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Americanism and catholicism, p. 112-113, New-York

ciation avec la corruption politique. En tout cela, on voit une menace du dehors.. Les religions fantaisistes qui pullulent sur le sol américain, où les cultes orientaux ont peu d'adeptes, n'inspirent aucune défiance. Mais plus de vingt millions de ! catholiques paraissent redoutables. Beaucoup pen- | sent sur notre Église, comme un de nos leaders ' nationaux : « Elle ne convient pas du tout à ce pays. Elle ne peut y prospérer que par l'émigration. Sa pensée est latine et en comJDlète opposition avec la pensée dominante de notre peuple et de ses institutions. » ,

Le Dr Kinsman répond à ces objections et ■ donne à ses nouveaux coreligionnaires, quelques sages et discrets conseils. j

A la lumière des faits et des idées que je viens d'exposer, on verra mieux la portée de la controverse engagée en avril 1927. Elle dura plusieurs mois et tint en haleine l'Amérique entière. Elle cristallisa, en quelque manière, toutes les passions, tendances et préjugés anticatholiques dont je viens de parler. Ce que je vais en dire très objectivement, permettra en même temps de se rendre compte de l'attitude' des catholiques américains, dans les questions politico-religieuses.

Déjà aux élections de 1924 pour la Présidence de la République, M. Alfred Smith avait été un candidat favorisé à la convention démocratique. On parlait

donc de nouveau de lui, en 1927, pour la suprême magistrature.

Dans un article de Y Atlantic Monthly, la grande et vieille revue de Boston, M. Marshall, un illustre avocat de New- York, maintenant retraité, en citant des textes empruntés aux théologiens et aux papes, prétendit montrer que si M. Smith restait fidèle aux doctrines de l'Église catholique, il ne pourrait jamais être Président de la République. Ml Marshall appartient à l'Église épiscopalienne.

Élu par trois fois gouverneur de l'État de New- York, l'honnêteté, la droiture, l'impartialité et l'habileté de M. Smith, lui avaient valu une popularité immense. Il était le type du self made man. Élève des Frères, vendeur de journaux à treize ans, il entra au fameux club politique de Tammany., Il y fut découvert par l'un des agents les plus influents de ce club, Thomas Foley, avec qui j'ai plusieurs fois déjeuné à New- York, et qui m'avait promis de me présenter à «l'ami Alfred». A mon dernier voyage, je le trouvais mort.

La réponse du gouverneur Smith à M. Marshall est très intéressante. Je vais l'analyser très fidèlement et sans la juger. On saura quels arguments allèguent les Américains pour éloigner un catholique de la Maison Blanche.

M. Smith déclare d'abord qu'étant un simple fidèle et rien moins que théologien, il a dû consulter, sur les objections faites de ce point de vue, un théologien de son. Église. Il a choisi le Rév. Dufïy, curé de Ste-Croix à New- York, ancien professeur de dogmatique au grand séminaire, aumô-

nier catholique du 168® régiment, chevalier de la Légion d'Honneur, Croix de guerre, etc.

Il a juré serment dix-neuf fois à la Constitution Républicaine, en divers emplois publics, depuis 1903; jamais il n'a eu la moindre difficulté pour être fidèle à ce serment. « Je tiens l'éducation publique comme l'une des premières fonctions du gouvernement... Depuis 1919, où je devins pour la première fois gouverneur, les dépenses pour les écoles publiques ont monté de 9 millions de dollars à 82 millions. J'ai eu toujours en vue l'intérêt non d'un groupe, mais celui de la communauté, et j'ai eu pour cela, l'appui de toutes les Églises. Avant moi, il y a eu dans les premiers postes de la République, par exemple, à la Suprême magistrature de la Cour de Justice, des catholiques. Ils n'eurent pas plus de difficultés à être fidèles à leur serment.

