États-Unis; M. Kenkel, le directeur de la Justice sociale, étudie tous les problèmes sociaux; le P. Bolger, C. S. G., la question du juste salaire; le P. Siedenberg, S. J., les fins du travail social et les fins de la législation sociale; le P. Boss, les obli-
gâtions des consommateurs à l'égard des ouvriers producteurs; le Dr Kerby,' la charité, principe d'Action Sociale; le Rév. Dietz est un zélateur du mouvement social ouvrier; M. Zenkert est le directeur de Buffalo Echo, un des organes sociaux les plus appréciés des États-Unis; le D^ 0. Grady est le secrétaire de la Conférence nationale des Charités catholiques. Il y a aux États-Unis 1.500 conférences de Saint- Vincent de Paul avec 25.000 membres.
Les catholiques aussi s'intéressent à la question de la paix. Dans leur lettre collective de 1920, les évêques marquèrent les conditions et l'urgence de cette paix. Le N. C. W. G. n'a pas manqué de la promouvoir. En dehors de lui, en 1927, les catholiques ont constitué VAssociation pour la paix internationale. Elle comprend un grand nombre de prêtres et de laïques de toute la république. Son travail consiste en des réunions de son Comité, où sont discutés des rapports que publie ensuite l'Association. Jusqu'ici, il en a paru quatre : la Morale internationale^ les Causes de la guerre, les Moyens de développer les amitiés avec V Amérique du Sud, Ancienne et Nouvelle sécurité.
4° Le Département de la Presse. — Les catholiques américains n'ont à cette heure qu'un seul petit journal quotidien dans un État de l'Ouest. Beaucoup trouvent que cette situation qui les a servis jusqu'ici est encore la plus avantageuse. Les journaux de
grajide circulation, ayant besoin de leur argent, sont obligés de les respecter, eux et leur croyance. Du jour où ils auraient leurs quotidiens, ceux d'en face seraient beaucoup plus libres à leur égard. Ils ont donné tous leurs soins à leurs publications hebdomadaires et ils ont réussi. On voudrait que chaque diocèse ait la sienne. Elles sont strictement religieuses, et mettent leurs lecteurs au courant de tout ce qui peut intéresser leur catholicisme autour d'eux, dans les différents états américains et dans l'univers entier; Aucune politique mesquine et bigote. Le fidèle, quel que soit son parti, ne trouve dans ces hebdomadaires, rien qui le choque ou le passionne^ à faux, comme le font souvent ailleurs des organes se disant catholiques ! C'est vrai, les publications américaines ont parfois l'horizon borné et un peu sacristain. Mais le croyant qui a les moyens de voir plus loin préfère ces limites aux exploitations de sa religion par des égoïsmes politiciens.
L'état prospère de la presse catholique américaine est dûj en très grande partie, à Mgr Russell, évêque de Charleston, le premier chargé de son organisation àù N. C. W. C. Dès l'abord, il se rendit .compte qu'il devait constituer une agence pour centraliser les nouvelles. Il y avait alors et il existe encore une Association de la Presse catholique. Elle avait à Washington un, service qui envoyait chaque semaine une lettre de New- York, une autre de Londres et un câble très bref de Rome. Elle ne mit aucun obstacle à la réalisation du plan de Mgr Russel. D'accord avec les évêques, il s'assura les services
du catholique le plus compétent et le plus expérimenté comme chef laïque du département, en la personne de Justin Me Grath pendant longtemps éditeur principal et rédacteur en chef du San Francisco Examiner.
Un état-major général de compétence lui fut adjoint; on trouva des reporters pour les grandes villes et des correspondants remarquables pour l'étranger.
Au moment où le service des nouvelles fut pris à l'Association de la presse catholique, 32 feuilles hebdomadaires étaient alimentées par le service limité dont on a parlé, avec un roulement de fonds de 3.900 dollars. Aujourd'hui, le roulement est de 80.000 dollars (les évêques donnent encore tous les ans 20.000 dollars) et un quotidien et 75 hebdomadaires, dont 14 fondés grâce à ce bureau, reçoivent un service, consistant en :
1° Une feuille de nouvelles imprimées sur huit colonnes de la dimension d'une feuille de journal;
2° Un ensemble de nouvelles supplémentaires avec titres, réunissant 25 ou 30 feuilles imprimées au miméographe;
3° Une lettre de Washington préparée par Elmer Murphy, un journaliste éminent, en relations pendant longtemps avec les principaux journaux de New- York ;
4° Une feuille éditoriale mensuelle, portant des éditoriaux sur des sujets vitaux d'actualité, d'autres articles par des écrivains distingués, une revue des livres et des articles de magazines. La plupart des journaux payent un petit extra pour un service
régulier par câble hebdomadaire, reçu de tous les correspondants. Ceci est facultatif, mais le nombre de ceux qui usent de ce service complet va tous les jours en augmentant.
