‹ Le Catholicisme aux Etats-Unis [microform]Chapitre 23 sur 34 · Éditeur Téqui, Paris · texte numérisé non relu

Éditeur Téqui, Paris

et adroit enfant de Chicago, le deuxième provincial des sulpiciens des États-Unis.

Il activa vigoureusement la construction. La nouvelle maison a un emplacement ravissant près d'un grand parc, en pleine campagne couv^te d'arbres, à trois quarts d'heure de la ville. Elle est un magnifique monument style Renaissance,en forme d'E, avec plus de 400 chambres de séminaristes, dont 325 étaient occupées dès octobre

On célébra la Dédicace du nouveau séminaire le 5 novembre 1929. De tous les coins des États- Unis, on était accouru rendre un hommage de sympathie aux maîtres sulpiciens. Soixante-deux archevêques et évêques étaient présents, avec le nonce apostolique, Mgr Fumasoni di Biondi. Il y avait bien 2,500 prêtres, vicaires, curés, professeurs et monseigneurs. En tout plus de 5.000 personnes.

Le matin, le Nonce célébra une messe pontificale. A trois heures, des adresses furent lues par M. Fenlon, par l'évêque auxiliaire de Baltimore, et par M. Jenkins, un parent du sulpicien et bienfaiteur de la maison. Un télégramme de Rome apporta la bénédiction papale « aux prêtres sulpiciens chargés du plus ancien séminaire des États- Unis, à leurs élèves et à tous. les assistants ». Le soir, avait lieu dans l'immense réfectoire, un banquet de quatre cents couverts. Le Nonce apostolique présidait. Il ouvrit la série de toasts en déclarant que « le Saint-Père, désireux de voir

donner à ses prêtres une solide formation du corps et de l'esprit, était très satisfait de la situation présente de l'Église et du clergé en Amérique ». Après lui, parla le Gouverneur du Maryland.

« Notre État est petit, dit-il, mais il s'enorgueillit d'avoir été l'initiateur de la liberté religieuse en Amérique. Il n'est pas moins fier d'avoir envoyé plus de 3.000 prêtres à tous les coins de notre République pour prêcher la doctrine^ de ceux qui fondèrent cet État ( les catholiques Galvert dont Lord Baltimore). » « Aucun fronton ne pouvait mieux convenir à cet établissement, dit le Maire de la ville, que celui qu'on a choisi et qui représente le Christ enseignant ses apôtres. Nous sommes heureux qu'une maison comme cette école de prêtres pour toute l'Amérique soit chez nous. » L'ambassadeur Paul Claudel insista sur le travail admirable, réalisé par les missionnaires de France aux États-Unis et en particulier par les Messieurs de Saint-Sulpice. Ce lien spirituel unissant les deux -Républiques, plus que les autres, était indissoluble. « Pour moi, dit le juge de la Cour suprême des États- Unis, M. Butler, je suis heureux d'enfreindre ma résolution de ne pas faire d'adresse publique, pour venir déclarer ici que le bien réalisé dans ce sanctuaire du savoir, n'est pas limité à l'Église et à ses fidèles. II! s'étend à toutes les catégories de la République, et contribue au mieux-être et à la protection de la nation. » L'archevêque de Baltim.ore termina la série des toasts, en exposant tout ce qui avait été fait jusque-là, et ce qui restait à faire pour payer les dettes et achever l'édifice

commencé. Il était plein de confiance. Il insista sur l'admiration qu'il vouait aux prêtres de Saint- Sulpice ■ — dont il n'était pas l'élève — • mais qu'il avait appris à connaître en arrivant à Baltimore. Loin de vouloir jamais s'imposer à l'administration diocésaine, ils avaient toujours été prêts à suivr» ses moindres désirs et à la servir.

Que la Compagnie fondée par M. Olier soit humblement fière de tant de témoignages tombés de si haut. Le bierL.que ses sujets ont réalisé aux États- Unis par leur dévouement, leur éloignement de l'intrigue, leur sens chrétien, équilibré et réaliste, par leur franche adaptation à la vie et aux institutions américaines, est profond et durable. Il est proclamé au dedans et au dehors de l'Église.

« Amenés ici, écrivait le 6 novembre un éditorial du Sun, le grand quotidien de Baltimore, par les désordres de la Révolution française, une poignée de prêtres jetèrejit les fondements d'une école dojat le cardinal Gibbons dira plus de cent ans après :

« L'arrivée de ces hommes a été une bénédiction singulière pour ce pays. Les sulpiciens ont formé et modelé le caractère des jeunes gens se préparant à la carrière ecclésiastique. Ils ont été les premiers maîtres du clergé des États-Unis. Ils ont donné aux catholiques l'idée de ce qu'un prêtre catholique doit être. » (Puis- je dire en passant que je fus très > heureux de voir le Sun citer le cardinal Gibbons, ce^^grand ami de Saint-Sulpice, dont les services, le nom et le souvenir ne furent pas mentionnés le jour de la Dédicace où je me trouvais...) Le Sun continue : « Le séminaire,

avec le temps, est devenu plus utile et encore plus apprécié. Des élèves y sont accourus de tous les coins du pays, et ses anciens comptent parmi les plus distingués représentants de l'Eglise catholique. Sa réputation n'a jamais été à un niveau plus, élevé qu'aujourd'hui. Elle paie la rançon de ses succès, en étant obligée de trouver un plus large emplacement, pour loger le nombre toujours croissant de ses pensionnaires. Ce qui a déjà été fait pour trouver l'argent et bâtir la nouvelle grande maison, témoigne éloquemment de sa vigueur et de sa force. Le peuple de Baltimore de toutes les croyances, sera unanime à lui souhaiter un avenir qui dépassera les promesses de son passé. »

La France aussi peut être fière de ses sulpiciens. Le bien fait en Amérique, avec les mêmes méthodes de sage et prudente audace, de réalisme et de modération chrétienne, ne l' ont-ils pas réalisé encore mieux chez nous ? Dans les grandes crises de notre catholicisme, ils surent éviter tous les extrêmes. Si on les eût mieux suivis, bien moins de ruines matérielles, morales et intellectuelles auraient été accumulées pendant cent cinquante ans.

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