« La phrase « dogmatique intolérance » que vous citez d'un dictionnaire, ne signifie pas que les catholiques doivent être intolérants à l'égard des autres personnes, mais seulement que dans l'Église catholique ils ont à être intolérants à l'égard de tous les changements dans le dogme de l'Église.

« Le Syllabus, que vous alléguez, n'a pas, au témoignage du cardinal Newman, de force dogma- i tique. Vous prétendez que les catholiques croient que les autres religions doivent seulement être ; tolérées par faveur, et qu'il faudrait avoir une Église d'État. Mais, d'après nos meilleurs théologiens, quand plusieurs confessions existent dans un pays, l'État doit faire de la liberté religieuse complète

pour l'individu et les confessions, un principe du gouvernement. Les prélats américains de l'Église défendent ouvertement notre déclaration constitutionnelle de l'égalité de toutes les religions devant la loi. Vous prétendez qu'en cas de conflit, l'Église doit l'emporter sur l'État. Mais un tel conflit est inconcevable tant que l'église et l'État restent sur leur terrain. Notre Évêque England -^, bien avant Ireland et Gibbons, disait :

i. « John England'est une des plus originales figures du catholicisme américain. Il naquit en Irlande, à Cork, en 1786. Entré dans les ordres, ayant préparé l'Acte d'Emancipation de son pays, il vint ensuite aux Etats-Unis où, en 1822, il fut nonamé évêque de Charleston. Il y fonda le premier organe hebdomadaire catholique qu'il dirigea pendant vingt ans. Son intelligence, son éloquence et sa modération lui acquirent des admirations et des amitiés dans toute la République. Quand il mourut en 1842, le Courrier de Charleston écrivit : « Il avait une profonde sympathie pour les libres institutions et les glorieuses destinées de l'Union Américaine qu'il regardait comme le refuge de ses compatriotes (les Irlandais) oppressés et exilés, et comme le véritable temple de la liberté rationnelle. »

«En 1826, le Congrès invita John England à venir exposer ses idées religieuses devant lui. Le 8 janvier de cette année, en présence des membres de la Chambre des Représentants et du Sénat, en présence aussi d'une foule curieuse qui avait assiégé l'enceinte du Parlement, il montra l'idéal patriotique vers lequel devait tendre tout Américain, soit catholique, soit protestant, en ayant devant les yeux, comme modèle, l'exemple du caractère de Georges Washington.

« Par la façon supérieure dont il sut comprendre et présenter les principes fondamentaux de la Constitution américaine, par son plaidoyer en faveur de lois reposant sur les préceptes divins, par son exposition des devoirs du citoyen selon la Constitution, il réfuta dans ce discours l'allégation

« Si le pape, les cardinaux et tous les pouvoirs du monde catliolique portaient la moindre atteinte à notre Constitution, nous donnerions nos vies pour la défendre, » Personne, laïque ou prêtre, n'a jamais tenté directement ou indirectement,- de faire pression sur moi dans mon administration. En ce moment, mon cabinet de gouverneur comprend deux catholiques, treize protestants, un j\iif. Mon assistant gouverneur est un protestant repu-

injurieuse qui représentait un catholique pratiquant comme incapable de remplir entièrement ses devoirs envers son pays.

« La foi, dit-il, n'est pas une absurdité, el'.e n'est pas une servitude abjecte de l'esprit, elle n'est pas un fanatisme de visionnaire; elle n'est pas un assentiment irrationnel à des propositions inintelligibles; elle consiste à croire sur le témoignage de Dieu ce que la raison humaine ne peut découvrir, ce qu'une Divinité sage et prévoyante nous communique pour informer nos esprits et pour diriger notre volonté.

