‹ Le Catholicisme aux Etats-Unis [microform]Chapitre 25 sur 34 · Ibidentî p · texte numérisé non relu

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^ nombreuses et artistiques, pour plaire à l'imagination et aux yeux. Il émousse les décisions de l'esprit.

Sur ce sable mouvant, ceux qui tentent de s'engager ne peuvent avancer. Ils s'enlisent. Ils cherchent, espérant trouver un sol ferme qui leur permette d'aller de l'avant, de penser et d'agir. Ils voudraient «urtout sauver Celui qui a les paroles de la vie éternelle, et que les protestants semblent abandonner à tous les doutes, à toutes les négations, à tous les mépris du libre examen. Ils le voient ravalé au niveau des névrosés et des hystériques illuminés. Des millions d' âmes religieuses, p armi eux, tremblent p our Jésus. Anxieuses, elles s'ingénient pour conserver intact à l'humanité cet inappréciable trésor, en le soustrayant aux ravisseurs de sa dignité et de ses prérogatives d'Homme-Dieu.

A côté de ces chercheurs d'un divin où l'âme puisse s'accrocher et se suspendre solidement, il est d'autres chercheurs, plus terre à terre, plus préoccupés de l'intérêt et de l'avenir de la cité temporelle. Ceux-ci demandent à la religion une protection contre les envies d'en bas, toujours prêtes à se jeter sur l'autorité, sur la propriété légitimement acquise, sur l'ordre social, pour les Tenverser, les piétiner et instaurer l'anarchie, mère des despotismes; ceux-là veulent, au contraire, une religion qui n'hésite pas à s'attaquer aux égoïsmes d'en haut, conservateurs de tous les abus, sanctificateurs de tous les méprfs des nantis et des forts pour l'indigence et la faiblesse, et qui arrêtent l'humanité dans sa marche vers plus de

mieux- être moral et matériel, vers plus de fraternité et de civilisation.

Or il ne semble pas que le catholicisme ait encore réussi à faire admettre aux Américains qu'il rencontreront en lui, les apaisements' spirituels et sociaux qu'ils cherchent. Nous ne disons pas qu'il ne|peut donner. ces apaisements, nous disons qu'il , ne s'offre pas à l'âme des citoyens des États-Unis avec assez d'évidence, pour qu'on puisse espérer la voir, un jour prochain, satisfaite et conquise.

Au milieu de l'anarchie des sectes protestantes, juives et autres, le catholicisme est apprécié comme une organisation forte et un ferme soutien de la conservation: sociale, surtout par ceux-là qui plus que les autres ont le sens de l'ordre, car il leur laisse aujourd'hui la paisible jouissance de leurs droits de chefs, de propriétaires ou de financiers. Il n'est pas rare de trouver dés maîtres de mines ou d'usines^ protestants ou incrédules, construisant à leur frais des églises ou des chapelles catholiques, où les ouvriers irlandais, polonais et italiens apprendront le respect et l'obéissance qu'ils attendent légitimement. Pour ces gens-là, le catholicisme est avant tout un gendarme. Souvent ils le méprisent comme étant la religion de leurs domestiques et de leurs ouvriers ^. Aussi dès qu'ils entendent des ecclésiastiques romains parler du droit des travailleurs, de l'amélioration de leur sort,

1. Je n'aime pas vôtre danmée religion, disait un jour à un catholique, le Président Ropsevelt, mais j'avoue qu'elle nous rend bien service. »

au besom par la grève, ils froncent le sourcil. L'archevêque de Chicago, ayant^dit- une fois à ses prêtres que, dans les luttes entre le capital et le travail, ils devaient toujours se rappeler de quelle classe eux-mêmes sortaient, grand fut le scandale chez les magnats des trusts et de la finance. J'en ai recueilli l'écho dans beaucoup de salons.

Au temps de Gibbons et d'Ireland, les catholiques ne possédaient pas d'élite intellectuellein>tistique, scientifique ou théologique se désignant à l'attention des esprits cultivés de la nation. Mais ils avaient ces grands hommes d'Église, vrais charmeurs et favoris du peuple, qui s'imposaient à^ l'admiration et à l'amour de tous. L'ère de ces conquérants de sympathies populaires semble passée, et le catholicisme n'a pas encore de prestige intellectuel. Ni dans le clergé séculier, ni dans le clergé régulier, ni parmi les laïques, il ne s'est élevé, à ce jour, des historiens, des savants, des écrivains, des artistes qui incliuent devant eux, leurs conci- . toyens dans l'unanimité de la louange. Une exception serait à faire pour le sociologue Ryan, pour l'écrivain Agnès Repplier et l'historien Càrlton Hayes, qui ont un prestige national.

De redoutables problèmes se posent dans les livres, les chaires d'écoles, d'universités et même des journaux^ problème du néo-humanisme faisant table rase de toute religion, du behavourisme, d freudisme, de la dissolution des sectes protestantes, de l'agnosticisme arrogant ou doucereux, du pragmatisme matérialiste ou affairiste. Sauf quelques esprits d'élite vivant dans leurs cabinets, craignant

de dire en public leurs préoccupations, il ne semble pas que la grande majorité des 'catholiques et de leurs leaders aient conscience de la gravité des dangers pour demain. Ils sont cloîtrés dans leur relative prospérité. Ils ne s'aperçoivent même pas que beaucoup de leurs coreligionnaires laïques commencent à lire, à étudier, à discuter et à réfléchir. Ces problèmes les approchent de tous côtés et menacent leur foi.