Les collaborateurs de ce service comptent parmi les bons écrivains du pays et de l'étraiiger. L'article d'intérêt immédiat n'est jamais oublié. Ainsi dans une édition de Noël de la feuille éditoriale, la description par Papini de la naissance du Christ, fut publiée bien avant la traduction de la Storia di Cristo. Au département de la Presse, un bureau complet d'échange et de coupures est rattaché. Tous les quotidiens laïques importants du pays, et près de cent hebdomadaires catholiques sont parcourus avec soin. Les endroits se rapportant de loin ou de près aux affaires de l'Ëglise sont indiqués et annotés. On peut ainsi j&xer l'attention des autres départements sur les matières qui les intéressent particulièrement.
Mais ce bureau fait plus que fournir des nouvelles aux feuilles catholiques. Il étend leur influence à la grande presse au profit de l'Église et de la protection et édification de chaque fidèle.
Aussi Mgr Russell décida-t-il de faire chaque année une campagne d'un mois, pour stimuler les catholiques et aider les journaux à augmenter leurs bénéfices et leur action. La première campagne eut lieu en mars 1920. Des affiches sensationnelles en couleur furent fournies à tous les organes utilisant l'Agence; une brochure intitulée, Catholiques savez-vous ? fut préparée comparant les conditions de la presse en Amérique, à la situation et à l'in-
fluence de la presse des autres pays. On enrôla les membres des deux comités d'hommes et de femmes, on lança une vingtaine d'éditoriaux pour insister . sur l'urgence du nouvel apostolat. La chaire s'associa avec ardeur à la cainpagne.
Le résultat fut impressionnant. Deux exemples le montreront : la Baltimore catholic Review augmenta sa circulation en un mois de 10.000 à 18.000 exemplaires ; le Catholic News de New- York accusa un tirage additionnel de 25.000.
Défenseur de la doctrine catholique contre les erreurs courantes, le département de la presse est toujours en éveil. Il a souvent obligé revues et quotidiens de grande circulation à se rétracter..
Le service des nouvelles est utilisé dans les collèges et les écoles. ;
Le professeur Carlton Hayes, de l'université de Colombie à New- York, s'en sert pour son cours d'histoire. Le Frère Lee, un spécialiste de l'éducation, sur la côte du Pacifique, l'a introduit dans les collèges de cette section. Une circulaire fut envoyée à d'autres instituteurs avec un tarif particuliè- ' rement bas. Quarante acceptations furent la première réponse.
La quantité et la qualité du travail réalisé par l'Agence des nouvelles jouit d'une réputation mondiale. L'afflux est constant au département de la Presse, des visiteurs venant d'Amérique et des^ autres pays pour l'étudier.
A côté des journaux hebdomadaires de divers diocèses, à peu près tous reliés au N. C. W. C. et qui s'adressent au grand public catholique, existent
d'autres organes pour les esprits plus cultivés. Les jésuites ont l'hebdomadaire America et le trimestriel Thought A Philadelphie se publie YEcclesiastical Review, spécialement pour le clergé séculier que dirige avec sagesse et intelligence le D^ Kerby. En 1922, fut fondé par M. Michaël Williams, à New- York, The Commonweal, hebdomadaire qui groupe dans son comité de rédaction -des laïques de haute valeur, comme M. Schuster. Il a obtenu un grand succès dë^ diffusion et peut avoir une heureuse influence, quand son programme sera bien mûri par l'expérience des réalités américaines en contact avec le catholicisme. Le Catholie World des PP. paulistes est la plus ancienne revue catholique aux États-Unis. Elle reste la mieux faite et la plus intéressante. Les Editorial Commentsàu P. Gillis, son directeur, sont de l'apologétique journalistique du meilleur aloi littéraire. Il y a là une profondeur d'ironie, une fraîcheur d'humour que je préfère à la manière lassante de Chesterton qui ne semble voir dans le catholicisme qu'un "paradoxe. Le Rev. Guilday a récemment fondé Thé catholie historical Revietv, et Mgr James Ryan, aujourd'hui Recteur de l'université catholique de Washington, The New-Scolasticism, qui peuvent aider beaucoup à élever le niveau intellectuel, .
5° Département des œuçres laïques d^ hommes et de femmes. — Qui étudie ce département comprend pourquoi La conférence catholique du bien-être national a si bien réussi en une période de temps, relativement brève, et pourquoi son avenir est plein de promesses. Elle est basée sur deux fermes
principes d'administration catholique. Toute l'entreprise est sous le contrôle direct des évêques, représentants en Amérique du Vicaire du Christ. Ensuite, le lien, entre les évêques et des laïques zélés et responsables, se forme d'abord dans l'unité paroissiale. Ainsi l'impulsion donnée par l'Ordinaire s'ajoute à l'action efficace du curé de la paroisse.
