Catholic Times i 3 avril
incendiait ou pillait les églises catholiques, soulevait des grèves et corrompait des fonctionnaires, a Un ' homme du Klan voyageait exprès dans tous les États-Unis pour brûler les églises. » Il accusa un ancien « sorcier impérial», Hiram Evans, d'avoir poussé au meurtre du Procureur de la République à Atlanta, Coburn, effectivement tué par un complice de la bande. Les femmes servaient d'espionnes et on aidait la contrebande dés 'boissons alcooliques. A l'en croire, ; depuis son origine, le Klan aurait ramassé près de 60 millions de dollars. Dans le Nord seulement, il comptait 1 million 500.000 adhérents.
Ces révélations firent une profonde impression." On les a utilisées dans tous les procès engagés devant là cour fédérale ou les cours des États, de plus en plus sévères pour les Kluxistès.
Plus redoutable que le Ku-Klux-Klan, et autrement dangereux dans ses conséquences possibles, est le mouvement dirigé contre l'École libre confessionnelle.
En 1925, il y avait aux États-Unis 19 millions dé catholiques environ. Ils avaient dans leurs écoles plus de 1.988.051 élèves. Les écoles élémen- , taires seules en avaient 1.795.673 ^. Le reste se répartissait ainsi : 19.801 pour lés universités ; 6.667 pour les séminaires; 13.996 pour les collèges; 120.838
1 En 1928 on en comptait : 2.201.942.
pour les Hautes-Écoles; 4.534 pour lés séminaires de religieux; 10.544 pour les noviciats et les Écoles Normales.
Les écoles catholiques de tout grade étaient en
1925, au nombre de 8.706, se divisant ainsi : 6.651 écoles primaires^; 309 noviciats et écoles normales; 113 séminaires de religieux; 1.552 Hautes- Écoles; 114 collèges; 51 séminaires et 16 universités qui comprennent d'ordinaire les hautes classes de nos collèges.
Dans ces diverses écoles enseignent 54.265 professeurs.
Les jésuites dirigent 12 universités; les lazaristes en ont une à Chicago; les Pères du Saiïit- Esprit, une à Pittsbourg; les Pères de Sainte-Croix, une à Notre-Dame (Indiana). Celle-ci, qui a eu pour professeur l'illustre P. Zahm, paraît la mieux organisée et la mieux adaptée à l'Amérique, avec l'université de Washington, œuvre de toute la hiérarchie. Elle semble cependant trop occupée de ses triomphes sportifs. Celle de Georgetown, dirigée par les PP. jésuites, est à quelques kilomètres de Washington. Elle est la plus ancienne des États-Unis ^
La législation scolaire en ce pays, est à peu près équivalente à la législation française, sauf pour le
2. Certains catholiques critiquent leurs institutions scolaires. Pour être objectif je traduis ici quelques lignes d'une lettre de M. Molamphy, publiée le 23 septôtobre
1926, dans The Commonweal. Elle fut très "discutée. « Pour résoudre le problème de nos collèges il n'y a qu'un moyen :
droit de délivrer des diplômes qui est reconnu aux écoles, aux collèges et aux universités privées. Dans tous les États sans exception de la République américaine, l'instruction est obligatoire. Vingt-trois Etats (sur 48) ont institué une inspection et une surveillance des Écoles libres. Dans quatorze États, les Écoles libres doivent être approuvées par les autorités scolaires officielles. Dans vingt-trois États, elle impose l'enseignement de la Constitution ou d'une morale civique. Dans le Nebraska, l'autorité scolaire peut fermer tout établissement privé dont « l'esprit n'est pas pénétré d'américanisme. » En Alabama, en Floride, les catholiques se plaignent que les lois sur l'inspection des écoles, permettent des inspections abusives dans les couvents. Vingt-neuf États exigent que l'enseignement soit donné en langue anglaisé.
