‹ Le Catholicisme aux Etats-Unis [microform]Chapitre 27 sur 34 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

î L'anticatholicisme aux États-Unis.

'Sommaire : Le Ku-Klux-Klan. - — L'Ecole. — Les taxes et .

la question du mariage. — La presse et l'athéisme. — La Présidence de la République et le catholicisme américain. — Sagesse des catholiques pendant la campagne électorale.

I On croit souvent que le catholicisme se développe aux États-Unis sans difficulté. Erreur de perspective, due au défaut d'objectivité et a l'optimisme calculé de ceux qui ont abordé la question. Sans parler de l'animosité où du mépris que les diverses sectes protestantes manifestèrent toujours à l'égard

' du « papisme », de 1830 à 1865, des organisations diverses furent créées pour le combattre et le

^persécuter. Les plus célèbres ont été, en 1830, la Native american, et en 1840, la Know-Nothing. Celle-ci fut particulièrement redoutable. Elle ameutait la populace, brûlait ou dynamitait églises,

! couvents, collèges et même 'hôpitaux.

Mais la « Know-Nothing » tomba aussi vite et

'aussi mystérieusement qu'elle était née. Étant, en 1861, curé de Canton, ville de l'État deMaryland,

le futur cardinal Gibbons, âgé alors de 27 ans, assista aux derniers spasmes.

Avec la guerre civile, le mouvement de la Know- Nothing disparut tout à fait. Entre elle et le Ku- Klux-Klan, il n'existe aucun lien de parenté, en dépit de certaines ressemblances.

C'est à Pulaski, dans l'Etat de Tennessee, qu'en 1866, il fut imaginé par six hommes, qui cherchaient « une diversion et un amusement en un. milieu où la vie était ennuyeuse et monotone ». Ils crurent les avoir trouvés en fondant une sociétéi aussi secrète que burlesque. Ils lui donnèrent d'abord le nom de Kuklos (cercle, anneau), qui se changera par la suite, on ne sait comment, en Ku-Klux-Klan.

Les six; gaillards qui avaient eu l'idée du Kuklos n'étaient pas les seuls au Tennessee, à trouver « la vie ennuyeuse et monotone ».

Leur initiative suscita des imitateurs dans plusieurs localités de l'État. Juste à ce moment, le peuple était très monté contre le gouverneur républicain Brownlow, qui venait d'enlever ;à un grand, nombre d'Américains, nés dans l'État, leurs privilèges. Les mécontents se servirent du Ku-Klux- Klan pour lui résister. Le général Forrest fut leurt chef. Il centralisateurs efforts dans une organisation centrale du nouvel ordre/

A l'en croire, il serait arrivé à lui amener 550.000 membres dans le|Sud. Il les dispersa quand le but qu'il avait fixé au Ku-Klux-Klan fut atteint. Ce but était la restauration du pouvoir politique,^ des blancs, à l' exclusion ^des noirs dans ces régions.

En réalité^ le Ku-Klux-Klan fut frappé à mort quand la loi l'obligea à quitter ses ténèbres et ses secrets, durant la présidence de Grant.

y Cependant, plusieurs de ses groupes, bravant le législateur, survécurent dans l'ombre. Après la guerre mondiale de 1919, le Ku-Klux-Klan reparaît au grand jour dans l'État de Géorgie, à l'appel de M. Williams Simmons. D'abord prédicant méthodiste et ambulant (notons ce fait, car le mé- Hhodisme a une grande responsabilité dans le Ku- Klux-Klan), il devient ensuite professeur d'histoire .méridionale à la petite université Larrieu (Atlanta) et enfin avocat-conseil des « Bûcherons du monde » dans la même ville.

Le Ku-Klux-Klan est l'une des manifestations de ce nationalisme exacerbé qui surgit alors chez tous les peuples de la planète. Il entend i^réaliser le « pur américanisme ». Son ancêtre du Tennessee s'opposait à la mainmise des noirs sur la politique dans les États du Sud; lui combat tout ce qui n'est pas « cent pour cent américain », comme il dit en son jargon. « Notre affiliation, lisons-nous dans un de ses manifestes, en 1921, se limite aux Américains Gentils. Les juifs en sont exclus parce qu'ils ne professent pas la religion chrétienne, base de la civilisation. Nous excluons aussi les catholiques, parce qu'ils doivent obéir à un pouvoir étranger au gouvernement des États- Unis." » Refusant l'affiliation aux juifs et aux catholiques, combattant dans tous les domaines de la vie publique les premiers, comme parasites et 'inassimilables, les seconds comme relevant d'une

autorité étrangère, ils déclarent aussi la guerre aux nègres, race inférieur. Aujourd'hui, ils sont surtout antijuifs et anticatholiques.