Mgr Schrembs,' évêque de Cleveland, chargé devant les autorités de l'administration de ce département, fit preuve dans le comité de guerre d'un génie d'organisation et d'une ardeur qu'aucune difiiculté n'arrêtait. Sous sa direction se développèrent deux des annexes les plus considérables du Conseil national. Au seul point de vue de ce qu'ils ont fait, pour éveiller et aiguiser le sentiment de leur devoir chez les laïques, les Conseils nationaux d'hommes et de femmes catholiques méritent d'être étudiés. Mais l'admiration grandit encore, quand on connaît les résultats obtenus pour unifier et intensifier l'action. ^
Des Conseils paroissiaux, formés de tous les paroissiens et dirigés par un Comité exécutif où toutes les classes sont représentées, le mouvement s'étend au Conseil de district, au Conseil diocésain et, finalement, au Conseil national par l'élection de délégués, allant du plus petit au plus grand.
Dans ces divers Conseils, chaqueproblème seposant aujourd'hui devant les catholiques américains, est étudié. Par eux s'établit la coopération qui rend possible l'action efficace de tous les départements du centre impulseur qui veut servir non dominer.
L'organisation du pays sur ces bases n'était ni
l'affaire d'uji jour jii celle d'un mois. Aujourd'hui plus de la moitié des diocèses marche dans cette voie et le reste se prépare à suivre. Les deux grandes associations catholiques des Chevaliers de Colomb et de la Société du saint Nom de Jésus, se sont affiliées à l'organisation centrale de Washington et collaborent avec elle. Les autres, si nombreuses, les ont imitées. J'en cite quelques-unes : l'ancien Ordre des Hiberniens, la Légion catholique bénévole, l'Ordre catholique des forestiers, l'Union catholique des jeunes gens, le Club catholique de Saint-Georges, les Chevaliers de Saint- Jean, la Fédération . catholique slovaque d'Amérique, le Conseil supérieur des conférences de Saint-Vincent de Paul aux États-Unis, l'Alliance nationale des Tchèques catholiques, les Filles catholiques d'Amérique, les Dames catholiques de Colombie, la Légion volontaire des femmes catholiques, la Société de l'Enfant- Jésus, la Fédération internationale des pupilles catholiques, les Dames auxiliaires de l'ancien ordre des Hiberniens, l'Association bénévole des dames catholiques, les Dames auxiliaires des Chevaliers de Saint- Jean et l'Ordre des femmes catholiques de forestiers.
Il convient de donner ici quelques détails sur la Société du saint Nom de Jésus et sur les Cheç^aliers de Colomb. La première fut fondée le 10 septembre 1274, quand le pape Grégoire X demanda au T. R. P. Jean Vercelli, général des dominicains, d'inviter ses religieux à prêcher l'honneur dû au saint Nom de Jésus. Cette dévotion devint donc, avec le Rosaire, la dévotion de l'Ordre dominicain. Un de ses fils,
lin Espagnol, Didace de Victoria, l'organisa au XVI® siècle. Des rois, comme Charles V et Philippe II, l'encouragèrent dans leur vaste empire en Europe et en Amérique. Dès lors, on trouve partout de grandes manifestations ou parades dont les confrères du saint Nom sont les initiateurs. La pieuse association fut introduite dans l'Amérique du Nord par les missionnaires dominicains espagnols ou français. Telle qu'elle y existe maintenant, elle y fut fondée, il y a soixante ans par le P. Me Kenna, son grand propagateur dans tout le pays. Une foule d'évêques l'établirent dans leur diocèse. Elle compte aujourd'hui plus de quarante- deux unionsdiocésaines, plus de six mille confréries et deux millions d'hommes. Elle a son centre et ses bureaux près de l'église des dominicains de New- York, dans la Lexington Avenue. Tous les ans, elle organise en quelque ville, des parades monstres où l'on voit souvent plus de 200.000 hommes. Bien que sous Ja direction des dominicains, elle est strictement paroissiale. Son objet est l'honneur et la révérence du saint Nom de Jésus, par certaines pratiques de piété fort simples et par la lutte contre le blasphème. Elle exige de ses membres qu'ils s'approchent des sacrements le deuxième dimanche de chaque mois. Fidèle au drapeau et à l'idéal américains,-sans s'immiscer dans la politique, elle a gagné le respect et l'estime des protestants. « Je salue l'activité de' cette société, disait le Président Roosevelt à une de ses parades à Oyster-Bay, en 1903, comme le type d'une de ces forces qui tendent à améliorer et à élever notre système social. »