« Une difficulté politique est parfois soulevée ici. On dit en effet aux catholiques : « Mais si ce tribunal infaillible auquel vous vous considérez comme obligés d'obéir, vous ordonnait de renverser le gouvernement de J*rotre pays, s'il vous déclarait que Dieu commandé qu'un autre gouvernement soit établi, obéiriez- vous? Comment pouvons-nous considérer comme de bons citoyens des gens qui font profession d'obéir à une autoi'ité étrangère, ignorée de notre Constitution, autorité qui a jadis déposé des rois et relevé des sujets et des citoyens de leur devoir d'obéissance? »

« Notre réponse est simple et précise : nous ne nous croirions pas obligés d'obéir. Je ne permettrais ni au pape, ni à aucun évêque de notre Église, au dehors de l'Union, la plus petite intervention dans la plus nnnce de nos élections. Ils n'auraient aucun droit d'intervenir. Notre Constitution déclare que le Congrès ne pourra pas restreindre le libre exercice d'une religion. Supposons maintenant que votre

blicain et franc-maçon du trente- deuxième degré. Quant au Mexique, que vous alléguez, quelle que soit l'opinion d'un avocat catholique, les évêques des États-Unis, dans leur lettre collective, ont repoussé l'immixtion de notre République dans les affaires intérieures de notre voisin.

« Je résume ainsi mon credo, comme catholique américain :

« Je crois en Dieu, selon la foi et le culte de l'Église catholique romaine. Je ne reconnais aucun pouvoir aux institutions de mon Église, d'intervenir dans la pratiqué de la Constitution des États-Unis ou dans l'exécution de lois du pays;

« Je crois dans la liberté dé conscience absolue pour tous les hommes et dans l'égalité de toutes

respectable Assemblée veuille restreindre en moi cet exercice de mon droit. Une telle mesure, que l'on appellerait loi, pourrait être votée par les Chambres et signée par le Président, je n'obéirais pas parce que ce ne serait pas réellement une loi, ce serait une usurpation, car vous, ne pouvez faire une loi violant la Constitution : votre pouvoir en ce cas s'évanouit.

« De même si îe Tribunal établi par Dieu pour me signifier ce que Dieu a révélé et pour faire les règlements nécessaires à la vie de l'Église, si ce tribunal avait la présomption de sortir des limites de son pouvoir, ses actes seraient sans autorité; mes droits ne pourraient être détruits par une usurpation de sa part. Aucun principe de ma foi ne me défend d'user de mon droit légitime de résistance à toute usurpation tyrannique. Vous n'avez pas le pouvoir de supprimer mes droits religieux, le tribunal de l'Église n'a pas le pouvoir de supprimer mes droits de citoyen. »

Cité par The Providence Visitor (mars 1928), d'après l'Histoire du catholicisme américain, par le D' Guilday, professeur à l'Université catholique de Washington.

les Églises, de toutes les sectes, de toutes les croyances devant la loi — comme étant l'exercice d'un droit et non l'ootioi d'une faveur;

« Je crois dans la séparation absolue des Eglises

■et de l'État et dans la stricte application des

préceptes de la Constitution, qui interdit au Congrès

de faire une loi pour imposer une religion ou pour

en empêcher le libre exercice;

« Je crois qu'aucun tribunal d'aucune Église n'a le pouvoir d'imposer par force une loi au pays, et n'a que le droit d'établir le statut de ses propres fidèles à l'intérieur de sa propre communauté;

« Je crois que l'école publique est un des piliers de la liberté américaine. Et je crois au droit de chaque parent de choisir si son enfant sera envoyé à l'école publique, ou s'il fréquentera une école religieuse, patronnée par ceux de sa croyance;

« Je crois au principe de la non-intervention de ce pays dans les affaires intérieurs des autres pays, et que nous devons lutter ardemment contre leur intervention, quel que soit celui qui la prône;

« Et je crois à la fraternité commune des hommes sous la paternité commune de Dieu. »

Ce document provoqua aux États-Unis une sensation énorme. Il ne souleva, dit-on, aucune critique chez les catholiques américains. Il avait été soumis au cardinal archevêque de New York avant sa publication. La presse en masse, lui fit une ovation. Il suffira de citer le New York Times, dont l'influence intellectuelle sur les politiciens, et jusque dans les milieux gouvernementaux, est considérable :

