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CHAPITRE V

La vie paroissiale.

Sommaire : Missions extérieures et intérieures. — Paroisses de religieux et de séculiers. — Les meilleurs fidèles du monde. — ■ Zèle pour leur Église et leurs prêtres. — Le Sacramentalisme.

Les évêques n'autaient pas pu donner une organisation centrale aux œuvres, si elles n'avaient été déjà commencées parles prêtres autour de leur clocher.

Je l'ai dit, les États-Unis ne sont plus un pays de mission. Le catholicisme y vit avec sa hiérarchie de 104 évêques et de 25.683 prêtres, non seulement indépendant, mais plein de sollicitude spirituelle et matérielle pour les autres pays. Il envoie déjà ses propres missionnaires aux Indes et en Chine. Les anciens Ordres établis en Amérique ont chacun leur champ d'action. Des Ordres spéciaux, avec maisons ^ pour les missions au dehors, ont été fondées récemment. Entendons-nous, cependant. Bien que les

1. L'une des plus connues est le séminaire de MaryknoU dans l'Etat de New-York. Organisée sur le modèle de la'Société des Missions Étrangères de Paris, la Société américaine fut

États-Unis ne soient plus pays de mission, ils ont encore des diocèses et des paroisses organisés en mission. Il y en a surtout dans le Centre et l'Ouest. Mais même là, les missionnaires et leurs œuvres sont soumis à des Ordinaires américains sur qui la Propagande n'a pas de juridiction. Ils sont sur le même pied que leurs collègues d'Italie, de France ou d'Espagne, sous le contrôle du Délégué Apostolique qui établit la liaison entre Rome et la hiérarchie.

L'œuvre qui s'occupe spécialement des missions extérieures est la Church Extension. Elle fut fondée en 1895 à Chicago par le Rév. P. Kelly aujourd'hui évêque d'Oklohama. Son but est d'aider à la construction des Églises, de fournir leur mobilier, de soutenir moralement et matériellement les prêtres dans les endroits éloignés et sans ressources. Elle publia dès l'origine un organe, Extension. Btji 1907 ^ elle disposait d'un wagon- chapelle qui suivait le rail dans les villages abandonnés des plaines et des . montagnes. D'autres wagons- chapelles furent plus tard achetés avec des automobiles à autels portatifs.

Elle édite une revue illustrée. " Son apostolat missionnaire s'est surtout signalé dans le Sud- Ouest des États-Unis, sur la frontière mexicaine, dans l'Alaska, à Porto-Rico, dans les Philippines où elle a contrebalancé le prosélytisme protestant. Depuis son origine, elle a bâti 3.000 chapelles et

fondée en 1910 par deux prêtres qui se rencontrèrent au Congrès eucharistique de Montréal. — Un Comité catholique médical pour les missions fonctionne aux États-Unis depuis 1921.

fourni des prêtres à 700.000 fidèles. La première année de son existence, elle recevait 1.934 dollars. En 1927, elle en recueillait 1.427.000. Elle en a distribué en 22 ans 9.749.823.

Mais dans la plus grande partie des États-Unis, les diocèses fonctionnent comme en Europe, conformément aux prescriptions catholiques.

La rivalité du clergé séculier et régulier ne peut y être vive. Celui-ci a ses paroisses. Il n'est, pas exposé à fouler les plates-bandes des autres. Le bon ordre, la paix et le bien général n'y perdent rien. Chacun s'efforce de faire mieux que le voisin régulier ou séculier. Cette émulation produit d'excellents résultats. Sans doute, parfois le religieux, en raison de son prestige, de sa plus grande facilité à servir les besoins divers, de son ingéniosité même si l'on veut, attire davantage les croyants chez lui, mais l'unité des paroisses n'en est pas disloquée.

Leur vie est intense.

Il n'y a pas sans doute au monde, sauf en Irlande, de fidèles plus dévoués que les fidèles américains^. .Très attachés au catholicisme, ils aiment d'un amour

1. Le P. Garesché, S. J., m'écrivait à ce propos, le 21 mai 1928 : « L'une des caractéristiques de l'organisation paroissiale américaine, est l'étroit contact entre le pasteur et ses fidèles, à rencontre de ce qtii existe en quelques pays européens. Une autre caractéristique est le grand nomFre d'hommes qui prennent part aux œuvres des paroisses, qui appartiennent à leurs organisations et fréquentent souvent les sacrements. » Le P. Garesché a écrit beaucoup de livres pieux pour les simples fidèles.

de prédilection leur église particulière qui en est la cellule.