Ils prennent plaisir à épater leurs bourgeois encore un peu enfants. Leur chef est un « Impérial Wizard » (sorcier). Voici en quels termes il écrit à ses chevaliers :

« A tous les Génies, Grands Dragons, Hydres du Royaume, Grands Goblins et Kleagles des Domaines, Grands Titans et Furies des Provinces, Géants, Cyclopes, Exaltés et Terreurs des Klantons, à tous les citoyens de l'Empire invisible, chevaliers , du Ku-Klux-Klan. Au nona de nos vaillants et vénérés morts, sàlut affectueux. »

Ils se réunissent parfois par milliers, la nuit, sur une montagne, autour de feux allumés, couverts d'une robe blanche, ayant sur la figure un masque en casque à mèche. Les metteurs en scène de ces i comédiens ne perdent pas de vue leurs profits. L'initiation coûte 10 dollars; la robe blanche et le bonnet, 6 dollars 50, mais ne valent qu'un dollar 50.

L'cdm.périal Sorcier»s'est vanté, en 1922, d'avoir 2 millions de chevaliers. Il a donc ramassé en cinq ou six ans, la bagatelle de trente millions de dollars. Ces chiffres, révélés par la presse, ont fait ouvrir les yeux et dresser les oreilles. L'initiation des dupes s'est ralentie et beaucoup d'ingénus ont quitté « l'invisible empire » en faisant claquer les portes.

Cet « empire » a abandonné les États du Sud et essayé de s'étendre dans les États de l'Ouest et du Nord : Orégon, Oklohama, Colorado.

Voici comment le P. Gillis, pauliste, directeur du Catholic World, résumait, en 1922, ses exploits :

« Au témoignage du World qui a fait une enquête méritoire, d'octobre 1920 à septembre 1921, on doit mettre au compte du Klan 4 meurtres, une irréparable mutilation, une marque à l'acide, 41 fustigations, 27 cas de goudronnage et d'emplumage, cinq enlèvement d'enfants par des bandes sans scrupules, travesties et coiffées de bonnets.

« En 1922, la situation empira, le sénateur Walsh, du Massachussets, s'adressant à l'Attorney général Daugherty, cite une lettre qu'un avoué du Texas -lui a écrite :

« Je ne crois pas exagéré de dire que le Texas, durant les dix-huit mois écoulés, a eu 500 cas de goudronnage et dejustigation, saris parler des meurtres, , des attaques et d'autres offenses contre les personnes. Des vingtaines de lettres de menaces furent envoyées aux victimes de cette horrible conspiration, leur ordonnant, en plusieurs circonstances, d'abandonner leur maison ; des femmes furent goudronnées et emplumées, des vieillards sans force subirent leurs odieuses offenses, des jeunes filles de moins de vingt ans, non nubiles, victimes de ces lettres, ont été obligées d'abandonner leur maison à cause des calomnies et des ignoriiinies lancées contre elles.

« Autant que je puisse savoir, aucun de ces criminels n'a été amené devant les tribunaux. A Waes, résidence du gouverneur du Texas, les agents de police arrêtèrent trois hommes masqués et coiffés, avec leurs victimes, qu'ils traînaient

couvertes de goudron chaud et de plumes. Le grand jury vota « non coupable ». A Pallas, forteresse du Klàn, on assure que cinquante hommes au moins ont été fouettés en un seul endroit. Un personnage important dans la vie commerciale de la cité fut enlevé à son foyer et à ses filles en bas âge et sans mère, pour être battu. Un de ses enfants, une fille, fut jetée par terre et maltraitée, en essayant de défendre son père.

« A Temha, une femme fut goudronnée, emplumée et battue avec une corde mouillée, parce qu'elle s'était mariée une seconde fois.

« A Austin, principale ville de l'Etat, de nombreux outrages ont été commis contre les individus. Chaque petite ville, chaque hameau ou cité de l'Etat, à de rares exceptions, a eu ses « petites fêtes patriotiques » dont le clou était le goudronnage, Femplumage et les coups de corde humide. Le peuple des États-Unis serait abasourdi si on pouvait lui révéler la vérité sur cette organisation dans le Texas.

« Le gouverneur de la Louisiane crut nécessaire de faire une visite personnelle au Président Harding, pour lui demander la coopération fédérale dans xine campagne contre les outrages du Klan...