« Seul, le catholicisme, m'ont répété plusieurs épiscopaliens, est en mesure de sauver le christianisme en Amérique. » Mais on ne voit pas encore à l'œuvre les docteurs de choix, travaillant à ce sauvetage et s'imposant à l'attention, sinon à la confiance, des remueurs d'idées et des âmes troublées.

Ce manque de prestige intellectuel explique, en partie, pourquoi le, clergé américain est souvent tenu à l'écart par les aristocraties de l'esprit, et même par celles qui s'imaginent que l'argent en tient lieu.

Défaut aussi d'un certain prestige civique. Je m'explique.

Il s'agit principalement du champ de la politique. Certains ont pris dans les plus grandes capitales américaines, une influence que leur nombrey' et leur courage expliquent. On les désigne comme collaborant à la corruption civique, et^comme promoteurs, ici ou là, du système du boss, agent à tout faire des politiciens contre lequel protestent les honnêtetés de tous les partis. lisse seraient emparés de Tammany, à New- York, ce vieux club où l'on

dresserait les aventuriers de la politique. Telle est, du moins, la réputation que lui ont faite ceux qui se croient purs et intègres. Les intérêts se lient pour confondre dans une même réprobation ces politiciens combatifs et le catholicisme, leur religion, qu'ils compromettraient au cours de leurs entreprises électorales.

Fondés ou non, ces préjugés diminuent la force d'attirance du catholicisme.

Il en est d'autres. Un Français entendit un jour le cardinal Gibbons lui dire que l'abondance d'argent serait un sérieux obstaclefpour l'Église aux États- Unis. Elle y est riche, car^ses;fidèles'^sont très généreux; elle bâtit beaucoup de presbytères,*d'écoles, de collèges, d'universités, d'édifices pour le culte. Peut-être parle-t-on trop de dollars; peut-être l'argent absorbe-t-il trop les préoccupations. Le sincère détachement des biens de ce monde a plus d'action sur les âmes nobles que la pompe et l'ostentation des édifices ou des liturgies. ~ J'ai déjà parlé du reproche fait au catholicisme américain, par quelques-uns de ses représentants les plus éminents, sur son « sacramentalisme ». Par ce mot, ils désignent une certaine facilité dans les pratiques rituelles où l'âme a petite part et s'alliant parfois à des procédés expéditifs en affaires et en politique. Ce sacramentalisme militarisé embrigade souvent des milliers de personnes. A tort ou à raison, on le tient pour une parade. Son emprise sur les cœurs et les esprits est faible, surtout parmi les protestants qui, eux, exagèrent jusqu'à l'inhumanité et l'hypocrisie l'effort de tenue rigide.

Des divisions et rivalités qui transpirent au dehors éloignent aussi du catholicisme. L'université de Washington a été construite à côté de l'université de Georgetown, fondée un siècle avant elle. Ces deux établissements qui poursuivent le même but, se nuisent. Les religieux, de leur côté, tiennent parfois peu compte de ce que font leurs voisins. Ils bâtissent collèges, universités, couvents et églises, sans se demander s'ils répondent à une nécessité. La maladie de la pierre est incurable. -

J'ai dit quel déchet considérable représenterait l'émigration pour le catholicisme américain. Ses fidèles sont 21 millions à cette heure, en y comptant les anciennes colonies espagnoles. Ne devraient-ils pas être 30 millions, si le contingent venu d'Europe était resté fidèle... ? Je sais que quelques-uns nient cette possibilité.

L'effort de prosélytisme à l'égard des protestants paraît timide et peu elBRcace. Les conversions qu'on enregistre sont dues surtout aux mariages. Le catholicisme n'a pas. d'action sur le protestantisme, parce qu'il n'a pas encore le prestige nécessaire pour tirer parti de son opportunité ou peutêtre, aussi, parce qu'il se renferme trop dans sa tour d'ivoire. C'est ce que lui reproche un prêtre, M. Schumacher, dans The ecclesiastical Renew, qui attribue la moitié d'un converti protestant à chaque prêtre américain.

Il n'est pas possible, écrit-il, de concevoir les chefs de l'ancien clergé séculier ou régulier, absorbés par les devoirs de leur paroisse ou de leur collégiale jusqu'à

oublier complètement « l'autre troupeau » (les protestants). Vous ne pouvez vous les représenter avec des airs préoccupés, attendant d'être découverts par les prodigues, dans des chambres plutôt confortables. Un exemple seidement : saint François de Sales et son petit bataillon sortirent à la recherche des brebis, et ils convertirent 30.000 hérétiques. Il n'est pas possible de se représenter ce saint, curé d'une importante église, employant le moment'du sermon en des annonces locales, et passant la semaine en visites de malades, en camaraderies ou en lectures! Un pasteur de Denver a dit que, si les temps de saint François ou de saint Charles revenaient, il ne resterait pas un seul épiscopalien dans les États-Unis *.

Je n'en suis pas aussi convaincu. L'obstacle, en effet, le plus formidable à la conversion des protestants, sera, je le crains, la désaffection de cet élément anglo-saxon, si nombreux chez les épiscopaliens, à l'égard du catholicisme qui tend et plus que jamais à tort, à se présenter au regard des Américains, sous un angle ethnique particulier : « Rien ne me retient plus dans mon Église, m'avouait un très distingué pasteur de la haute Église, mais je voudrais être assuré, en la quittant, de trouver de quoi vivre et de n'avoir pas affaire avec certaines gens. »

J'ai dit avec quelle sollicitude, durant sa longue carrière d'évêque et dé leader spirituel, Gibbons s'appliqua à faire disparaître les différences raciales dans le clergé. Visant un plus grand bien, il avait

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