A New-York, j'ai entendu répéter et j'ai pu constater que les seuls édifices du culte "fréquentés appartenaient aux catlioliques. Ceux des autres confessions, sauf dans les États du Centre, sont le plus souvent vides.

J'ai exercé le ministère de la prédication à Paris, en France et à l'étranger. Le plus consolant pour moi a été celui que j'ai rempli aux États-Unis. Tout catholique là-bas vit vraiment en chrétien. En France, au moins en quelques régions, le catholique riche ou noble, le dirigeant, identifie souvent une politique à sa croyance. Il va à l'Église, parce qu'il est d'un parti, d'une caste. Il critique donc facilement ses prêtres, quand ils ne veulent pas subir ses caprices. Il s'ingénie à les asservir à ses desseins et à ses préjugés, il les accapare, les nourrit parfois pour les enchaîner et les séparer du peuple. Aussi certaines questions de morale courante, les devoirs des maîtres et des riches, l'usage de l'argent, les obligations 'du vendeur ou de l'acheteur, l'obéissance aux autorités civiles, le respect des droits des humbles, ne peuvent être abordées, même sous la forme la plus modérée, sans provoquer leur mécontentement ou leur mélancolie. Il semble à certains que le prédicateur ne puisse traiter que des sujets vagues et transcendants, ou ne viser que la correction des envies et des mauvais instincts populaires. Il doit se tenir aussi loin de ses auditeurs que l'est sa chaire. On ne trouve pas chez ceux qui fréquentent les églises

catholiiques auxËtats-Unis, ces dispositions d'âme. Le prédicateur peut avec sagesse et apostoliquement, parler au riche ou au pauvre, au maître et au serviteur, au banquier et à son employé, à l'acheteur et au vendeur, à la grande dame et à sa servante, et on l'écoute sans mauvaise humeur. -

Le fidèle catholique américain fréquente la maison de Dieu, non parce qu'il est d'un parti, mais parce qu'il croit. A l'église, son attitude respire la piété et le respect.

Il ne manque jamais la messe et il fait plus que ses Pâques. Il est le catholique le plus pratiquant du monde.

\ Habitué depuis longtemps à faire vivre son prêtre, à maintenir les multiples œuvres de sa paroisse, tous les dimanches quand les ushers passent de rang en rang avec leurs bourses fixées à une longue baguette, il donne géiiéreusement. Là-bas, comme ailleurs les plus généreux ne sont pas les plus riches.

t Plusieurs raisons expliquent cette fidélité, ce dévouement du catholique américain à sa religion. En face des protestants qui l'observent et qui veulent rivaliser avec lui, il entend ne pas se laisser

idépasser. Il est fier de constater que, tandis que toutes les sectes chrétiennes se dissolvent à côté

i? de lui et que leurs temples sont vides, son Église montre chez ses fidèles une foi vivante et agissante. Il veut lui garder son haut standard social et moral. Il n'est pas troublé par des préoccupations | politiques comme ses coreligionnaires de plusieurs pays européens, exploitant la croyance au profit de leur parti, et allant parfois à l'église poussés

inconsciemment par cet unique motif. Lui y entre démocrate ou républicain, patron ou ouvrier, avec l'intention seule de l'endre à Dieu, au Christ et à l'Église, ses devoirs, pour faire un acte religieux. I Enfin, ses prêtres, oubliant les passions qtii divisaient les fidèles ''et eux-mêm.es dans la vieille Europe, sous la conduite de prélats sages, prévoyants et apostoliques, se sont jusqu'ici cantonnés \ dans leurs fonctions sacerdotales et n'ont pas mêlé \ la politique, même aux affaires de leur culte. Sur un point cependant, quelques membres 4u clergé américain seraient peut-être critiquables. Certains fidèles leur reprochent de porter parfois en chaire leurs passions raciales. En particulier, des arrivés de fraîche date, s'acharneraient ou à irlandiser, ou à italianiser ou à poloniser, ou même à franciser leurs ouailles. J'ai connu à New- York et ailleurs des catholiques anglo-saxons de vieille souche, venus en Amérique avec leurs premiers colons, répugnant à aller dans telle ou telle église. Leurs prêtres, disaient-ils, s'engagent trop dans les luttes de leurs lointaines patries.