les diminuer et les fortifier. Les catholiques cultivés désirent que leurs fils et leurs filles aient les avantages intellectuels que donnent les grandes universités non confessionnelles. Si les collèges existants ne veulent pas s'améliorer pour le bien général, il ne restera qu'à développer les Newman Clubs dans les collèges neutres, étendre leur activité en leur adjoignant un cours de philosophie catholique et de théologie morale. Les collèges catholiques d'aujourd'hui ne préparent ni des professeurs, ni des gens cultivés, ni des gens capables de se cultiver. tJn collège catholique n'a pas de raison d'être s'il n'est pas en état de faciliter sur tous les terrains la culture. Si les collèges américains sont impuissants à tenir la place occupée par les universités catholiques en Europe pendant tant de siècles, il vaut mieux qu'ils disparaissent. Leur incapacité à remplir ces desiderata, est due non seulement au l défaut de ressources, mais à Içur satisfaction de produire \ des médiocrités. j> \
Ciîiq États ont proliibé l'enseigïienient des langues étrangères, mais la Cour Suprême n'a pas admis cette prohibition. Quatre Etats seulement exigent, chez les instituteurs libres, les diplômes des instituteurs officiels.
L'État ne fournit aucun subside aux écoles de l'enseignement privé et les catholiques, outre les taxes à payer pour l'École publique, pour l'entretien des leurs, doivent trouver tous les ans, environ 76 millions de dolfars. Mais dix organisations protestantes ensemble ne demandent pas moins, pour leurs écoles, de 240 millions de dollars.
En 1922, un projet de loi fut déposé au Congrès qui visait à supprimer l'École primaire libre, et à la mettre dans toute la République, sous le contrôle et la direction de l'État. Les francs-maçons du rite écossais de New- York, demandèrent à leurs affiliés de soutenir partout ce projet. Contre lui protestèrent une foule d'évêques, et l'archevêque de New- York écrivit exprès une lettre pastorale pour le condamner.
En 1923, sous la poussée du Ku-Klux-Klan, et des mêmes maçons du rite écossais de la juridiction du Sud, l'État d'Oregon vota une loi, en vertu de laquelle les parents et les tuteurs étaient obligés d'enlever leurs enfants entre 8 et 16 ans, des écoles privées ou paroissiales, pour les envoyer aux écoles publiques. Cette loi visait tous les enseignements" non officiels. Surtout dirigée contre les catholiques, d'autres confessions et institutions s'étaient senties atteintes.
Les Sœurs du Saint-Nom-de-Jésus, d'accord avec
l'Académie militaire de Hills, appuyées par des lettres dé divers groupes protestants et juifs de la province, s'adressèrent à la cour de Justice de l'Êtiat d'Oregon pour contester la constitutionnalité de la loi votée. La cour se prononça en 1924 en leur faveur. Le gouverneur d'Oregon, un Ku- Klux-Klansiste enragé, décida de faire appel à la cour suprême des États-Unis pour obtenir l'annulation de la décision, et faire proclamer la constitutionnàlité de la loi pour tous les États-Unis.
Après plus d'un an d'étude de la question, la Cour suprême se prononça. En 1925, l'illustre avocat catholique Guthrie, de New- York, présentait la défense des Sœurs du Saint-Nom de Jésus. Je détache de sa plaidoirie ©es lignes qui feront comprendre le point de la controverse et son importance :
« Inexcusables et cruelles sont, en vérité, les charges et les insinuations formulées dans la lettre de l'accusateur, le gouverneur d'Oregon, en particulier les accusation présentées à la page 62. L'on y soutient que l'on aurait à redouter les conséquences désastreuses « au point de vue du patriotisme américain », si les parents américains avaient la faculté de guider et de déterminer le caractère de l'éducation. »
La Cour suprême, à l'unanimité des juges, se prononça contre le gouverneur. Voici le passage essentiel de son jugement définitif :
« La théorie fondamentale de la liberté, sur laquelle tous les gouvernements de l'Union reposent, exclut toute espèce de pouvoir général de l'État
à mettre dans le même moule {to standardize) les enfants, en les forçant d'accepter l'instruction des seuls maîtres officiels. L'enfant n'est pas la simple créature de l'Etat. Ceux qui le nourrissent et dirigent ses destinées ont le droit, en même temps que le devoir, de le préparer à remplir des obligations d'un autre ordre. »
Cet arrêt était attendu anxieusement par les catholiques améri^rains. Il fut salué pair eux avec des cris de joie. La presse, en général, l'approuva. Cela n'empêcha pas un nombre toujours croissant d'écrivains, de journalistes et de politiciens, de demander la disparition des écoles libres.
