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CHAPITRE VIII

Les chances actuelles du cathoncjsme.

Sommaire : Il répond aux exigences de l'âme américaine, mais il a peu de prestige intellectuel. — Les différences raciales reparaissent après la guerre entre catholiques. Elles s'affaiblissent tous les jours.

Me trouvant à Harvard, en octobre 1923, j'en profitai pour voir M. Peabody, dont je connaissais le beau travail Jesus-Christ and the social question que j'avais cité plusieurs fois dans des ouvrages analogues. Il m'invita à déjeuner avec l'illustre Président Lowell, M, Richard Cabot et d'autres professeurs. M. Peabody, maintenant en retraite, a, pendant de longues années, été le professeur de Mœurs chrétiennes à l'université. C'est un unitarien, esprit ouvert et modéré. Nous abordâmes ensemble bien des sujets. Entre tout ce qu'il me dit, une réflexion me frappa, que je n'avais pas directement provoquée : « L'Église catholique, me dit-il, a en Amérique une grande opportunité,, mais je ne crois pas qu'elle en profite. The catholic Church has a great opportunity in America, but she will not seize it. »

Cette phrase est restée ancrée en ma mémoire. Je l'ai souvent répétée depuis. J'essayai dès lors de vérifier le bien-fondé de son contenu. Au cours de mes trois voyages ultérieurs aux États-Unis, elle servit de ligne directrice à. mes observations.

Que le catholicisme ait la chance pour lui, à cette heure, qui peut en douter? Gibbons, Ireland et leurs amis ont détruit le préjugé qui le faisait considérer comme une religion étrangère, sinon opposée aux institutions, aux mœurs et à l'âme américaine. Eux morts, certaines maladresses n'ont pu encore mettre en péril leur victoire. Bien loin de répugner au caractère américain, le catholicisme coïncide avec lui. Le Yankee est, ayant tout, un actif, un pragmatique. Il ne se perdra jamais dans la forêt des spéculations métaphysiques. Qu'on lui donne pour son action dans la famille, dans le travail, dans la politique, un point d'appui ferme, un credo clair et raisonnable, à l'abri des subtilités, des variations, des doutes et des destructions de l'esprit, il y adhérera immédiatement. Tous les grands convertis américains ont cherché, avant tout, dans le catholicisme un abri, sous lequel ils pussent se dévouer, se sanctifier, faire du bien, sans avoir à craindre les résistances de leur seni propre, de leurs passions et de leurs ignorances. Le philossphe Brownson écrivait à celui qui devait être le P. Hecker, encore non converti : « Votre dévouement doit être réglé et dirigé par la discipline de l'Église : il faut être catholique. » Le P. Hecker devenu catholique dira lui-même que l'Église est le meilleur garant des inspirations.

Pour distinguer, écrit-il, si les mouvements intérieurs viennent ou non de l'Esprit saint, il faut avoir recours à l'autorité de l'Église, Cette règle pare à tout danger, et avec elle l'âme peut marcher, courir ou voler à son choix, en toute sécurité et parfaite liberté, dans les voies de la sainteté.

Il considéra la définition de l'infaillibilité comme la sauvegarde des plus nouvelles et plus audacieuses initiatives.

Elle nous donne toute liberté de tourner notre attention vers d'autres objets et de cultiver d'autres vertus.

Il y a des hommes, écrit son biographe, qui- croient que l'autorité de l'Église raidira leurs membres; il avait hâte de leur expliquer qu'elle leur rendl a liberté, affranchit leurs esprits du doute, donne à leurco nviction l'intensité d'une certitude instinctive, et porte les ifacultés intellectuelles à une activité dont la force n'est pas soupçonnée en dehors de l'Église.

~ Ce point d'appui solide, que fournit l'Église catholique, les Américains ne peuvent le trouver dans les diverses religions à leur portée. Le judaïsmie très répandu à côté d'eux — il y a 8 millions de Juifs en Amérique et 1.000.000, à New- York seulement — ne leur inspire, comme secte, aucune sympathie. D'ailleurs il est divisé en groupés ennemis, orthodoxes, modérés et libéraux. « Les, variations dans leur croyance sont très considérables, allant de l'orthodoxie la plus extrême qui -a conservé le foi presque, sinon tout à fait intacte,

jusqu'aux « réformés extrêmes » qui se distinguent à peine des rationalistes théistes et même des agnostiques ^. » Plus divisés et plus incertains encore sont les protestants. Ils ont, à cette heure, aux États-Unis, 143 sectes officiellement reconnues ^.

L'auteur unitarien, M. Lyon, que je viens de citer, écrit dans la préface d'un livre préparé à la requête de la « Société unitarienne de l'École du Dimanche », et intitulé Une étude des sectes : « Mon application, à ce sujet, et les consultations que j'ai eues avec plusieurs hommes représentatifs, m'ont surpris en me révélant l'état de confusion et de changement où toutes les croyances, sauf celles des catholiques romains, se trouvent à cette heure ^. »

Dans une Église épiscopalienne de New- York, appartenant à un corps religieux qui passe pour conservateur, j'ai entendu chanter un cantique composé par le Recteur, le Rév. Grant, où il y avait cette phrase : « Seigneur, envoyez-nous des hommes qui ne soient pas des hommes des anciens credo ! » Il serait cependant injuste de ne pas reconnaître que le Rév. Grant, qui a donné depuis sa démission, est une exception. Il y a chez les épiscopaliens des âmes d'élite et très chrétiennes. Mais le protestantisme américain actuel semhle souvent un code de bienséances morales et même d'hygiène, emprunté à l'Évangile, enluminé d'images plus ou moins

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