Cette réserve n'enlève rien au mérite de ce clergé dans son ensemble. Il a puissamment contribué, grâce surtout à l'influence des Sulpiciens français, à former un splendide faisceau de croyants de parole et d'action.

Avec l'argent qu'il reçoit de ses fidèles, le prêtre américain peut non seulement vivre très à l'aise, mais entretenir son presb^'tère, bâtir des écoles, des salles pour ses œuvres et parfois des hôpitaux.

Pendant tout le xix® siècle et jusqu'en ces dernières années, alors que villes et villages sortaient partout de terre en quelques semaines, vrais champignons, mushrôoms towns, on construisit à la hâte une chapelle en bois, très commode et très simple pour les besoins des croyants. L'heure est venue de la stabilité et des édifices solides. L'argent abonde. Les églises en fortes pierres, aux vastes proportions, pleines de lumière, surgissent de tout côté. Le bon goût ne préside pas toujours à leur construction.

En juin 1925, un de mes amis,é piscopalien, artiste américain de renom, en descendant du train qui l'amenait du Havre à Paris, me disait : « Que font donc vos artistes et vos maisons d'art ? Les uns et les autres manquent l'opportunité extraordinaire qui se présente pour réaliser de bonnes affaires aux États-Unist et une propagande en faveur de leur pays, dont personne ne serait jaloux. On les appelle, on les désire et x)n ne les voit nulle part. Beaucoup de vos coreligionnaires catholiques seraient enchantés de profiter de leurs services. Ils ont de l'argent et en abondance. Du Nord au Sud ils sont pris de la passion de bâtir. A leur tour, ils ont la maladie de la pierre ou plutôt du béton armé. Écoles, églises, cathédrales, universités, surgissent dans les villes géantes, les humbles hameaux et les campagnes solitaires. Et si vous vojdez le mauvais goût qui s'étale, effronté provocant en ces constructions ! Aucune proportion. Ici un dôme immense surplombe une nef courte et étroite ; là on appuie un large plafond concave sur

quatre ouvertures irrégulières enfoncées, et l'on prétend reproduire la basilique du Rosaire de Lourdes. Ailleurs, vous avez un plafond d'église romane et un sanctuaire et une nef gothique.

Profusion de statues mal coloriées et aux attitudes grotesques; vitraux rutilants souvent soignés dans le détail, mais d'où se détachent des figures froides, rectilignes et figées qui décèlent la manière de Munich. Les architectes, les artistes et les maisons de statues et vitraux allemands .ont monopolisé l'ornementation et la construction des temples catholiques aux États-Unis, à cette heure. »

Ainsi me parla mon ami américain. Je me suis rendu compte sur place, qu'il était plutôt en deçà de la vérité. Tant de mauvais goût endolorit le sens esthétique. Rien ne restera dans les reliquaires de l'art, de ces œuvres hâtives et sans harmonie, à quelques exceptions près.

Après l'église, la principale préoccupation du prêtre est l'école paroissiale, dont les autorités diocésaines fixent le programme et que dirigent des Frères et des Sœurs. Les dépenses sont considérables, mais la charité des paroissiens ne se lasse pas. Aux États-Unis, les édifices du culte et les écoles confes-~ sionnelles ne paient pas d'impôts.

Fidèles dévoués à leurs prêtres et prêtres dévoués à leurs fidèles. Au service de leurs infirmes 6t de leurs enfants, ils donnent aux sick calls (visites des malades) et aux catéchismes des soins inlassables.

Les écoles publiques acceptent des arrangements permettant à leurs élèves d'avoir leurs heures d'instruction religieuse.

Les cérémonies du culte n'ont pas d'ordinaire la gravité, la pompe et le fini des nôtres en Europe; l'Américain aime à faire court et bon. Un prêtre américain,' le P. Ross, a édité un livre de Sermons de cinq minutes d'ailleurs remarquables, et qui mériteraient d'être traduits en français. Il n'y a guère de vêpres. Dans les villes, on les remplace par une bénédiction le soir.

Les prônes sont en général très pratiques. J'ai ouï dire qu'ils l'étaient trop parfois. Les questions d'argent à percevoir des fidèles et à dépenser, y auraient une place démesurée. Mais cela arrive ailleurs qu'aux États-Unis.