En 1925, l'historien bien connu, M. Rossiter Johnson, dans une lettre à un grand quotidien, proposait « une imposante manifestation dans le but d'abolir les écoles paroissiales, de n'importe quelle coafession, en versant au besoin aux trésoriers des églises, l'argent qu'on dépense maintenant pour elles. »
M. Johnson estimait qu'organiser cette manifestation n'était pas possible encore, mais, ajoutait-il, « dès que nous serons assez sages et assez audacieux, il ne faudra pas hésiter. » Sa raison? Etant jeune, il fut extraordinairement scandalisé de voir de petits juifs qui allaient à une école juive, se battre avec de petits catholiques allant à une école catholique. Il n'y avait pas d'autre motif de rixe que leur religion ^.
1. Au mois de inaJI4925, dans la Nation, un hebdomadaire radical de New- York, un collaborateur rapportait que, faisant un livre sur l'école, ir avait entrepris une enquête
Cet état d'esprit, que la politique et les passions raciales développent, préoccupe beaucoup les catholiques américains.
Mgr Pace, professeur de philosophie, à l'université de Washington, disait en 1925, dans une conférence sur cette question, que « les hommes qui rédigèrent la constitution ne crurent pas nécessaire d'établir le principe que les enfants, de bon ou mauvais gré, devaient être éduquês dans des écoles publiques, parce que eux-mêmes sortaient d'écoles privées. » A son avis, l'esprit essentiel du gouvernement américain était encore celui de 1787. Tous les amendements faits depuis lors à la Constitution, l'ont été dans le sens de la liberté.
Commentant l'opinion de M. Johnson et du D^ Pace, The Commonweal, le récent grand hebdomadaire catholique, publié à New- York, écrivait : « La grande différence entre ces deux hommes qui ont manifesté leur opinion à peu près en même temps, tendrait à faire croire à une sérieuse divergence parmi les penseurs américains. Mais nous avons toutes bonnes raisons de penser que M. Rossiter Johnson, en cette matière, ne représente qu'un point de vue complètement excentrique et non amiéricain. Il n'y a pas de
qui l'avait convaincu que l'Ecole publique d'État, en Amérique, était anticatholique et autijxnve, d'une manière générale, mais spécialement dans le Middle-West. « Là, dit l'écrivain, l'École publique prend le caractère d'tme institution paroissiale protestante, sous le contrôle des méthodistegj des presbytériens et des baptistes. » x
possibilité qu'il soit accepté, sauf par de rares individus,- surtout par nos Normands (Nouvelle- Angleterre) obsédés, par le culte de l'État autocratique. » • "
En même temps que l'iiistorien Johnson faisait sa profession de foi belliqueuse sur les écoles privées, un écrivain d'un talent de premier ordre et qui jouit d'une grande considération en Amérique et même en Europe, M, Jobn Chapman, écrivait à l'évêque épiscopalien de Massachussets pour s'opposer à l'élection d'un catholique, comme l'un des sept « Fellows » « agrégés » de l'université d'Harvard, qui contrôlent ses destinées. « Tout protestant, disait M. Chapman, tient pour désobligeant et subversif d'être blessé par les prétentions formelles de la curie romaine, à surveiller l'éducation américaine. C'est le sentiment de tous les éducateurs intelligents. »,
Parmi les membres du comité de vigilance de l'université d'Harvard, quatre furent- d'un avis différent de celui de M. Chapman. Dans une lettre publiée dans The Commonweal, sous le titre de « Défi à M. Chapman », Ralph Adatn Cram, un écrivain protestant connu lui disait : « Voudriezvous, non seulement pour ma gouverne, mais pour celle des autres en semblable situation, préciser. sans détour où et^quand la curie romaine ou tout autre corps officiel catholique, a déclaré son intention formelle de contrôler l'éducation américaine? Bien que je ne sois pas catholique, j'ai l'avantage de connaître quelque chose' de l'Église et quelque chose aussi à propos de son système
et de sa pratique en éducation.. Je vous défie absolument de me donner une raison qui autorise votre étrange affirmation. Pour ma part, je la nie tout à fait. »
Et la lutte pour la suppression de l'École libre continuait, malgré la décision de la Cour suprême.