« M. Alfred Smith sera ou ne sera pas choisi comme candidat à la présidence. Il y sera élu ou pas élu. Mais il a, en tout cas, mis le pied sur ce hideux préjugé qui menace d'envahir notre vie publique, et en vertu duquel un homme ne peut pas être élu Président, parce que catholique... Un homme public, qui a apposé comme catholique sa signature au bas d'une profession de foi patriotique aussi noble que celle qu'a rédigée le gouverneur Smith, ne peut être écarté de la présidence, à rnoins que l'intolérance et la bigoterie ne prennent le dessus chez nous. Sa déclaration est à la fois un appel et un guide pour tous ses concitoyens. »

Le New York Times est un journal de l'Est.

Ni dans le Middle West, ni dans l'Ouest, ni dans le Sud, la noble profession patriotique du gouverneur Smith ne trouva grâce devant l'intolérance des « cent pour cent américains. »

Cependant durant la campagne électorale, l'attitude des catholiques ses coreligionnaires paraît avoir été irréprochable.

M. Hoover, le rival de M. Smith, fut élu par plus de 2 millions de voix de majorité. La question religieuse eut une part sinon exclusive, du moins importante, à ce résultat. Les Églises protestantes, y compris les épiscopaliens, se jetèrent dans la mêlée pour barrer la route au candidat catholique. Le Commonweal de New- York publia, le 7 novembre 1928, un article sous le titre de « Documents de la tolérance », où l'on citait quelques spécimens de cette littéra-

ture hostile qui inonda la contrée. J'en traduis un morceau type. Il est pris dans le Christian Index, « organe et propriété des baptistes de Géorgie. » ^

« Mettez au pouvoir l'Église d'Alfred Smith, et la constitution populaire démocratique disparaît et avec elle le gouvernement représentatif; avec elle s'en va la liberté de la presse, la liberté des cultes, et toutes les Églises baptistes et protestantes, et toutes les loges sont fermées; avec elle, s'en vont les tribunaux civils, notre système d'éducation publique américaine, nos propriétés et nos hôpitaux protestants, notre christianisme et sa Bible. Et nous voyons arriver la loi ecclésiastique papiste, une^ domination de prétendu droit divin, réalisées par les volontés arbitraires des prêtres, le trafic illégal, odieux, des liqueurs, toutes écluses ouvertes, car Rhum, Romanisme et Rébellion forment le trio inséparable. »

Le Fellowship Forum et The Menace, organes attitrés du Ku-Klux-Klan et ennemis officiels et féroces de l'Église romaine, pendant deux mois de la campagne électorale, envoyèrent chacun, dans les États-Unis, plus de 600.000 exemplaires de leurs injures et calomnies, toutes les semaines.

Devant ce débordement de passions qu'on croyait éteintes, l'attitude des catholiques fut, à quelques rares exceptions près, très digne et très sage.

Le cardinal-archevêque de Chicago n'avait pas été favorable à une candidature catho- ; lique pour la présidence de la République. Il mécon- l

tenta, en manifestant son opinion, beaucoup de se's coreligionnaires parmi les démocrates. Mais il avait ses raisons et elles étaient bonnes. Il prévoyait ce qui devait arriver pendant la campagne présidentielle, et les graves inconvénients de l'élection de M. Smith, catholique d'origine irlandaise. Son succès aurait provoqué la coalition d'éléments protestants et anti-irlandais, qui auraient suscité, pendant, sa présidence, toutes sortes de difficultés, mettant le catholicisme en d'inextricables embarras. Smith d'ailleurs,. excellent homme, très sympathique, très habile gouverneur, manque de culture générale. Dans les questions de politique ecclésiastique, qui se fussent multipliées, il eût eu besoin de consulter. Qui l'eût conseillé?