Avec la Société du saint Nom de Jésus, les Chevalierà de Colomb sojit la plus importante et la plus connue des organisations des catholiques laïques américains. Ils furent fondés par un prêtre dans l'État de Gonnëcticut en 1882. Ils ont à leur tête un suprême chevalier, un conseil suprême et un comité de directeurs qui est l'agent exécutif de l'Ordre. Chaque section a une hiérarchie analogue, subordonnée, ^dont les membres sont soumis à l'élection. En 1927, il y avait 61 sections ayant en tout 700.000 membres, s'étendant jusqu'au Canada et à Terre-Neuve. D'abord seulemient Société de secours mutuels, ayant déjà distribué pendant quarante-six ans, 26 millions de dollars à ses associés, elle s'est adjoint par la suite, des éléments qui ne profitent pas de ses avantages économiques, mais qui veulent réaliser ses fins morales. L'Ordre tend à développer en ses membres le dévouement" à Dieu et aux intérêts du pays et de l'Église. Il a, à la manière des francs-maçons, un système original d'initiation. Il oblige au secret ses affiliés, et ils ne peuvent le révéler que lorsque le bien de l'État ou de l'Église l'exigent. Il serait trop longd'énumémérer ici ses œuvres de charité et de culture, pour le bien du catholicisme des États-Unis et de l'humanité. Je n'en citerai que quelques-unes : en 1904, il fonde une chaire d'histoire de l'Amérique, à l'université catholique de Washington; en 1912, il donne 500.000 dollars à cette université; en 1919, il ouvre dans les plus grandes villes des cours d'adulte gratuits pour 313.000 vétérans de la guerre; en 1923, il institue une école par correspondance
pour les membres de l'Ordre, et en 1927, pour toute leur famille, et il donne 75.000 dollars à la Légion américaine et la même somme aux invalides de la guerre; en 1921, il nomme une commission historique, pour encourager par des récompenses les reclierclies sur les origines, les événements et les problèmes des États-Unis, pour interpréter et perpétuer les principes de liberté, de souveraineté populaire et de gouvernement d'opinion, pour promouvoir la solidarité et exalter l'idéal américain; cette même année 1921, il vote un fond de 1 million de dollars pour les œuvres du pape à Rome, etc. L'Ordre a un organe mensuel, Columbia, très répandu même hors des États-Unis. Les intégristes de divers paySj groupés autour de la Revue internationale des sociétés secrètes, accusent les Chevaliers de Colomb d'être des francs-maçons, maigre les éloges que les évêques et le pape leur prodiguent.
Ces laïques militants comprirent la nécessité d'avoir des travailleurs sociaux entraînés. Les femmes fondèrent à Washington VÉcole nationale du service social. Avec ses trois magnifiques édifices elle n'a pas son égale aux États-Unis. Des étrangers venus de France, de Belgique, de Pologne, des Philippines, du Guatemala et d'ailleurs suivent ses cours. Elle est affiliée à l'université catholique.
Bureau de V émigration. — L'exécutif du N. C. W. C. s'occupe du bureau des émigrants. Cette œuvre a, en Europe, un directeur chargé de se mettre en relations avec les œuvres catholiques s'occupant d'émigration. Elle suit les familles depuis leur
paroisse jusqu'aux ports d'arrivée. Ses efforts sont parfaitement coordonnés avec ceux du département de l'action sociale.
Bureau dé V Évidence catholique ■ — La campagne présidentielle de 1928 où Alfred Smith, un catholique, se présentait comme candidat à la Maison- Blanche, souleva une tempête de basses calomnies contre l'Église. Elle surprit beaucoup de fidèles de Rome aux États-Unis. On décida de réaliser enfin un bureau d'apologétique et de l'adjoindre au département des œuvres laïques. On le chargea du soin de réfuter les préjugés répandus contre le. catholicisme, surtout en montrant qu'il n'était pas opposé aux institutions américaines. Il devait en même temps faire œuvre positive et donner sur l'Église, ses dogmes, sa morale et ses rites, les informations utiles sans acrimonie contrôles autres confessions. On l'a appelé Caiholic Evidence Bureau.
A côté des cinq départements se trouve celui de l'Exécutif. Le P. Burke, un Pauliste, le dirige. Il surveille et distribue le travail. Tous les mois paraît Isl Revue du N. C. W. C. son organe officiel qui porte des nouvelles de l'œuvre à plus de 25.000 adhérents. Une revue du Cinéma, chargée d'examiner les films et d'en proposer, lui est adjointe avec un Bureau. Ce départeraent s'occupe aussi de recherches historiques {Bureau of historical records), dé la publicité et des publications {Bureau of ^publicity and publications). Il a à sa charge le côté économique de l'organisation.