La loge de Rite écossais du Maryland, qui compté" ^ plusieurs députés, publia dans son Bulletin de mai 1925, le projet tel que ses membres lé présentèrent au Congrès. Le voici :
« Nous demandons :
1° Un Département fédéral d'éducation. Avec lin secrétaire dans le cabinet du Président et une contribution fédérale aux besoins de l'école publique sous le contrôle absolu des États ;
2° Une université nationale à Washington aux frais du gouvernement;
3° L'usage obligatoire de l'anglais comme langue employée dans les classes de grammaire.
4° Une organisation adéquate à propos de l'éducation de la population étrangère, non seulement dans les questions de culture et de technique, mais en ce qui concerne les principes des institutions américaines et de la souveraineté populaire;
5° L'entière séparation de l'Église et de l'État et l'opposition à toute tentative d'employer l'argent de la communauté, directement ou indirectement, pour le soutien d'institutions confession uelles ;
GP L'école publique américaine neutre non
confessionnelle sérieuse et démocratique, pour tous les enfants du peuple, des avantages égaux pour tous;
7<^ L'éducation intense du patriotisme, l'amour du drapeau, le respect de la loi et de l'ordre, une inconditionnelle loyauté au gouvernement constitutiomiel. »
Plusieurs catholiques accepteraient une inspection deè autorités fédérales dans leurs écoles, pour assurer les conditions d'hygiène et l'unité des programmes. A ce dernier point de vue, la cacophonie résultant de la diversité, car chaque diocèse, chaque ordre et même chaque curé, peut, la rédiger, est vraiment trop* assourdissante. Beaucoup même accepteraient la collation des titres par l'État dans les conditions d'impartialité requises. J'ai entendu dire que les titres conférés par les écoles et institutions confessionnelles, souvent accordés sans discernement, étaient parfois des « certificats d'ignorance ».
La lutte sera d'autant plus vive sur ces points pour les catholiques, que les juifs et les protestants en beaucoup d'endroits paraissent incliner vers l'École d'État.
En 1928, la puissante « Association pour l'Éducation nationale », qui pousse à la suppression des écoles libres, réussit à gagner à sa cause le Président Coolidge. Dans un message, il déclara qu'il fallait fonder un département de l'éducation que dirigerait un membre de son Cabinet. Les prétextes allégués sont nombreux, mais on met surtout en avant la nécessité d'unijBer davantage
encore l'âme américaine^. Or, on n'y arrivera pas, croit-on, tant ,que méthodes, programmes et maîtres différeront essentiellement d'un État à l'autre. On veut aussi forcer par là les écoles paroissiales à en finir avec leurs particularités raciales et même linguistiques et avec des tendances soi-disant antiaméricàines. Ne viserait-on pas à les obliger un jour ou l'autre à disparaître ?
Cependant, la mesure envisagée ne piassera pas sans soulever des résistances, même de libres penseurs. L'un d'eux, Gerald JoKnson, écrivit alors dans The Evening Sun de Baltimore, qu'il dirige, un article que toute la presse catholique reproduisit. Je le résume exactement pour que l'on, comprenne bien la portée de la question.