A l'instigation, pensons-nous, dii cardinal Mundelein, l'évêque de Springfield (Illinois), pendant la campagne' électorale, écrivit une lettre sur l'attitude que les catholiques, laïques et prêtres, devaient observer. Elle fut approuvée par presque tous ses cent quatre collègues. J'en cite les passages les plus importants :

« Notre pays est, en ce moment, le théâtre d'une -campagne politique nationale. Le monde entier est attentif à cette lutte. Dé grands intérêts sont en jeu, et des solutions sont préconisées à des problèmes essentiels. Des hommes d'État sages, qui savent regarder de loin, se trouvent à la tête d« nos deux principaux partis. L'Église catholique, fidèle à sa position constante et historique depuis la fondation de notre État, ne prend pas part à cette campagne. Elle suit le précepte de son

divin fondateur Jésus-Christ, qui a dit : « -Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César, » L'Église catholique est parfaitement satisfaite de laisser la politique dans le champ de la politique : elle n'aime pas la tactique imprudente et injuste qui consiste à se servir de la religion pour le triomphe d'un parti. L'Église catholique sait que là où une Église quelconque a voulu se mêler de la politique des partis, les résultats ont été désastreux. »

Cette attitude sage de l'Église romaine, surtout de ses pasteurs, lui valut l'estime et l'approbation des esprits les plus nobles du pr.otestantisme. M. Butler, président de Columbia University; M, Henry van Dyke, théologien de l'Église presbytérienne; le pasteur Fosdick, membre du comité Rockfeller pour l'éducation, protestèrent contre l'intolérance de leurs coreligionnaires.

En octobre, peu de temps avant l'élection, M. EUery Sedgwick, directeur A^Y Atlantic Monthly, la plus importante et plus ancienne revue des États-Unis, qui paraît à Boston, écrivait au directeur du New York Sun la lettre, suivante. (Pour en comprendre le début, il faut savoir que c'est dans V Atlantic Monthly que M. Marshall et le gouverneur Smith, échangèrent leur polémique.)

« En ma qualité d'éditeur, qui, pendant le débat Smith-Marshall, ai eu la chance de me trouver à l'endroit où la controverse battait son plein, et qui avant et depuis cet épisode ai eu maintes odcasions d'observer les relations dans ce pays entre l'Église et l'État, me permettez-vous de porter un témoi-

gnage public de mon admiration pour la dignité, la patience et le sens civique du. clergé catholique romain en Amérique? Je doute qu'on puisse trouver dans notre histoire l'exemple d'une corporation d'hommes, nombreuse et bien unie qui, en face de la plus violente provocation, ait mieux gardé le sang-froid et le respect d'eux-mêmes.

« Ce qu'ils ont ressenti pendant une campagne d'attaques à jets continus et immérités, pourrait difficilement se traduire en paroles. Mais, sous cette grêle de calomnies audacieuses ou de moqueries masquées,' je n'ai pas noté une seule risposte peu chrétienne, une seule réplique indigne de la part d'un prêtre de l'Église de Rome.

« Soyons justes. Cette Église, tout à fait étrangère à la plupart d'entre nous, nous a donné une leçon de politesse et de tenue morale. C'est un lieu commun entre gens qui raisonnent avec leur bon sens, de dire que, si le clergé catholique s'était jeté dans la mêlé en suivant l'exemple de leurs frères méthodistes, la république eût chancelé sur ses bases. Qu'auraient dit les bons Américains si quelque héroïne démocrate de Rome, faisant appel aux Églises catholiques, les eût organisées en groupes nettement politiques et lancées dans la mêlée, pour la cause qu'elles auraient cru la cause de la tempérance? Probablement cette « Jeanne d'Arc » eût été brûlée vive sur un bûcher, et elle ne l'eût pas volé.