Des Français m'ont assuré avoir étéle dimanche obligés de payer cinq cents, à la porte de certaines églises pour entendre la messe. Rares abus, que des circonstances peuvent expliquer. La pratique des sacrements étant en grand honneur, on l'a, en quelques paroisses, un peu caporalisée. Quand le maréchal Foch alla aux États-Unis, je ne sais quelle Église lui demanda de se mettre à la tête de 15.000 communiants. Le maréchal naturellement se déroba.

Cette militarisation de la religion due, je pense, à l'influence irlandaise et allemande, a amené des prêtres d'esprit élevé et surnaturel, à se plaindre de ce qu'ils appellent le « sacramentalisme ». Voici ce que disait à ce propos, dans une conférence donnée devant la Catholic éducation association, en 1924, et imprimée depuis, un éminent

prélat, Mgr Mac-Mahon, curé de l'Église de Notre- Dame de Lourdes à New- York. Le morceau mérite d'être cité en grande partie. Un Américain a droit de dire ce qu'un étranger ne dirait pas sans impertinence. Mgr Maç-Mahon rattache d'ailleurs au « Sacramentalisme», d'autres aspects de la vie du catholicisme en son pays, intéressants à connaître. « On doit avouer que nous réunissons (aux États- Unis) le plus fort contingent qui existe aujourd'hui dans l'Église tout entière de ceux que j'appellerai, faute d'un terme meilleur, les «catholiques à sacrements ». Mais si vous recherchez ce que, faute encore d'un autre mot, j'appellerai « l'arrière-plan traditionnel » du catholicisme, n'importe quelle Église notre aînée dans le monde peut prétendre nous être supérieure... Qu'est cet arrière plan traditionnel ? Avant tout, la claire conception de l'Église organisation hiérarchisée, avec une constitution divine et une histoire aussi intimement mêlée au développement de la civilisation et de l'humanité que l'histoire du peuple de Dieu sous l'Ancienne Loi. Un jour, Hilaire Bèlloc, penseur remarquable mais siugulier, comparait devant moi son pays et l'Europe continentale au point de vue religieux. Il observa que sur le continent on ne saurait parler, écrire ou entrer dans un monument quelconque, sans s'apercevoir de l'existence d'une Église qui façonna et guida les destinées de l'Europe pendant des siècles et marqua chaque époque du fait tangible de son existence, quelle que soit l'opinion qu'on ait sur elle. « Les Anglais, dit-il, «n'ont pas cette conception del'Église, comme fait

« se prolongeant dans ses résultats, même à l'heure « présente. »

« Mais, en ce qui concerne notre pays à nous, Américains, il aurait pu ajouter que l'Anglais a au moins la conception d'une Église établie. Ici, les catholiques, par suite d'infiltrations venant des corps religieux qui les avoisinent, et aussi par suite de la décadence évidente de la foi au surnaturel autour d'eux, ont une idée de l'Église matérialisée ou estompée dans le vague. Je crois qiie l'idée de l'Église, corps mystique du Christ, ainsi que la sublime théologie paulinienne sur les conséquences qu'implique le fait d'être membre àh ce corps, ont été obscurcies. On a trop insisté sur l'Église institution à soutenir, et comme l'État, réclamant de nous taxes et prestations personnelles. Pour moi, la raison de ceci est la préoccupation de la prospérité matérielle de l'Église. Elle absorbe les prêtres et les rend étrangers au sublime mysticisme des idées pauliniéhnes sur l'Église du Christ. Certaines querelles fort peu édifiantes au sujet des droits paroissiaux sont dues, si je les. comprends bien, non au zèle pour les «pierres vivantes», mais^à la considération de l'appui financier qu'apporte chacune de ces pierres vivantes...

« A mon avis, les nombreuses et lamentables déficiences dues à l'ignorance plutôt qu'à la malice constatées dans notre vie de catholiques, surtout dans le vaste domaine de l'éducation et du mariage, s'expliquent par l'absence de cette haute et nécessaire idée du surnaturel et de son incarnation dans l'Église. Cette insuffisance s'accompagne d'un

affaiblissement de l'idée du péché. Elle entraîne une estime des vertus purement naturelles au détriment de la recherche de la sainteté surnaturelle...

« Pour indiquer les causes d'un état général que j'ai voulu décrire brièvement, mais qui mériterait une étude plus approfondie qui en fît comprendre toute l'importance, je signalerai d'abord un manque par trop visible de culture intellectuelle, d'ordre général.