L' « Association pour l'éducation », déclarait M. Johnson, est devenue une formidable agence d'influence sur le Parlement. Elle a pour président un magister de village et fait surtout de la politique. M. Coolidgé a accepté, dans une de ses
1. De plus en plus, pour cette raison, les catholiques des États-Unis, de toute race et origine, sentent le besoin d'américaniser leurs écoles. La guerre a accentué cette tendance. « Nos Écoles catholiques ■ — écrivait en 1923 le Dr James Eyan, le nouveau Recteur de l'université de Washington depuis' août 1928 et alors préposé à la section d'éducation au N.C.W.C. — ne sont pas établies et maintenues avec l'idée d'isoler nos enf^ints du corps et de l'esprit du civisme américain. Elles représentent simplement la forme concrète de l'exercice de nos droits comme citoyens, conformément aux directives.de notre conscience. On y enseigne donc en anglais, on y inculque l'amour de l'Amérique et un idéal moral et religieux conforme à celui des fondateurs de la République. »
adresses, son point de vue, en déclarant que l'éducation étant un problème national, son importance exige que le gouvernement fédéral s'en occupe. Mais alors il faudrait aussi un docteur dans le gouvernement fédéral, puisque la santé nationale n'importe pas moins que l'éducation. Ce dernier mot est vague. En Amérique, les exigences de l'éducation diffèrent selon les États. Le gouvernement fédéral est impuissant à les satisfaire. En théorie, il essaierait, mais en pratique, il n'y arriverait pas et nous doterait simplement d'une bureaucratie fort compliquée. En supposant que le nouveau ministre fît quelque chose, il ne serait jamais que l'instrument d'une politique spéciale, qui ne choisirait ses fonctionnaires que parmi ceux qui l'auraient appuyée aux élections. « Grâce à la pompe aspirante du pouvoir central, il effacerait toute trace d'individualisme dans le système des écoles et il pillerait le trésor fédéral, en apparence pour servir les écoles publiques, mais en réalité, pour servir les pédagogues assez habiles pour cultiver par ce moyen leurs intérêts. De plus, la création d'un département fédéral de l'Education accroîtra l'influence du pédagogue politicien qui, comme celle du clergyman politicien, n'est déjà que trop néfaste. »
Mais il ne faut pas s'illusionner. L'« Association nationale pour l'éducation » est puissante et bien organisée. Elle terrorise les hommes politiques. Elle s'efforce de mettre le Président dans son jeu. Elle n'aura pas de repos qu'elle n'ait obligé le Congrès à voter son bill.
A côté de la question de la liberté de l'enseignement se trouve celle, de la neutralité dans l'école publique. ^
Plusieurs États admettent qu'elle ait quelques pratiques confessionnelles, par exemple, la lecture de la Bible.
Certains interdisent mênae cela, prétextant que les juifs, nombreux chez eux, ne toléreraient pas qu'on lût à leurs enfants le Nouveau Testament.
Mais cette lecture de la Bible, autorisée ou défendue, par les États particuliers, est-elle constitutionnelle?
L'Attorney général de l'État de Michigan, sorte de Procureur général de la République, en 1928, se prononça publiquement pour la négative. Ses raisons mérit^ent d'être connues.
« Le principe d'une indivisible liberté de conscience, dit-il dans son rapport, implique nécessairement ce qu'on oublie trop souvent, que cette liberté soit exercée par qui en jouit, de manière à ne pas empiéter sur le droit également sacré du voisin à différer de lui. Pour cela, il est essentiel que la loi elle-même soit libre de toute nuance de privilège et que l'État veille à empêcher l'usage ou l'abus de ses pouvoirs et prérogatives, au prafît de n'emporte quelle secte ou Église. Nulle part l'abus que nous visons n'a chance de s'introduire autant que dans notre système scolaire public. ^« S'il est chose bien établie dans la politique et les idées générales du peuple américain, c'est
sa détermination fixe et irrévocable de voir une absolue séparation entre l'Église et l'État, et que notre école publique ne serve ni directement ni indirectement pour l'instruction religieuse.