La situation du Texas et de la Louisiane disent clairement où en sont les choses dans le Sud et le Sud-Ouest. »

Un fait donne une idée de sa force politique. Je veux parler de l'attitude des trois grands partis à son égard, à la veille des élections de 1924. Le Catholic World d'août 1924, la signalait ainsi :

« Les républicains ont esquivé la question du Klan ; les démocrÊites, forcés contre leur volonté de se présenter devant le public comme le combattant, se sont arrangés en fin de compte, pour élaguer la question de leur programme; les progressistes, libéraux, appelez-les autrement si vous voulez, se sont garés en présentant d'ingénieuses excuses. »

J'ai lu dans le New York American, sousla plume du fameux journaliste Brisbane, que plus de la moitié des députés et sénateurs étaient afiBliés au Ku-Klux-Klan. Évidente exagération; mais il a de nombreuses sympathies parmi eux. Il a réussi à en faire élire plusieurs et même à avoir des gouverneurs dans l'Indiana et au Colorado. En février 1925, un de ceux-ci, I. Morley, obéissant aux injonctions de ses électeurs Klansistes, dans une lettre à l'Assemblée de l'État, proposait de supprimer la permission d'avoir du vin pour dire la messe, que donne la loi Wolstead ou de prohibition, car « l'expérience prouvait que l'on abusait trop de cette permission ».

Cherchant les raisons du rapide développement du Ku-Klux-Klan, le V/orld (17 septembre 1921) en trouvait deux :

« D'abord, il a réveillé les haines et les préjugés locaux et particuliers. Sur la côte du Pacifique, il a sonné le rappel des Japonophobes, en sussurant à leurs oreilles que le jaim^e complotait., et ailleurs, celui des autres Américains, en les persuadant que le noir voulait se révolter contre le blanc. Dans les villes du Centre-Ouest, il a prétendu se livrer à la chasse du radicalisme. Sur la côte atlan-

tique, il a proclamé qu'une femme ou un homme, de naissance oLrangère, même naturalisés, n'avaient pas leur place en Amérique. Partout il a banni le juif du nombre de ses affiliés et fait de l'antisémitisme l'une de ses nombreuses obligations.

Partout aussi, non moins effectivement- mais pas aussi franchement, il a injurié et attaqué les catholiques romains. Là où un notable de cette Église vit, le Klan a déclaré que son premier souci serait de la combattre.

« En second lieu, il doit son développement aux très nombreux aigrefins professionnels qu'il a enrôlés, et qui mettent en coupe réglée un pays par emploi de procédés commerciaux très modernes. Il vend au détail l'affiliation sur la base de quatre dollars pour tout membre entrant dans le Klân. Ces organisateurs payés, ou Kleagles, ne ramassent pas des droits d'entrée, mais chaque nouvel admis fait un don de 10 dollars. Le Kleagle en garde 4 et envoie le reste, au Roi Kleagle qui garde un autre dollar. Les cinq dollars restant s'évanouissent dans le trésor impérial de l'Ordre. »

Pourquoi en veut-il tant aux- catholiques?

« Des milliers de foyers américains, écrivait M. Wilson Midgley dans le Daily News de Londres (23 décembre 1924), sont consternés à la pensée que le pape est sur le point d'avoir sous son contrôle les Etats-Unis. La preuve, ils la trouvent dans le fait que les Irlandais sont partout dans la politique. Mais le fait que l'Américain ordinaire n'a jamais pris le moindre intérêt à la politique municipale, est une vérité qui n'est jamais entrée

dans là tête d'un affilié au Klan. Au lieu de voter contre un catholique qui veut être conseiller municipal, il boycotte son épicerie, il le chasse de ses affaires, ou vide son restaurant ^. »

A partir de 1924, devant les réactions de l'opinion, l'activité du Ku-Klux-Klan semble prendre une autre allure. En juin 1924, un correspondant du même Daily News, de Londres, écrivait de Kansas City~ à son journal :

« Dans tous les Etats-Unis, le Klan est maintenant à la deuxième période desa carrière. Le temps desposes, des parades de cirque, de l'amour de l'argent de la part de ses organisateurs — "le fondateur s'est retiré avec une immense fortune, -^ le prurit de la réclame et du mystère de la^part de ses suiveurs sont en train de passer. Aujourd'hui le Klan se mêle de politique et d'affaires publiques. Ses chefs et beaucoup de ses adeptes, surtout les jeunes,

1. « On peut se demander, puisque l'Amérique aune politique de tolérance religieuse, pourquoi quelques-uns de ses citoyens sont hostiles aux catholiques, jusqu'à s'organiser parfois pour les combattre. Le D^ Kinsman (dans son récent livre Américaniame et catholicUme croit) qu'environ 90 p. 100 des préjugés anticatholiques sont dus à un sentiment de jalousie patriotique pour l'idéal national. Nous ne pouvons le suivre en 'cela. Nous croyons, au contraire, qu'ils sont dus aux préjugés importés du protestantisme du xvic siècle, et hérité comme une tradition de l'époque sectaire des premiers colons. Cette ranca-ur anticatholique a été entretenue parfois pour des raisons politiques et financières ou est le reliquat d'une tradition étrangère dominant notre littérature et. nos écol-s. d (P. Conway C. S. P. Catholic World, mars 1925) — Nous pensons cependant que le point de vue du D^ Kinsmann, n'est pas tout à fait sans fondements.