« Mais ce n'est pas au malfaisant fanatisme d'une Mme Willebrandt que je veux faire allusion, bien que à plus d'un citoyen le fait,

pour M. Hoover, de profiter de ses exploits, fasse plutôt tort à son attitude, par ailleurs irréprochable. Je pense plutôt aux injures vulgaires et ignorantes lancées contre l'Eglise du centre de la chrétienté par les ignorants et les étourdis de toutes les classes. Ce sont là choses dont je puis me porter garant. Mon courrier regorge de sottises sur « le Rhum et le Romanisme ». On y assure que les jésuites ont acheté en secret la revue que je dirige, et on m'bffre le choix de me déclarer coupable ou de fourberie ou de folie totale. L'appel discret que faisait Franklin Roosevelt au sentiment de la décence publique, n'était pas déplacé.

« Le débridage de cette plaie purulente mérite tout éloge. A l'américanisme prêché par Ireland et par Gibbons, vient maintenant s'ajouter l'amé»ricanisme en action de Smith. L'Église catholique en Amérique est, au sens civique, une Église américaine. La conduite de l'Église catholique plane haut au-dessus de toute critique dans cette mauvaise crise. Elle ne sera pas oubliée.

« Ellery Sedgwick. »

D'autre part, après l'élection de M. Hoover, The Washington Post, qui passe pour l'officieux de l'administration américaine, disait :

« Les manifestations d'intolérance religieuse dans la campagne furent condamnées par les hommes consciencieux de tous les partis 'et de toutes les religions, comme détestables, injustes et anti-américaines. L'immortel honneur des fidèles romains de toute catégorie, aura été de supporter cês^ mé-

jhantes attaques dans un silence très digne. Les membres de cette Église, en beaucoup de leurs 3froupes, ont donné un exemple de patience et de tolérance digne d'admiration. Le clergé catholique a aussi été un modèle de calme en face d'accusations Fausses et provocantes. Alors que beaucoup de ministres protestants n'hésitaient pas à se servir de leur chaire pour une propagande n'ayant rien d'américain, on ne peut pas citer le cas (^'ecclésiastiques catholiques qui les aient imités.

« La campagne est finie. Tous les loyaux Américains doivent accepter le verdict d'une imposante majorité, verdict dont le motif ne fut pas un étroit sectarisme religieux. Les honteuses manifestations d'intolérance doivent s'oublier aussi tôt que possible dans l'espoir qu'elle ne se répéteront pas. A restaurer ces bonnes dispositions, contribuera puissamment l'universelle constatation de l'attitude chrétienne du clergé et des laïques catholiques pendant la campagne. Ils avaient le droit comme Américains, de n'être pas inquiétés dans leur foi, et ils ont doublement prouvé qu'ils méritent ce droit. Leur exemple est jane leçon efTicace de tolérance et d'impartialité. »

Enfin, un journal de l'Etat de Virginie, où la campagne anticatholique fut des plus violentes, The Richmond News Leader, écrivait : « Les catholiques ont gagné le respect de millions de protestants et de juifs par leur conduite en cette occasion, le moment le plus critique de leur vie en Amérique, depuis que la liberté religieuse y a été conquise... Beaucoup de gens qui ne se fussent pas

émus devant une campagne moins bruyante, ont pris la peine de s'informer et ils ne seront jjlus à l'avenir influencés par la propagande anticatholique du Ku-Klux-Klan. Désormais, toutes les fois que celui-ci essayera de colporter ses haineuses prédications, ,il se trouvera en face d'hommes et de femmes familiarisés avec les légendes sottes et stupides qu'il fait circuler. C'est un gain. Et puis, tout Américain qui réfléchit a dû être impressionné par le magnifique exemple de maîtrise d'eux-mêmes donné par les catholiques durant cette bataille. Assaillis, comme jamais secte, pas même celle des Mormons, ne l'a été, en Amérique, ils n'ont pas répondu à l'insulte par l'insulte, ni au mensonge par le mensonge. Ils ont prouvé aux yeux de tous leur réelle fidélité aux enseignements de Celui qui lorsqu'il était vilipendé, ne vilipendait pas; lorsqu'il soufïrait, ne menaçait pas. Grâce aux manifestations déplacées et extravagantes du Ku-Klux-Klan, l'Eglise catholique a eu une facilité de se défendre et de se faire connaître, que l'argent n'aurait jamais pu lui procurer. Les catholiques américains ont sans doute découvert, pendant cette campagne, combien l'ignorance est encore répandue, malgré tous les efforts faits par l'Amérique, au profit de l'éducation populaire. »

Cette sagesse des catholiques américains mérite d'être proposée à l'applaudissement et à l'imitation des catholiques d'autres pays.