« Si les parents ou ceux chargés de l'éducation des enfants désirent qu'ils reçoiverxt des leçons de religion, ils peuvent les envoyer aux Écoles privées ou paroissiales, dont les programmes sonts ubstantiellement équivalents à ceux de l'État dans les écoles publiques. »
Si cette doctrine était sanctionnée par le Parlement américain et enregistrée par la Suprême Cour, comme exprimant le sens de la Constitution, la lecture de la Bible serait interdite et la neutralité renforcée dans l'école publique.
Un e autre question qui, tôt ou tard, provoquera des difficultés pour les catholiques américains, sera la question des impôts sur les propriétés ecclésiastiques. Jusqu'ici toute propriété affectée à un culte religieux ou à l'éducation, est exempte de taxes. Mais les localités où existent ces exemptions devant payer un surplus pour atteindre le chiffre de charges fixes, s'insurgent. Aussi certaines congrégations comme, les rédemptoristes, acquittent bénévolement, en certains endroits, leur quotepart, sans y être obligées.
Un mouvement pour la suppression du privilège se dessine un peu partout et depuis longtemps. Les protestants souvent par animosité contre les
catholiques, poussent à la roue. «Du jour où nous aurons à payer les impôts sur nos églises, écoles ou couvents, me disait un aumônier d'un grand collège d'ursulines, la moitié de nos institutions ne pourra plus vivre. »
Il se publie à Chicago un hebdomadaire fondé il y a quarante ans et qui s'appelle The Christian Century. Le Directeur est un pasteur des Disciples du Christ, assisté de collaborateurs appartenant à plusieurs confessions. Il porte en manchette cette épigraphe : «Ce Christian Century est un libre interprète de ce qu'il y a d'essentiel dans le christianisme. Édité non pour une seule confession, mais pour tout le monde chrétien, il s'eSorce ' d'avoir un point de vue catholique, et il a des lecteurs dans toutes les communions.»
En 1924, on pouvait lire dans ses colonnes un article avec ce titre : V Église romaine et la taxe.
Il débutait ainsi :
« Ceux qui observent et réfléchissent, ne peuvent oublier la menace qu'est aux institutions américaines et à l'idéal américain de liberté civile et religieuse, l'Eglise catholique romaine.
« Toute preuve de la diminution d'influence ou de la réforme salutaire du Ku-Klux-Klan, devrait être saluée avec joie. Alors les citoyens de bon sens et d'inaltérable bonne volonté, appliqueraient toutes leurs ressources intellectuelles au problème que la présence et la continuelle influence de l'Eglise catholique dans notre civilisation, pose. La méthode du Ku-Klux-Klan n'est pas la bonne. Toute autre sera meilleure que la sienne. »
Il ajoutait : « L'étude de ce problème doit et: soustraite aux mesquineries et aux jalousies, abordée sur le plan du plus haut idéal et du pli pur civisme américain. Il faudrait sauver les adh rents au système romain avec les autres citoyen des maux au-devant desquels il courent aveugl ment. Les Églises protestantes ont dono à refus toute exemption de taxe. Cette réforme affectei profondément l'Église romaine. » Le Christic Century demande ensuite à ses lecteurs « si Vi peut permettre qu'un m-onstre soit nourri pan nous, ravageur de la civilisation depuis l'auro; de l'histoire en la vallée du Nil, jusqu'à aujou d'hui. Or, si l'Église catholique continue .à avo la permission de n'être pas taxée dans ses propriété elle deviendra un monstre rongeant la civilisatic américaine, et créera une situation qui, si el n'est pas arrangée ou renversée, mènera à une r volution sanglante. »
The Commonweal, après livoir rapporté ces décL rations, faisait ces réflexions soulignant la gravr du phénomène. - '
« Devant de telles manifestations, il serait temj que les catholiques se . rendent compte si le Ti Christian Century représente réellement l'opinic des diverses confessions représentées dans sa r .daction... Les protestants en corps, croient-i réellement que les catholiques sont plus étrange à l'esprit de l'Amérique que les fidèles des autri credos ?