« Nos collèges catholiques n'ont pas échappé à la tendance presque universelle de l'éducation en Amérique à courir vers l'utile, vers le pratique. On a donc laissé de côté cet enseignement sérieux des humanités qui, dès l'origine, fut un des caractères de l'éducation catholique. Je ne veux pas raconter les longues et âpres controverses qui ont marqué l'effort persistant de l'Église pour maintenir les , classiques comme une partie de la culture humaine. Mais je crois avoir le droit de dire que cette admiration des esprits cultivés pour la beauté d'expression et la force de pensée, qu'on trouve seulement dans ces admirables productions du génie humain, cette admiration est rare chez ceux qui sortent aujourd'hui de nos séminaires...

« Pour la culture et la littérature strictement ecclésiastiques, une partie considérable de notre clergé mériterait une imputation analogue que justifierait l'ignorance de ces courants de la pensée théologique et philosophique qui ont, sur la vie religieuse de l'Église, dans les autres pays, une action extrêmement stimulante. Je ne dirai

pas quelle raison obvie, mais peu flatteuse pour nous, fut donnée jadis pour expliquer pourquoi le modernisme sévissait très peu, ou point du tout, parmi les prêtres de ce pays-ci. Mais j'insiste sur la rareté des périodiques catholiques de vraie valeur; sur la disparition des revues comme la Quaterly de Brownson, et de V American catholic Quaterly. Notre Revue ecclésiastique américaine a eu de brillants succès, mais ses fluctations ont montré que ces succès reposaient sur un seul homme. C'est une hase fragile...

« Il y a quelques années, le directeur d'une grande revue catholique vint de l'étranger visiter notre pays. Il retourna chez lui navré par le peu d'intérêt que notre clergé lui avait montré pour la vie intellectuelle de l'Ëglise chez les autres nations. Il écrivit un rapport aigre, où il déclarait que tout ce que nos prêtres goûtaient dans la littérature périodique, c'était la partie humoristique et sportive et les journaux de Hearst. Je vous laisse le soin de dire s'il avait raison.

« Je pourrais insister sur le manque d'études approfondies chez notre clergé. Nous avons produit très peu de livres remarquables. De grâce, évitons cette vieille excuse : c'est le temps qui manque. Je connais un prêtre anglais extrêmement occupé, et qui cependant a écrit deux ouvrages considérables et quelques autres de moindre importance.

« Que devient la masse des étudiants de réelle valeur une fois sortie de nos institutions catholiques ?

« On admettra aussi, je pense,. que des indices

— Sa— . /

nombreux relevés de tous côtés, manifestent la décadence du sens liturgique. Diverses raisons peuvent l'expliquer, mais en réalité la principale est cette absence de culture générale ou professionnelle dont j'ai parlé. L'amour de la liturgie est, indépendamment de l'illumination de l'Esprit- Saint, un fruit <ie l'éducation et du goût artistique et littéraire. L'amour de la liturgie existe et on le cultive avec intensité, chez des gens qui "n'appartiennent pas à notre Foi. Mais là où le sens de la spiritualité n*a pas été développé, où nul frémissement ne vient répondre à la poésie cristallisée dans les rites et dans les cérémonies, là où n'est pas connu le trésor de cette tradition incarnée dans un rituel inutile en apparence et cependant jalousement sauvegardé, où la liturgie est seulement le squelette desséché d'instructions pour l'exécution de mouvements compliqués et . la froide règle gouvernant des observations rituelles, rien d'étonnant si son étude et sa pratique tombent en désuétude...

«... Je ne dirai rien de la prédication de notre clergé. Elle ne saurait échapper à la rude censure portée sur la prédication catholique en général, par le pape Benoît XV, mais dont notre insuffisance s'attribue principalement au manque de culture générale...

« Enfin, je suis convaincu qu'il y a une tendance très nette à suj)primer, au confessionnal, l'œuvre de la direction spirituelle, fje pourrais dire de l'éducation spirituelle... x-

Peut-être Mgr Mac-Mahon est-il un peu pessi-

miste. Mais ce n'est pas en'^se flattant qu'on corrige même ses petits défauts. -

Nous allons d'ailleurs voir à l'œuvre une congrégation d'origine et de caractère strictement américains, qui, en renouvelant l'apostolat, n'a pas oublié le devoir de la vie intérieure et surnaturelle.

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