ne font plus un secret de leur affiliation. Les dignitaires locaux sont souvent très connus. J'en visitai un qui refusa de rien mè dire. On ne fouette plus guère les nègres; l'activité présente est principalement anticatholique. Les négociants, employant de jeunes chasseurs catholiques ou des secrétaires juifs, sont poursuivis, intimidés et boycottés publiquement jusqu'à ce qu'ils les renvoient. Le Klan s'est agrégé beaucoup de • francs-maçons et un grand nombre de gens graves fréquentant églises et chapelles, du type fanatique. Ceux-ci aidés de jeunes écervelés surexcités et bornés, ont provoqué les formes les plus basses des haines personnelles religieuses. »

L'opinion a cependant vigoureusement réagi contre le Ku-Klux-Klan. Si les politiciens n'osent pas ouvertement le condamner, ils n'osent pas davantage l'approuver. Le 6 septembre 1921, le grand journal démocrate de New- York, le World, entreprenait une campagne pour démasquer, avec force documents, les menées de cette organisation secrète. Elle dura plusieurs mois et une grande partie de la presse lui fit écho dans tout le pays. A un moment, il f^t question de nommer un Comité pour faire une enquête et dissoudre le Klan par mesure de salut public. Quelques politiciens de l'un des États où il a le plus d'adeptes, s'interposèrent pour empêcher sa mise en accusation.

La plupart des groupements religieux se sont unis pour réprouver cette institution, comme ennemie du christianisme et de l'idéal américam.

Les plus tièdes ojit été les méthodistes. qu'oji soupçonne, non sans motif, d'encourager le Klan.

Cependant, même parmi eux, beaucoup ont protesté contre lui. Le Christian Adçocate, une de leurs publications des États du Sud-Ouest, écrivait en septembre 1921 :

« Le Klan frappe au cœur les plus chers principes américains et le meilleur de la vie américaine. » A la même époque, le Rév. C. F. Smith, évêque de l'Église épiscopalienne méthodiste, déclarait que les doctrines et procédés du Klan étaient pure folie. Stigmatisant son hostilité a l'égard des ca-, tholiques, l'évêque Smith disait que 1' « Impérial Sorcier » n'était pas digne d'essuyer leurs souliers. Il parlait en mêmetemps des religieuses catholiques, « ces êtres bons et silencieux, patients, renonces, dont les mains sont toujours étendues pour aider et secourir les nécessiteux et les déshérités. »

Ces dernières années, la crise du Ku-Klux-Klan semble ouverte. «Les scandales produits par le partage du butin, la large publicité donnée à ses méthodes de battre monnaie ont ouvert les yeux de ses dupes sur son vrai caractère. Les défections se multiplient.

« Au début, seuls les Américains d'origine et protestants pouvaient être adhérents. L'étranger né ailleurs était rejeté et inéligible. Des Ku-Kluxistes plus délurés se sont dit qu'après tout, parmi les exclus, on pouvait trouver des sectaires et des ignorants acceptant d'être rançonnés. On a donc' enrôlé les étrangers dans une organisation sœur, qui rappellera les « Croisés américains ». Elle so

dévoue au gouvernement des États-Unis d'Amérique à la constitution, «à la religion protestante, base de notre régime politique. »

« Mais les étrangers n'abandonnent pas facilement leur chèque de 10 dollars. D'autre part, les membres du Congrès et d'^autres personnages de Washington, ont reçu une « proclamation royale » les invitant à s'affilier à la- « chevalerie civique » des « chevaliers de l'Épée flamboyante », organisation rivale du Ku-Klux-Klan dont l'initiateur était ce même William Simons, promoteur du Klan. La fin approchait ^. »

Et des femmes élues gouverneurs pour le poursuivre, n'hésitent pas à exécuter leur mandat. Le 10 mars 1925, Mme Miriam Ferguson, gouverneur du Texas, dite « Maman Ferguson », signait un décret interdisant le port de masques en public. Il visait très spécialement le Ku-Klux-Klan et était une revanche de « Maman Ferguson » dont le mari, gouverneur du même État, fut en butte aux accusations et aux persécutions de la société secrète.

En avril 1928, un ancien « dragon ^» de l'État d'Indiana et lieutenant du « Sorcier Impérial », condamné pour meurtre d'une jeune femme à la prison perpétuelle à Michigan, se décida à découvrir la secte. Il raconta que, pour se débarrasser des' opposants, elle les poursuivait, les lynchait ou les brûlait. Pour les gens en haute situation, elle les ruinait politiquement et socialement. Elle

Page 1