« Quand de pareilles choses sont articulées pi de vulgaires et plats sectaires, on peut jaisémei
'' hausser les épaules. Énoncées par un journal édité par des chefs de corps religieux aussi importants que les confessions baptistes et méthodistes, elles
. sont très alarmantes. Pour nous, simplement comme journal parlant à un autre journal, nous demandons
\.^2M. Christian Century de préciser les motifs sur desquels il fonde de si étranges affirmations. » Il est enfin une autre source de conflits entre le
^ .catholicisme et l'État, aux États-Unis. Celui-ci voudra avoir la part toujours plus prépondérante au contrat demariage, et n'admettra pas l'immixtion des Églises dans ce qu'il prétend être ses droits et bien moins encore, leur opposition.
Or, soit au Canada anglais, soit aux États-Unis, les autorités civiles ^et les protestants reprochent
; au catholicisme de favoriser le divorce. On sait que depuis la législation de Pie X sur le mariage, aucun n'est regardé comme valide par l'Église, qui n'a pas été contracté devant un prêtre légitimement délégué à cet effet par l'évêque. Or, il n'est pas rare, et je l'ai entendu dire par des .curés, que les catholiques s'unissent devant le juge pour « essayer le mariage ». Comme ils savent qu'il n'a aucune valeur en conscience et que la loi civile est accom-
. modante à ceux qui veulent divorcer, ils courent à une autre union ou font même d'autres « essais ».
Jusqu'à maintenant la presse quotidienne qui a besoin des catholiques, ne les a pas molestés et semble les ignorer. Ici et là, cependant,
on fait à leurs dogmes et surtout à leur activité politique, des allusions malignes accompagnées de menaces. Les hebdomadaires, semi-mensuels et mensuels, sont plus audacieux. La Nation, la New-Republic rééditent les vieux clichés contre le cléricalisme. La New-Repuhlic a soutenu que le Congrès de Chicago fut surtout pour les catholiques une occasion de se compter, avant de se jeter dans l'arène des partis.
Mais l'organe le plus acharné contre eux est le Felhwship Forum, un hebdomadaire qui se publie à Washington. Si j'en juge par les annonces, il doit avoir pas mal de lecteurs dans tous les Etats- Unis. Il paraît être le porte-voix des loges américaines et du Ku-Klux-Klan. Mais au lieu de faire la guerre aux noirs, aux juifs et aux catholiques, il la fait aux seuls catholiques. Nous n'avons en France aujourd'hui rien de pareil. Le jeu de la feuille saute aux yeux. Elle veut ramasser tous les Américains et les lancer contre les fidèles romains.