J'ai même entendu là-bàs des coreligionnaires s'étonner qu'on n'ait pas profité d'une occasion aussi favorable après la campagne électorale,

quand les passions étaient apaisées, pour exposer avec franchise et modération la doctrine de l'Église si odieusement travestie. Le peuple américain en immense majorité, même celui ayant voté pour Hoover, aurait vu avec plaisir confronter l'attitude des catholiques avec celle des diverses sectes protestantes, en particulier des méthodistes qui se lancèrent dans les journaux, les meetings et leur chaire, avec tant de fureur dans la mêlée politique. On en eût fini avec le scandale de cet évêque méthodiste de la Virginie, Cannon, qui menait ses ouailles à l'assaut du candidat Smith, tout en spéculant sans pudeur à la Bourse.

Les faits que je viens de rapporter m'amènent à faire une remarque importante qui paraîtra étrange à beaucoup d'Européens, sur le caractère de l'État américain.

On ne peut dire qu'il soit laïque ou neutre. II. est protestant par la majorité de ses citoyens et de ses administrateurs; il l'est par ses manifestations publiques. Même ses écoles ne sont pas neutres. Dans la plupart des universités l'assistance à certains offices religieux protestants est imposée, et dans la majorité des écoles primaires officielles, sous la tutelle des divers États, la lecture de la Bible est obligatoire. L'État protestant américain issu des Pilgrims fathers, puritains ardents, a, il est vrai, inscrit dans sa constitution la tolérance des autres confessions qu'accordèrent les premiers les catholiques, en arrivant au Maryland. Occupé à organiser et exploiter matériellement le nouveau continent, il dut laisser

aux religions, un champ d'action que les cités européennes, arrivées à l'âge adulte, leur enlèvent ou leur disputent âprement. Il leur permit de garder et administrer d'une manière très indépendante et même en les dégrevant, leurs écoles à tous les degrés, leurs hôpitaux, leurs maisons charitables, comme aux premiers jours de la colonisation où le missionnaire était instituteur et garde-malade.

Sauf celles des catholiques ou des juifs, toutes les grandes universités américaines doivent leur fondation à des sectes protestantes. Elles en tirent leur caractère. L'école publique n'est plus une école paroissiale, parce que les confessions étaient impuissantes à servir tous les besoins éducatifs des citoyens, et surtout parce que les protestants gouverneurs, députés, juges, dénonçaient la deuxième comme le grand obstacle à l'américanisation. Ils l'accusaient de maintenir les divisions religieuses linguistiques et raciales. CesTnêmes raisons n'amèneront- elles pas un jour à établir un ministère de l'Instruction pour toute la confédération siégeant à Washington ? D'autre part, le protestantisme s'efïritant et se laïcisant de plus en plus, né verra-t-on pas dans quelques années la Chambre des députés et le Sénat voter une loi, imposant dans toute la République l'enseignement laïque et obligatoire ?''Les universités seront les plus difficiles à amener dans le cadre. Elles disposent d'une grande influence politique, elles sont très riches, d'aucuns disent trop riches...

Mais, en raison même de cette dilution rapide du protestantisme qui les créa et les hébergé, elles sont aujourd'hui, en beaucoup d'endroits, des foyers non seulement de lÊacismé, mais d'athéisme agressif. Je l'ai déjà dit. L'État protestant en déliquescence, ne prépare-t-il pas la voie à un État non pas neutre, mais agnostique militant au goût de Santayana ou de Mencken ?

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