Elle exploite les moindres fautes, les exagère, et souvent les invente. Réactionnaire endurcie, elle s'entend à toucher la fibre démocratique de ses compatriotes, en montrant les « roniains » solidaires des dictateurs Mussolini ou Primo de Rivera. Elle réédite toutes les fables de l'anticléricalisme primaire et désuet. Si elle réussissait à faire la concentration des éléments non catholiques, la persécution s'installerait aux États-Unis et pour longtemps. Car n'oublions pas que les catholiques n'y sont qu'une petite minorité respectable, et sur des questions qifion leur dirait
d'intérêt national, ne se débanderait-elle pas? Des 120 millions d'habitants, seulement 19 millions sont catholiques, 8 millions juifs et une trentaine protestants de toutes confessions. Le reste, près de 65 millions, est agnostique et parfois violemment athée. Et ces athées essaient de s'organiser. Ils publient des livres, des revues, donnent des conférences. Parlant le 13 avril 1926 à Atlanta, un des coryphées de l'athéisme américain disait : « Le culte des athées chrétiens se développe rapidement. Ceux qui en font partie acceptent le programme éthique du Christ, mais nient l'existence de Dieu et de Christ. Tel est leur programme. » Ces athées tentent même d'influencer les pouvoirs publics. En avril 1926, James J. Elliot, membre de l'association américaine reconnue pour l'avancement de l'athéisme^ présentait au Congrès, au nom de ladite association, une pétition où il était dit que « l'emploi de chapelain dans le Congrès des États-Unis, dans les départements de la marine et de la guerre, constituaient l'affirmation et le maintien des principes religieux et sectaires en violation de l'article l^^ de la Constitution qui prévoit que le Congrès ne doit pas faire de loi, concernant le maintien d'une religion ou défendant son exercice. »
Cette association athée a formé à l'université de Rochester, une association des « âmes damnées ». « Malgré ce nom étrange, dit-elle, adopté par les étudiants de Rochester, leur exemple est suivi par d'autres étudiants à travers tout le pays. Nous espérons avoir une filiale à Yale dans quelques
jours, et une autre seformeà l'université de Rajison. L'expérience nous prouve aussi qu'un nombre de professeurs dans la plupart des universités sont athées. Nous aurons une douzaine de filiales à la fin de cette année. La réaction que suscite notre propagande est des plus intéressantes. »
On comprendra donc dans ces conditions que les frictions entre catholiques, protestants et libres penseurs, ne soient pas rares.
En novembre 1925, le Forum de New- York publiait deux articles sur « Le catholicisme dans le Massachusetts », révélateurs d'une situation très tendue dans cet État, dont les journaiix, pour des raisons d'intérêts, n'avaient soufflé mot. Le premier de ces articles, qui prétendait être de résultat d'une enquête impartiale par une Mme Sergent, sur les difficultés politico-religieuses au Massachusetts, se terminait par ces lignes suggestives : --
« La machine à centraliser et à contrôler est la source et l'origine certaine de la force de l'Église romaine. Quand un pouvoir séculier de même nature se développe ou même paraît maître, le choc se produit. L'unique solution possible est que l'un ou l'autre abandonne la partie. »
Déjà, dans V Atlantic Mo ni/iZi/, la vieille revue de Boston, en février 1924, le Dr Inge, doyen de Saint-Paul de Londres, dit « le sombre doyen » gloomy dean, en raison sans doute de l'ennui que distille sa prose, après un voyage aux États-Unis avait vaticiné aux Américains la fin prochaine du catholicisme. Infaillibilistè, obscurantiste, in-
flexible, centralisateur, il était incompatible avec les races anglo-saxonnes. A quoi G. K. Chesterton répliquait avec raison : « Le protestantisme se disant flexible n'est plus celui des premiers réformateurs qui le voulaient inflexible sur les doctrines qu'il opposait à celles du catholicisme. «"
Dans son livre, Americanism and catholicism, le Dr Kinsman, ancien évêque épiscopalien de Delaware et converti à la foi romaine, synthétisait ainsi les diflicultés que nous venons de signaler ^ : « Le préjugé anticatholique aux États- Unis se donne un triple prétexte : la crainte de la domination étrangère; la crainte des tendances vers la .désunion; la crainte d'un patriotisme rival. On croit que l'Eglise met en danger l'indépendance en reconnaissant un pape européen; la liberté, en prêchant une soumission aveugle à la tyrannie ecclésiastique : et l'unité, en encourageant les divisions raciales. Ce préjugé implique rarement des considérations d'ordre purement religieux. Neuf fois sur dix, il exprime la jalousie patriotique en faveur d'un idéal national. Les principaux motifs allégués pour le justifier sont : le loyalisme des catholiques à l'égard du Pontife romain; leur groupenient par nationalités étrangères; leur méfiance à l'égard de l'école publique; leur asso-